‹ Leçons sur la syphilis [electronic resource]Chapitre 111 sur 149 · GOMMES SYPHILITIQUES DU CERVEAU · texte numérisé non relu

GOMMES SYPHILITIQUES DU CERVEAU

cellules plates et à ses vaisseaux incrustés de sels calcaires, ni même des sarcomes qui se limitent au niveau du tissu nerveux par une gangue de tissu cellulaire. Certains sarcomes névrogliques faisant corps avec la substance cérébrale, se continuant avec elle d'une façon insensible, pourront donner lieu à des difficultés, surtout si leur centre est caséeux. Mais ces tumeurs sont uniques; de plus, leur structure, le tissu réticulé qui les forme, les cellules fibroplastiques allongées, ou les cellules ovoïdes, toutes de même forme, qui les composent, la facilité de (Macération de ces éléments, la mollesse du tissu qui est partout trèsvascularisé, l'uniformité de ce tissu, établissent des différences bien tranchées. Les parois embryonnaires et trèsminces des vaisseaux assez larges qui les sillonnent, la dégénérescence graisseuse de certaines de leurs cellules qui sont remplies de granulations graisseuses dans certains cas, mais non atrophiées, l'absence de cohésion, et, au contraire, l'état muqueux de leur tissu le plus ancien, les font reconnaître aisément.

La seule difficulté sérieuse, mais pourtant toujours soluble, concerne le diagnostic des gommes avec les gros tubercules du cerveau. Le gros tubercule cérébral est, en effet, constitué, à l'œil nu, par une tumeur généralement volumineuse, sphérique, ou par plusieurs tumeurs dont le centre est jaunâtre, souvent ferme, et dont la périphérie est grise, semi- transparente. Mais la partie opaque et sèche parfois fendillée, ramollie, est toujours plus étendue que la partie centrale delà gomme. La circonférence du tubercule est plus régulière que celle de la gomme ; le tubercule n'envoie pas de prolongements radiés et irréguliers dans le tissu cérébral voisin. Quelquefois on voit, au pourtour du tubercule cérébral, de petits tubercules miliaires, semi-

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transparents, qui, eux aussi, sont toujours spliériques et qui se conlundenl avec la couche grise, semi-transparente du gros tubercule. Dans un grand nombre de cas le tubercule est caséeu* dans toute sa masse, en conservant sa forme, ce qui n'a pas lieu pour la gomme. Enfin, il peut y avojr, rarement il est vrai, des tubercules miliaires ires-fins de la pie-mère, au niveau de la base du cerveau dans la scissure de Sylvins, en môme temps que de gros tubercules cérébraux, et alors le diagnostic est très-simple Si ces caractères, tirés de l'examen à l'œil nu, ne suffisent pas, le microscope tranchera toujours la difficulté Tous les vaisseaux de la partie opaque du tubercule sont, en effet oblitérés. En [es suivant, on trouve facilement une oblitération à leur entrée dans la zone opaque. Dans toute celte région, on observera donc des « cellules géantes. » Au contraire, dans presque tous les cas de grosses gommes cérébrales publiés, les vaisseaux étaient complètement perméables dans la partie opaque. Nous concevons très-bien par analogie avec ce que nous avons vu à la peau, dans Les gommes et dans le chancre, qu'il puisse y avoir quelques oblitérations vascuiaires. Mais ce serait un processus bien rare et tout à fait partiel dans la gomme, tandis qu'au contraire, il est constant et généralisé dans toute la portion caséeuse considérable du tubercule cérébral.

Le siège de ces tumeurs gommeusesqui peuvent acquérir le volume d'une noix, est à la base, auprès du corps pilu.taire, au niveau de la protubérance, aux pédoncules cérébraux, aux pédoncules cérébelleux, aux bandelettes optiques, aux lobes antérieurs, au niveau des circonvolutions frontales, ce qui explique la perte de langage assez commune dans ces cas; on les rencontre aussi dans les

DIAGNOSTIC ANATOM1QUK ET SIÈGE DBS GOMMES W*

ventricules, à la surface du cervelet, au niveau des points d'origine ou d'émergence des nerfs crâniens, du nerf optique, du moteur oculaire commun, du moteur oculaire externe, du pathétique, du trijumeau, du nerf facial, du nerfauditif, etc. Ces nerfs, qu'ils soient envahis par le néoplasme ou altérés consécutivement aux lésions de leurs points d'origine, ou qu'ils soient englobés et comprimés à leur sortie du cerveau par les membranes épaissies et enflammées, par la dure-mère, par la pie-mère, surtout au niveau des orifices et des trajets osseux, comme par exemple dans le sinus caverneux et dans le rocher, ces nerfs, dis-je, sont très-souvent altérés dans la syphilis. Il en résulte des paralysies ou des phénomènes douloureux sur lesquels nous aurons à revenir bientôt.

Les gpmmes, dans leur stade ultime, peuvent-elles se ramollir et se résorber, ou laisser après elles une cicatrice ou un de ces petits kystes si communs dans le cerveau, dont la paroi, formée par un tissu conjonctif, lâche ou tibro'ide, contient dans son intérieur un liquide analogue à celui du ramollissement laiteux, kystes qui sont généralement entourés par du tissu cérébral ramolli ou jaunâtre et rempli de corps granuleux ? C'est là une question assez difficile à trancher. Nous trouvons, en effet, dans la grande quantité d'observations réunies par MM. Gros etLancereaux, de petits foyers de ramollissement, de petites masses crayeuses et caséeuses molles, des lacunes cérébrales, analogues aux cicatrices de ramollissement, ou des kystes plus ou moins grands, occupant les régions superficielles ou profondes de l'encéphale. Ces lésions coïncident quelquefois avec des gommes de la dure-mère, avec des végétations de cette membrane, avec des altérations syphilitiques des os du crâne et avec des gommes du foie. J-ai ren-

contré moi-même, plusieurs de ces petits foyers de ramollissement qui étaient consécutifs àdes lésions syphilitiques bien avérées de la dure-mère et du crâne. Mais ces altéralions, bien que souvent d'origine syphilitique évidente, ne portent pas le cachet analomique de la syphilis. Si l'on peut supposer qu'une gomme, dans un stade avancé de son évolution rétrograde, arrive à former une petite masse molle en dégénérescence graisseuse, entourée d'un tissu cérébral enflammé et ramolli, il est plus difficile d'admettre l'origine gommeuse des lacunes ou des kystes. Ces derniers me parurent surtout en rapport avec les lésions inflammatoires chroniques des artères cérébrales liées à la syphilis dont je dois maintenant vous entretenir.

B. —Il existe, en effet, quelquefois de petites gommes syphilitiques dont le volume varie d'un grain de chenevis jusqu'à celui d'un haricot, qui se développent dans le tissu conjonctif de la pie-mère, autour des arlères cérébrales, au point où elles cheminent entre les circonvolutions. Les artères de la base et les artères syriennes en particulier sont le siège d'élection de ces petites tumeurs, de même qu'elles sont le siège de prédilection des granulations miliaires beaucoup plus petites de la méningite tuberculeuse. Mais les granulations tuberculeuses des méninges possèdent dans leur développement, dans la lésion de la gaine des artérioles microscopiques et dans l'obstruction de ces petits vaisseaux des caractères tout à fait distinctifs.

Les petites gommes que nous étudions en ce moment, siègent dans le tissu de la pie-mère ; elles entourent les artères qui passent à côté d'elles et qui sont plus ou moins comprises dans un tissu inflammatoire scléreux ; elles se logent en partie dans la substance des circonvolutions qui

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