‹ Leçons sur la poésie sacrée des hébreuxChapitre 9 sur 27 · LEÇON VINGT-SIXIÈME · texte numérisé non relu

LEÇON VINGT-SIXIÈME

Second caractère de lOde hébraïque.

Sommaire. Caractère moyen de l'Ode, formé par le mélange de la douceur et du sublime : ces qualités peuvent êtres réunies de deux manières. Exemples. Digressions des Poètes hébreux et de Pindare ; différences qui les distinguent. Exemples.

Après avoir proposé quelques exemples de l'Ode caractérisée parla douceur, pour nous élever, par degrés , au point le plus sublime auquel soit parvenue en ce genre la Poésie hébraïque , arrêtons-nous quelques instans à cette espèce moyenne, que nous avons indiquée. Cette dénomination est susceptible de deux sens. En effet , la douceur et le sublime peuvent être mêlés et fondus partout ensemble , avec uiiet telle égalité, qu'il devienne possible de rapporter une semblable composition à l'un ou à l'autre de ces genres : ou bien , l'Ode peut joindre et réunir ces deux qualités , mais dans des parties différentes , de manière que le style change , et ne conserve pas toujours le même caractère. Citons un ou deux exemples de chacune de ces espèces.

Le psaume XCe a pour sujet la sécurité , le triomphe et les récompenses de Famé pieuse. L'exorde nous la montre plaçant dans le Seigneur toute sa confiance :

« Celui qui habite sous la protection du Très-Haut , » Trouvera le repos dans la demeure du Tout-Puis- » sant ;

y 8 DE LA POÉSIE SACRÉE

» Il dira au Seigneur : Vous êtes mon appui et ma

» défense :

» Il est mon Dieu ; j'ai mis en lui tout mon espoir, (a) »

Aussitôt , par une apostrophe soudaine , le poète adresse la parole à celle qui vient de parler :

« Oui f c'est lui qui t'arrachera

» Aux filets du chasseur, à une perte assurée, (b) »

Quelle variété , quelle grâce , et en même temps , quelle majesté et quelle élévation dans les images qui suivent !

« Il te couvrira de ses ailes :

» Sous leur abri , tu seras en sûreté ;

» Sa vérité te servira de bouclier ;

» Tu ne craindras ni les terreurs de la nuit ,

» Ni la flèche qui vole pendant le jour ,

» Ni les fléaux errans dans les ténèbres ,

» Ni le trépas qui exerce ses ravages à midi.

» Mille tomberont à ton côté ,

» Et dix mille à ta droite ;

» Mais il ne parviendra point jusqu'à toi. (c) »

Textb de M. Lowth.

(a) Qui habitat in secreto Mtissimi ;

Qui in umbram omnipotentis sese receptat ; Qui dicit Jehovse, Spes mea et propugnaculum

meum!

Deus meus , in quo confidam. —

(b) Ille proj ectà te eripiet

E laqueo venatoris , è peste exitiali.

(c) Pennis suis te proteget ; Sub ails ejus tutus eris :

Erit tibipro par ma et clypeo ejus veritas.

Non met u es à terrore nocturno ;

A sagittâ volitante interdiii :

A peste in tenebris incedente ;

Ab excidio vastante per meridiem.

Cadent à latere tuo mille ;

Et à dextrâ tua decem millia :

Ad te minime pertinget.

des hébreux. 3. Part. Leçon 2,6. yg Que de beautés dans ce qui suit peu après : dans la peinture de ces anges qui accourent à la défense du protégé du ciel , de ces animaux féroces et dangereux qu'il foule aux pieds ! Quelle élégance encore dans ce changement de personnages si subit , à la vérité , mais en même temps si convenable et si naturel :

« Parce qu'il s'est attaché à moi, je le délivrerai , » Je relèverai , parce qu'il a reconnu mon nom. (a) »

Si Ton examine attentivement la nature et la grandeur de ces images , en ne perdant pas de vue l'allégorie des Hébreux , on se persuadera facilement que ce psaume cache un sens plus mystérieux : oui , cette ame pieuse , qu'il faille entendre par-là dans le sens littéral , ou le roi , ou le grand prêtre , figure en même temps un personnage plus auguste. (1) Laissons aux théologiens le soin de développer cette idée ; mais demandons à ceux qui ont étudié toutes ces beautés , si Horace , dans cette ode dont la grâce est si justement vantée , ( Celui , 6 Melpomène , que tu regardas d'un œil favorable , etc. ) et qui , dans son ensemble et dans sa forme , paraît avoir quelque ressemblance avec le psaume dont nous parlons 5 si , dis-je, Horace ne le cède pas infiniment au poète sacré , pour la noblesse et la majesté, comme pour la douceur et l'agrément.

Nous choisirons pour second exemple , le psaume LXXXe , dont le caractère est aussi un

Textb et Notb db M. Lowth.

(a) Quoniam mihi adhœsit , ideà eum eruam ; Exaltabo eum , quia nomen meum agnovit.

(1) Les Septante , la Vulgate , et plusieurs autres versions, mettent le nom de David dans le titre de ce livre : les Juifs l'appliquent au Messie, Voyez saint Matthieu , IV, 6; et aaint Luc, IV , 10.

8o DE LA POÉSIE SACREE

mélange continu de douceur et de sublime. C'est un cantique destiné à la fête des ti^ompettes , ou de la néoménie , qui marquait le commencement de l'année civile, (i) L'exorde est une exhortation à célébrer le Seigneur par des des chants et par le son des instrumens de musique. La joie , comme il est ordinaire aux Hébreux , s'y peint avec les transports les plus animés.

« Faites retentir la trompette en l'honneur du Dieu

« qui est notre force ; » Poussez des cris de joie à la gloire du Dieu de

» Jacob, (a) »

Le poète fait rénumération des divers instrumens de musique , dont la poésie lyrique , même chez les écrivains profanes , aime aussi à rappeler le nom.

« Apportez le psaltérïon ; saisissez le tambour , » La lyre mélodieuse , et la harpe, (b) »

Mais c'est de la trompette qu'il fait mention principalement , comme de l'instrument dont la loi donnée à Moïse prescrivait l'emploi solennel dans cette fête. L'idée de la promulgation de la loi , de même que celle du son de la trompette qui était un signal de liberté (2) , amène bien naturellement la peinture de la servitude en Egypte, des maux qui l'accompagnèrent ; du peuple remis en liberté , par la puis- Ci) Voyez les Antiq. hébraïq. de Reland, IV % 7. Texte de M. Lowth.

(a) Clangite Deo robori nostro ; Lœtum clamorem tollite Deo Jacobi.

(b) Efferte psalterium , adhibete tympanum, Cytharam amœnam cum nablio.

(a) Lev. XXIII, *4 ; XXV , 9. Nombr. XXIX, i.

des hébreux. 3. Part. Leçon 26. 8î sance du Très-Haut , s' entretenant avec son Dieu , au pied du mont Sinaï , dont l'aspect terrible est admirablement peint en deux mots, car il est appelé le séjour caché des tonnerres ; celle enfin de ce même peuple entrant en contestation avec le Seigneur , aux eaux de la contradiction. Le souvenir de ces eaux fait naître une nouvelle idée , celle d'un peuple toujours rebelle, toujours ingrat , et qui a oublié tous les bienfaits du père le plus indulgent. C'est pourquoi , dans le reste du psaume , le Seigneur adresse à son peuple les instances les plus affectueuses , lui propose son alliance , lui confirme ses promesses , et comme s'il voyait ses espérances déjà trompées , s'abandonne à la douleur et à la plainte. Ainsi , le sujet de ce cantique , et le but que se propose le poète , c'est d'exhorter les Israélites à l'obéissance , en leur présentant pour motifs , la tendresse paternelle , les bienfaits et les promesses du Seigneur. Mais avec quelle élégance , quel art , quelle variété , quelle finesse la composition est conduite ! Pour mettre le comble à tant de beautés de tout genre , la conclusion est enrichie de tout ce que les pensées , les [images et le style peuvent fournir de plus beau. Le changement fréquent et subit de personnes , que le poète fait parler successivement , est bien digne d'être remarqué , et l'exemple en est peut-être unique, sans cependant offrir rien de forcé , ni de confus. Il faut seulement avoir égard à la pratique suivie ordinairement par les Hébreux, et considérer que l'esprit de l'écrivain obéit à la nature et non à l'art , et que c'est l'impétuosité des sentimens dont il est animé , qui l'entraîne ainsi subitement du discours direct au discours indirect , et le ramène de celui-ci au premier.

Dans la Leçon précédente , nous avons parlé de la disposition particulière à l'Ode , et nous avons tâché d'en faire connaître la forme générale et les traits principaux. Mais dans une matière si délicate , un exemple est plus utile que la description même la plus exacte. Si l'on cherche donc à se former une idée juste de cette espèce de poème , le psaume précédent est le modèle dont nous ne craignons pas de recommander l'étude ; quand on en aura bien saisi l'ensemble et la marche , on sera bien près d'avoir dans l'esprit une image fidèle et parfaite de ce qui constitue l'Ode.

Dans les psaumes dont nous venons de parler, le ton de la composition est presque toujours le même, et le style offre également partout le même mélange. Il en est d'autres où la suite des idées est changeante et variable, où l'ordonnance et les ornemens prennent successivement un autre caractère. On y retrouve bien la douceur et le sublime , mais dans des parties distinctes et séparées ; c'est ce qui fait qu'on peut aussi les ranger dans la classe moyenne qui nous occupe maintenant , mais sous un rapport différent. Telles sont ces compositions qui, d'un exorde doux et simple , s'élèvent à un sujet grand et noble, ou qui, commençant par des plaintes , se terminent par des chants de triomphe. Telles sont enfin toutes celles qui présentent un changement dans le style et le sujet ; :e qui peut avoir lieu de diverses manières. Tous ces changemens conviennent singulièrement à la nature de l'Ode, à laquelle rien ne donne plus de prix que la variété soit de l'ensemble et des idées, soit de l'élocutionet des ornemens. Mais, comme en faveur de cette variété les poètes

des hébreux. 3. Part. Leçon 26. 83 ljviques ont obtenu la faculté de se livrer librement à des digressions fréquentes , et que cette hardiesse de s'écarter de leur sujet , non-seulement leur est pardonnée, mais devient même pour eux un titre de gloire ; il ne sera pas hors de propos d'examiner ici comment les poètes hébreux ont usé de cette licence , et quelle marche ils ont coutume de suivre à cet égard.

La plus grande partie des Odes hébraïques a pour objet de célébrer la bonté et la grandeur du Tout-Puissant, de publier les bienfaits dont il a comblé son peuple , et d'implorer son secours dans l'adversité ; c'est-à-dire , que le rapport qui lie ces sujets avec l'Histoire sacrée est si intime , qu'il fournit toujours au poète des moyens faciles pour amener des digressions historiques , de toutes les plus belles et les plus convenables à la nature de la Poésie lyrique. En effet , soit qu'ils aient des succès à célébrer, des malheurs à détourner, des actions de grâces à rendre au Très-Haut , pour avoir sauvé son peuple par son secours ; soit que , humblement prosternés , ils confessent la justice de ce Dieu irrité avec raison : qu'il s'agisse de peindre la joie , l'espérance , la confiance , la douleur, la crainte ou le désespoir : aussitôt se présente de lui-même à l'esprit du poète , le souvenir de toute l'antiquité, le tableau varié des temps, des pays , des hommes et des événemens , cette chaîne entière de prodiges opérés en faveur du peuple bien-aimé , en Egypte , dans le désert , en Judée ; et ces souvenirs , par leur nature même , ont une liaison si étroite avec le sujet , que les ornemens qu'on y puise semblent venir se mettre à la place qui leur appartient en propre , et non usurper une place étrangère. Ainsi

donc on peut dire avec vérité, de l'Ode des Hébreux , que par la nature des sujets qui l'occupent , elle a des moyens si heureux pour se créer les plus riches ornemens , des occasions si favorables pour les digressions , qu'au milieu de la plus grande variété et d'une liberté sans bornes dans ses écarts , elle sait conserver, d'une manière admirable , l'ordre et la suite du sujet. On vante à juste titre l'heureuse audace de Pindare dans ses digressions ; mais il est aussi différent des poètes hébreux , par sa manière et son usage en ce point , que par la nature des sujets qu'il traite , que par la loi qui règle sa composition, que par la cause particulière et l'excuse des licences qu'il se permet. Les monumens que Pindare nous a laissés sont assez nombreux pour que nous puissions juger de son génie ; mais ils offrent peu de variété dans les sujets et le fond des idées ; ou plutôt, pour dire la vérité , il nous reste de lui plus de quarante odes , qui toutes n'ont qu'un seul et même sujet. Il s'agit toujours de la victoire de son héros; et pour embellir ce sujet, le poète a recours , presque dans toutes les occasions , à la noblesse de celui qu'il chante , à la gloire de ses ancêtres , de sa ville natale , de son pays. Si le poète , en se chargeant ainsi de la fonction de proclamer ceux qui avaient été vainqueurs aux jeux gymniques de la Grèce, n'avait pris le parti de traiter tous ces points avec la plus grande liberté , et de recourir souvent à des idées très-éloignées, il aurait été bien difficile que sa muse , en se consacrant à chanter si souvent le même sujet , eût pu prévenir le dégoût. Ainsi , Pindare a pour excuse la nécessité : non-seulement on lui pardonne ses écarts , mais

des hébreux. 3. Part. Leçon 26. 85 on doit l'en louer; et ce qui souvent n'aurait été ni excusable , ni tolérable dans un autre , doit être , sous ce rapport, approuvé , et même vanté dans Pindare. Et afin que notre assertion ne paraisse point hasardée , nous l'appuierons d'un exemple choisi parmi un grand nombre d'autres. La troisième ode pythique est adressée à Hiéron, alors attaqué d'une maladie grave qui le tourmentait depuis long-temps. Le poète puise dans cette circonstance , la matière d'un exorde heureux , en lui souhaitant que Chiron et Esculape puissent revenir à la vie pour lui prêter leur secours. Mais à quel autre poète que Pindare pardonnerait- on d'employer, à cette occasion , plus de cent vers , et presque la moitié du poème , au récit détaillé de l'histoire d'Esculape ? Le pardonnerait-on à Pindare lui-même , si ce n'était déjà la quatrième ode qu'il adresse à Hiéron sur le même sujet, sur les victoires qu'il avait remportées dans les jeux gymniques ? Il faut tolérer l'audace du poète , si , resserré dans des limites trop étroites , il s'est élancé , même avec un peu de témérité , dans un champ plus vaste. Ainsi, nous croyons ne rien enlever à la gloire des poètes hébreux , en avançant que , sur ce point y ils diffèrent infiniment de Pindare ; et , d'autre part , ne point ternir celle du poète grec , en ajoutant que les lyriques hébreux se sont exercés en un genre d'ode bien plus beau et bien plus digne de ce nom.

Tout ce que nous avons dit jusqu'ici sur l'ordonnance de l'Ode hébraïque et sur les sujets auxquels elle se consacre , sera encore mieux éclairci par l'exemple du psaume LXXVIe. C'est une pièce de ce caractère moyen , de ce genre

où le ton change , et qui , commençant par un exorde humble et doux , s'élève par une suite d'idées parfaitement assorties jusqu'au plus haut degré de sublime. Le poète , accablé de la plus vive douleur , expose l'abattement et le trouble excessif de son ame, et peint admirablement les combats intérieurs qu'il a éprouvés , avant que de s'élever de l'affliction profonde où il était plongé , à l'espoir et à la confiance. D'abord , c'est une humble prière qu'il adresse au Seigneur :

« Ma voix s'élève vers le Très-Haut ; sans cesse , je

» pousse des cris vers lui :

» Ma voix s'élève]vers le Très-Haut , afin qu'il daigne

» m'exaucer* (a) »

Mais des prières ne peuvent suffire pour le consoler. Bientôt il cherche un adoucissement à sa douleur , dans le souvenir des temps anciens. Mais quel effet peut produire une semblable idée , sinon d'aggraver le sentiment des maux présens , par le rapprochement du bonheur passé, et de lui arracher ces interrogations si pathétiques?

« Le Seigneur me rejettera-t-il donc pour toujours?

» Ne pourrai-je donc plus le fléchir ?

9 Sa clémence a-t-elle péri pour jamais ?

» A-t-il retiré ses promesses pour toute la suite des » âges ?

» Dieu a-t-il oublié d'être miséricordieux ?

» Dans sa colère , a-t-il mis un terme à ses miséricordes (b) ? »

Texte de M. Lowth.

(a) Vox mea ad Deumfertur, et usquè inclamo ; Vox mea ad Deum , ut me exaudiat.

(6) Nùm in perpetuum rejiciet me Deus , Nec ampliùs se placabilem prœbebii P Nùm periit in œternum ejus clément ia ;

des hébreux. 3. Part. Leçon 26. 87 Alors repassant dans son esprit les desseins de Dieu dans les châtimens qu'il inflige aux hommes ; méditant sur les changemens opérés par la droite du Très-Haut , c'est-à-dire , songeant qu'il prépare de diverses manières le salut de ses élus , et que c'est dans cette vue que sa bonté semble souvent s'éloigner de ceux qu'il chérit le plus ; se rappelant les faveurs dont il combla si long-temps son peuple , les prodiges qu'il fit pour lui , sa bonté , sa sainteté , sa puissance , il se ranime à ces pensées , il éclate en louanges , avec les transports les plus ardens. Ici , nous avons à admirer également la grâce et le naturel de la digression , le choix des idées , la grandeur des images , la pompe et l'élégance de l'élocution :

« Seigneur , combien tous vos conseils sont saints ? » Quel autre Dieu est égal à vous en majesté ! » Vous êtes le Dieu qui opère des prodiges ; y> Vous avez manifesté votre force au milieu des peu-

» pies.

» Par le pouvoir de votre bras , vous avez délivré

» votre peuple , y> La postérité de Jacob et de Joseph. » Les eaux vous virent , ô mon Dieu ; » Les eaux vous virent , et tremblèrent. » Les abîmes eux-mêmes furent troublés.

» Les nuées fondirent en torrens ; » Les cieux firent entendre leur voix ; » Vos flèches parcoururent l'espace ; » La voix de votre tonnerre roula en tourbillons ; » Vos foudres brillèrent sur l'univers ; • La terre trembla , et fut émue d'effroi, (a) »

Defecit promissio in omnes œtates ?

Nùm oblitus est misereri Deus ?

An cohibuit in ira miser icordias suas ? (à) O Deus ! sancta omnino sunt consilia tua : Quis Deus cum Deo majestate comparandus ? Tu es Deus illefaciens mirabilia;

Le second exemple que nous allons rapporter, présente un ordre contraire: s'ouvrant, en effet, par un exorde brillant et plein d'élévation , il s'abaisse par degrés jusqu'au ton le plus doux et à l'expression de la piété la plus tendre , qu'embellit une extrême variété dans les pensées , les images et les sentimens. C'est le psaume XVIIIe, dans lequel le poète célèbre la gloire de Dieu , se manifestant dans l'ordre de la nature et dans celui de la grâce. En le citant en entier , on saisira plus facilement la suite et l'enchaînement des idées, (i)

Les cieux instruisent la terre A révérer leur Auteur ; Tout ce que leur globe enserre Célèbre un Dieu créateur.

Quel plus sublime cantique Que ce concert magnifique De tous les célestes corps !

Quelle grandeur infinie !

Quelle divine harmonie Résulte de leurs accords !

Notum fecisti inpopulis robor tuum*

Findicasti brachio populum tuum ,

Jacobi et Josephi posteros.

Viderunt te aqude , o Deus !

Viderunt te aqux , contremuerunt ;

Etiam turbatx sunt abijssi.

Exundaverunt aquis nubes ;

Fragorem edidit œther ;

Tùm vero sagittœ tux discurrerunt :

Fox tonitrûs tui in turbine ;

Illuxerunt orbi fulmina :

Tremuit et commota est tellus.

(1) Note du Traducteur. — M. Lowtli voulant présenter à ses lecteurs une idée de l'ensemble de ce psaume , en donne ici une traduction en vers. Nous avons cru , dans la môme vue , devoir adopter, en faveur des lecteurs français, la belle paraphrase de ce même psaume , dont le premier de nos lyriques a enrichi notre langue.

des hébreux. 3. Part. Leçon 26. 8g

De sa puissance immortelle Tout parle , tout nous instruit ; Le jour au jour la révèle , La nuit l'annonce à la nuit.

Ce grand et superbe ouvrage N'est point pour l'homme un langage Obscur et mystérieux :

Son admirable structure Est la voix de la nature Qui se fait entendre aux yeux.

Dans une éclatante voûte Il a placé de ses mains Ce soleil qui , dans sa route , Eclaire tous les humains :

Environné de lumière , Cet astre ouvre sa carrière .

Comme un époux glorieux , Qui , dès l'aube matinale , De sa couche nuptiale Sort brillant et radieux.

L'univers , à sa présence , Semble sortir du néant.

Il prend sa course , il s'avance Comme un superbe géant.

Bientôt sa marche féconde Embrasse le tour du monde Dans le cercle qu'il décrit ; Et par sa chaleur puissante , La nature languissante Se ranime et se nourrit.

O que tes œuvres sont belles !

Grand Dieu , quels sont tes bienfaits ! Que ceux qui te sont fidelles , Sous ton joug trouvent d'attraits!

Ta crainte inspire la joie , Elle assure notre voie , Elle nous rend triomphans ; Elle éclaire la jeunesse, Et fait briller la sagesse Dans les plus faibles enfans.

Soutiens ma foi chancelante , Dieu puissant , inspire-moi Cette crainte vigilante 11. 8

Qui fait pratiquer ta loi.

Loi sainte, loi désirable, Ta richesse est préférable A la richesse de l'or ; Et ta douceur est pareille Au miel dont la jeune abeille Compose son cher trésor.

Mais sans tes clartés sacrées , Qui peut connaître , Seigneur , Les faiblesses égarées Dans les replis de son cœur ?

Prête-moi tes feux propices.

Viens m'aider à fuir les vices Qui s'attachent à mes pas ; Viens consumer par ta flamme Ceux que je vois dans mon ame « Et ceux que je n'y vois pas.

Si de leur triste esclavage, Tu viens dégager mes sens , Si tu détruis leur ouvrage Mes jours seront innocens.

J'irai puiser sur ta trace , Dans les sources de ta grâce ; Et de ses eaux abreuvé , Ma gloire fera connaître Que le Dieu qui m'a fait naître, Est le Dieu qui m'a sauvé.

Vers dk M. Lowth.

Immensi chorus xtheris , Orbes stelliferi , lucida sidéra,

Laudes concélébrant Dei , Auctorisque canunt artificem manum.

Dulces excipiunt modos Noctem rite dies , noxque diem premens ;

Alternoque volubiles Concentu variant perpetuum melos.

Et quanquam levibus rôtis Labuntur taciti per liquidum xthera,

Terrarum tamen ultimos Tract us , alla poli mœnia , personat

JEterni sacra vox chori , Concordi memorans eloquio Deum.

Cœlorum in penetralibus

des hébreux. 2. Part. Leçon 27. 91

Soli qui postât celsa palatia :

Lœtos undè ferens gradus Prodit, ceu thalamo sponsus ab aureo ;

Fidens viribus ut gigas , Prœscriptum stadii carpit ovans iter.

Cœli limite ab ultimo Egressus , rediens limitent ad ultimum,

Emensam relegit viam , Fœcundisque fovet cuncta caloribus.

Non lex sancta Dei minus Languentes animas vi reficit sacra :

Puro lumine lex Dei Illustrons ocidos, et tenebras fugans ;

Informons animos rudes , Cœlestique replens corda scientiâ ;

Mentes Ixtificans pias ; Confirmons stabili pectora gaudio.

Illam justitia etfides F ixit perpétuant , œternaque vcritas.

Non illam œquiparat pretio Aurum , jàm rutilis purius èfocis;

Non dulcedine , qux recens St illant pressa J uvis mella liquentibus.

Fida adstat monitrix suis , Et merces eadem magna , clientibus.

Quis lapsus tamen ah ! suos , Quis sécréta sinu crimina perspicit ?

Adsis , 0 Deus ! 0 Pater !

Da cœcis veniam , da miseris opem !

Errantes cohibe gradus , Effrxnemque animi frange superbiam !

Solum munere sic tuo Mox insons s céleris , purus ero malt :

Sic 0 1 sic placeant tibi Qux supplex meditor , qux loquor, 0 Deus !

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