‹ Leçons sur la poésie sacrée des hébreux (volume 2)Chapitre 22 sur 39 · LEÇON DIXIÈME · texte numérisé non relu

LEÇON DIXIÈME

De t Allégorie.

Sommaire. L'Allégorie admet trois différentes formes. 1° La métaphore continuée : licences que les Hébreux se sont accordées à cet égard : exemples d'une allégorie régulière. 2° La parabole : qualités qu'elle doit avoir : exemples.

Une seconde partie de rélocution figurée, c'est l'allégorie; figure qui, par les mots dont elle est formée , indique un objet , tandis que, par le sens qu'elle exprime , elle en désigne un autre : nous pouvons en remarquer trois espèces dans la Poésie sacrée. La première est celle dont parlent communément les rhéteurs , et qui consiste en une métaphore continuée.

« Lorsque plusieurs métaphores soutenues se » succèdent , dit Gicéron , le discours change » de nature. C'est pour cela que les Grecs ont » appelé allégorie , cette sorte de figure , expres- » sion qui est très-juste. Cependant le mot géné- » rai de métaphore qu'a employé Aristote , pré- » sente encore mieux à l'esprit l'idée de tous » ces tropes. (i) »

Nous pensons donc qu'il est inutile de nous arrêter plus long-temps à cette première espèce que nous n'avons point séparée de la métaphore simple , dans ce que nous avons dit plus haut de cette dernière. En effet, la plupart des exemples que nous avons cités , rentrent dans cette

(1) Gic. Orat. 27.

des hébreux. 2. Part. Leçon 10. 1 55 classe. L'emploi de ces deux figures est le même, et il serait difficile de les circonscrire dans les limites qui leur sont propres , et de déterminer avec précision le point où l'une finit et où l'autre commence.

Mais peut-être ne sera-t-il point hors de propos d'indiquer ici l'usage particulier que les poètes hébreux se plaisent à faire , principalement dans la Poésie prophétique , de l'allégorie , de la comparaison , et de la parabole. Ces figures ont entr'elles une très-grande affinité ; et comme dans tous les sujets qu'ils veulent embellir, ils déploient une extrême abondance et une extrême variété d'images , ils les mêlent et les associent d'une infinité de manières. Rarement satisfaits de la simple métaphore , ils ont souvent recours à l'allégorie. A cela joignons encore de fréquens changemens d'images , de temps , de personnes : partout , dans les expressions comme dans les pensées , éclatent , libres de toute loi , la véhémence et la hardiesse ; partout respire le génie indépendant de la Poésie hébraïque.

« Juda est un jeune lion (a) , »

s'écrie Jacob. Aussitôt la métaphore se convertit en allégorie ; et le discours change de forme :

« O mon fils , au retour de la chasse , tu remontes « dans ton repaire (6) ; »

c'est-à-dire, dans les forêts des montagnes. Nouveau changement dans la forme du discours; peu à peu l'image s agrandit , et à la comparaison répétée vient se mêler la métaphore :

Texte de M. Lowth.

(a) Juda est catulus leonis. Gen. XLIX, 9. (6) Ex prœdà, mifili, ascendisti. Ibid.

« Il se couche , il se repose tel qu'un lion ,

» Et tel qu'une lionne ; qui osera le réveiller (a) ? »

Telle est encore à peu près cette belle prophétie où est annoncée avec tant de clarté cette race innombrable qu'enfantera l'Evangile à sa naissance , et sur laquelle une métaphore jointe à une comparaison , et l'ellipse d'un mot qui devait être répété, ont répandu une certaine obscurité : « La rosée de ta race surpassera le sein de l'aurore (6) ; » c'est-à-dire , « la rosée de tes descendant sera » plus abondante que la rosée qui coule du sein » de l'aurore, (i) » Quelles interprétations mons-

Texte de M. Lowth.

(a) Incurvât se, recumbit, ut leo ,

Et ut lexna; quis eum excitabit? Ibid.

(b) Prx utero Aurorx tibi rosprolis tux. Ps.CIX , 3.

(i) Note de M. Lowth. — Quelques-uns des derniers commentateurs ont enfin aperçu que c'était là le sens de ce passage ; mais aucun n'a rendu raison de cette construction. Nous tâcherons d'y suppléer, afin qu'il ne reste aucun doute sur l'explication très-certaine d'un passage fort important et fort clair, suivant nous. Pour cela , on n'a qu'a se rappeler les exemples suivans , dont la forme est absolument la môme. — Ps. IV, v. 8. « Vous ave» excité dans mon ca-ur » une joie plus grande que le temps où le froment et le vin » se sont accrus; » au lieu de plus grande que celte qu'on éprouve au temps ou , etc. — lsaïe , ch. X , v. 10. « Quoique » leurs idoles l'emportent sur Jérusalem et Samarie ; o au lieu de l'emportent sur celles de Jérusalem, etc. — Job , ch. XXXV, v. 2. « Ma justice qui est au-dessus de Dieu ; » pour qui est au-dessus de celle de Dieu. Les exemples de cette espèce d'ellipse ne manquent pas chez les Grecs. « Nous ne » pouvons chanter de combat qui soit au-dessus d'Olympie ; » au lieu de qui soit au-dessus des combats d'Olympie. Pindare , lre olymp. — « Est-ce donc que la ville Laconienne est au- » dessous des Phrygiens ; » au lieu de est au-dessous de la ville des Phrygiens.

Addition du Traducteur. — Cette locution n'est pas absolument étrangère à notre langue ; M. Coray , dans ses savantes notes sur Isocrate, rapporte un exemple à peu près du même genre , qu'il a puisé dans le plus pur des écrivains fiançais, dans Fénélon. On lit dans Télémaque : « Et qu'il » trouve en vous un fils égal à sa sagesse , au lieu de qu'Ulysse •> trouve en vous un fils égal à lui , par sa sagesse. »

des hébreux. 2. Part, Leçon 10. i%j trueuses de ce passage n'a point enfantées l'ignorance des locutions particulières à la langue hébraïque !

Mais il est, pour l'allégorie, une forme régulière et bien plus parfaite , que par conséquent nous ne devons point passer sous silence : c'est lorsque la métaphore se soutient plus long-temps, et qu'elle occupe tout le sujet et toute la suite du discours. Salomon nous en fournit un trèsbel exemple dans cette allégorie (i) où il a tracé une peinture admirable de la vieillesse. Les incommodités d'un âge avancé , l'affaiblissement de l'esprit, l'engourdissement des sens, la débilité du corps , y sont exprimés par des images variées , empruntées de la nature et des usages ordinaires de la vie. On y remarque sans doute beaucoup d'art et d'élégance , mais en même temps beaucoup d'obscurité ; car Salomon , par cette forme énigmatique , a voulu , suivant la coutume des sages de l'Orient , mettre à l'épreuve la sagacité de ses lecteurs. Aussi ce passage a-t-il fortement exercé l'esprit des savans ; et plusieurs en ont proposé des explications différentes , toutes érudites et ingénieuses. (2)

On trouve dans Isaïe , une allégorie aussi élégante, quant aux images (3), mais plus simple, mieux soutenue, plus juste et plus parfaite dans sa forme et par la manière dont elle est traitée. Ce motif nous engage à la rapporter ici en en-

(1) Ecclésiaste, ch. XII, v. 2 et suiv.

(2) Note de M. Lowth. — Voyez à ce sujet le commentaire plein d'érudition que publia, dans le 17e siècle, le savant médecin Jean Smith. Voy. également les conjectures ingénieuses qu'a données à ce sujet l'illustre Richard Mead, le premier médecin de ce siècle , dans l'ouvrage qui a pour titre : Medica sacra.

(3)Is. XXVI1I,25,29.

l58 DE LA POÉSIE SACRÉE

tier. Le prophète veut faire connaître les vues que Dieu suit dans ses jugemens, et nous apprendre que le Très-Haut , dans la punition des impies, agit de diverses manières, mais toujours avec une souveraine sagesse; qu'ainsi qu'il l'avait déjà dit (i), Y Eternel règle son jugement avec le cordeau , et sa justice avec V aplomb ; qu'il pèse , avec le soin le plus exact, les différences de temps , de personnes , de choses , tous les motifs de sévérité et de clémence. Il enveloppe toutes ces idées sous le voile d'une allégorie soutenue, qu'il emprunte de l'agriculture et de la manière dont on nattait les grains ; image consacrée en quelque sorte à retracer le sujet en question , dont nous avons déjà fait connaître ci-dessus la nature et l'emploi , et sur laquelle il serait inutile de revenir encore.

« Prêtez l'oreille , et écoutez ma voix ;

» Soyez attentifs , et retenez mes paroles :

» Le laboureur est-il sans cesse occupé à labourer son

« champ, pour l'ensemencer; » A sillonner , à égaliser sa terre ? •» Après qu'il en a applani la surface , » N'y répand-il pas la nielle ? N'y jette-t-il pas le

« cumin ?

» N'y sème-t-il pas le froment dans une proportion

» déterminée ?

» N'assigne-t-il pas leur place à l'orge et au millet ? » Car son Dieu l'a instruit parfaitement, et lui a donné

» des leçons.

» Or , la nielle n'est point foulée sous la herse ; » La roue du traîneau ne roule point sur le cumin : » Mais la nielle est battue avec la verge , » Le cumin , avec le bâton , et le froment , sous le pied

» des animaux.

» Cependant le laboureur ne continuera point sans

» relâche à battre ses grains ; » Il n'agitera point sans cesse la roue de ses traîneaux ;

(i)Is. XXVIII, 17.

des hébreux, i. Part. Leçon 10. 139

» Il ne foulera pas toujours ses gerbes sous le pied des

» chevaux.

» De même aussi agit le Seigneur ; » Et c'est ainsi qu'il se montre admirable dans ses

» jugemens , et magnifique dans ses œuvres, (a) »

Il y a une autre sorte d'allégorie que nous pouvons appeler parabole , en prenant cette expression dans un sens propre et plus borné. C'est une similitude qui renferme le récit d'un fait supposé , dont le rapport à une vérité est expliqué ou du moins indiqué. Les Grecs lui donnèrent le nom d'apologue, et les Latins celui de fable. On a beaucoup vanté , en ce genre , les compositions du sage de Phrygie , ou celles que d'autres poètes ont rédigées par écrit , à l'imita lion des siennes. Le Sauveur lui-même n'a pas dédaigné de faire usage de cette sorte d'instruction , et nous ne savons ce qu'on doit admirer

Texte de M. Lowth.

(a) Jures adoertite , atque audite vocem meam ; Attendue et auscultate sermoni meo :

Nùm omni tempore arat arator ad serendum, Proseindit et offringlt terram suam ?

Nonne eùm complanavit ejus superjiciem , Tùm spargit nigellam , a ut disjicit cuminum, Et mandat far certâ mensurâ, Et hordeo signatum est et zex spatium suum ? Nam perfectè eum institua, Deus ejus ipsum

erudit Neque vero tribulo trlturatur nigella , ISeçrQtqi'plostelU super cuminum circumagitur ; Sed mrgâ excutitur nigella , Et cuminum baeulo ;far auiem tritura exteritur. Nec tamen hoc perpétua perget triturare ; A ut agitabit rota plostelli sui; Neque ungulis suis semper exteret.

Etiam hoc à Jehova provenu :

Mirabilem se prœstat consilio , magnificum

effectu.

le plus , de la sagesse , du sens profond , de l'élégance , de l'agrément ou de la clarté qu'il y a déployés. Les discours de cette espèce cpii nous ont été transmis , ayant reçu le nom de parabole, cette dénomination, auparavant plus étendue dans sa signification , a été depuis restreinte presque toujours à cette dernière et seule acception. Les poètes sacrés ont fait de cette figure un usage très-fréquent , surtout dans la Poésie prophétique , et Êzéchiel plus que tous les autres. Mais afin de pouvoir porter à ce sujet un jugement plus certain et plus sûr , nous devons exposer quelques-unes des propriétés essentielles à la parabole poétique ; nous prononcerons ensuite plus facilement sur chacune de ces fictions en particulier , quand nous aurons reconnu ce qui doit leur être commun à toutes. La première qualité de la parabole est d'être empruntée d'une image connue et convenable , dont la signification soit facile à saisir, et déterminée par l'usage. De là , en effet , résultera presque nécessairement la clarté , mérite essentiel dans toute allégorie. Si nous examinons , d'après cette règle , les paraboles des poètes sacrés , nous les trouverons à cet égard à l'abri de tout reproche. Presque toujours ils se servent d'images qu'ils sont dans l'usage d'employer dans le même sens , sous la forme d'allégorie ou de comparaison. Peut-on voir , en ce genre , quelque chose de plus exact que l'emblème de cette vigne trompeuse (i), de cette vigne inutile et livrée aux flammes (2), par laquelle est si souvent figuré le peuple ingrat que Dieu s'était choisi ;

(1) Isaïe, V, 1.

(a)Ezéch. XV; et XIX, 10.

DES HÉBREUX. 2. Part. LeÇOJl IO. l6l

de ces lionceaux tombés dans la fosse (i), qui désignent avec tant de justesse les princes de Juda dans les fers (2) ; de ce cèdre du Liban , si beau, si majestueux, si rempli de vigueur, qui cachait sa tète dans les nues , et qui enfin est coupé et abandonné sur la terre : peinture vive et fidèle de la gloire et de la chute du roi d'Assyrie ? Nous n'ajouterons plus qu'un seul exemple , et il n'en est presque aucun qui ne méritât d'être cité ; c'est cette allégorie dans laquelle la tendresse de Dieu pour son peuple , et les adorations que ce peuple lui offre en retour , sont exprimées sous des traits empruntés de l'union sacrée du mariage. Ezéchiel a employé deux fois cette similitude avec une très-grande liberté (3) , et il n'y a presque aucun des poètes sacrés qui n'en ait fait usage en quelque occasion. Aussi n'y a-t-il aucune figure dont la signification soit plus familière , et le retour plus fréquent. On ne doit donc pas s'étonner que Salomon , dans ce cantique plein d'élégance qu'il a composé , ait fait choix du même symbole, pour retracer un sujet plus relevé, et l'ait paré des mêmes couleurs.

Mais ce n'est point assez que l'image soit connue et convenable; il faut encore qu'elle soit élégante et agréable , puisque le but de la parabole poétique est non-seulement de développer une idée avec plus de clarté, mais encore de l'embellir, et de lui donner de l'éclat. Les paraboles qui sont prises des objets de la nature l'emportent sous ce rapport sur toutes les autres 5

(î)Ezéch. XIX, i, 9.

{2) Ibid. XXXI.

(3) Ibid. XVI et XXIII.

ï6a DE LA POESIE SACREE

il n'est , en effet , presque aucun objet physique qui, lorsqu'il est retracé avec exactitude, n'offre quelque beauté particulière ; et comme c'est presque toujours à cette source que les poètes sacrés vont puiser leurs paraboles , la plupart d'entre elles méritent d 'être distinguées par leur élégance. S'il s'en rencontre certaines d'un genre différent, et qui nous paraissent moins belles et moins nobles , cherchons à nous assurer si elles ne sont pas d'une nature telle que leur agrément et leur noblesse aient pu s'évanouir à nos yeux, plutôt que de supposer qu'elles en manquaient à ceux du peuple qui les employa. Si donc quelqu'un est choqué de trouver dans Ezéchiel (i), l'image de cette chaudière bouillante dans laquelle s'agitent des flots d'écume , qu'il se rappelle que prêtre et poète tout à la fois , Ezéchiel a emprunté cette figure des sacrifices auxquels il était employé, et qu'il ne devait pas craindre que rien de ce qui avait quelque rapport avec ce ministère sacré pût paraître ou bas ou choquant.

Ce qui contribue beaucoup à la beauté de la parabole , c'est que non-seulement l'image employée soit convenable et gracieuse; mais encore, que toutes ses parties et les accessoires qui la composent aient aussi une convenance évidente , et qu'elles concourent à l'effet que l'écrivain veut produire. Il n'est pas nécessaire sans doute que la parabole offre partout une similitude parfaite: une pareille exactitude indiquerait souvent une recherche trop minutieuse. Mais lorsque la nature de limage employée admet ou même demande plus de développement, et que la res-

(0 Ezéch. XXIV, 3.

des hébreux. 2. Part. Leçon I'O. l63> semblance , se présentant naturellement et sans effort , se soutient dans tous les détails , il est hors de doute que de ce concours résultera la plus grande beauté. Si l'on examine avec attention les paraboles déjà citées , on se convaincra qu'on n'a point de plus parfaits modèles à désirer : à ce même titre , les plus grands éloges sont dus à la parabole si connue de Nathan (i), quoiqu'elle ne soit écrite qu'en prose ; et à celle de Joatham (2) , qui , la plus ancienne de toutes celles qui existent , se rapproche davantage de la forme poétique.

A ces conditions , il faut encore ajouter comme une loi particulière à la parabole , qu'elle se soutienne sans interruption, et qu'à limage empruntée ne vienne point se mêler l'idée du sujet propre. En cela elle diffère beaucoup de la première espèce d'allégorie, qui, commençant par une simple métaphore développée par degrés,.n'exclut point de la suite du discours l'emploi de l'idée du sujet propre. Un exemple de chaque genre rendra plus sensibles ces différences, et ce que nous venons de dire.

Le Psalmiste ayant figuré le peuple d'Israël sous l'emblème d'une vigne (3) , a étendu fort au long cette métaphore , et l'a très-heureusement développée, à l'aide de plusieurs circonstances accessoires. Parmi les beautés nombreuses dont abonde cette allégorie , il faut mettre au premier rang la délicatesse avec laquelle 1 écrivain sacré commence et cesse de l'employer; passant peu à peu du propre au figuré , et reve-

(1) II. Rois, XII, 2.

(a)Jug. IX, 7.

(3) Ps. LXXIX.

l64 I>E LA POÉSIE SACRÉE

nant par une gradation aussi habilement ménagée du figuré au propre :

» Vous avez tiré cette vigne de l'Egypte ;

» Vous avez chassé les nations , et vous l'avez plantée ;

» Vous avez préparé la place devant elle, (a) »

Devenu plus hardi , il se livre à son idée ; mais après quelques détails, avec quelle élégance il l'abandonne pour rentrer dans son sujet !

« Revenez , ô Dieu des armées;

» Du haut des cieux abaissez vos regards sur elle ;

» Prenez soin de cette vigne ,

» Du rejeton qu'a planté votre droite ,

» De la race que vous vous êtes préparée.

■» Elle est en proie aux flammes , et entièrement

» dévastée; » A votre aspect menaçant , elle périt. » Que votre main s'étende sur l'homme de votre droite, » Sur la race de l'homme , que vous vous êtes

» préparée, (b) »

Par cet exemple , on voit comment dans cette première espèce d'allégorie on peut mêler ensemble le propre et le figuré , et combien cette licence a d'agrément , le passage d'un sens à l'autre devenant par-là plus adouci et plus grave ,

Texte de M. Lowth.

(a) Ex Mgypto eduxisti vitem; Ejecisti gentes , eamque plantàsti ; Jntè faciem ejus prxparâsii locum.

Ps. LXXIX,9.

(b) Revertere , o Deus exercituum ; De cœlo despice et intuere ,

Et vitis hujus curam suscipe , Et germinis quod tua plantavit dextera , Et sobolls quam tibi confirmâsti.

Igni comburitur peiùtùsque succiditur ; Per vultus tui increpationem pereunt. . SU manus tua super virum dexterœ tux , Super sobolem illam hominis quam tibi confirmâsti, Ibid. 15.

des hébreux. 2. Part. Leçon. 10. i65 et la lumière qui ne pénètre qu'obliquement et sans se développer n'en étant que plus agréable; il en sera autrement lorsque la même image prendra la forme de la seconde espèce d'allégorie , c'est-à-dire , de la parabole , ainsi que l'a pratiqué Isaïe. Ici le sens propre , et tout ce qui s'y rapporte, même indirectement, n'est point admis ; toutes les couleurs du style sont d'emprunt ; tous les ornemens sont pris à la même source. Ainsi toutes les circonstances qui , dans le premier exemple , sont exprimées au propre , c'est-à-dire , V expulsion des nations , la place préparée , la mort causée par les menaces de Dieu, sont rendues dans le second par des expressions métaphoriques. « Le Seigneur nettoie sa vigne , » en recueille les pierres. Lorsqu'elle a trompé >» ses espérances, il arrache la haie qui l'envi- » ronnait ; il la dévaste , et ordonne aux nuées » de ne plus répandre de pluie sur elle, (a) » Ce qui a de la grâce dans le premier exemple serait absurde et déplacé dans le second. En effet , le but de la métaphore continuée , et celui de la parabole , sont différens. Dans la première , on se propose de couvrir le sujet dornemens plus magnifiques, d'y répandre plus d'éclat, d'en rendre les traits plus saillans, afin qu'il frappe l'esprit dès la première vue : dans la seconde, au contraire , on cherche à éloigner la vérité des regards , à voiler ce qu'elle a souvent de trop sévère , afin qu'elle s'insinue avec douceur , et qu'elle exerce son pouvoir presque à la dérobée.

Texte de M. Lowth.

(a) Fineam suam Deus collectis lapidibus expurgat ;fallenti autemjidem et sepeni dirait, vastamque eam reddit , edicitque nubibus ne in eam demittant imbrcs. Ts. V, 1 , 7.

lG6 DE LA POÉSIE SACRÉE

Il y a cependant une sorte de parabole qui n'a pas d'autre objet que l'embellissement du sujet. Telle est cette parabole remarquable du cèdre du Liban (i), que nous fournit Ezéchiel, et que nous avons déjà citée. Il n'en est point de plus exacte ni de plus belle, si l'on considère l'image en elle-même : si l'on s'arrête aux traits particuliers et aux couleurs, il n'en est point de plus élégante ni de plus ornée. Cependant dans cette parabole , le poète sacré a mêlé aux traits métaphoriques (2), quelques-uns de ceux qui appartiennent au sujet propre. Est-ce parce que la nature de cette parabole le lui a permis ? Est-ce l'ardeur de son génie qui l'a rendu quelquefois moins attentif à la rigueur de la règle ? C'est ce que nous n'osons pas décider.

(0 Ezéch. XXXI.

(2) Ibid, 11 , i4> x5, 16, 17.

des hébreux. 2. Part. lG"J

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