ULCERATIONS SYPHILITIQUES DU RECTUM
tum provoquée par la présence de chancres dans l'anus; elles ne sont pas pour lui de nature syphilitique. Lancereaux, Leudet les considèrent comme n'ayant pas de rapports directs avec la vérole et comme succédant à toutes les lésions vénériennes de la vulve et de l'anus (vulvite, plaques muqueuses, érosions, etc.). Pour Desprès, ils sont la conséquence de chancres phagédéniques et de plaques muqueuses de la région. Le fait qu'on les observe presque exclusivement chez la femme et que le traitement anti- syphilitique est sans action contre ces ulcérations et ces rétrécissements, témoigne contre leur nature syphilitique. D'après Virchow, il est impossible, par l'examen d'une pièce de ces ulcérations et rétrécissements du rectum, de se prononcer sur la question de savoir s'il s'agit de la syphilis ou de la dyssenterie chronique ; la considération du siège peut seule fournir une donnée positive, car les ulcérations syphilitiques s'observent à l'anus, ou près de l'anus ou dans l'ampoule rectale, tandis que les ulcères dyssentériques existent suivant toute la longueur du gros intestin. Nous pouvons ajouter que si les ulcères vénériens du rectum s'accompagnent toujours de rétrécissement, il n'en est pas de même de ceux de la dyssenterie, qui peut même donner lieu à une dilatation du rectum avec épaississement rigide de ses parois. Cependant, dans la discussion qui eut lieu à la Société de chirurgie, MM. Alph. Gnérin , Verneuil , Panas les regardèrent comme de nature syphilitique. A l'exemple de M. A. Fournier, qui n'hésite pas à rapporter à la syphilis ces ulcérations et ces rétrécissements et qui les décrit sous le nom de syphilome ano-rectal, MM. D. Mollière et Jullien les regardent aussi comme étant syphilitiques.
Quoiqu'il soit très-difficile, sinon impossible, de se prononcer sur la question de savoir si le point de départ de ces ulcères est un accident primitif simplement vénérien ou un accident syphilitique de la période secondaire ou une gomme, il est cependant hors de doute qu'ils s'observent chez des femmes syphilitiques.
L'ulcération accompagnée de rétrécissement siège dans la moitié inférieure du rectum, qu'elle entoure dans une hauteur de 5 à 6 centimètres environ; rarement (cinq fois sur 58 cas, Perret) elle remonte à 9 centimètres et audelà. Elle déborde quelquefois sur la peau de la fesse autour de l'anus. L'ulcération montre une surface rouge, habituellement couverte d'un muco-pus épais, au niveau de laquelle les parties constituantes de la muqueuse, les glandes et le revêtement épithélique ont disparu et sont remplacés par un tissu embryonnaire plus ou moins végétant. D'après M. Malassez, qui a communiqué à ce sujet une note à M. Delens, rédacteur de l'article rectum du Dictionnaire encyclopédique, la portion la plus rétrécie et la moins dilatable présente, non pas comme on le dit ordinairement, un tissu cicatriciel, mais un tissu complètement analogue à celui des bourgeons charnus. Celui-ci est formé d'éléments jeunes et il est peu résistant. D'après M. Malassez, les parties inférieures et plus anciennes présenteraient des faisceaux fibreux de nouvelle formation, entourés de cellules embryonnaires comme dans les cicatrices. Les faisceaux de la couche musculaire seraient séparés par ces cellules infiltrées entre eux, et même il y aurait là des îlots de cellules rondes et libres constituant de petits abcès miliaires qui seraient le point de départ des fistules.
Le rétrécissement peut s'étendre à une assez grande
hauteur dans les cas exceptionnels et s'accompagner de fistules.
Il est peu de maladies dont les accidents soient aussi pénibles, aussi longs et parfois aussi graves que ceux de cette lésion. Je n'ai pas l'intention de les décrire, ce serait sortir de mon sujet, et ils ne diffèrent pas des symptômes des rétrécissements du rectum en général. Je n'en ai observé, dans mon service, que deux en trois ans. Il s'agissait dans ces deux cas de femmes ayant eu autrefois la série des manifestations syphilitiques. L'un de ces rétrécissements était porté à un degré tel qu'il y avait rétention à peu près complète des matières, et il pouvait à peine laisser passer une sonde nréthrale. La malade restait sans pouvoir aller à la garde-robe quinze jours et davantage : elle avait la région anale criblée de fistules. Je la fis passer dans le service de M. Th. Anger. Mais, dans le plus grand nombre de ces lésions, la chirurgie est aussi impuissante que la médecine, et les malades succombent, lorsque le rétrécissement atteint ce degré, à une péritonite ou à des accidents de rétention stercorale.
Le traitement mercuriel et iodique est absolument sans effet contre ces rétrécissements.
Syphilis de l'appareil respiratoire. — De tout l'arbre aérien c'est le larynx qui est incontestablement le plus souvent atteint par la syphilis, et surtout par la syphilis tertiaire.
L'épiglotte en est le siège le plus commun. On a pu suivre, par l'examen laryngoscopique, l'évolution de gommes de l'épiglotte, qui, débutant par une ou plusieurs petites tumeurs sous la muqueuse, s'ouvrent, présentent des bords épais et taillés à pic, pendant que l'ulcération
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gagne en profondeur en s'accompagnant de périehondrite. Ces gommes ne sont généralement pas dures et fibreuses mais plutôt, suivant Virchow, constituées par un tissu mou blanchâtre, médullaire, très-riche en cellules embryonnaires. Les cordes vocales et l'intérieur du larynx sont souvent aussi ulcérées, la muqueuse qui les tapisse est détruite et son tissu conjonctif est infiltré de cellules embryonnaires.
Les conséquences anatomiques de pareilles ulcérations et inflammations profondes sont les mêmes que celles qui s'observent dans les ulcérations laryngées tuberculeuses, c est-a-dire l'œdème de la glotte, la périchondrite, la nécrose partielle des cartilages, les abcès et la suppuration du cou, les fistules cutanées, etc. Lorsque la lésion est moins profonde et qu'elle se borne à des ulcérations sur lesquelles bourgeonne le tissu conjonctif enflammé de la muqueuse il se produit des végétations papillaires, de petits polypes irréguliers.
Lorsque la lésion guérit sous l'influence d'un traitement approprié, on est exposé à des accidents dus à la rétraction cicatricielle de la muqueuse laryngienne, à une déviation de l'épiglotte, à un rétrécissement laryngien.
La syphilis se traduit alors symptomatiquement par les signes des laryngites chroniques, la raucité de la voix, l'aphonie, les quintes de toux, les accès de suffocation! Ceux-ci sont tellement intenses et parfois si subits et si graves qu'on est obligé de recourir à la trachéotomie.
Le traitement qu'on oppose souvent avec un succès complet aux accidents laryngiens', est le traitement iodique qui réussit surtout lorsque la maladie est prise à son début. Les cautérisations avec le nitrate d'argent, avec