LEÇON TRENTE-UNIEME
Du sujet et du style du Cantique des cantiques.
Sommaire. Il doit être entendu dans le sens allégorique. Base et nature de cette allégoire. Réponse à quelques objections proposées contre cette explication ; elle est prouvée par l'analogie et par la nature intrinsèque du poème. Que cette allégorie appartient à l'espèce appelée mystique; qu'elle se rapporte aux noces réelles de Salomon. Précautions à suivre dans son explication. Le style de cette composition est pastoral ; les personnages sont des bergers : convenance de cette fiction avec les idées des Hébreux. Examen particulier de quelques passages.
JMous avons tracé un exposé succinct de ce que les opinions extrêmement opposées des savans nous ont offert de plus probable sur l'ordonnance et le plan du Cantique de Salomon. Mais quel en est le véritable sujet? Seconde question qui ne présente ni moins d'incertitudes ni moins d'obscurités que la première. Les uns pensent que tout doit être entendu rigoureusement au sens propre : les autres cherchent partout des allégories ; et ceux qui adoptent cette dernière méthode ne s'accordent pas davantage entre eux. Quelques-uns admettent seulement une allégorie toute simple : d'autres y voient une allégorie mystique; c'est-à-dire, cette espèce particulière qui vient se joindre et se surajouter , pour ainsi dire , à la vérité d'un fait
des hébreux. 3. Part. Leçon 3i. i53 historique. Nous regarderions toutes ces questions comme étrangères à notre objet , si déjà nous ne nous étions occupés du rapport et de l'affinité de cette sorte d'allégorie avec la Poésie sacrée , et si partout nous n'avions soigneusement déterminé l'emploi, la marche et l'analogie du style parabolique , à l'aide duquel des images fixes , empruntées principalement des objets physiques, expriment, suivant une loi constamment observée , d'autres idées d'une nature plus difficile à saisir. Une étude approfondie de cette seule pratique , me semble devoir être du plus grand secours pour l'intelligence des poètes hébreux ; et c'est sur elle que repose surtout la question que nous examinons en ce moment
Ainsi donc , pour entrer sans détour en matière , et pour faire connaître ce qui nous paraît avoir le plus de vraisemblance , dans une question extrêmement obscure , nous déclarons que nous penchons entièrement pour l'opinion qui ne voit dans le Cantique de Salomon qu'une constante allégorie. Un premier motif qui nous frappe , c'est l'autorité et l'accord de l'ancienne Synagogue et de l'Eglise chrétienne sur ce point: un second , plus puissant encore , c'est l'analogie du style parabolique. Il nous semble que la force de cette dernière raison a été bien mal appréciée par ceux qui se sont déclarés contre cette opinion , et qui objectent je ne sais quelle inconvenance dans les images. Pour détruire ce reproche , qui paraît embarrasser plusieurs personnes , nous allons développer, avec un peu plus d'étendue , la nature et les lois de cette allégorie particulière , et montrer que presque tous les poètes sacrés se sont accordés à en faire usage.
l56 DE LA POÉSIE SACRÉE
Telles sont les bornes étroites et la faiblesse de l'esprit de l'homme , qu'il ne peut embrasser par la pensée , ni atteindre par la réflexion, un seul des attributs divins. Dieu donc a daigné rétrécir , s'il est permis de parler ainsi, sa grandeur infinie , et nous la présenter enveloppée d'emblèmes grossiers , afin qu'elle pût être renfermée dans les limites de notre intelligence, et pour rendre sa nature sensible aux perceptions obtuses de l'entendement humain. C'est dans cette vue , que les saintes Ecritures nous représentent Dieu descendant, en quelque sorte , sur la terre, revêtu du corps, des membres, des sens et des passions de l'homme , semblable en tout à un mortel , et pour les traits et pour la voix, (i) C'est cette allégorie que les Grecs ont désignée par une dénomination particulière (2), dont l'usage a la plus grande étendue , et qui embrasse une partie considérable de ce que les monumens sacrés nous ont transmis sur l'Etre infini. Dans cette allégorie , les passions tiennent le premier rang : il n'est aucune émotion , aucun trouble particulier de lame , qui, avec tous ses accessoires et sans nulle sorte d adoucissement, n'ait été attribué à la Divinité. Il ne faut pas même excepter ces passions qui semblent souillées par le mélange du limon terrestre, telles que la colère , la douleur , la haine , la vengeance. Il était impossible que , dans une pareille fiction , l'amour ne remplît pas aussi son rôle , et qu'il ne se montrât pas animé de toute la chaleur et de toute la violence dont ce sentiment est susceptible dans le cœur de l'homme. Ainsi , on a
(1) Expression familière à Homère.
(2) ' Av9pa>7ro7r«9«ia , de* mots grecs , "AvÔ/wsroç ? homme, et <vraL§n 9 passion.
des hébreux. 3. Part. Leçon 3i. 157 attribué à Dieu même , non-seulement la tendresse et la douceur de l'amour paternel, mais encore la force , l'ardeur , l'inquiétude de l'amour conjugal , ses emportemens quand il est blessé , enfin les affections qui l'accompagnent d'ordinaire , telles que le désir , le chagrin , la jalousie.
De toutes les allégories , celle-ci est la moins obscure : le fondement sur lequel elle repose, se montre à découvert; et toujours elle conserve sa clarté , malgré les détails variés et minutieux , auxquels on descend quelquefois en l'employant. Entre toutes les nations , Dieu avait choisi la postérité d'Abraham pour son peuple particulier, et se l'était consacrée par une alliance solennelle , comme lui appartenant en propre. Dans cette alliance , chacune des parties avait des conditions à remplir : d'une part , on avait promis protection , amour , salut ; de l'autre , obéissance , fidélité , hommage pur. Ce sont là les noces saintes , contractées entre le Très-Haut et son Eglise ; contrat auguste et divin , si souvent célébré sous cet emblème par les poètes sacrés , qui nous fournit un exemple de cette sorte de métaphore qu'Aristote appelle analogique. (1) Elle a lieu, lorsque de quatre objets proposés , le premier est au second , comme le troisième est au quatrième , et que les termes homologues peuvent être changés mutuellement entre eux. Ainsi Dieu est à l'Eglise, ce que l'époux est à son épouse. Dieu est l'époux de l'Eglise , l'Eglise est l'épouse de Dieu ; et ainsi de suite pour tout le reste , jusqu'aux détails les plus éloignés. En effet , la piété du peuple , son
(1) Poét. XXII. — Rhétor. liv. 3, c, m.
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infidélité , son idolâtrie , son apostasie , sont , à l'égard de ce pacte divin , ce que sont, par rap-
Fort à l'union conjugale , la chasteté de l'épouse , oubli de ses devoirs, l'adultère, et le divorce. Cette idée est si familière aux écrivains sacrés , qu'il est d'un usage généralement reçu chez eux, de désigner le culte rendu aux idoles , par le mot de fornication , et que cette expression , dans cette circonstance , semble être prise en quelque sorte dans son acception propre , et non en un sens métaphorique.
Arrêtons-nous quelques instans , pour examiner comment les poètes sacrés emploient cette image ; combien ils l'affectionnent; combien ils craignent peu d'en développer les détails , et de la suivre dans toutes ses circonstances. Parmi plusieurs autres traits de ce genre , voici comment Isaïe , le plus élégant d'entre eux, nous peint l'Eglise rentrée en grâce avec le Très- Haut :
« Tu auras pour époux ton Créateur , » Dont le nom est le Dieu des armées ; » Ton Rédempteur , le Saint d'Israël , » Qui sera appelé le Dieu de l'univers, (à) »
Dans une autre occasion, il emploie la même idée sous la forme d'une comparaison :
« Ainsi qu'un jeune homme choisit une vierge pour
» épouse , » Ainsi ton Créateur te prendra pour la sienne ; » Et comme l'époux trouve son bonheur auprès de
» son épouse ,
Texte de M. LowrH.
{a) Nam maritus tibi erit Creator tuus ; Nomen ei Jehova exercituum :
Et Redemptor t uns Sanctus Israèîis > Deus universx terrx vocabltur. Is. LTV, f».
des hébreux. 3. Part, Leçon 3i. i5g » De même ton Dieu trouvera le sien en toi. (a) » Jérémie , pour reprocher aux Juifs l'abandon qu'ils ont fait du culte de Dieu , développe la même image avec plus d'étendue et plus de liberté , comme entraîné par son indignation. C'est sur elle que roule encore toute la première partie de la prophétie d'Osée ; et soit qu'on l'entende dans un sens littéral et historique , soit que pour l'expliquer on ait recours à l'allégorie , nous verrons briller d'un égal éclat la nature de ce symbole , consacré en quelque sorte pour exprimer un semblable sujet, et pour l'emploi que l'écrivain en a fait. Mais nul ne s'en est permis un usage aussi hardi et aussi libre qu'Ezéchiel , poète du génie le plus ardent , si peu curieux d'ornemens, redoutant si peu d'offenser les oreilles , que je crains bien qu'il n'encoure de graves reproches de la part de ces critiques délicats , sortis des écoles françaises : tant il a traité librement et à nu ces deux paraboles étendues , où, sous la figure d'une épouse adultère , et des crimes de deux courtisanes , il peint l'ingratitude des Israélites envers le Seigneur , et le honteux abandon qu'ils ont fait du véritable culte. Si on examine attentivement ces paraboles que le prophète place dans la bouche de Dieu même , et où , sous le voile d'une allégorie facile à pénétrer, le sujet le plus délicat est retracé sans de timides précautions , et souvent exposé avec la plus grande liberté ; si, dis-je,
Texte de M. Lowth.
(à) Nam ut juvenis uxorem ducit virginem , lta tu uxorem ducet Conditor tuus:
Et utsponsus in sponsâ cjaudet , lia in te gaudebit Deus tuus. Is. LXII 3 5.
l6o DE LA POÉSIE SACREE
on examine attentivement ces paroles , on cessera désormais de reprocher à ceux qui donnent un sens allégorique et d'un ordre plus relevé au Cantique élégant et modeste de Salomon, ces couleurs que l'on veut regarder comme indignes d'un sujet si saint, et comme entièrement opposées à l'usage , à la gravité et à la pureté des Poésies sacrées. Que l'on se rappelle encore le psaume XLIVe , épithalame auguste , dont le sujet ne laisse aucun doute à tous les bons interprètes ; qui exprime l'union de Dieu avec son Eglise , sous le même emblème que le Cantique de Salomon, et qui, suivant l'opinion bien fondée de plusieurs savans , a été composé pour la même occasion , et a pour base le même fait historique. Enfin n'oublions pas que les auteurs du Nouveau Testament ont adopté avec empressement cette allégorie employée parleurs devanciers , et l'ont consacrée de nouveau par leur autorité, (i)
C'en est assez, sans doute , pour écarter les vains scrupules que le fond du poème et l'inconvenance supposée de la fiction avaient élevés dans beaucoup d'esprits, et qui les ont portés à en condamner l'explication allégorique. Nous ne nous arrêterons pas plus long-temps à établir cette opinion , et à la fortifier par des preuves puisées dans cette composition même. Pour parler franchement , la difficulté du sujet nous inspire quelques craintes ; car quoique le sentiment et l'autorité de l'antiquité, et principalement l'analogie de l'emblème , nous engagent à croire que ce sens est le véritable , nous crain-
(1) Voyez S. Matthieu, IX, 15. >- S. Jean , III, 29.
— I Ie Epît. aux Corinth. XI , 2. — Aux Ephés. , V, 23 , etc.
— Apocai. XÏX , 7 ; XXI , 2 ; XXI J , 7.
des hébreux. 3. Part. Leçon 3i. 161 cirions d'être dans l'impuissance de le démontrer assez clairement par des raisons directes , et prises de la disposition intrinsèque du poème.
Si l'on accorde que le Cantique de Salomon est allégorique , il s'élève aussitôt une nouvelle question , qui consiste à savoir à laquelle des trois espèces d'allégories que nous avons distinguées il faut le rapporter. La première est la métaphore continuée ; la seconde , la parabole proprement dite ; la troisième est cette allégorie que nous avons appelée mystique , qui , à l'exposition d'un fait réel et historique , ajoute un sens éloigné d'une ordre supérieur. Nous nous rangeons entièrement à l'opinion de ceux qui placent le poème de Salomon dans cette dernière classe , et nous la ferons facilement prévaloir, pourvu seulement qu'on veuille admettre ici quelque allégorie. Il est presque impossible de douter que cette comparaison n'ait réellement pour objet Salomon et son mariage. Ceux qui se sont appliqués avec quelque soin à l'étude des poètes hébreux, ont reconnu , ont appris combien une semblable pratique est conforme à la nature et à l'usage de la Poésie sacrée. Ils savent qu'en traitant un sujet réel , elle aime à porter sa vue au-delà de ce sujet même , et à placer au-dessous de la peinture des choses humaines , quelques traits de celles du ciel. Or , ce Cantique a pour objet les noces de Salomon , le roi pacifique d'Israël, suivant la signification de son nom et le témoignage de l'histoire. Son épouse est appelée Salomite ; ce qui n'est que le même nom avec une terminaison féminine , quoique les Juifs l'aient un peu dénaturé par une prononciation vicieuse. En effet , ces noms de Salomon et de Salomite > sontpresque, dans la
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iGl DE LA POÉSIE SACRÉE
langue hébraïque , ce que sont, en latin , ceux de Caïus et de Caïa. Cette remarque sur les noms ne devait pas être omise ; elle paraît être de quelque importance, et renfermer une explication claire du sens caché. Pourquoi , en effet , contre l'usage des Hébreux, l'épouse de Salomon porterait-elle le nom de son époux , si ce n'est à cause de la force et de la signification de ce nom ? D'où il faut conclure que cette signification et cette force ne doivent point être négligées à l'égard de Salomon lui-même , et que nous ne devons pas nous arrêter uniquement à sa personne. On ne sait point avec certitude quelle était cette épouse de Salomon. Cependant quelques savans ont conjecturé avec beaucoup de vraisemblance , qu'il s'agit de la fille de Pharaon qui fut l'épouse chérie de ce prince. Mais Salomon prenant pour épouse une égyptienne , ne figure-t-il pas , sous ce rapport , cet autre Monarque pacifique qui devait s'unir à l'Eglise, épouse choisie aussi parmi les Gentils et les nations étrangères ?
Nous n'ajouterons plus qu'une seule observation à ce sujet ; c'est que celui qui entreprend d'expliquer cette allégorie , a deux précautions principales à prendre : la première est de ne pas encourir le blâme des hommes raisonnables, soit instruits , soit peu savans , en pressant trop les détails de cette allégorie , et en s'engageant dans un développement trop circonstancié et trop minutieux ; la seconde , de s'attacher à l'usage et aux règles suivies dans l'application de cette allégorie , que les livres saints nous ont transmises, avec autant de clarté que d'étendue , et de faire en sorte que celui qui en est l'auteur , en devienne aussi le seul interprète.
des hébreux. 3. Part. Leçon 3i. i63 Quelques savans se sont égarés , du moins à notre avis , en appliquant ce que ce Cantique dit de l'épouse , non-seulement à l'Eglise en général , mais encore aux aines pieuses en particulier. Nous ne voyons pas sur quel fondement est appuyée cette application , ni comment elle s'accorde avec l'analogie que les poètes sacrés ont fidèlement observée, en employant cette allégorie.
Il ne nous reste plus qu'à dire quelque chose du style de cette composition. Nous avons déjà annoncé que c'est un poème pastoral : on suppose en effet que les deux principaux personnages sont des bergers ; ce qui ne s'éloignait pas des mœurs des Hébreux , peuple fort occupé du soin de ses troupeaux (i) , et qui ne regardait pas comme au-dessous de la dignité des princes eux-mêmes , de se livrer à cette sorte d'occupation. Et certes , les fonctions de berger n'étaient point indignes de Salomon , dont l'ordre de Dieu éleva le père , de la garde des brebis au trône d'Israël. La vie champêtre et pastorale , est de sa nature pleine de douceur; la coutume et les mœurs des Hébreux , par l'idée de noblesse qu'elles y ajoutaient , en augmentaient encore le charme. Ce poème brille des couleurs les plus propres à lui donner une extrême élégance , et se distingue surtout par la variété et le choix exquis des images. « Tout ce Cantique, « dit Bossuet , abonde en objets délicieux ; par- » tout l'œil n'aperçoit que des fleurs, des fruits, » une profusion de plantes les plus agréables, » le charme du printemps , des campagnes fer- » tiles , des jardins frais et fleuris , des eaux ,
Ci) Voyez Gén.XLVI, 3a.
l64 DE LA POÉSIE SACRÉE
>> des puits , des fontaines : l'odorat est frappé » des plus douces odeurs, que l'art a préparées » ou qui sont l'ouvrage de la nature. Nous y » voyons des colombes , de plaintives tourte- » relies , du miel , du lait , des flots d'un vin » exquis ; enfin dans les deux sexes , nous n'ad- » mirons que grâces, qu'éclat, que beauté, que » chastes embrassemens , qu'amours aussi doux » que pudiques. Si quelques objets terribles , » tels que des rochers , des montagnes sauva- » ges , le repaire d'un lion y frappent notre vue , » c'est pour accroître encore , par le contraste v et la variété , le charme du tableau le plus » gracieux. » (Préf. du Cant. des cantiq. )
En effet , quelle beauté réunie au sentiment le plus doux , ne nous offrent pas les descriptions de ce poème ?
« Allons , lève-toi , ô ma bien-aîmée ,
» Toi qui es si belle à mes yeux , et viens !
» Car voilà que l'hiver est passé ;
» La saison pluvieuse a fui , a disparu ;
r> Les fleurs se montrent sur la terre ;
r> Le temps du chant des oiseaux est venu ,
» Et la voix de la tourterelle se fait entendre dans
» notre terre.
» Le figuier gonfle ses fruits des sucs les plus doux 9 » Et les vignes en fleur répandent leur parfum ; » Allons , îève-toi , ô ma bien-aimée, » Toi qui est si belle à mes yeux , et viens ! {a) »
Texte de M. Lowth.
(a) Surge âge, delicix mex !
Formosa mea , et vent !
Eccè enim hyems prxteriit ; Pluvia tempestas transiit , abiit :
Apparent humi flosculi ; Tempus adest cantûs avium ; Et vox turturis in terra nostrâ audltur. Ficus dulci succo cond'wit fructus suos , Et vinex jlorescentes odorem diffundunt.
des hébreux. 3. Part. Leçon 3i. i65 Quel charme particulier y embellit les comparaisons !
« Combien ta tendresse est agréable , ô ma sœur , ô
» mon épouse !
v Combien ta tendresse est plus douce que le vin , » Et l'odeur de tes parfums , plus suave que tous les
» aromates !
» Tes lèvres , ô mon épouse ! sont des rayons qui
» distillent le miel ; » Le miel et le lait sont sur ta langue , » Et l'odeur de tes vêtemens est pareille à l'odeur du
» Liban, (a) »
Il en est quelques autres qui réclament une explication plus soigneuse :
« Tes cheveux sont comme un troupeau de chèvres » Qui brillent sur le mont Galaad. (b) »
La toison de ces chèvres était douce , brillante , dorée ; sa couleur était semblable à celle de la chevelure de l'épouse, (i) Les boucles qui couronnaient cette tête charmante , sont comparées à ces troupeaux nombreux de chèvres, qui depuis la base jusqu'au sommet , couvraient cette montagne , embellie par la plus belle verdure.
Surcje âge , deliciœ meœ !
Formosa mea , etveni ! Cant. II , 10.
(a) Quàm jucundi sunt amores tui , o soror mea ,
o sponsa !
Quanta dulciores amores tui vino , Et odor unguentorumtuorum omnibus aromatis! Labia tua, o sponsa , sunt favi stillantes; Mel et lac sub linguâ tua; Et odor vestium tuarum , sicut odor Libani.
Cant.ïV, 10.
(b) Capilli tui sicut grex caprarum
È monte Galaado emicantium. Cant. IV, 1.
(i) Note de M. Lowth. — Voy. VII , 5, et comparez le \\ i5 du cli. XIX du I. liv. des Rois, avec le v. 12 du ch. XIX. Consultez aussi Bochart. Hieroz. part. I, l. 2 , paragr. 5i.
l66 DE LA POÉSIE SACRÉE
« Tes dents sont comme un troupeau de brebis par-
» faitement égales , » Qui montent du lavoir ; » Elles sont toutes jumelles :
« Il n'est aucune qui n'ait sa pareille, (a) »
Peinture admirable de l'égalité , de la blancheur , de l'arrangement parfait de ces dents , dont rien n'altère l'ordre et la suite !
« Tes lèvres sont semblables à un fil de pourpre , » Et tes paroles sont charmantes. (6) »
C'est-à-dire , que ses lèvres sont dessinées avec délicatesse , et teintes du rouge le plus éclatant, et que leur beauté donne un nouveau prix à la douceur et au charme de sa voix et de ses discours.
« Tes joues sont pareilles à un fragment de grenade ; » Elles brillent entre les boucles que forme ta cbeve- » lure. (c) »
Le poète veut indiquer par-là, qu'elles sont légèrement voilées par les cheveux de l'épouse , et que leur incarnat , sous ce voile , en paraît plus doux. C'est ainsi que les grains de la grenade , dont la couleur est un blanc mêlé de rouge , se montrent au-dedans de l'écorce coupée.
« Ton cou est comme la tour de David , » Que des créneaux couronnent ,
Texte de M. Lowth.
(a) Dentés tui sicut grex oviurn prœcisè sequalium , Quœ è lavacro ascendant ;
Omnes inter se gemellœ ,
Neque est ulla pari suo orba. Cant. IV, 2.
(b) Labella tua sicut jilura coccineum ; Et decorus sermo tuus. Id. 3.
{c) Genx tuœ , sicut sectio mali punici , Cincinnis fuis intermicantes. Id. 3.
des HÉBREtix. 3. Part. Leçon 3i. 167
» Et autour de laquelle sont suspendus mille bou-
» cliers, » Armes des vaillans guerriers, (a) »
Le cou de l'épouse , droit , élancé , dessiné suivant les lois de la symétrie la plus élégante , orné de perles et de pierreries , est comparé avec beaucoup de justesse , à une des tours de la forteresse de Sion , distinguée par sa hauteur et renommée par sa beauté ; aussi remarquable par sa structure que par ses ornemens , et aux voûtes de laquelle étaient attachées, dans le plus bel ordre , des armes de différent genre.
» Tes mamelles sont pareilles à deux faons ,
» Aux jumeaux d'une gazelle , qui paissent parmi
» des lis. (6) »
L'animal dont il est fait mention ici, est d'une beauté parfaite , et c'est à cette beauté même qu'il doit le nom qu'il porte en hébreu. L'imagination peut-elle créer rien de plus délicat, d'un goût plus exquis , rien de plus convenable et de plus expressif? Que de beautés sont perdues pour nous dans une foule d'autres passages de ce poème , sur la clarté et l'élégance duquel le temps a répandu d'impénétrables ténèbres !
Texte de M. Lowth.
(a) Collum tuum, sicut turris Davidis ,
Inpinnas exstructa ;
In quà pendent mille clypei,
Armavirorumfortium. Cant. IV, 4.
(6) Dux mamillx tuœ, sicut duo hinnulei,
Gemelli capreolœ ,
Pascentes inter lilia. Id. 5.
l68 DE LA POÉSIE SACRÉE