‹ Leçons sur la poésie sacrée des hébreuxChapitre 2 sur 27 · ÉLÉGIE · texte numérisé non relu

ÉLÉGIE

Origine et forme de V Élégie chez les Hé* breux. Des Lamentations de Jérémie.

Sommaire^ Recherches sur l'origine et la forme primitive de TÉlégie hébraïque. Femmes chargées de pleurer aux funérailles : forme de leurs plaintes ; cette forme imitée dans plusieurs des compositions des prophètes. Lamentations de Jérémie , disposées suivant cette même forme : çie leur nature ; des mètres qui y sont employés ; de ce qui en fait le sujet , et de leur style.

INI ous croyons avoir suffisamment établi que la Poésie en général a dû son origine première à l'exaltation des divers sentimens dont le cœur de l'homme est susceptible. Cependant la division de la poésie en ses diverses espèces , ne suit pas exactement pour cela la nature et la division des passions , quoique cette considération ne soit pas sans importance dans certaines occasions. En effet , il y a quelques espèces de poèmes qui admettent toute sorte de passions , comme Iode; il en est d'autres qui n'en admettent presque aucune ; telle est la poésie didactique. D'autres semblent spécialement propres à exprimer quelques sentimens déterminés , comme cela est constant à l'égard de la tragédie , et comme nous l'avons fait connaître déjà,

des hébreux. 3. Part Leçon 22. s3 par rapport à la Poésie prophétique. Mais il est une sorte de poème exclusivement consacré à l'expression d'une passion unique. De tous les peuples qui ont cultivé la poésie avec quelque succès , nous n'en connaissons aucun qui n'ait eu une espèce de poésie destinée à peindre la douleur , et uniquement réservée à la plainte. Le plus grand nombre l'a appelée élégie , avec les Grecs : les Hébreux l'ont désignée par deux noms différens, mais qui, l'un et l'autre, signifient également lamentation , complainte.

L'origine et la forme de ce poème , chez les Hébreux , se déduisent évidemment des cérémonies qu'ils observaient dans leurs funérailles. Pleurer et gémir sur le cercueil de leurs amis et de leurs proches , était pour eux une pratique dictée par la nature , plutôt que commandée par un usage particulier , ou par les lois. Dans l'affliction profonde et vraie dont ils étaient pénétrés , ils n'avaient pas honte de céder à la nature, et d'épancher sur-le-champ , sans contrainte, les plaintes que la douleur leur suggérait. Les accens de la douleur sont simples et ingénus ; son discours est plaintif, interrompu, concis, si Ton peut donner le nom de discours à des gémissemens et des soupirs.

« O mon père ! ô ma patrie ! ô palais de » Priam ! (a) » s'écrie dans une tragédie une Andromaque supposée ; dans l'Histoire sainte , un père à qui un fils chéri vient d'être enlevé , s'écrie avec non moins de pathétique : « O mon » fils Absalon , ô Absalon mon fils , mo n fils ! (b) »

(a) O pater ! ô patria ! ô Priami domus ! Cicer. III. Tuscul. (l>) Fiti mi Absalom , Absalom fiti mi, fiti mi

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