LEÇON QUATORZIÈME
Du genre sublime , et du sublime de diction.
Sommaire. Comment le mot hébreu qui désigne la parabole , renferme aussi une idée du sublime. Sublime de diction et de pensées. Par quelles qualités propres la diction poétique des Hébreux a "mérité un nom qui rappelle l'idée du sublime. Celui de la diction poétique naît de la vivacité des sentimens. Combien l'élocution poétique des Hébreux diffère de la prose : formes singulières de diction et de construction poétique.
Après avoir exposé avec étendue dans les leçons précédentes , ce que le style figuré offre de plus remarquable, et de plus propre à peindre la manière et le caractère particulier de la Poésie hébraïque , nous allons ,. sans nous arrêter à ce qui peut-être commun tout à la fois et à la poésie et à la prose , passer sur-le-champ à l'examen du sublime des poètes sacrés. Déjà nous l'avons fait connaître , par cette suite nombreuse d'exemples que nous avons rapportés, à mesure que le sujet l'a demandé ; mais c'est ici le lieu d'en parler avec plus de développement ; car il forme le troisième caractère que nous avons assigné au style poétique des Hébreux. Cette qualité est renfermée dans la seconde acception de l'expression dont ils se servent , pour désigner le style parabolique , en ce qu'elle rappelle l'idée de puissance , d 'élévation ; et sou-
ues hébreux. 2. Part. Leçon 14. 207 vent même , lorsqu'il s'agit de style , ce mot semble signifier principalement ce qui excelle , ce qui est éminent , ce qui domine dans le discours. Telle est sans aucun doute, la force de cette expression , dans ces passages des livres saints , où il est dit de quelqu'un , qu'il élevé sa parabole; ce qui signifie qu'il profère quelque parole grande et élevée. Prenons pour exemple l'endroit même où cette locution est employée pour la première fois. Voici donc de quelle manière Balaam élevé sa parabole :
« Balac m'a appelé du pays d'Aram ;
» Le roi des Moabites , des montagnes d'Orient.
» Viens, m'a-t-il dit, maudis Israël ;
» Viens , accable Israël d'imprécations.
» Comment maudirai-je celui que Dieu n'a point
» maudit ?
» Comment accablerai-je d'imprécations celui que
» le Seigneur n'en a point accablé ?
» Je le regarderai du haut des rochers, » Et je le contemplerai du sommet des collines. » Voilà le peuple qui habitera à l'écart , » Et qui ne prendra point rang parmi les nations ! » Qui a compté la poussière de Jacob , » Ou seulement la quatrième partie d'Israël ? » Que mon ame meure de la mort des justes, » Et que ma fin soit semblable à la sienne (a) ! »
Texte de M. Lowth.
(a) Ex Aram&â me arcessivit Balacus ; Rex Moabitarum ex montibus Orientis :
Feni, execrare mihi Jacobum; Et veni , detestare Israé'lem.
Quomodà maledicam , cui non maledixit Deus ? Autquomodo detestabor , quem non detestatus
est Jehova?
Nam è vertice rupium eum aspiciam, Et ex collibus eum contemplabor .
Enpopulum, qui seorsùm habitabit , Neq ue sese gentil) us annumerabit !
Quis percensuit puloerem Jacobi ?
2o8 DE LA POÉSIE SACREE
Sous quel rapport ce discours du Prophète paraît-il mériter le nom de parabole? A la vérité, il est divisé en phrases parallèles , en membres pareils, exactement coupés à des intervalles égaux, et la traduction n'a point détruit ni même beaucoup altéré l'élégance de cette distribution. Ce genre de discours , ainsi que nous lavons établi plus haut , était mis , à cause de cette construction des périodes , au nombre des proverbes et des sentences , appelées aussi en hébreu paraboles , quoiqu'il n'offre rien au fond de semblable aux sentences et aux proverbes. Mais si l'on veut considérer avec attention le passage cité , et ceux qui sont annoncés par la même formule , tous distingués , soit par une variété singulière dans les images et les figures , soit par une grande élévation de pensées et d'expressions, souvent même par la réunion de ces qualités , on se persuadera facilement qu'il faut entendre par-là quelque chose de plus important que le mérite de cette symétrie sentencieuse. Que si nous examinons ce passage sous un autre rapport, nous n'y trouverons rien de figuré , au moins dans le sens où nous entendons ici cette expression ; c'est-à-dire dans l'acception de parabole. On n'y aperçoit en effet aucune allégorie soit simple, soit mystique ; point d'images, point de comparaisons : on y remarque une seule métaphore en quatorze vers : d'où il suit qu'on ne peut attribuer à ce passage le titre de parabole , comme appartenant au genre parabolique proprement dit. Il ne nous reste donc plus d'autre parti que
Aut numerum vel quartœ partis Israêlis P
Moriatur anima mea morte justorum ;
Et sit exitus meus illius instar! Num. XXIII , 7.
des hébreux, i. Part. Leçon 14. 209 de supposer que cette dénomination désigne ces pensées vives, cet esprit élevé, cet éclat, cet enthousiasme dont toute la réponse du Prophète est animée. Par cet exemple , nous avons voulu faire connaître les motifs qui nous portent à croire que le mot héhreu , autant par sa force naturelle que par l'usage , renferme l'idée du sublime ; et que le style poétique chez les Hébreux , atteste par son titre et sa dénomination même , de combien il l'emporte sur la Poésie des autres nations.
Nous prenons ici le mot de sublime dans son acception la plus étendue , et nous entendons non-seulement celui qui présente des idées grandes , relevées par la pompe des images et des expressions , mais encore cet effet puissant du discours , en quoi qu'il consiste , qui frappe et étonne l'ame , qui émeut les passions , qui rend l'image des objets avec force et clarté, se mettant peu en peine si le style est simple ou orné, recherché ou vulgaire. En cela, nous suivons les principes de Longin , auteur du plus grand poids en cette matière , tant par la profondeur de ses pensées que par la noblesse avec laquelle il sait les exprimer.
Le sublime réside ou dans rélocution , ou dans les pensées. Presque toujours cependant il naît de la réunion de ces deux parties qui se prêtent un mutuel secours , et se communiquent un surcroît de force et de majesté; ce qui néanmoins n'empêche pas que nous ne puissions nous en occuper séparément. Examinons donc d'abord ce que l'élocution poétique des Hébreux, considérée soit en elle-même , soit par comparaison avec la prose , a de particulier , qui ait 1. 18
2IO DE l'A. POESIE SACREE
pu lui mériter une dénomination empruntée de l'idée du sublime.
La Poésie, de quelque langue qu'elle fasse usage , a une élocution qui lui est propre , vive , pompeuse , harmonieuse , hyperbolique dans ses expressions, recherchée et soigneusement travaillée dans ses tours ; enfin , qui par son ensemble et sa couleur, s'éloigne entièrement du style ordinaire, et quelquefois même force avec indignation les barrières dans lesquelles le langage vulgaire est retenu. La raison s'énonce avec calme, modération , douceur; elle dispose ses idées avec ordre , les rend avec netteté , les développe de la manière la plus distincte. Les passions , au contraire , ne s'occupent d'aucun de ces soins; les pensées affluent en tumulte dans lame émue , y luttent intérieurement ; bientôt les plus animées s'élancent en désordre au dehors par le premier passage qui s'offre à elles. Elles ne vont point à la recherche mais se saisissent de ce qui est vif, éclatant, plein de feu; en un mot, la raison se sert du langage ordinaire , et les passions du langage poétique. L'ame , par quelque sentiment qu'elle soit émue, s'attache uniquement et avec force à ce qui produit cette émotion. Elle fait effort pour l'énoncer, et ce n'est point assez pour elle d'exprimer ce sentiment simplement et tel qu'il est; il faut encore qu'elle le peigne tel qu'elle l'éprouve ; c'est-à-dire , avec éclat , douleur , transport, ou excès. Les passions, en effet, par l'impétuosité qui leur est naturelle , sont portées à l'exagération. Elles agrandissent et amplifient tout au fond de nos cœurs , et se plaisent à l'exprimer au dehors avec élévation , avec pompe, et avec force. Elles parviennent à ce
des hébreux. 2. Part. Leçon 14. 21 ï but , principalement par deux moyens : en parant le sujet d'images éclatantes , empruntées d'objets étrangers , et en introduisant dans l'élocution des tours nouveaux qui étonnent et qui sont du plus grand effet , par cette unique raison qu'ils imitent et figurent en quelque sorte l'état et la situation de l'ame elle-même. De là ces figures dont parlent tant les rhéteurs , qui ont attribué à l'art, ce qui plus que nulle autre chose est dû à la nature.
« La nature , dit Horace, nous façonne d'abord » intérieurement à toute sorte de sentimens , » suivant les divers états où nous place la for- » tune. Elle nous dispose au plaisir, ou nous » pousse à la colère , ou bien encore nous abat » sous le poids d'une affliction douloureuse. « La langue ensuite lui sert d'interprète pour » émettre au dehors les affections de lame. (1) »
Il est facile de s'assurer que ce qui arrive, par rapport à la Poésie en général , a lieu principalement à l'égard de celle des Hébreux. Et d'abord, nous avons déjà vu combien elle excelle dans l'emploi des métaphores et des comparaisons , et combien elle doit d'éclat , de pompe et d'élévation à ces figures. Quant à la diction , nous avons encore observé plus haut toute la noblesse et toute la beauté qu'elle. tire du dialecte poétique dont elle fait un usage fréquent , ainsi que de la disposition savante des périodes ; disposition qui paraît évidemment avoir une connexion étroite avec la forme métrique , quoique celle-ci
(1) Format enim natura priîis nos intùs ad omnem
Fortunarum habitum ; juvat , aut impellit ad iram ; A ut ad humum mœrore gravi deducit , et angit ; Post effert animi motus interprète linguâ.
Ars poet. v. 108.
soit entièrement perdue pour nous depuis longtemps. Il ne nous reste donc plus qu'à examiner, s'il est encore dans l'élocution poétique des Hébreux quelque autre qualité particulière qui la distingue et la sépare de la prose.
On ne peut rien imaginer de plus simple et de plus dénué d'ornemens, que le discours ordinaire des Hébreux. Tout y est nu , uni , naturel et sans art ; point de recherche ni de choix dans les expressions ; aucun soin , pas même la pensée du travail dans la construction des périodes ; Tordre des mots est presque toujours constant et le même. Le verbe commence ; vient ensuite le mot qui désigne l'agent; le reste suit. Chaque idée est exprimée dans une proposition particulière ; les accessoires sont placés séparément , sans aucun mélange des diverses parties de la phrase ; et ce qu'il y a de plus remarquable , c'est qu'à l'aide d'une seule particule, toutes ces parties se lient les unes aux autres , depuis le commencement jusqu'à la fin , sans désordre , sans interruption et sans confusion. Enfin , tel est l'ordre général qui se montre dans le discours ; tel est l'enchaînement continu de toutes ses parties, qu'on y reconnaît facilement l'égalité dame de l'écrivain , et qu'il nous peint parfaitement le calme et la tranquillité dont elle jouit. Mais dans la Poésie de ce même peuple , il en est autrement : presque toujours sous quelques rapports, et quelquefois sous tous en même temps , on y voit un génie qui s'élance en liberté ; qui n'a ni le loisir, ni la volonté de s'arrêter à des détails minutieux et vulgaires. Souvent il songe moins à exprimer et à embellir ses pensées par la parole, qu'à les découvrir, qu'à les mettre au jour , qu'à représenter sans voile à nos
DES HÉBREUX. 1. Paît. LeÇOll 1^. 2l3
yeux , les états divers , les mouvemens , les émotions subites , les transports rapides , et les innombrables révolutions auxquelles l'ame est en proie.
Si l'on désirait sur ce point une plus grande certitude , nous ne doutons point qu'on ne l'obtînt facilement , en tentant une épreuve que nous allons indiquer. Qu'on prenne le livre de Job ; qu'on en lise d'abord le préambule historique ; qu'on passe ensuite à la partie poétique, et qu'on étudie avec soin le premier discours de cet homme illustre. On avouera bientôt , en parvenant à cette partie , qu'on a cru entendre une autre langue , et qu'on a trouvé, entre les deux styles , plus de différence , que si , de la lecture de Tite-Live , on était passé à celle de Virgile , ou que si l'on avait quitté Hérodote ou Xénophon , pour Homère ou un chœur de Sophocle ou d'Eschyle. Cette remarque serait juste et fondée ; car le discours indiqué offre l'imitation de la passion la plus violente , et les poètes n'ont jamais rien osé de plus véhément ni de plus animé. Aussi non-seulement on y remarque une force , une beauté , une sublimité admirable dans les pensées et les images ; mais encore le caractère général de l'élocution est tel , les expressions sont si vives, les idées accumulées avec tant d'abondance, l'enchaînement des phrases est si fortement lié , la forme de la construction , toujours tellement pleine d'ame et de sentiment , que jamais la Poésie n'a rien enfanté de plus digne d'elle. La plupart de ces beautés sont si évidentes , qu'elles ne peuvent échapper au lecteur attentif; mais il en est quelques autres, et principalement celles qui dépendent de la forme même de la construction , dont l'effet est plus
2l4 DE JA POÉSIE SACRÉE
difficile à reconnaître. Souvent même celles qui sont les plus frappantes, et que l'esprit peut apercevoir sans peine , sont en même temps celles dont le développement et l'explication offre le plus de difficulté : quand on les examine , elle se montrent clairement à la vue; mais veuton y porter la main , elles semblent s'évanouir. Comme elles ont cependant un rapport trèsdirect avec le point que nous traitons en ce moment , nous allons essayer de donner une idée de ces beautés particulières.
Et d'abord, que le lecteur remarque avec quelle violence éclate la douleur qui depuis long-temps fermentait dans le cœur de Job, et y était comprimée.
« Périsse le jour, je devais naître en lui ; »
( au lieu de , dans lequel je devais naître ;)
« Et la nuit (qui ) dit : Un homme a été conçu, (a) »
Qu'il fasse attention à cette tournure irrégulière et interrompue du premier verset ; à la figure hardie que renferme le second, et à sa construction plus irrégulière encore. Qu'il pèse dans son esprit, si un tour aussi animé et aussi désordonné serait tolérable en prose , et même en poésie, à moins qu'il ne fût dicté et soutenu par la passion la plus forte. Il reconnaîtra cependant que le sens de cette période est très-clair, et même qu'il est d'une telle clarté , qu'en le développant on ne ferait qu'affaiblir et dénaturer l'expression des sentimens du personnage
Texte de M. Lowth.
{a) Pereat dies , nascituriis eram in eo; (i. e. quo nasciturus eram. ) Et nox (qiœ) dixit , Concept us est vir.
Job. III, 3.
des hébreux. 2. Part. Leçon 14. 2i5 qui parle. Par une rencontre fort heureuse , il nous est permis d'en faire l'épreuve. Il y a en effet dans Jérémie, un passage tellement semblable à celui que nous venons de citer, qu'il paraît en être copié. Ce sont les mêmes pensées, et presque les mêmes expressions. Mais Jérémie a suppléé les ellipses de la construction ; il a adouci les tournures interrompues de Job ; et enfin il a étendu ce court distique , en quatre de ces longs vers dont il use fréquemment :
» Maudit soit le jour où je suis né !
» Que le jour où ma mère m'enfanta soit au nombre
» des jours funestes !
» Maudit soit celui qui annonça ma naissance à mon
» père, » Et qui en lui disant , Un enfant mâle vous est né ,
» le combla de joie, {a) »
Il en résulte que l'imprécation de Jérémie offre plutôt le caractère de la douleur que celui de l'indignation. Elle est plus douce , plus touchante, plus plaintive , et principalement propre à exciter la pitié; sentiment que ce Prophète excelle à peindre , tandis que Job cherche moins à émouvoir la compassion qu'à imprimer la terreur.
Mais avançons ; et sans nous arrêter à ce qui se fait assez remarquer de lui-même ; à ces phrases pressées , presque sans aucune liaison entre elles, et qui s'échappent avec force et impétuosité d'une ame brûlante; sans rappeler ces ex-
Textr de M. Lowth.
(a) Maledictus sit dies Me, in quo natus sum ! Dies, quo peperii me mater mea, sit nefastus! Maledictus sit vir Me , qui nuntiavit patri meo, Dicens , Natus est tibijilius mas , magno eum gaudio affecit. Jerem. XX , 14.
2l6 DE LA POÉSIE SACREE
pressions grandes et magnifiques , que lance l'indignation avec une éloquence rapide ; ( et parmi ces expressions , il en est quatre , dans un nombre double de vers , qui paraissent exclusivement réservées à la poésie ; deux du moins ne se rencontrent fréquemment que dans la partie poétique des livres saints , et les autres sont encore plus inusitées: ) sans nous arrêter , disons-nous, à toutes ces particularités , pourquoi cette surabondance dans l'élocution , qui remplace tout à coup la brièveté excessive qu'on y remarquait auparavant ?
« Cette nuit — qu'elle soit livrée aux ténèbres, (a) »
Ici nous retrouvons encore les caractères d'une passion violente et d'une ame troublée. Job avait dans l'esprit , d'énoncer sa pensée en cette forme : « Que cette nuit soit livrée aux » ténèbres. » Mais après avoir proféré les premiers mots , il se saisit tout à coup d'une tournure qui lui semble plus véhémente et plus animée. Nous croyons ne pouvoir mieux éclaircir ce passage , qu'en le rapprochant de ces vers d'Horace, dans lesquels une construction aussi irrégulière a échappé au poète indigné :
« Celui-là — ah ! il te planta dans un jour »,funeste (i)
Texte de M. Lovvth.
(a) Nox Ma— occupet illam caligo. Job. III , G.
(t) Me et — nefasto te posait die,
Quicunquc prîmùm et sacrilegâ manu Produxit , arbos , in nepotum
Perniciem , opprobriumque pagi — Il (uni et paren lis crcdiderim s ni Frcgissc ccrviccm , et penclralia Sparsisse noclurno cruorc
Ifospitis ; ille vcncna Colcha , Et quidfjuid usquàm concipitur nef as , Traclavil. Ilor. II. Od. i3.
des hébreux. 2. Part. Leçon 14. 217 Il n'y a pas de doute que le poète n'ait commencé , comme s'il avait dû exprimer sa pensée en cette forme : « Celui-là avait percé le sein » de son père , et souillé sa demeure du sang de » son hôte ; celui-là connaissait l'usage affreux » des poisons , qui te planta , arbre coupable.... » Mais bientôt la colère et l'indignation ont banni de son esprit l'ordre des mots et la construction delà phrase. Qu'un grammairien officieux, avec l'exactitude minutieuse particulière à cette profession, s'empresse de venir au secours du poète embarrassé dans sa marche , et qu'il rétablisse dans ce passage l'ordre naturel et la régularité , nous verrons s'évanouir sur-le-champ l'éclat de cet exorde plein de beauté , le feu et la véhémence dont il est animé se dissiper et s'éteindre à l'instant.
Mais revenons à Job ; il continue ainsi :
« Oui , la voilà ! que cette nuit ait la désolation en » partage {a) ! »
Le poète ne semble-t-il pas avoir devant les yeux l'image , la figure même de cette nuit , et nous l'indiquer du doigt ?
« L'entrée de mon sein (Jb) , »
au lieu de Ventrée du sein de ma mère (1) , est sans doute une ellipse facile à suppléer, mais que
Texte de M. Lowth.
(a) Eccè ! nox ista sit desolata ! Job. III , 7.
(b) Ostia ventris mei. Ib. 10.
(1) Note du Traducteur. — Nous prions nos iecteurs d'excuser les formes insolites que peut présenter la traduction de plusieurs de ces passages. Nous avons été obligés , pour rendre sensible la pensée de M. Lowth , de traduire littéralement , et pour ainsi dire , mot à mot ; sans cela , ses raisonnemens n'auraient plus eu de base , et se seraient détruits.