ONZIÈME LEÇON
LÉSIONS SYPHILITIQUES DU TUBE DIGESTIF, DE L'APPAREIL RESPIRATOIRE, DE LA RATE, DES CAPSULES SURRÉNALES, DES GANGLIONS ET DES ORGANES GÉNITO-URIN AIRES.
Sommaire. — OEsophage. — Gommes, ulcérations et rétrécissements. Gommes et ulcères de l'estomac.
Ulcérations et rétrécissements syphilitiques de l'anus et du rectum. Lésions syphilitiques du larynx, de la trachée et des bronches. Syphilis du poumon. — Gommes. — Lésions du poumon dans la syphilis congénitale.
Lésions de la rate et des capsules surrénales dans la syphilis héréditaire. Lésions tertiaires des ganglions lymphatiques.
Nodules gommeux de l'épididyme dans la période secondaire. Orchile interstitielle de l'adulte. — Orchite interstitielle des nouveau-nés syphilitiques. — Gommes du testicule.
Lésions ovariennes.
Néphrite albumincuse dans la période secondaire. — Néphrite interstitielle et néphrite gommeuse. — Dégénérescence amyloïde.
Messieurs,
Nous terminerons aujourd'hui la pathologie de la syphilis en étudiant successivement les lésions tertiaires qu'elle détermine du côté du tube digestif, de l'appareil respiratoire et de l'appareil génito-urinaire.
Les généralités dans lesquelles nous sommes entrés et les descriptions détaillées que je vous ai exposées précédem-
ment me permettront de passer plus rapidement en revue les organes qu'il nous reste à étudier. J'aurai surtout à vous indiquer à propos de chacun de ces organes ce qui me semble devoir être rapporté sûrement à la syphilis, en faisant toutes les restrictions nécessaires à propos des lésions dont la nature parait encore douteuse.
Syphilis du tube digestif. — Je vous ai déjà parlé des syphilides tertiaires et des gommes des différentes parties de la bouche et du pharynx; je n'y reviendrai pas. L'œsophage, l'intestin et le rectum peuvent être atteints par la syphilis tertiaire.
L'œsophage en est très-rarement le siège. L'œsophage est un lieu de passage rapide pour les aliments et sa pathologie est très-bornée. On cite cependant des observations qui se rapportent indubitablement à la syphilis. Tel est le malade de Follin qui souffrait de dysphagie par rétrécissement de l'œsophage et qui guérit sous la seule influence du traitement interne antisyphilitique. Telle est une autopsie de VirchoAV, dans laquelle il a constaté, à côté d'un ulcère en voie de rétraction, des tumeurs gommeuses jaunes en métamorphose graisseuse et ayant donné naissance à l'ulcération (1). Tel est le cas de West qui observa à l'autopsie d'une femme syphilitique, une dilatation delà, partie supérieure de l'œsophage au dessous de laquelle ce conduit était très-rétréci et ses parois indurées.
Les gommes de l'œsophage ne peuvent donc être com-
f1) Nous ne connaissons de gomme de l'œsophage que ce fait relaté par Virchow sans aucun détail histologique.
parées, eu égard à leur fréquence, à celles du pharynx ou du foie. Lorsqu'on trouve tout simplement des cicatrices plus ou moins évidentes ou un ulcère plat, comme dans un autre fait de Virchow, ou un rétrécissement consécutif a des brides fibreuses cicatricielles, rétrécissement surmonte d'une dilatation ampulaire, il faut être bien sûr que ce rétrécissement n'est pas dû à toute autre cause inflammatoire ou artificielle, et il faut avoir affaire à un individu manifestement syphilitique pour le rapporter à la syphilis.
Les lésions de l'estomac, rapportées à la syphilis, sont également très-rares et doivent être rigoureusement critiquées avant d'être mises sur le compte de cette maladie.
Cependant il y a quatre ans, j'ai fait à la Charité, dans le service de M. Woillez, l'autopsie d'une femme qui présentait, en même temps qu'une gomme du foie, des gommes de l'estomac (1). La muqueuse stomacale montrait, le long de la petite courbure et au voisinage du pylore, le relief de tumeurs aplaties, marronnées, l'une ayant cinq centimètres de diamètre, l'autre trois et la dernière deux centimètres; la muqueuse était conservée, mais amincie et adhérente à leur niveau. Sur une section perpendiculaire à leur surface, le tissu sous-muqueux épaissi et induré offrait une épaisseur de 8 à 12 millimètres : ce relief du tissu conjonctif sous-muqueux se distinguait parfaitement de la couche musculeuse située au-dessous. Le pylore était rétréci; des ganglions hypertrophiés et indurés entouraient la petite courbure stomacale; il existait, en outre, une cica-
J°Aez les pompas-rendus des séances de la société médicale îogie pamoiogique de Cornil et Ranvier p. 797, figures 287 et 288.