‹ Leçons sur la structure et les maladies du système nerveuxChapitre 5 sur 19 · MOYENS EMPLOYÉS DANS L'ÉTUDE · texte numérisé non relu

MOYENS EMPLOYÉS DANS L'ÉTUDE

Enfin la physiologie, par les expériences faites sur les animaux, vient donner une dernière consécration aux résultats des études précédentes.

Telles sofit les idées générales qui président à notre méthode. Passons à la description des procédés et moyens d'étude.

Ce sont les suivants :

1° Le cerveau à étudier doit être divisé en tranches de même épaisseur à l'aide d'une série de coupes verticales parallèles à un plan perpendiculaire à l'axe antéro-postérieur.

On adopte pour cela une distance commune (1 centim. d'ordinaire), entre chacune des coupes.

Pour qu'elles soient comparables entre elles, on les espace également à partir d'une coupe repère qui est tangente à l'extrémité antérieure des lobes sphénoïdaux, après avoir renversé le cerveau à inciser, sur sa convexité. Ces tranches, établies les unes à la suite des autres, donnent la vue complète du cerveau; mais il s'agit de les conserver. A cet effet,

2° On les plonge dans une solution d'acide chromique, de concentration variable suivant l'épaisseur (à 4 0/0 en moyenne). Cette immersion a pour effet de durcir la pièce. Mais comme ce bain s'affaiblit rapidement, il convient de la maintenir constamment au même degré de concentration. De plus , comme l'acide chromique commence par attaquer et pour ainsi dire par griller les parties superficielles , celles-ci doivent être enlevées après deux ou trois jours d'immersion, pour permettre à cet agent d'attaquer lés parties centrales.

3° Au bout de sept ou huit jours, les pièces sont propres à l'étude; mais elles ont acquis une sorte de couleur ingrate, verdâtre, qui ne permet pas de distinguer suffisamment les différentes parties. Il s'agit de les décolorer. L'immersion successive dans une solution de

soude caustique, puis dans l'acide chlorhydrique (1) leur rend la couleur primitive.

4° A cet état de durcissement, on peut suivre le trajet des fibres dans la substance blanche, en enlevant avec le scalpel des portions de substance grise, et en tirant doucement. La substance blanche se déchire parallèlement aux fibres et permet de voir leur marche, à partir de la substance corticale. C'est ce qu'on appelle le clivage.

5° Enfin il s'agit de représenter les résultats obtenus. Les procédés photographiques que nous avons employés exigent des instruments compliqués, une installation coûteuse et une grande habitude. Dans la pratique courante;, on peut les remplacer par d'autres procédés.

6° C'est le calque des coupes qui est le plus sûr et le moyen plus expéditif. On applique sur la pièce une feuille de papier végétal, et l'on- suit les contours des parties avec un pinceau chargé de couleur d'aquarelle. En retouchant la figure, on a une représentation exacte que l'on peut ensuite coller sur une feuille de carton.

Ces différents procédés d'étude nous ont conduit aux résultats suivants :

Le cerveau est composé de substance grise répandue è la surface (substance corticale) et agglomérée au centre (noyaux). Entre ces deux amas de substance grise se trouve la substance blanche. Elle se compose de deux ordres de fibres :

1° Les unes, périphériques (AB, A'B', CD, CD'), relient le éléments gris (AA* CC) aux éléments gris centraux (BB' DD') des noyaux (couche optique et corps strié) du même côté ;

2° Les autres (AA\ CC) relient chaque élément de la substance corticale aux éléments du côté opposé (2).

(1) Voyez notre Mémoire dans le Journal de Robin, 1872.

(2) Planche 1".

SUBSTANCE GRISE CORTICALE. 11

Comme les premières ont une direction rayonnante et convergent de la périphérie vers le centre, je les ai nommées en masse système des fibres convergent; les secondes, qui relient les deux moitiés du cerveau et qui constituent le corps calleux, sont appelées, en raison de leurs trajets et de leurs rapports, système commissuranl ou anastomotique.

D'où résulte la formule suivante : que le cerveau est l'ensemble des circonvolutions reliées entre elles d'un côté à l'autre et reliées toutes à la couche optique et au corps strié du même côté.

Cette formule a l'avantage d'être applicable à tous les vertébrés, même aux poissons, et permet d'établir d'une façon péremptoire les homologies si difficiles à établir du cerveau de ces derniers.

Nous allons entrer maintenant dans l'étude détaillée des différentes parties du cerveau. Nous examinerons successivement :

1° L'écorce cérébrale formée par les circonvolutions; 2° Les deux systèmes de \ masse blanche des hémis-

fibres blanches { phères, corps calleux ;

on , i ii l couche optique , corps

3° Les noyaux cérébraux j . , 1

f s trie ê

Après avoir ainsi indiqué le point de départ, le trajet et l'arrivée des fibres blanches, nous traiterons de la synonymie pour mettre en accord notre nomenclature avec celle des différents auteurs.

Substance gi*fse corticale.

La substance grise corticale se présente sous l'aspect d'une lame grise onduleuse étalée à la surface de la substance blanche centrale. Elle se moule complètement sur cette dernière, pénétrant dans toutes ses anfractuosités et recouvrant toutes les saillies. Il en résulte une série

de replis sinueux séparés par des dépressions linéaires, replis qui ont reçu le nom de circonvolutions. Il est inutile, du reste, d'insister sur la topographie des circonvolutions, que tout le monde connaît et qui rentre dans le cadre de l'anatomie descriptive. Il nous suffira de faire remarquer que cette disposition a pour résultat d'étaler la substance grise sur un espace plus considérable que ne le comporte le volume de la substance blanche qu'elle enveloppe, et de multiplier sa surface.

Son épaisseur est de 2 à 3 millimètres sur les cerveaux d'adultes, elle varie suivant l'âge. Elle augmente jusqu'à l'âge adulte, pour décroître dans la vieillesse. Elle est plus considérable chez les hommes de haute taille, et Gratiolet a fait remarquer que dans les races de stature peu élevée, les Boschimans par exemple, les circonvolutions étaient peu développées et moins saillantes que chez la race blanche.

La coloration de la substance grise est aussi influencée par l'âge : grisâtre et diaphane chez le nouveau-né, i'écorce du cerveau passe au gris rosé chez l'adulte, et devient légèrement blanchâtre chez le vieillard. Elle est plus colorée chez les nègres et chez les individus fortement pigmentés -en général. Différents états morbides, comme nous le verrons tout à l'heure, peuvent encore faire varier cette coloration en plus ou en moins.

La consistance de la substance grise est ferme : à l'état normal, elle peut résister à une pression modérée du doigt. Dans certains cas pathologiques, au contraire, elle se trouve soit plus dure soit ou plus ou moins ramollie.

Examen physique. Si l'on vient à examiner, sur une coupe perpendiculaire à la surface, une circonvolution cérébrale, on voit la substance grise recouvrant une saillie centrale formée par de la substànce blanche, et qui constitue l'axe ou la charpente du repli.

La substance grise, la seule dont nous ayons à parler maintenant, présente une striation spéciale. Un examen

SUBSTANCE GRISE CORTICALE. 13

même rapide permet de constater qu'elle se divise en deux couches, l'une superficielle, sous-méningée, grisâtre, transparente; l'autre, plus profonde, d'un gris rougeâtre. Une recherche plus attentive permet de reconnaître que là ne s'arrête pas la division. Si l'on vient à comprimer une tranche mince de la circonvolution entre deux lames de verre, on voit l'écorce grise qu'on écrase se séparer nettement en plusieurs zones concentriques, emboîtées les unes dans les autres, ainsi que Baillarger les a décrites le premier (1).

Le sommet des circonvolutions constitue une surface dont tous les points sont sensiblement au même niveau; mais il n'en est pas de même dans les cas pathologiques et on trouve souvent, chez les cerveaux d'aliénés déments, des atrophies partielles de certaines circonvolutions qui ont pour effet d'abaisser leur niveau au-dessous de celui des circonvolutions voisines, par une sorte d'effondrement de la partie atrophiée. Il en résulte une dépression à laquelle j'ai donné le nom de dépression en sous-sol, la partie malade étant, pour ainsi dire, située à un étage inférieur par rapport aux circonvolutions intactes. Cette disposition spéciale est l'un des caractères anatomo-pathologiques de la démence paralytique ; on la retrouve aussi dans les démences partielles consécutives la plupard des psychoses. Dans le cas où elle se produit, la perte de substance se trouve comblée par une sorte d'hydropisie ex vacuo : une sérosité rougeâtre remplit la dépression ou sous-sol.

On peut remarquer encore, sur des coupes bien perpendiculaires au plan vertical antéro-postérieur, dit plan de symétrie du cerveau, que cette symétrie n'existe jamais complètement, pour chaque lobe cérébral. Jamais la coupe ne donne, à droite et à gauche, deux contours parfaitement superposables.

(1) Voir Mémoires de l'Académie de Médecine.

Anatomie pathologique des circonvolutions

Structure. Au point de vue de sa structure, la substance grise présente à considérer : des cellules, des fibres nerveuses, une substance amorphe interposée et enfin des vaisseaux.

Cellules. Les cellules nerveuses ont été pour la première fois vues par Malpighi, en 1687 : depuis, elles avaient été perdues de vue par les auteurs, sauf Longet, qui les a décrites dans son ouvrage sur l' anatomie et la physiologie du système nerveux.

Les cellules de la substance corticale sont en nombre incalculable, nombre qui est soumis à de nombreuses variations, non-seulement suivant le sujet que l'on examine, mais encore suivant les différentes préparations que l'on prend sur le même sujet. D'une façon générale, l'on peut dire que sur une coupe mince d'un dixième de millimètre d'épaisseur prise chez un cerveau sain, on en voit 60 à 70 dans l'espace d'un demi-millimètre carré.

Si l'on considère leur distribution, on voit qu'elles se juxtaposent de façon à former des lignes parallèles à la surface du cerveau. Ces zones sont en nombre variable (15 à 20) et se trouvent emboîtées les unes au-dessus des autres.

On peut distinguer parmi les cellules de la couche corticale deux types distincts par leurs dimensions, leur situation, leurs formes. Ce sont les petites cellules, qui occupent la zone sous-méningée, et les grandes cellules qui sont réparties dans les parties plus profondes.

Leur diamètre est assez variable, il oscille entre 0U1,",10 àOmm,16 chez les petites, il est de 0mm,15 à 0mra,25 pour les grandes.

Leur coloration est d'un jaune ambré, du moins pour les cellules bien conservées : car les éléments de la cor-

ticale s'altèrent très-facilement dans la préparation et contrastent singulièrement, sous ce rapport, avec les cellules nerveuses de la moelle épinière.

Les cellules nerveuses présentent à considérer, au point de vue de leur structure, une masse protoplasmatique à prolongements radiés, un noyau volumineux des nucléoles bien visibles dans les grandes cellules.

La forme des cellules varie avec leur diamètre, les petites quoique triangulaire se rapprochent davantage de la forme globuleuse et sont irrégulièrement sphériques, tandis que les grandes affectent une apparence pyramidale.

La base de la pyramide que représentent chaque grande cellule est tournée vers la substance blanche ; le sommet regarde vers les méninges. Leur orientation est donc fixe. Les prolongements de ces cellules sont de deux ordres : un prolongement principal part du sommet et se dirige vers les petites cellules ; des prolongements latéraux partent des faces de la pyramide et mettent la cellule en rapport avec les cellules de même ordre situées à ses côtés.

Quant aux petites cellules, elles émettent leurs prolongements dans toutes les directions à peu près et forment ainsi un reticulum très-serré .

Il résulte de cette disposition que les cellules de la substance corticale se trouvent disposées en zones à la fois solidaires et indépendantes, mises en rapport les unes avec les autres, par le réticulum si délicat et si complexe que formentles prolongements anastomosés. Les cellules peuvent donc fonctionner tour à tour, soit isolément, soit d'accord avec celles de la même zone, enfin chaque zone peut coordonner son action avec celle d'une zone voisine.

Les cellules de la substance corticale se continuent avec les fibres qui constituent la substance blanche, fi-

bres qui mettent ces éléments en communication, soit avec les éléments semblables de l'hémisphère opposé, soit avec ceux des ganglions centraux du cerveau.

Voici comment se composent les fibres blanches au voisinage de la substance grise. Arrivées à son niveau, elles se dépouillent de leur myéline et se trouvent réduites à leur cylindre-axe ; elles changent ainsi d'aspect, et deviennent minces, grisâtres, transparentes, difficiles à apercevoir au microscope. Ces faisceaux de fibres fines plongent alors au milieu des groupes de cellules, et s'épuisent de plus en plus en abandonnant à chaque zone plusieurs cylindres-axes qui vont se continuer avec les prolongements profonds des cellules qui la constituent.

Les éléments précédemment décrits (cellules et fibres) ne se trouvent pas simplement juxtaposés. Ils sont reliés les uns aux autres par un tissu spécial au sein duquel ils sont comme plongés et qui sert de soutien et de moyen d'union au réseau délicat du tissu nerveux. C'est une variété de tissu conjonctif, appelée depuis Virchow la nèvroglie ou ciment nerveux.

La névroglie de la corticale se continue d'une part avec le tissu conjonctif de la pie-mère; d'autre part, avec la névroglie de la substance blanche, et enfin avec la tunique celluleuse des vaisseaux qui plongent dans l'intérieur de la substance cérébrale.

Elle se compose: 1° d'un réticulum mince formé par des fibrilles très-fines, anastomosées entre elles; 2° de noyaux à radiations multiples. On y trouve encore à l'état normal des corpuscules étoilés qui, devenant plus nombreux et plus apparents dans l'hyperplasie conjonctive de la paralysie générale, constituent ce qu'on a appelé les cellules araiynées, a cause de leur forme.

Enfin la substance grise est parcourue par de nombreux capillaires qui viennent soit du lacis vasculaire de la pie-mère, soit des vaisseaux plus profonds de la subs-

tance blanche, et qui forment un réseau très-serré au pourtour des cellules.

Ces capillaires présentent dans leur structure une particularité remarquable: c'estla présence des gaines spéciales qui les entourent comme d'un manchon. Elles sont connues sous la dénomination de gaines lymphatiques. Elles ont été décrites pour la première fois par Ch. Robin.

Cette gaine lymphatique renferme le vaisseau sanguin dans sa cavité, et c'est la rupture de ce dernier, avec épanchement du sang clans l'espace périvasculaire, qui constitue l'apoplexie capillaire des auteurs. Si la rétraction de la névroglie vient à distendre la cavité lymphatique, comme dans la paralysie générale, le capillaire sanguin apparaît comme isolé au milieu d'un espace vide. Cette disposition se laisse apercevoir plus facilement sur les dernières ramifications artérielles (capillaires artériels) que sur les capillaires proprement dits, à paroi anhiste.

Enfin, entre tous les éléments nerveux, conjonctifs et vasculaires, on trouve une substance amorphe que certains auteurs rattachent à la névroglie, que d'autres considèrent au contraire comme étant de la substance nerveuse.

Telles sont la disposition générale et la structure de la substance corticale.

Les points principaux qui donnent à cette région une physionomie toute spéciale, et sur lesquels points nous insisterons encore une fois en terminant, sont :

1° La stratification des cellules en zones distinctes ;

2° Les anastomoses latérales entre les cellules de la même zone, les anastomoses superficielles et profondes entre les zones successives, très-multipliées dans l'un et l'autre cas;

3° La répartition des petites cellules à la superficie, j. luys o

et la répartition des grosses dans la région la plus profonde.

Toutes les circonvolutions, à quelque région du cerveau qu'elles appartiennent, reproduisent fidèlement, dans leurs traits principaux du moins, la description que nous venons de donner; mais il est certains détails, peu importants du reste, par lesquels certaines circonvolutions se distinguent de ce modèle, et qu'il est nécessaire d'indiquer ici.

Les circonvolutions antérieures se distinguent par leur richesse plus grande en éléments figurés , richesse qui s'explique facilement , si l'on considère l'importance, dans l'espèce humaine , des facultés dévolues à cette région.

Les circonvolutions du lobe occipital présentent un liséré blanchâtre qui manque sur les parties plus «intérieures de la corticale et qui avait déjà été signalé par Vicq-d'Azyr.

La signification de cette disposition spéciale se résume à ceci, c'est que les fibres commissurales intercorticales conservent en arrière leur myéline et restent blanches, tandis qu'en avant elles perdent cette enveloppe pour devenir grises et partant moins visibles.

Enfin, l'on trouve sur les parois des ventricules latéraux des parties qui, tout en n'ayant pas l'aspect extérieur de -circonvolutions, n'en possèdent pas moins la structure propre et la valeur morphologique. Ce sont :

1° La corne d'Ammon ou grand hippocampe, que l'on peut considérer comme une circonvolution retournée, dont la partie médullaire, d'enveloppée qu'elle était, est devenue enveloppante;

2° Le corps godronné ou corps dentelé doit être considéré comme l'ébauche d'un groupe de circonvolutions. Chacun des festons qui le composent représente, en effet,

une circonvolution restée à l'état embryonnaire, et dontle développement complet ne s'est pas effectué.

Quant à ce qu'on a appelé l'ergot de Morand ou petit hippocampe, il n'a pas , comme le grand hippocampe , la signification d'une circonvolution retournée, c'est une simple saillie dont la raison se trouve dans la présence d'une dépression extérieure située à son niveau.

Nous verrons plus loin, en parlant des fibres blanches cérébrales, la disposition spéciale qu'affectent les parties du système commissural qui partent des circonvolutions particulières que nous avons décrites sous le nom de corne d'Ammon et de corps godronné.

Nous n'avons décrit jusqu'ici que la couche grise corticale du cerveau proprement dit; c'en est la partie la plus importante, il est vrai, à cause de sa structure compliquée et des fonctions importantes qui lui sont dévolues. Mai^ au-dessous d'elle se trouve une masse de substance blanche, complètement recouverte par la substance grise qui se moule sur elle, et constitue à proprement parler l'axe et le soutien de chaque circonvolution, qui lui devient propre.

L'axe blanc de la circonvolution est donc constitué par l'émergence des fibres blanches qui naissent de la substance grise.

Issues de l'intimité des réseaux de cellules corticales, ces fibres, d'autant plus longues que leur origine est plus voisine des parties superficielles, rampent d'abord entre le réseau des prolongements anastomosée de cellules. Puis, parvenues à la limite de la couche grise, elles émergent de cette couche et se juxtaposent en faisceaux qui affectent les dispositions les plus variées, dépendant de la configuration des circonvolutions d'où elles naissent.

Dans ce trajet, les fibres subissent un changement complet de structure.

Réduites à leur cylindre-axe, grises, fines, presque

transparentes, dans la corticale, elles s'entourent de myéline dès qu'elles en sortent et deviennent blanches, larges, nettement visibles.

A mesure que les fibres cheminent, au sortir de la corticale, on voit qu'elles ne tendent pas toutes vers la même terminaison. Elles forment deux systèmes dont l'origine est confondue, mais qui bientôt se séparent nettement l'un de l'autre.

L'un se porte transversalement vers l'hémisphère opposé en constituant le corps calleux : c'est le système commissurant ou anastomotique.

L'autre, système convergent supérieur, se rend vers la couche optique et le corps strié du même côté.

Le point de séparation des deux systèmes répond à la paroi supérieure du ventricule latéral; quant à la cavité même du ventricule, elle n'est autre que l'espace laissé libre par leur divergence.

Nous étudierons du reste complètement le trajet de ces deux systèmes dans une prochaine leçon , en faisant l'histoire de la substance blanche des hémisphères.

La structure de la masse blanche des circonvolutions ne diffère pas de celle de la substance blanche en général. Entre les fibres à myéline, on voit une substance interstitielle conjonctive, la névroglie^ comparable en tout point à celle de la substance grise. On y voit des fibrilles, des corpuscules interfibrillaires, et une substance amorphe.

Enfin des capillaires rampent dans l'interstice des faisceaux de fibres pour les alimenter. Ils affectent la même direction que ces fibres elles-mêmes.

Déductions physiologiques. — Il nous est permis, dès à présent, de tirer des faits anatomiques que nous avons établis quelques déductions physiologiques.

A la disposition des cellules en zones stratifiées et re-

liées entre elles par un réticulum de prolongements répond un mode spécial de fonctionnement. Chaque zone,

on le conçoit tout d'abord, est à la fois indépendante et solidaire des zones sus et sous-jacentes. Elle peut alternativement fonctionner, suivant les circonstances, d'une façon isolée et d'une façon simultanée. Tantôt l'influx nerveux ne la dépasse pas, tantôt son action se transmet de proche en proche aux groupes voisins de cellules et les met à leur tour en mouvement.

Chaque zone possède un rôle particulier, des fonctions qui lui sont propres et, bien que l'état de la science ne permette pas encore de délimiter d'une façon exacte les attributs spéciaux de tel ou tel ordre de cellules, cependant , grâce à la comparaison avec les éléments de l'axe spinal, nous pouvons déjà tirer quelques inductions légitimes relatives à leurs diverses activités.

Les grosses cellules qui occupent la partie profonde de l'écorce du cerveau peuvent être rapprochées des grosses cellules que l'on rencontre dans les cornes antérieures de la moelle ; les petites cellules plus superficielles, de leur côté, ne sont pas sans analogie avec les petites cellules de l'axe gris. Or, dans la moelle, il est établi que les grosses cellules, en rapport avec les fibres des racines antérieures, jouent le rôle d'éléments moteurs, tandis que les petites, en connexion évidente avec les racines postérieures, sont d'ordre sensitif. Nous sommes donc autorisés à considérer les zones superficielles de l'écorce du cerveau comme le lien de dissémination des impressions de la sensibilité générale et spéciale (comme le sensorium commune), tandis que la zone profonde de grosses cellules peut être considérée comme le point de départ des incitations motrices.

Ceci posé , voici comment nous comprenons le mode d'action des unes et des autres :

Quand une onde lumineuse, par exemple, après avoir traversé les milieux réfringents de l'œil, vient à frapper Qotre rétine; en ce point, l'ébranlement purement physique se transforme en un ébranlement d'ordre physiolo-

22 DEUXIÈME LEÊON.

gique que les fibres nerveuses du nerf transmettent , en traversant les corps genouillés et les tubercules quadrijumeaux, jusqu'au, centre moyen de la couche optique.

Transformée par son passage à travers les éléments cellulaires de ces ganglions, l'impression physique primitive chemine parles fibres efférentes (fibres blanches cérébrales) de la couche optique jusqu'au point où ces fibres la transmettent aux petites cellules de la corticale. C'est là que s'effectuent les dernières transformations de cette impression, qui est en quelque sorte amortie et assimilée dans l'intérieur du réticulum des petites cellules.

Que maintenant cette perception visuelle, à la suite de la réaction automatique du substratum qui les supporte, vienne à donner naissance à un phénomène de motricité quelconque, voici quel chemin suivra l'excitation centrifuge :

Lancée par les grosses cellules motrices , elle se rend au corps strié par les fibres blanches des hémisphères, subit à ce niveau une élaboration spéciale, et passant par les pédoncules cérébraux et l'axe spinal, va s'éteindre dans le groupe de muscles dont la contraction préside au mouvement précis voulu par le cerveau.

Ces déductions physiologiques, qui ne sont encore que des hypothèses plus ou moins rationnelles, ont pourtant pour elles des données expérimentales d'une certaine importance. Ainsi :

1° Les expériences de Flourens et Longet ont démontré que la destruction de certaines régions de la substance corticale du cerveau amène chez les animaux la perte de certaines catégories de perceptions.

2° Celles de Schiff ont prouvé, par réchauffement de certains points de l'écorce cérébrale, suivant la perception par laquelle passait un animal, que les impressions sensorielles se répartissent dans différentes aires de distribution au sein de la corticale.

3° Enfin celles de Ferrier, qui, par l'excitation de

ANATOMIK PATHOL. DE LA SUBSTANCE CORTICALE. 23

certaines circonvolutions, est parvenu à mettre en mouvement certains groupes de muscles, ont fait voir que, dans le cerveau comme dans la moelle, les régions d'émission des phénomènes moteurs étaient inégalement réparties et parfaitement indépendantes.

Anatomle pathologique de la substance corticale.

Fidèle au plan indiqué dès le début de ces leçons, nous allons nous occuper maintenant des lésions pathologiques des parties précédemment décrites. Nous exposerons successivement les altérations que présente l'écorce à l'œil nu, puis les lésions intimes de ses éléments constitutifs.

A. — Modifications survenues dans les apparences extérieures de la substance corticale.

\J épaisseur de la corticale peut être modifiée, et dans oa cas c'est toujours une diminution , c'est de Yatrophie que l'on rencontre. Elle peut se présenter sous forme diffuse ou sous forme localisée.

I. L'atrophie diffuse coïncide avec l'atrophie générale du cerveau dans la démence, la sénilité, l'idiotie. On remarque une diminution d'épaisseur de toute la substance grise en même temps que celle de la substance blanche, l'élargissement des ventricules et l'hydropisie ventriculaire concomitante. Cette atrophie généralisée de l'écorce grise se voit encore chez les microcéphales.

L'atrophie en foyers isolés se voit dans les cas de démence simple ou de démence paralytique.

2i TROISIÈNE LEÇON.

Dans la démence simple, elle se traduit à l'aspect extérieur par des dépressions visibles avant même qu'on ait pratiqué une coupe, et que nous avons décrite sous le nom do dépression en sous-sol. Si l'on vient à sectionner la partie malade suivant un plan perpendiculair e à sa direction, on voit que tandis que, les parties voisines ont conservé leur niveau normal , les circonvolutions correspondant à la perte de substance se sont comme effondrées par un doublé mécanisme : d'abord la substance grise a diminué d'épaisseur en ce point ; et ensuite la substance blanche sous-jacente , en s'atrophiant simultanément , a entraîné dans sa descente l'écorce qui la recouvrait.

La pie-mère passe au-dessus du vide sans s'enfoncer dans ses dépressions, et l'espace qui en résulte, en forme de pyramide à base tournée vers les méninges, se trouve comblé par de la sérosité sécrétée par la pie-mère. Il se fait là une véritable hydropisie locale.

L'atrophie localisée se remarque encore dans la démence chronique de la paralysie générale. Elle est causée, comme nous le verrons plus loin, par des lésions intimes de la névroglie qui se traduisent par un ratatinement , une induration considérables de la substance nerveuse.

Ajoutons que , dans certaines démences et manie chroniques , on a vu des circonvolutions irrégulières , bosselées, érodées à la surface.

II. La coloration de la corticale subit diverses modifications ; ce sont :

1° Une exagération que l'on rencontre dans les hypérémies.

Les hypérémies récentes font passer la couleur de la corticale du gris rosé au rouge plus ou moins foncé ; anciennes ou répétées, elles la colorent en violet ardoisé. D'autres fois, la teinte de l'hypérémie ancienne se confond avec celle de l'hémorrhagie qui a compliqué le processus.

On a alors une teinte rouge, ocreuse, jaunâtre; ces

ANATOMIE PATHOL. DE LA SUBSTANCE CORTICALE. 25

taches indiquent que le sang est sorti des vaisseaux pour subir diverses métamorphoses régressives. On y trouve l'hématoïdine qui résulte de ces métamorphoses, tantôt en granulations, tantôt sous forme de cristaux.

2° Une diminution de coloration se remarque dans les anémies de la corticale. On la constate dans la lypémanie avec stupeur, par exemple. La substance nerveuse devient alors tout à fait blanchâtre, comme lavée.

Dans la manie chronique, les circonvolutions se trouvent décolorées, mais par un processus différent de celui de l'anémie. Les éléments de la corticale sont devenus granulo-graisseux ; les fibres et les cellules présentent à leur intérieur une substance comparable à une émulsion, qui fait passer la teinte générale du blanc au gris. C'est un véritable blanchiment des éléments de la corticale qui a lieu.

3° Enfin on rencontre dans certains cas une perversion des teintes. On sait qu'à l'état normal la corticale est grisâtre à la superficie , plus rouge au contraire dans la partie profonde. Dans certains cas de manie chronique, la différence de teinte est plus accusée ; ou bien les teintes différentes de la zone sous-méningée et de la zone profonde sont troublées isolément ou simultanément; la zone méningée, au lieu d'être d'un gris franc , est gris blanchâtre, et l'autre, au lieu d'être rose, est rouge par accumulation du sang dans les radicules vasculaires.

III. Les lésions peuvent porter encore sur la consistance de la corticale, qui se trouve augmentée ou diminuée, c'est-à-dire que l'on a affaire soit à un ramollissement, soit à une induration.

Le ramollissement est en masse ou en foyer. Les parties ramollies ont complètement perdu leur cohésion : au lieu de supporter, comme à l'état normal, une pression digitale modérée , elles se laissent pénétrer, dissocier, écraser par le doigt ; les méninges sont adhérentes, et si l'on vient à les arracher, elles entraînent des îlots de

tissu ramolli qui laissent derrière eux des pertes de substance, de véritables érosions.

Le ramollissement , quelquefois limité à la substance grise, franchit d'ordinaire ses limites et pénètre dans la substance blanche sous-jacente : c'est même le cas général du ramollissement des centres nerveux.

La coloration des parties ramollies est tantôt grisâtre, laiteuse, tantôt jaunâtre.

Vinduralion succède à des foyers d'inflammation interstitielle, de sclérose. Quelquefois elle siège dans la couche grise ; mais son lieu d'élection est la substance blanche. Si l'on vient alors à enlever la couche corticale, qui d'ordinaire est ramollie et suit les méninges, l'axe blanc de la circonvolution reste sous forme d'une crête rigide, ainsi que l'a indiqué Baillarger. C'est dans la paralysie générale que se rencontre cette disposition.

Dans d'autres cas, l'induration est non plus localisée sur certains points, mais diffuse et s'étend à tout l'encéphale, qui est ferme au toucher, d'aspect poisseux, quelquefois miroitant à la coupe.

IV. Signalons, pour terminer, des hctérotopies de la substance grise, décrites par Virchow pour la première fois , et dont je peux vous faire voir un bel exemple dans un cas d'idiotie. On rencontre, outre les circonvolutions normales, une couche de substance grise corticale à la face interne des ventricules, et des îlots de substance grise distribués irrégulièrement dans l'épaisseur de la substance blanche des hémisphères cérébraux.

jÇ. — Modifications survenues dans la structure intime d™ éléments anatomiques.

Nous allons maintenant passer en revue les lésions intimes des éléments nerveux, lesquelles ne sont plus visibles à l'œil nu.

ANAT0M1E PATHOL. DE LA SUBSTANCE CORTICALE. 27

Ces modifications portent sur les vaisseaux, sur les cellules, sur la névroglie.

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