‹ Leçons sur la poésie sacrée des hébreuxChapitre 4 sur 27 · LEÇON VINGT-TROISIÈME · texte numérisé non relu

LEÇON VINGT-TROISIÈME

Des autres Elégies des Hébreux.

Sommaire. Plusieurs autres monumens de la Poésie élégiaque des Hébreux, conservés jusqu'aujourd'hui. Collection de chants funèbres , qui s'est perdue. Élégies qu'on trouve dans Ezéchiel. Plusieurs des discours de Job peuvent passer pour des élégies ; ce genre de poésie forme une grande partie du livre des psaumes. Exemple pris de ce livre. Chant funèbre de David , sur la mort de Saùl et de Jonathas.

1\| ous venons de rechercher quelle fut l'origine et la nature de l'Elégie chez les Hébreux : nous avons montré que cette espèce de poésie dut sa naissance et sa forme aux plaintes que les femmes employées aux funérailles solennelles avaient coutume de faire entendre ; et nous avons prouvé ce fait par les exemples que nous ont fournis ces courtes complaintes que l'on rencontre dans les écrits des prophètes, et dans le poème si célèbre des Lamentations de Jérémie , dont nous nous sommes occupés en particulier. Nous allons examiner maintenant quelques autres compositions qui , sans offrir aussi exactement la disposition matérielle des complaintes, n'en appartiennent pas moins à ce genre de poésie.

Les Hébreux possédaient autrefois un recueil de chants funèbres, qui n'est point parvenu jusqu'à nous. C'est ce que nous apprenons de ce passage de l'Histoire sainte, où il est fait mention du deuil solennel qui eut lieu aux fané-

railles de Josias (i), et par lequel on voit que le poème composé par Jérémie à cette occasion, y fut placé parmi les autres pièces du même genre. Quoique ces compositions, qu'on pouvait regarder commes les principaux monumens de l'élégie chez les Hébreux, aient péri , il existe cependant encore un assez grand nombre de morceaux que l'on doit ranger dans la même classe ; et il en faut conclure , que ce genre de poésie fut aussi cultivé , parmi eux , qu'aucun autre , l'ode exceptée.

D'abord , outre ces complaintes courtes qu'on trouve dans les écrits de presque tous les prophètes , et dont nous avons déjà parlé , il y a dans ceux d'Ezéchiel quelques autres fragmens qui sont distingués par le titre même de chants funèbres, et qu'on doit mettre au rang des élégies régulières. Telles sont ces deux lamentations (2), dont l'une regarde la ville de Tyr, et l'autre , le roi de ce pays. Quoique le prophète y semble plus occupé à menacer d'un châtiment qu'à déplorer un désastre , et qu'il réussisse mieux, ainsi qu'il en a le dessein , à imprimer la terreur qu'à émouvoir la pitié ; cependant la tristesse du sujet répond fort bien au titre , et l'ordonnance des objets et des pensées se conforme en quelque sorte à celle qui était observée dans les chants de deuil. On y voit, en effet, comme dans ces éloges solennels qui avaient lieu aux funérailles, une longue et pompeuse énumération de la gloire , des richesses , des trésors , des biens de toute espèce que Tyr et son roi possédaient auparavant en abondance

(1) II. Paralip. XXXV, 25.)

(2) Ezécli. XXVIJ et XXVIII.

des hébreux. 3. Part. Leçon 23. 39 afin que la perte d'un tel bonheur fasse ressortir la grandeur de leur infortune. Pour ce qui concerne les deux prophéties dans lesquelles Ezéchiel annonce la ruine de Pharaon et de l'Egypte (1), elles semblent ne devoir le titre de complaintes qu'elles portent, qu'à leur sujet triste et lugubre ; car d'ailleurs elles ne présentent aucun des caractères propres au style élégiaque et presque aucune expression de douleur , et n'ont pour objet que les menaces et la terreur. Il en est de même des deux complaintes sur les princes de Juda et sur Jérusalem (2) , qui ne sont , à proprement parler , que des paraboles poétiques , et dont , par conséquent , nous avons dû nous occuper , lorsqu'il a été question de la parabole. (3)

Presque tous les discours que tient Job (4) , dans le noble poème qui porte son nom, peuvent être regardés avec raison comme de véritables élégies ; et peut-être en ce genre n'existe» t-il pas de plus parfaits modèles : tant les secrets les plus intimes de la douleur y sont clairement dépeints et dévoilés; tant l'auteur a bien su et pénétrer et ouvrir toutes les sources du pathétique. Mais comme d'un côté ces discours qui ne forment qu'une partie du corps total du poème , ne doivent pas en être séparés, et que d'autre part, la disposition extrêmement élégante de l'ouvrage entier, et le mérite supérieur de ses diverses parties demandent un examen plus détaillé ; c'est ^assez d'avoir indiqué ici ces mor-

(1) Ezéch. XXXII.

(2) Ezéch. XXXII.

(5) Voyez ci-dessus, la Leçon X.

(4) Voyez Job , 111 , VI , VII , X, XIV, XVII , XIX , XXIX, XXX.

4o DE LA POÉSIE SACREE

ceaux comme une propriété que l'élégie peut revendiquer à juste titre.

Passons donc au livre des Psaumes , qui est un recueil , sous un titre général , de cantiques à la louange du Seigneur , et qui renferme des poèmes de différens genres , et entr'autres , des élégies : si nous les examinons successivement , pour les rapporter , chacun en particulier , à la classe à laquelle ils appartiennent, nous reconnaîtrons que la sixième , ou au moins la septième partie de ces compositions doit être mise au nombre des élégies. Mais cependant , comme ce choix est entièrement d'opinion , et ne peut pas être déterminé avec précision par des règles certaines , puisqu'il dépend de la nature du sujet , du coloris particulier de rélocution , ou de la forme générale du poème , points sur lesquels ne peut que varier le jugement de chacun , suivant l'impression qu'il éprouve , on ne doit point exiger de nous que nous désignions spécialement les psaumes que nous regardons comme des élégies. Nous croyons plus utile d'en choisir un qui présente , d'une manière bien marquée , tous les caractères de ce genre de poésie.

Nous ne balançons pas à recommander à ce titre le psaume XLP , et à le proposer comme le plus beau modèle de l'élégie hébraïque. Le Prophète exilé à l'extrémité de la Judée , loin du temple et de ses augustes cérémonies , pressé par ses ennemis , exposé à leurs insultes, adresse ses plaintes et ses prières au Seigneur. On ne peut peindre d'une manière plus admirable , l'ardeur des désirs qu'éprouve une ame pieuse ; sa douleur, qu'irrite le souvenir des biens qu'elle a perdus ; l'abattement extrême d'un cœur qui cède à son affliction, mais qui la supporte im-

des hébreux. 3. Part. Leçon 23. 4* patiemment ; qui , vaincu par les maux qu'il endure , ose cependant lutter contre eux , et qui saisit avidement quelques rayons d'espérance qui brillent au milieu des épaisses ténèbres dont il est enveloppé ; qui aime , et qui pleure ; qui se plaint , qui supplie ; qui se livre tantôt au désespoir , et tantôt à la confiance ; qui se laisse abattre , et qui se relève ; qui , à la fois et prèsqu'au même instant , est agité de mille sentimens opposés. C'est en vain qu'on se flatterait de pouvoir rendre toutes ces beautés dans une traduction poétique ; aucune autre langue ne saurait égaler l'énergie , la véhémence , et surtout la brièveté de celle des Hébreux. Cependant le style de ce psaume a un peu plus d'abondance qu'ils n'ont coutume d'en mettre dans leurs compositions.

« Ainsi qu'une biche soupire pour des sources fraî-

» ches : ainsi Seigneur , mon ame soupire pour

» vous.

» Mon ame est altérée de la présence du Dieu fort ,

» du Dieu vivant. Quand paraîtrai-je devant lui ?

» Quand pourrai-je contempler la majesté du Sei-

» gneur?

» Jour et nuit, mes larmes sont mon aliment, lors-

» que j'entends répéter sans cesse ces mots autour

i) de moi : Où est le Dieu que tu sers ? » Telles sont les pensées qui remplissent mon esprit ;

» c'est ainsi que j'épanche ma douleur au-dedans

» de moi ; jusqu'au jour où il me sera permis

» d'aprocher de votre tabernable , de porter mes

» pas vers la demeure du Seigneur , » Au milieu des accens de joie et des cantiques de

» louanges d'un peuple nombreux qui célébrera

» votre tête.

» Pourquoi , ô mon ame , es-tu abattue par la tris-

» tesse ? Pourquoi te troubles-tu ? » Espère au Seigneur. Oui , je chanterai encore les

» louanges du Très-Haut , de celui qui est mon

» salut et mon Dieu.

il. â

» 0 mon Dieu , mon ame succombe sous le poids de » ses maux; c'est pour cela que je me souviens de b vous, sur les rives du Jourdain, au sein des » montagnes de l'Hermon et de Metsar :

» Ici , des gouffres profonds s'appellent à l'envi ; » j'entends mugir autour de moi d'affreuses cata- » ractes ; ô mon Dieu , la tempête et les flots sou- » levés par votre main m'ont englouti.

» Mais au retour de l'aurore , le Seigneur donnera des » ordres à sa miséricorde ; c'est pourquoi il sera , » pendant la nuit , le sujet de mes chants ; j'adres- » serai ma prière au Dieu à qui je dois la vie.

» Je dirai au Seigneur : Vous qui êtes mon appui , » pourquoi m'avez-vous oublié ?

» Pourquoi faut-il que je marche accablé par la dou- » leur , et pressé par l'ennemi ?

» Parce que le glaive me menace , mes ennemis , mes » persécuteurs m'adressent des insultes , et me » répètent sans cesse : Où est le Dieu que tu sers ?

» Pourquoi , ô mon ame , es-tu abattue par la tris- » tesse ? Pourquoi te troubles-tu ?

» Espère au Seigneur. Oui , je chanterai encore les » louanges du Très-Haut, de celui qui est mon » salut et mon Dieu. (1) »

Version du P. Houbigant.

(i) Quemadmodùm cervus desiderat fontes aquarum , sic anima mea desiderat te , Deus meus,

Sitiens est anima mea ad Deum (fortem Vulg. ) , ad Deum vivum : quandô veniam et contemplabor faciem Dei?

S tint mihi lacrymœ meœ cibus die ac noetc » dum dicitur mihi totâ die : Ubi est Deus tu us ?

Hœc recordor , et effundo in me animam meam , donec transeam in iabernaculum tuum, progrediar usquè ad domum Dei in voce exsultationis , et in laude multitudinis festum diem agentis,

Quarè dejiceris , anima mea, et quarè adversùm me conturbaris? Spera in Deum , etenim adhuc laudabo eum ; nam salus est vultûs mei Deus meus.

Deus meus, succumbit anima mea, proptereà recordor tui ex terra Jordanis et Hermon , ex monte Metsar.

Abyssus abyssum advocat ad sonitum cataractarum tuarum ; tempestates omnes tuœ et fluctus tui super me transeunt.

Jnterdiù mandatum dabit Dominus miscricordiœ suœ ; proptereà noetc erit canticum meum, erit oratio ad Deum vivificantem me.

Dicam Dco : Hupes mea, quarè obtivisceris met? Quarè lugubriter incedo , dum urget me inimicus ?

des hébreux. 3. Part. Leçon 23. 43 Il y a une seconde observation à faire sur ce psaume. Que le lecteur examine avec attention chacune de ces périodes , et qu'il en sépare les différens membres , en suivant les repos indiqués par le sens , il reconnaîtra que chaque

Proptcreà quùd gladius imminet ossibus meis , exprobranl mihi inimici mci , dùm dicunt mihi totâ die : Ubiest Deus tuus?

Quarè dcjiceris s anima mea , et quarè ad vers ùm me conturbaris? Spera in Deum , etenim adhuc laudabo eum ; nam salus est vultùs mei Deus meus.

Note du Traducteur. — Pour rendre plus sens/.ble le rapport que peut avoir ce psaume avec l'élégie des Latins , M. Lowth place ici la traduction qu'en a donnée en vers, Arthur Jouston , a traducteur élégant et fidèle , ajoute-t-il , »*si , en adoptant une espèce de mètre fort opposé au su- » blime , il n'avait souvent détruit la majesté des pensées et » des expressions ; mais qui , dans les sujets élégiaques , l'a » employé , comme on devait s'y attendre , avec beaucoup » de succès, »

Vers de M. Arthur Jonstow.

Cervus , ut in medio celsis de montibus œstu

Actus , in alg entes fertur anhelus aquas ; Sic mea vitali satiari numinis undâ

Mens avet , et Domini tanguet amore sut : Gaudet , et optât amans , vitœ se adjungerefonti :

His mihi deliciis quœ dabit horafrui ?

Scandere me quoties memini penetralia sacra y

Et longo populos ordine pone sequi ; Aurea diim recolo missas ad sidéra voces ,

Et plausum festis quem decet esse choris : In lacrymas totus miser et suspiria solvor ;

Inier et œrumnas est mihi dulce queri.

Cur ità turbaris ? cur te , mens , dejicis exspes ?

Cur ità me torques anxia ? Fide Deo : Scilicet hicplacido recréât mihi lumine pectus ;

Et mihi materies unica taudis erit.

Dùm queror, in mentent, liquidis Jordanisabundis,

Sepositisque jugis , tu mihi sœpè redis. Gurgitis est gurges , rauci cornes œquoris œquor:

Fluctibus infelix obruor usquè novis.

Luce, sedin média bonitas tuafulcit abysso:

Nocte y parens vitœ , tu mihi carmen eris.

période se divise , pour ainsi dire d'elle-même , en vers à peu près égaux , de la même longueur et de la même dimension que ceux dont sont composées les quatre premières parties des Lamentations de Jérémie : espèce de vers que nous avons déjà indiquée comme formant le véritable vers élégiaque des Hébreux. Il y a dix-neuf de ces vers dans la totalité du psaume , sans y comprendre la période intercalaire qui est composée de deux de ces vers et d'un troisième plus court, et qui est elle-même répétée deux fois. On retrouve un mode absolument semblable dans le psaume suivant , qui se compose de huit vers de cette espèce , et de la même période intercalaire. Ce psaume , roulant sur le même sujet , offrant le même style et la même mesure que le précédent, ne doit point en être séparé (i)j

Tune ego, Cur, dicam, capiunt te oblihîa nos tri? lier uni opifex „ animœ portus et aura mex ! Cur pr ope confectum curis , lacrymisque sepultum,

Me sinis immani durus ab hoste premi ? Hic petit insultans , Ubi sis : ego vidneror indè ,

Ensis et in moreni permeat ossa dolor.

Cur ità turbaris ? cur te , mens , dejicis exspes ?

Cur ità me torques anxia ? Fide Deo : Scilicet hicplacido recréât mihi lumine pectus ,

Et mihi mater des unica taudis erit.

(1) Note de M. Lowth. — Telle a été aussi l'opinion d'Eusèbe , qui, dans ses observations sur le psaume XLII.e, dit: a Ce psaume est sans titre dans l'hébreu; c'est pour cela >» qu'il n'en a point dans les autres traductions ; et ce qui » prouve évidemment qu'il n'est qu'une partie de celui qui » précède , c'est la ressemblance qu'on remarque dans les » idées et les expressions de l'un et de l'autre. » Les manuscrits confirment cette conjecture. Nous pouvons en citer jusqu'à sept , dans lesquels ces deux psaumes sont écrits de suite et sans aucun signe de division.

Addition du Traducteur. — Nous ajouterons que le sentiment de M. Lowth a été partage par M. l'abbé de Villefroy, savant professeur d'hébreu , au collège royal. Voici comment

des hébreux. 3. Part. Leçon 23. 45 mais il faut le considérer comme ne faisant qu'un seul tout avec lui. Si l'on admet cette opinion, le poème entier se trouvera divisé en trois portions presque égales , dont chacune sera terminée par la même période intercalaire.

Enfin , il nous reste encore en ce genre un poème de la plus grande beauté; c'est le chant funèbre que David composa sur la mort de Saùl et de Jonathas. (1) Ce cantique, extrait d'un livre poétique , à ce qu'il semble , mais perdu déjà depuis long-temps , nous a été conservé par l'historien sacré. Il mérite bien que nous l'examinions dans son ensemble avec le plus grand soin.

Le poète fait usage de deux lieux communs fort employés dans l'élégie proprement dite , c'est-à-dire , dans celle qui était usitée aux cérémonies funèbres ; mais l'emploi qu'il en fait n'a rien de commun. Ces deux lieux communs sont la peinture de la douleur profonde qu'il ressent, et l'éloge de ceux dont il déplore la mort. Dès l'exorde , il nous offre l'expression de ces deux idées. Mais bientôt sa douleur, ainsi qu'il était naturel , éclate en gémissemens et en exclama tions :

il s'exprime dans des notes manuscrites , recueillies sous sa dictée, dans ses leçons publiques : « Antequamdeargumento » quidquam apcriamus , hœc notanda nobis obvcniunt : i° Uni- » cam et camdem esse poësim , psalmum hune quem Judœi » nullatcnùs crilici tanquàm duos exhibent. Eusebius in hexa- » plis açnoscit psalmum XL1I. esse parlcm psalmi XLT. » 20 Triplicem esse in hâc poesi referaneum versum , etc. » Et plus bas, il dit encore : « Trcs in partes dividilur carmen » istud ab ipso auctore , per très versus inlercalares scu refe- » raneos qui unamquamque divisioncm terminant. » (1) II. Rois, I, 17 — 27.

« 0 gloire d'Israël , tu a péri sur nos montagnes ! » Comment sont tombés les forts ! (a) »

La douleur est timide et soupçonneuse ; elle se crée facilement des motifs pour accroître ses souffrances ; elle supporte avec peine d'être négligée , et endure impatiemment les railleries et les insultes :

» Ils ont entendu mes gémissemens ; il n'est personne

» qui me console :

» Mes ennemis ont appris mon malheur , et ils se

» réjouissent de ce que vous m'avez traitée de la

» sorte. (6) »

Ainsi se plaint , dans Jérémie (i), Jérusalem qui veut agrandir l'idée de son infortune. David fait de même :

« N'annoncez point cette nouvelle dans Geth , » ]Ne la publiez pas dans les places d'Ascalon: » De peur que les filles des Philistins ne s'en réjouïs-

» sent; » De peur que les filles des incirconcis n'en triom-

» phent. (c) »

La douleur est encore difficile , inquiète , injuste; elle s'abandonne à la plainte pour le sujet le plus léger : elle s'irrite et s'enflamme contre tout ce qui se présente. Ainsi , dans la Médée

Texte de M. Lowxu.

(a) O décor Israëlis , in montibus tuisperempte ? Quomodo ceciderunt fortes P

(fi) Audic erimt gemitus meos ; non est qui me con-

soletur :

Audiverunt omnes inimici mala mea; quod ità

me affeceris , lœtantur.

(1) Lament. I , 21.

(c) Ne annuntietis Gathx ,

Neveprxdlce/ls in vicis Ascalonis ; Ne Ixtentiirfdw Philistdeorum , Ne triumphent filix prœputiatorum.

des hébreux. 3. Part. Leçon 2 3. 47 cTEnnius, la nourrice de cette princesse s'exhale en plaintes contre les forêts du Pélion. (1) Ainsi, un autre personnage , dans un fragment qu'Athénée nous a conservé , s'emporte avec non moins de violence et avec tout aussi peu de raison , contre une montagne :

« Hélas ! hélas ! s'écrie-t-il , ô Leipsydrion , » lieu perfide , de quels guerriers tu as causé la » perte ? Vaillans dans les combats , issus du » sang le plus noble , ils montrèrent alors de » quels pères ils avaient reçu le jour, (a) »

Notre poète ne déploie pas moins de véhémence :î

« 0 montagnes de Gelboé , que jamais la rosée ni la » pluie ne tombent sur vous ! — (6) »

Quoi de plus absurde que cette apostrophe], si on la juge d'après les règles de l'exacte raison ; mais si on considère la nature et la force des passions , quoi de plus vrai , de plus expressif et de plus beau ! Alléguer pour cause ce qui ne l'est pas , est une faute en dialectique , et quelquefois une beauté en poésie , parce que là c'est la raison , et ici , la passion qui domine. Après avoir satisfait sa douleur , le poète peut passer avec plus de convenance à l'éloge de ses héros.

(1) Voyez Cicér. de fato , et la Médée d'Euripid. v. 1. (à) At, ai Aeujw^ptov irpo^cçeTaipov , Otzuç àv^paç àTToSXeaaç ; Màyj-aôou t' àyaôûùç *at eoirarpu^aç , O? tôt' Cretfav oîd)v 7raTspa>v xupyiaav. Note de M. Lowth. — Athén. XV. a Leipsydrion était » un lieu de PAttique , qui dut ce nom à sa sécheresse. Les » Alcméonides s'y réfugièrent , et y élevèrent un fort ; mais » les Pisistratides s'en rendirent maîtres , et les égorgèrent. » Voyez Eustath. in Iliacl. IV ; et Hérodot. Terpsich. 63 , etc. (6) O montes Gilbose! ne in^vos vos neque pluvia. —

Il les loue tous les deux pour leur courage et leurs exploits ; il célèbre leur tendresse mutuelle , enfin , leur légèreté et leur vigueur. Il vante en particulier Saùl , pour avoir comblé tous ses sujets de biens et de richesses : cette idée est rendue avec la dernière élégance. Le poète amène sur la scène , avec une convenance parfaite , les femmes d'Israël, et embellit sa pensée par des traits appropriés à ce sexe avec la plus grande justesse. Enfin , il s'acquitte envers Jonathas , par un éloge particulier , et exprime de la manière la plus touchante le regret que lui cause la perte d'une amitié remplie de douceur.

Nous aurions fait quelques réflexions sur le refrain ou la période intercalaire du psaume dont nous avons parlé plus haut , si nous n'avions cru plus convenable de les renvoyer ici pour éviter les répétitions. Le refrain convient parfaitement à la nature de l'élégie : la douleur, en effet , se complaît dans ses regrets ; elle aime à revenir sur ses plaintes , à les reproduire par intervalles. C'est ce que fait David dans ce chant funèbre ; mais cette période intercalaire offre quelques singularités. Sa forme et les expressions dont elle est composée ne sont pas toujours exactement les mêmes. On y remarque , quant aux mofs et à l'ordre dans lequel ils sont placés , quelques légers changemens et une variation qui n'est pas sans agrément dans les trois occasions où elle reparaît ; car on la retrouve au commencement , au milieu et à la fin du poème.

Il est une seconde observation que nous ne craindrons pas de proposer, quoiqu'elle ne repose que sur une simple conjecture. Ce chant funèbre nous paraît avoir quelque chose de singulier

des hébreux. 3. Part. Leçon 23. 49 dans la dimension de ses vers ; c'est-à-dire , qu'ils offrent plus de liberté et de variété dans leur étendue. Il n'est composé exclusivement ni de ces vers plus longs, ni de ces vers courts dont l'usage est plus ordinaire : mais on y retrouve ces deux espèces de vers mêlés ensemble avec un certain art. Il semble que le poète ait voulu tempérer en quelque sorte le style de l'élégie , qui s'épanche avec abondance et douceur , par la recherche ingénieuse du parallélisme : ce qui nous paraît avoir lieu aussi dans quelques psaumes. On ne peut du moins méconnaître , dans la construction poétique des périodes , un travail extrêmement soigné ; et afin qu'il ne manquât à ce poème aucune sorte de beauté, le style est partout d'une clarté, d'un brillant et d'une élégance parfaite.

Pour rendre plus sensible toute la beauté qui éclate dans l'ensemble de cette élégie , nous allons la rapporter tout entière , et la présenter sous un seul aspect à nos lecteurs.

« Ceux qui faisaient ta gloire , ô Israël , ont péri sur » tes montagnes ! comment les forts sont-ils tombés ?

» N'annoncez point cette nouvelle dans Geth , ne la » publiez pas dans les places d'Ascalon : de peur » que les filles des Philistins ne s'en réjouissent ; » de peur que les filles des incirconcis n'en triom- » plient.

» O montagnes de Gelboé, que jamais ni la rosée ni » la pluie ne tombent sur vous; que sur vos pentes » il n'y ait pas un seul champ qui fournisse des » prémices pour les offrandes; parce que c'est là » que fut jeté avec mépris le bouclier des forts , le » bouclier de Saiil , comme si ce roi n'avait pas » reçu l'onction sainte.

» Jamais la flèche de Jonathas n'est retournée en » arrière , sans avoir versé le sang , sans s'être en- » graissée de la chair des forts : jamais l'épée de » Saiil ne s'est retirée sans effet.

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