‹ Leçons sur la poésie sacrée des hébreuxChapitre 10 sur 27 · LEÇON VINGT-SEPTIÈME · texte numérisé non relu

LEÇON VINGT-SEPTIÈME

Troisième caractère de V Ode hébraïque.

Sommaire. Sublime, troisième caractère : ilpeut être produit de trois manières ; 1° par la forme du poème. Exemples. 2° Par la grandeur des pensées et l'énergie de rélocution.

LiE sublime constitue le troisième caractère de l'Ode des Hébreux. Nous nous sommes suffisamment étendus ci-dessus (i) sur celui de leur poésie en général , en tant qu'il résulte de l'élocution et des pensées. Maintenant nous avons à nous occuper du sublime qui , chez ce même peuple, est particulier à l'Ode. Il peut naître de l'ensemble du poème, de la majesté de son ordonnance , et de sa forme générale ; ou de ces sources communes que nous avons déjà indiquées , et qui sont, la grandeur des pensées, et l'énergie du style; ou enfin , de la réunion de toutes ces qualités , lorsque les pensées les plus relevées et l'élocution la plus brillante viennent mettre le comble à la beauté et à la noblesse du plan. Nous allons rapporter successivement des exemples de ces trois différentes espèces , choisis avec le plus grand soin. Une telle matière est bien digne sans doute d'être traitée avec l'attention la plus exacte. Nous voici , en effet , parvenus au point le plus élevé de la Poésie hébraï-

(i) Voyez Leçon XIV et suiv.

des hébreux. 3. Part. Leçon 27. 93 que dont le principal mérite, en général, est la sublimité , et dont l'espèce la plus sublime est l'ode.

Examinons d'abord combien la forme et l'ordonnance du poème peuvent répandre de sublime sur un sujet qui , de sa nature , n'est pas distingué par son élévation. Prenons pour exemple le psaume XLIXe. Le sujet est du genre didactique ; il appartient à la théologie morale. Les maximes qu'il renferme sont graves , pleines de sagesse ; mais elles n'ont en général rien de relevé ni de brillant. On y établit que Dieu se plaît , non aux sacrifices ou aux pratiques extérieures de religion , mais à une piété sincère et aux louanges qui s'épanchent d'un cœur reconnaissant , et que même ces démonstrations de piété ne lui sont point agréables sans la justice et les autres vertus. Ainsi , ce psaume se divise en deux parties : dans la première , on reprend l'adorateur pieux, mais ignorant et livré à la superstition ; dans la seconde , celui qui se cache sous le voile coupable de l'hypocrisie. Ces deux parties , si on les considère sous le rapport du style et des pensées , sembleront plutôt traitées d'une manière élégante et variée , que sublime. Mais si nous portons nos regards sur l'ordonnance du poème et sur la scène qui est mise sous nos yeux , nous reconnaîtrons qu'il ne peut rien y avoir de plus magnifique. Dieu , par un décret solennel, convoque toute la race humaine pour exercer devant elle un jugement éclatant sur son peuple. Le tribunal auguste s'élève dans Sion.

« Le Dieu des Dieux , le Seigneur » A parlé , et a convoqué la terre , » Depuis l'orient jusqu'au couchant ;

» Dieu s'est levé de Sion , séjour d'une beauté » parfaite, (a) »

La majesté de l'approche du Tout-Puissant est exprimée par des images empruntées de l'apparition du Seigneur sur le mont Sinaï , source ordinaire , ainsi que nous l'avons observé , où les poètes hébreux vont puiser leurs ornemens dans une semblable occasion :

« Notre Dieu approche , et ne gardera point le silence :

» Un feu dévorant le précédera ;

» Et un ouragan violent grondera autour de lui. (a) »

Le ciel et la terre sont appelés pour être les témoins de la justice du Très-Haut, suivant une locution pleine de majesté , dont on trouve quelques autres exemples, (i)

« D'en haut , il appellera les cïeux » Et la terre , pour entrer en jugement avec son » peuple, (b) »

Aussitôt paraît en personne l'Eternel luimême , et il prononce la sentence qui remplit tout le reste de l'ode; d'où il résulte que l'éclat et la majesté admirable de l'exorde se communiquent à toutes les autres parties du poème. Parmi les odes d'Horace , il en est une dont le

Texte de M. Lowth.

(a) Deus Deorum Jehova.

Locutus est , et convocavit terram , Ab ortu solis ad ejus occasum :

Ex Sione perfectœ pulchritudinis Deus exortus est.

(6) Adveniet Deus noster , nec silebit ;

Prœcedet eum ignis edax ,

Et circumfremèt vehemens turbo.

(i) Voy. Deutér. XXX II, i; et Isaïe, I, 2.

(c) Advocablt cœlos ex alto ,

Et terram, utjudiclo contendat cumpopulo suo.

des hébreux. 3. Part. Leçon, ny. Cy5 sujet est peu différent, (i) Ce poète Ta traité, suivant sa coutume , avec variété et élégance , et même avec plus de gravité et de piété qu'on ne devait en attendre d'un homme à qui les vérités divines étaient étrangères. Mais , dans une semblable matière , ce dernier degré de sublime auquel s'est élevé le Psalmiste , forme l'apanage exclusif de la Poésie hébraïque , et en effet , aucune autre religion , aucune histoire poétique ne peuvent ni ouvrir une scène aussi majestueuse , ni la décorer d'un appareil aussi pompeux , et d'images aussi belles et aussi nobles.

Le second exemple que nous allons proposer, diffère en quelque chose du précédent ; le sujet a de lui-même une grande majesté et un éclat infini. Mais cependant une partie considérable du sublime qu'on y admire , est due à la forme et à la disposition générale du poème. Le psaume XXIIIe a été composé à l'occasion de la translation que fit David , de l'arche sainte sur la montagne de Sion. Cette translation fut célébrée au milieu d'un concours extraordinaire du peuple , et , comme il était convenable , avec l'appareil le plus magnifique. Il s'agissait de consacrer le siège de la Religion , que le Très-Haut lui-même avait désigné , la demeure où il devait manifester sa présence ; l'Eternel venait , pour ainsi dire, prendre possession de son trône , et cette fête en était la dédicace solennelle. La nation entière formait le cortège ; l'ordre des lévites présidait à la pompe , faisant entendre leurs voix et de nombreux instrumens de musique. Il paraît qu'ils adressèrent cette ode au peuple , lorsqu'on fut parvenu au sommet de la

(i)Voy. liv. III, od. XXIII.

g6 DE LA POÉSIE SACRÉE

montagne. L'exorde rappelle le domaine souverain et infini du Seigneur , à titre de créateur , sur tout ce qui existe dans la nature :

« A l'Eternel appartient la terre , et tout ce qui la

» remplit; » L'univers et tout ce qui l'habite :

» Car c'est lui qui l'a fondé au-dessus des mers , » C'est lui qui l'a établi au-dessus des fleuves, {a) »

Ainsi donc , quelle faveur signalée , quelle marque éclatante de bienveillance de sa part, que de se choisir , dans l'immensité de cet empire , un peuple et une demeure particulière ! Quels fruits de sainteté , de justice , de vertus de toute espèce , ne doit pas porter une nation qu'il s'était attachée par un bienfait si singulier ! « Au Seigneur votre Dieu , avait dit Moïse , en » s'adressant aux Israélites , appartiennent les » cieux , les cieux des cieux , la terre et tout ce » qu'elle renferme ; cependant il a environné » vos pères de son amour , et après eux , il a » choisi leurs descendans , c'est-à-dire , vous- » mêmes , entre tous les peuples , comme vous » en êtes les témoins ; c'est pourquoi ayez soin > de circoncire vos cœurs, et à l'avenir, n'en- » durcissez plus vos têtes, (i) » Ici, David fait valoir le même motif, sans cependant lui donner autant de développement :

Texte de M. Lowth.

(a) Jekovœ est tellus et plenitudo ejus ; Orbis , quique eum incolunt:

Ille enim suprà maria eum fundavit, Et suprà Jlumina eum stabilivit.

(1) Eccè Jehovce Dei vestri sunt cœli, et cœli cœlorum , et tellus, et (juicc/uid in eâ continetur : nihilominiis majores vestros amore complexus est , et eorum posteros , vos nimirum ipsos y ex omnibus populis elegit , uti videlis. Quocircà circumcidite cordis vestri prœputium , neque cervicem vestram ampliùi indurate. Deulcr. X , i4 — 16.

des hébreux. 3. Part. Leçon 27. gy

» Quel est celui qui montera sur la montagne du

» Seigneur?

» Et qui s'établira dans le séjour de sa sainteté ? » Celui dont les mains sont sans tache , et qui a le

» cœur pur ; » Qui n'a point placé sa confiance en de vaines divï-

» ni tés ; » Qui , pour tromper , n'a point pris le nom de Dieu

» à témoin.

» Celui - là recueillera la bénédiction du Seigneur , » Et éprouvera la justice du Dieu qui l'a sauvé. » Telle puisse être la race qui le cherche , » La race qui contemple la face du Dieu de Jacob ! (a) »

Ainsi , le poète s'est appliqué jusqu'ici à retracer la bienveillance singulière que le Seigneur a témoignée aux Israélites , et les obligations immenses de pratiquer la vertu qui leur sont imposées en retour , puisque celui qui est le créateur et le maître de toutes choses a daigné habiter au milieu d'eux d'une manière spéciale, et se rendre visible à leurs yeux. Mais déjà la marche solennelle approche des portes du tabernacle ; pendant que l'arche y est introduite , les

Texte de M. Lowth.

(a) Quis ascendet in montent JehovœP Et quis stabit in sede ejus sanctitatis ? Immunis manibus , et purus corde; Qui in vanis numinibus fiduciam suam non repos uit, Nec juravit fallendx fidei consilio .

Is reportabit benedictionem à Jehovâ , Et justifiant à Deo ejus sospitatore.

Talis sit gens , quœ illum quxrit; Quue visit faciem Dei Jacobi.

La face de Dieu , expression hébraïque , qui désigne ce symbole auguste de la présence divine , qui se montrait audessus de l'arche. Chercher la face du Seigneur, c'est se présenter devant l'arche , c'est adorer le Seigneur dans son temple ; devoir dont les Israélites devaient s'acquitter trois fois l'année. ( Voyez II. Rois, XXI, i ; 11. Paralip. Vil, les Ps. XXV1 , 8;etClV, 4;Exod. XXIII, 17. ) II. y

lévites , partagés en deux chœurs , chantent en se répondant le reste de l'ode. Il est possible que l'ode entière ait été chantée de la même manière ; mais cette forme se découvre bien évidemment à la fin. Ici, soit que nous considérions le fonds des idées , soit que nous examinions les images , les figures , le style , nous y voyons un sublime simple, naturel, et par-là même , vrai et digne de toute notre admiration :

» Elevez vos têtes , ô portes ; » Elevez-vous , portes éternelles , » Et le Roi de gloire entrera.

» Quel est ce Roi de gloire ?

» C'est Jehova , Dieu fort et puissant ; » Jehova , Dieu puissant dans les combats. » Elevez vos têtes , ô portes ; » Elevez-vous, portes éternelles, » Et le Roi de gloire entrera.

» Quel est donc ce Roi de gloire ?

» Ce Roi de gloire , c'est le Dieu puissant des » combats, (a) »

Il est facile de voir que la beauté et la sublimité de ce psaume sont tellement liées avec l'occasion et la pompe de la cérémonie à laquelle il était destiné , qu'en détruisant ce rapport , non-seulement on verrait s'évanouir toute sa

Texte dk M. Lowjh.

(a) Tollite capita vestra , o port 'x ; Vosque exaltemini , xtemx fores , Et intrabit Rex glorix.

Cuis est Rex ille glorix ?

Jehova robnstus et potens , Jehova potens belli.

Tollite capita vestra , o portx ; Fosque exaltemini, xtemx fores , Et intrabit Rex glorix.

Cuis verb est /(ex ille glorix ?

Jehova armipotens , ille Rex est gloriœ

des hébreux. 3. Part. Leçon iy. 99 grâce et tout son effet , mais encore que les idées, les expressions et le plan qui le distinguent, resteraient sans motif. Que devons-nous donc penser de tant d'autres compositions , pour l'intelligence desquelles le temps nous a ravi toutes les lumières de l'histoire ? Quelles pertes n'avons-nous pas à déplorer en ce genre , à l'égard des poésies sacrées? Combien de beautés ont été ternies , altérées , entièrement effacées par l'obscurité qui couvre les événemens qui en faisaient le sujet ? Combien de fois ne nous arrive-t-il pas de ne connaître ni l'auteur, ni le siècle , ni l'occasion de tel ou tel poème ? Plus souvent encore , n'ignorons-nous pas bien des faits et bien des circonstances qui se liaient au sujet principal, et qui fournissaient à l'ensemble de la composition ses plus beaux ornemens? C'est ce que nous éprouvons sous certains rapports , à l'égard du célèbre cantique de Débora. Tel paraît être encore le psaume LXYIIe, quoiqu'on puisse facilement se convaincre que le sujet en est à peu près semblable a celui du psaume que nous venons d'examiner , puisqu'il commence par cette formule connue , et qui était consacrée pour les translations de l'arche (1) :

« Que le Seigneur se lève ; que ses ennemis soient

» dissipés ; » Et qu'à son aspect , ceux qui le haïssent prennent » la fuite, (a)

Mais toutes les causes ont concouru pour

(1) Voyez Xombr. X , 35.

Textb db M. Lowth.

(a) Exsurgat Deus ; dissipentur ejus inimici; Et JiKjicuit afacie ejus qui eum oderunt.

répandre la plus grande obscurité sur ce nobie poème : sans cela , il nous aurait fourni un modèle du sublime le plus relevé , dont cependant encore nous admirons à bon droit quelques rayons épars , mais qui peuvent à peine percer les nuages épais répandus à l'entour.

Pour la seconde espèce de sublime que nous avons indiquée , et qui consiste uniquement dans la grandeur des pensées et dans la vivacité du style , sans aucune majesté particulière dans la forme générale et la disposition du sujet , nous en avons un exemple remarquable dans le cantique d'actions de grâces que Moïse composa après le passage de la mer Rouge, (i) Le poème est extrêmement simple sous tous les rapports ; l'invention et la disposition des idées n'offrent aucun art, aucune recherche. On n'y entend que les accens de la nature et du sentiment; partout éclatent en liberté, la joie, l'admiration, l'amour et le respect. L'esprit des Israélites est uniquement fixé sur le prodige étonnant de la mer divisée , des flots amoncelés de toutes parts autour d'eux , de leurs ennemis ensevelis sous ces mêmes flots qui sont retombés tout à coup dans leur lit. Ils peignent ces merveilles , comme il est en leur pouvoir , d'une manière concise, interrompue , à grands traits , avec transport; indiquant en peu de mots chaque circonstance, et y revenant plusieurs fois :

» Je chanterai le Seigneur, parce qu'il s'est élevé

» avec majesté ; » Il a précipité dans la mer le coursier et celui qui

» le montait, {a) »

(i) Exod. XV.

Texte de M. Lowtii.

(a) Cantabo Jekovx, quia magnifiée seseextulit; Equum equitemque in mare dejecit.

des hébreux. 3. Part. Leçon 27. 10 1 C'est là le prélude , et en même temps , le vers intercalaire ou refrain de l'ode ; un chœur de femmes le répète à certains intervalles. Le sujet du poème entier s'y trouve exprimé brièvement. Ce qui n'empêche pas que la même idée ne soit reproduite à plusieurs reprises , mais par des expressions différentes, et sous d'autres images. On trouve en effet peu après :

« Il a renversé dans la mer les chars et les bataillons

» de Pharaon ; » L'élite de ses chefs a été engloutie dans la mer Rouge. » Les abîmes les ont couverts ; » Ils sont descendus au fond des flots , comme une

» pierre, (a) »

Et dans un autre endroit :

« L'ennemi avait dit : Je les poursuivrai , je les

» atteindrai , » Je partagerai leurs dépouilles; mon ame se rassasiera » Je tirerai l'épée ; ma main les taillera en pièces. » Votre esprit a soufflé , et la mer les a engloutis ; » Ils ont été ensevelis dans les eaux profondes., pareils

» à une masse de plomb, (b) »

Mais ce n'est point assez : le poète ajoute encore :

« Seigneur, entre tous les dieux qui est semblable à

» vous ?

» Quel autre est , comme vous , redoutable par sa

» sainteté, » Eclatant en gloire , et fécond en merveilles ?

{a) Pharaonis currus copiasque in mare dejecit ,

Et in mari Rubro demersi sunt electi ejus duces.

Operuerunt eos abyssi ;

Descenderunt in profunda , sicut lapis. {b) Dixerat hostis : Persequar , adsequar ;

Dividam spolia , exsaturabitur anima mea ;

Stringam gladium , exscindet eos manus mea.

Spiritu tuojlavisti ; operuit eos mare ;

Demersi sunt , ut plumbum in aquis ingentibus.

» Vous avez étendu votre droite ; la terre va les » engloutir. (1) »

Peinture vraie de l'impétuosité d'une ame émue; de la puissance de la nature , qu'il n'est point accordé à l'art de pouvoir atteindre; des passions qui luttent avec effort , également tourmentées et par l'abondance des idées et par la disette des expressions, et qui se peignent ainsi au dehors avec bien plus d'énergie. Il faudrait transcrire l'ode entière , si nous voulions dénombrer en particulier tout ce qu'elle offre de sublime et de digne d'éloges. Nous nous contenterons d'une seule observation , qui s'applique à la Poésie des Hébreux en général , mais spécialement à la composition qui nous occupe ; c'est que la brièveté du discours est ce qui contribue le plus au sublime. L'abondance et le développement nuisent presque toujours à la majesté des idées. C'est ainsi qu'un corps en santé perd de ses forces et de sa vigueur , en proportion de l'embonpoint qu'il acquiert. Les Hébreux, à considérer leurs productions en général , sont riches, abondans, féconds; si on en examine les détails, on les trouve avares , resserrés, concis. C'est par des variations, des répétitions et quelques légères additions , qu'ils amplifient leurs idées. Le sujet , dans son ensemble , est traité avec étendue, mais par phrases vives, coupées, toujours courtes et pleines de nerf. C'est ainsi qu'ils parviennent à allier l'abondance et la brièveté. Ils doivent cette concision et au génie de leur

Texte de M. Lowth.

(1) Cuis tut similis inter deos , Jehova! Cuis tui similis , verendus sanctitate ! Terribilis laudum , faciens mirabilia !

Exlendisti dexteram , absorbet eos tellus.

des hébreux. 3. Part. Leçon 27. io3 langue , et à la nature de la versification hébraïque. De là vient que cette qualité s'évanouit dans presque toutes les traductions , et surtout dans les traductions en vers.

Nous allons rapporter le psaume XXVIIIe, comme un modèle distingué de sublime , en même temps que de cette heureuse alliance de la brièveté du style avec l'abondance des idées. Le poète y démontre l'empire suprême de Dieu et sa puissance infinie, par le fracas redoutable et la force admirable du tonnerre , que les Hébreux appellent la voix du Seigneur. Pour cela , il en décrit les effets.

« Apportez des victimes au Seigneur ; apportez au

» Seigneur un tribut de gloire et de louange. » Rendez au nom du Seigneur la gloire qui lui est

» due ; adorez le Seigneur dans le sanctuaire où

» réside sa sainteté.

» La voix du Seigneur a retenti sur les eaux ; le Dieu

» de gloire a fait entendre son tonnerre; le

» Seigneur a fait entendre son tonnerre sur les

» vastes eaux.

» La voix du Seigneur est pleine de force; la voix du

» Seigneur est pleine de majesté.

» La voix du Seigneur brise les cèdres; le Seigneur

» brise les cèdres du Liban.

» Il les fait bondir, comme le petit de la génisse; il

» fait bondir le Liban et le Sirion (1), comme

» le faon de la licorne.

(1) Note du Traducteur. — M. Michaélis nous apprend que le Sirion était la cime la plus haute de la chaîne du Liban.

Le même M. Michaélis , dans une note qui suit cette Leçon , donne , du sujet de ce psaume , une ex plication qui nous paraît ingénieuse , et que nous croyons à propos d'indiquer.

« Qu'on ne perde pas de vue , dit-il , en lisant ce poème , » en quel iieu et au milieu de quel peuple le poète célèbre » les louanges du Très-Haut, par la considération des effets » terribles du tonnerre. C'est en Palestine, parmi les lsraé- • lites, qui voyaient naître les orages du côté de l'Occident,

Iû4 DE LA POÉSIE SACRÉE

» La voix du Seigneur lance la flamme et le feu. » La voix du Seigneur fait trembler le désert ; le

» Seigneur fait trembler le désert de Cadès. » La voix du Seigneur force les biches à l'avorte-

» ment , et ravage les forêts ; tous viendront lui

» rendre gloire dans son temple.

» Le Seigneur est assis sur les eaux qui vont sub-

w merger la terre -, le Roi tout-puissant est assis

» sur un trône éternel.

» Le Seigneur donnera la force à son peuple ; le Sei-

» gneur répandra sur son peuple la bénédiction

» et la paix, («) »

» au sein de la Méditerranée , d'où ils venaient éclater sur

» la chaîne du Liban , et allaient expirer dans les déserts de

» l'Arabie. Or , c'est là le tableau que nous trace le poète,

» imitateur fidèle de ce qui se passait sous ses yeux. Rappe-

» lons-nous encore que le nombre septénaire était un nom-

» bre consacré parla Religion ; et c'est à quoi fait allusion

» cette expression, la voix du Seigneur, répétée jusqu'à

» sept fois. Le poète a voulu, par l'emploi de ce nombre

» mystérieux , consacrer la majesté du tonnerre et la ter-

» reur qu'il inspiie ,.à la gloire du Dieu suprême qui , dans

» six jours , créa le ciel et la terre , et qui fit du septième,

» un jour de fête pour lui-même. Sans cette intention , nous

» croyons que le poète aurait omis la quatrième répéti- » tion. »

Version du P. Houbigant.

(a) Donate Domino filios arietum , donate Domino gloriam al que laudem.

Donate Domino gloriam nominis ejus ; adorate Dominum in atrio sanctitalis.

Vox Domini super aquas , Deus majestatis intonuit ; intonuit Dominus super aquas multas.

Fox Domini in fortitudine , vox Domini in magnificentiâ.

Vox Domini frangit cedros , frangit Dominus cedros Libani.

Quinetiam , quasi vitulum subsitire facit eas ; Libanum et Sirion , quasi pullos unicornium.

Vox Domini dividit flammas ignis,

Vox Domini concutit desertum 9 concutit Dominus desertum Cad es.

Vox Domini cogit ad partum cervas , denudatque silvas , et in templo ejus omnes dicent gloriam.

Dominus in diluvio sedet ; sedet Dominus rex in mternum.

Dominus dabit populo s uo fortitudinem ; Dominus benedicet populo suo in pacc.

des hébreux. 3. Part, Leçon 27. io5

Veks de M. Lowth.

Regum Domino cedite , reges , Cedite summi decus imperii.

Date, quos meruit nomen , honores ; Adytis Deum adorât e sacratis , Sonat korrendum magna Dei vox!

sEthere ab alto Deus intonuit ; jEquore vasto superintonuit Valida , augusta , décora , Dei vox !

Ruit ingenti turbine cedros , Ruit umbrosi cedros Libani.

Quatitur Libanus ; subsilit Hermon ; Ut vaga lato bucula campo , Levis in montibus ut saltat oryx.

Ruptis rutilant nubibus ignés ; Déserta tremunt ; tremit alta Cades :

Silva gémit ; querceta laborant ; Densls nudantur nemora umbris ; Subit oque jacent perculsa metu Hominum corda, agnoscuntque Deum.

Deus undantem régit Oceanum ; Rex œterno sedet in solio :

Populumque Deus sibi dilectum Viribus , opibus , pace beabit.

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