LEÇON TRENTE-TROISIEME
Que le poème de Job ri est point un véritable drame.
Sommaire. A-t-on pu attribuer au poème de Job le titre de poème dramatique ? La fable , partie essentielle du drame ; sa définition , ses qualités , suivant Aristote. Elle manque au poème de Job. Développement de ce qui constitue ce poème; comparaison avec une tragédie de Sophocle ; différences qui les distinguent. Beautés propres au poème de Job ; il mérite un rang éminent parmi les Poésies des Hébreux.
.CiN nous livrant à un examen approfondi du livre de Job , nous avons eu principalement en vue de déterminer avec plus de précision la nature et les principes constitutifs de cette composition , et de lui assigner , parmi les poèmes hébreux , la place qui lui appartient. Peut-être nous accusera-t-on d'un soin oiseux et inutile , puisque les idées semblent fixées depuis longtemps sur ce point , et que presque tous les savans s'accordent à le regarder comme un poème dramatique , et à lui en donner le titre. Mais l'ambiguïté de cette dénomination , que nous avons déjà remarquée , donne naissance à plusieurs questions. Il s'agit, en effet, d'examiner d'abord quelle acception attachent à cette expression ceux qui l'emploient ; et si nous parvenons à nous en assurer , car ils n'expliquent
jamais clairement leur pensée , il faudra, en second lieu , rechercher si cette dénomination , ainsi entendue , peut à bon droit être appliquée à cette composition.
On appelle poèmes dramatiques , ceux dans lesquels paraissent des personnages qui parlent et agissent , sans que jamais le poète prenne la parole. On n'a égard alors qu'à la forme du discours , et telle était l'acception de ce mot chez les anciens. On donne encore le même nom , et c'est le sens qui a prévalu aujourd'hui, aux compositions dans lesquelles la même forme du discours est consacrée à l'exposition d'une fable ou action. Si ceux qui accordent au poème de Job la qualification de dramatique , l'entendent dans le premier sens , nous nous rangeons à leur avis , et il devient inutile de nous étendre davantage sur ce point , quoiqu'on pût bien , si l'on se plaisait à la dispute , soutenir que cette composition , dans son ensemble , présente le mélange de la forme narrative et de la forme dramatique. En effet , la partie historique qui est mise dans la bouche de l'écrivain , ne doit point être laissée à l'écart. Cependant, comme tout ce qui est historique est écrit en prose ; qu'il semble que ces détails ne sont là que pour servir d'argument et expliquer tout le reste, et qu'ils ne font point partie du poème ; qu'enfin les préambules placés en tête des divers discours , n'ont pas plus d'effet , que le nom seul de l'interlocuteur , nous ne contredirons point leur opinion , et nous conviendrons que la forme de ce poème est dramatique. Mais ce n'est point assez : il est d'autres critiques qui exigent davantage; ils nous parlent des principes constitutifs du drame , de la catastrophe , de l'intervention de la divinité
des hébreux. 3. Part. Leçon 33. igy pour former le dénouement; quelques-uns vont jusqu'à compter les actes de la pièce , et font usage des mêmes expressions qu'ils emploîraient en parlant d'une tragédie grecque. Ainsi, lorsqu'ils appellent le poème de Job une composition dramatique , on est en droit de penser qu'ils désignent ce même genre de drame qui a été cultivé et perfectionné à Athènes. Il ne reste donc plus qu'à examiner si le livre de Job possède à tel point les qualités principales du drame, qu'il soit juste de le ranger dans cette classe.
Nous avons établi que ce qui distingue essentiellement cette espèce de poésie dramatique proprement dite et plus relevée , de celle que nous regardons comme plus vulgaire et d'un ordre inférieur , c'est surtout , outre la forme dramatique , l'action véritable et complète qu'elle renferme. En cela , nous suivons l'autorité d'Aristote. En effet , quoique ce philosophe suppose plusieurs parties dans la tragédie, c'est à la fable qu'il assigne le premier rang (i) ; il l'appelle le principe , la fin , la partie la plus importante , l'ame de la tragédie , sans laquelle ce genre de poésie ne mérite plus ce nom et cesse d'exister. Or, la fable est l'imitation d'une action ou d'une réunion d'événemens. C'est ce que le même philosophe explique ensuite plus clairement : « La tragédie, dit-il , est l'imitation, » non des hommes , mais de leurs actions , de » leur vie , de ce qui les rend heureux ou mal- » heureux. » C'est-à-dire , que l'objet de la tragédie n'est pas d'imiter les mœurs : car la seule imitation des mœurs ne constitue point la tragédie , et la tragédie peut exister sans l'imita-
(i) Artpoét. VI.
tion des mœurs : mais elle a en vue de peindre les actions de la vie humaine ; c'est-à-dire , de présenter une suite d'actes et d'événemens , desquels résulte le bonheur ou le malheur de ceux qui agissent. « Car , dit encore Aristote , le bon- » heur de l'homme est dans l'action , et la fin » même qu'il se propose est action , et non pas » qualité. » La qualité ou les mœurs font que nous sommes tels , ou tels , c'est-à-dire, bons, ou médians ; mais ce sont les actions qui font que nous sommes heureux, ou malheureux. Ainsi les poètes n'établissent point une action dans le dessein d'imiter les mœurs ; mais en vue de l'action, ils embrassent encore, dans leurs compositions , l'imitation des mœurs. Aristote a distingué soigneusement jusqu'ici limitation de l'action , de celle des mœurs. Suivant lui , il faut , en outre , que l'action soit une , parfaite , et d'une étendue convenable, (i) Mais pour se former une idée plus claire de l'action, il faut remarquer qu'il y en a de deux espèces principales. L'action , en effet , est ou simple ou iinplexe. (2) Celle-ci contient ou péripétie ou reconnaissance , et quelquefois l'une et l'autre. La première, au contraire , n'a rien de semblable : mais elle s'achève d'un cours continu et toujours égal. Or , dans toute action , même dans celle qui est simple , quoique les événemens ne présentent rien de surprenant ni d'imprévu , il y a cependant un nœud , un dénouement et un passage d'une de ces parties à l'autre (3) ; ce qui ne peut avoir lieu , qu'autant que les incidens sont la conséquence l'un de l'autre , et qu'il existe , dans les événemens et les faits , une suite et un
(1) Art. poét. VII. (2) Ibid. X. (3) Ibid XVIII.
des hébreux. 3. Part. Leçon 33. 199 enchaînement qui , par degrés , viennent aboutir à un terme quelconque.
Après avoir pesé attentivement tous ces principes , nous ne balançons pas à prononcer que le poème de Job n'offre aucune action , pas même une action simple ; mais que seulement Fauteur , après avoir fixé un état précis et déterminé des choses , lequel depuis l'entrée jusqu'à la fin n'éprouve pas le plus léger changement , s'est contenté d'imiter les mœurs , les sentimens, les pensées qui étaient une suite vraisemblable ou nécessaire de ce même état. Qu'y voit-on en effet ? On nous y montre Job plongé du comble du bonheur dans la plus affreuse misère ; on nous y expose les pensées et les sentimens , tant de Job , que de ses amis , dans cet état de choses : et c'est alors que prend naissance la nouvelle tentation que subit le premier, l'épreuve terrible à laquelle sa patience est soumise , et qui constitue le véritable et unique sujet du poème. Car après que Job , soutenu par le sentiment de son innocence , a supporté les malheurs les plus accablans qui ont fondu sur lui tout à coup et tous ensemble , l'indigence , la perte de ses enfans , les douleurs physiques les plus cruelles , avec tant de courage que rien n'a pu lui arracher une parole indigne de lui , ni altérer son respect profond pour le Très-Haut , il s'agit de savoir si ce même personnage saura souffrir avec autant de fermeté , qu'on soupçonne , qu'on attaque son innocence et sa vertu , en laquelle il paraît mettre trop de confiance. Job succombant presque sous le poids de la plus vive douleur , déplore son sort avec un emportement excessif; ses amis blâment son impatience , élèvent des doutes sur sa vertu , et exaltent la jus-
tice que Dieu déploie dans le châtiment des médians. Job s'en émeut encore davantage : ses amis alors l'inculpent plus ouvertement : il en appelle au jugement de Dieu ; il adresse au Seigneur des instances plus vives ; les autres le poursuivent , le pressent , l'accusent avec une nouvelle chaleur , et lui reprochent avec plus de violence sa confiance qu'il porte à l'excès. Eliu intervient , comme arbitre du différent ; il reprend tout à la fois la dureté des trois amis et leurs injustes soupçons , la hardiesse de Job et son orgueilleuse assurance. Job reçoit ces avertissemens avec modération , et devenu plus calme par les reproches mêmes d'Eliu , il trompe l'attente de celui-ci en ne lui répondant rien. Mais lorsque Dieu lui met devant les yeux sa témérité , sa faiblesse et son ignorance , il s'empresse de se soumettre , de s'humilier et de faire pénitence. Là se termine , comme on voit , l'épreuve à laquelle il était à craindre qu'il ne succombât ; là finit aussi nécessairement le poème , l'état des choses et des personnes restant le même et n'ayant subi aucun changement. Cette composition présente donc sans doute une grande variété de pensées , de belles imitations des mœurs , des mouvemens pleins de passion ; mais on n'y aperçoit aucun changement , aucune révolution , aucune action.
Examinons si la nature même du sujet n'exclut pas toute espèce d'action. C'est de l'état des choses, c'est des maux sans nombre dont Job est accablé , que naissent les doutes sur son innocence, ces soupçons et ces reproches qui irritent et enflamment son indignation , et qui l'excitent à entrer en contestation avec Dieu même , et à se glorifier de sa vertu avec trop
des hébreux. 3. Part, Leçon 33. 201 d'assurance. Il convenait qu'il fût rappelé à la soumission et au respect, le même état de choses subsistant toujours. Il aurait été contre la décence qu'il eût été rétabli dans son premier état , avant d'avoir abaissé son orgueil et fait pénitence. Or , c'est ce repentir même qui met fin au poème. Il n'était pas nécessaire que la question relative à la providence et à la justice divine y fût résolue , soit par le rétablissement de Job dans un état heureux , soit par le développement des desseins de Dieu ; car ce n'est point là l'objet principal du poème , et cette question n'en constitue pas essentiellement le sujet : elle y est seulement unie et subordonnée; c'est le moyen et l'instrument, pour ainsi dire, de la tentation. Cette question est mise en avant pour éprouver les sentimens cachés de Job , et pour mettre à découvert la tache secrète d'orgueil dont son ame est atteinte. Aussi n'est-ce point à la solution de cette question , que se rapporte le discours mis dans la bouche de Dieu , et véritablement ce n'était point à cela qu'il devait se rapporter. Car le sujet et le plan du poème demandaient , non que la Providence divine fût justifiée , mais que la confiance présomptueuse de Job fût réprimée.
Or, un changement dans l'état des choses entraînerait un changement dans la nature du sujet. Si on embrasse l'histoire entière de Job , on a sous les yeux la plus belle leçon d'une patience admirable , à l'égard des maux extérieurs, et d'une vertu que Dieu se plaît à la fin à combler de récompenses. Mais l'ensemble du poème présente un aspect tout différent : c'est au contraire le tableau de l'impatience de Job qui s'indigne des insultes et des reproches de ses amis ; c'est
là une suite nécessaire du sujet. Job , en effet , s'irrite , s'enflamme , parle de son innocence avec une confiance excessive, et de la Justice de Dieu avec un emportement blâmable , afin d'amener les avertissemens d'Eliu , ainsi que les réprimandes sévères du Seigneur, et pour enseigner aux hommes le prix de l'humilité et d'une confiance respectueuse en la bonté du Très- Haut.
Que si l'on nous reprochait de donner à la dénomination de dramatique , une interprétation trop subtile , pour en abuser , et si l'on prétendait que la tentation de Job et la contestation qu'elle fait naître forment une sorte d'action , nous aurions recours à un autre moyen, et nous proposerions d'examiner ce qui serait arrivé , si un tragique grec avait voulu traiter de la même manière un sujet semblable. On sait, sans qu'il soit nécessaire que nous le rappelions , avec quel art Sophocle a tissu la fable de son Œdipe-roi ; avec quelle finesse d'esprit et de jugement il a dévoilé peu à peu et par une gradation parfaitement suivie d'incidens nouveaux, nés de l'état même des choses , cet horrible secret dont la révélation apprend à Œdipe ce qu'il est , et du faîte du bonheur le précipite dans l'état le plus malheureux ; supposons maintenant que Sophocle eût traité ce sujet d'une manière toute différente, et qu'il n'eût pris pour matière de son poème entier que ce qui forme à présent celle du dernier acte. Œdipe y est placé au dernier degré du malheur; nous y avons sous les yeux une peinture admirable des passions les plus tragiques ; nous y entendons les plaintes les plus touchantes , sur un événement dont la parole ne peut rendre toute l'hor-
des hébreux. 3. Part. Leçon 33. 2o3 reur ; nous y trouvons réunis les maux de l'exil , de la perte de la vue , de la honte la plus accablante. OEdipe est en proie aux déchiremens de ]a douleur présente, au souvenir encore plus déchirant du passé. Il déplore le sort de ses fils, <e maudit lui-même , charge d'imprécations les siens , et principalement ceux qui le recueillirent, le sauvèrent et prirent soin de son enfance. Le poète traite tous ces points comme le demandait le sujet : voyez ce passage : « O Cithé- » ron ! pourquoi me recueillis-tu ? Pourquoi , « après m'avoir recueilli , ne me donnas-tu pas » la mort sur-le-champ ?... (i) » et la suite, qui est du dernier pathétique. Sophocle ne pouvaitil pas étendre ces idées , les revêtir d'ornemens plus riches ? Ne pouvait-il pas y ajouter la peinture d'OEdipe devenu plus calme , se justifiant de son crime , protestant de son innocence , s'excusant sur son ignorance et sur les décrets d'une invincible nécessité , s'abandonnant à la plainte contre les dieux et la fortune ! On voit naître de là un sujet noble , brillant , varié, fécond ; une cause de l'intérêt le plus grave , et qui a le plus grand rapport avec celle qui forme le fond du poème de Job. Le poète pouvait la traiter sous la forme dramatique , en employant les mêmes personnages; lui donner retendue propre au drame; enfin remplir à peu près toutes les conditions qu'une semblable composition exige, en exceptant cependant l'action , partie (,ui en constitue l'essence , et sans laquelle iouies les autres ne suffisent pas pour former un
\i ) loi KiOoupbw , ri a' iiïiycv ; ri p.* où Xa^tuv Exreivaç £Ù6'j; ; . . .
Soph. Œ.lip. Roi , j/iqi.
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drame véritable. Mais les Grecs auraient alors donné à cette sorte de composition , le titre de Plainte , de Lamentation , ou tout autre , et jamais celui de Tragédie.
Ce que nous avançons est confirmé par l'exemple et l'autorité de ce même Sophocle. Ce poète ayant mis OEdipe une seconde fois sur la scène , et ayant choisi une situation à peu près pareille à celle que nous venons de décrire , a suivi une marche toute différente. Cette pièce porte le nom à' OEdipe à Colbne. L'action en est simple; et ici on ne nous accusera pas d'avoir voulu ternir la gloire du poème de Job , en établissant un parallèle aussi injuste que défavorable entre lui et la plus belle des tragédies implexes. OEdipe y paraît , privé de la vue , exilé , accablé de maux. Toutes les idées que nous avons indiquées se présentent naturellement. Il doit déplorer son sort , accuser les Dieux et le destin , se justifier de son crime , etc. Le poète n'en a oublié aucune ; il n'en est point qu'il n'ait ornée d'une manière admirable. Cependant ce ne sont point ces imitations des mœurs , des passions, des pensées qu'il établit pour sujet de son poème ; il les a ajoutées au sujet , ou plutôt il les a fait naître de l'action pleine d'intérêt qu'il a inventée et tissue. OEdipe arrive à Colone ; sa fille le conduit par la main ; il vient pour y mourir et y être enseveli , suivant l'avis de l'oracle , qui assure que par-là Athènes triomphera de Thèbes. Le lieu où il se place est sacré , et les Athéniens ne lui permettent qu'avec peine de s'y arrêter. Mais Thésée lui accorde l'hospitalité et sa protection. La seconde fille d'OEdipe paraît, et lui annonce que la discorde a éclaté entre ses fils , et que Créon arrive par l'ordre des Thé-
des hébreux. 3. Part. Leçon 33. 2o5 bains pour le ramener dans sa patrie. Créon se présente , en effet , veut engager OEdipe à retourner à Thèbes, et sur son refus , tente d'employer la violence ; mais Thésée prend sa défense. Polynice survient pour persuader à son père de se joindre à lui , parce qu'à cette condition la victoire lui est promise. OEdipe s'y refuse , et accable son fils d'imprécations. Enfin , après avoir fait part à Thésée de l'oracle des Dieux , il meurt et est enseveli secrètement dans ce lieu même. Ainsi est établie une action régulière, complète , et du plus grand intérêt', dont toutes les parties tendent au même but , et se dirigent vers la même fin à laquelle sont attachées les destinées d'Athènes et de Thèbes. Les mœurs , les passions , les pensées ornent , "mais ne forment pas l'action ; qu'on les fasse disparaître , l'action n'en restera pas moins , et la tragédie subsistera toujours. Mais qu'on enlève l'action , la tragédie sera détruite et anéantie , quoique tout le reste existe encore.
C'en est assez pour démontrer que le poème de Job ne peut avec justice être mis au même rang que les deux OEdipes de Sophocle , ou toute autre tragédie grecque ; qu'on ne peut le rapporter au même genre , sans changer la nature de toutes ces compositions , sans ajouter une action à l'une , ou sans la retrancher des autres; qu'enfin ce serait à tort qu'on reconnaîtrait pour un drame véritable , celle qui est dépourvue de cette partie qui en constitue l'essence.
Mais en refusant au poème de Job le titre de drame véritable , nous sommes bien éloignés
de vouloir en diminuer le prix. Ce reproche s'adresserait avec plus de raison à ceux qui ont prétendu le soumettre à des règles qui lui sont étrangères. D'où il est résulté par une conséquence nécessaire , qu'on a cru apercevoir des défauts et des vices dans une composition parfaite et achevée en son genre. Et en effet , peuton concevoir dans un sujet si difficile , si relevé , et dénué de toute action , une disposition plus élégante , une distribution mieux ordonnée , et , autant qu'il est possible d'en juger à travers les ténèbres d'une si haute antiquité , un enchaînement plus soigné , plus ingénieux , et mieux dirigé vers le but qu'on se propose ? Certes, si l'on se rappelle la faiblesse de la tragédie grecque à sa naissance , et la lenteur de ses progrès , on ne pourra considérer sans une extrême admiration , un poème enfanté tant de siècles auparavant , et dont cependant l'invention est si belle, l'ordonnance si savante , le sujet si parfaitement rempli ; un poème enfin d'un mérite si singulier.
On ne verra pas avec un moindre étonnement, que le poète ait saisi du premier coup , l'idée du drame et une sorte de ressemblance avec ce genre ; de telle sorte qu'il n'aurait pas été difficile à ceux qui sont venus dans la suite , de s'élever au dernier degré de perfection ; tandis que la poésie grecque , après de longs essais et des efforts redoublés , ne put y parvenir avant Eschyle.
Quoi qu'il en soit, quel que soit le rang qu'aurait pu mériter Job parmi les poètes Grecs , auxquels nous accordons sans peine la gloire de l'art et de la disposition , avouons que Job tient
des hébreux. 3. Part. Leçon 33. 207 la première place entre ceux de sa nation ; et peu importe le nom qu'on donnera à son ouvrage ; peu importe qu'on l'appelle didactique , moral , pathétique , ou dramatique , pourvu qu'on l'élève au plus haut point , au rang le plus éminent , rang sublime et distingué qui forme son apanage.
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