ALTÉRATIONS DES COUCHES ÉPIDERM1QUES
J'ai représenté, dans la figure 4 de la planche II, à un grossissement de 150 diamètres, une section de la couche cornée et du corps muqueux de Malpighi au voisinage de la sortie d'un poil à la surface d'un chancre induré. Les cellules de la surface se soulèvent et se desquamment en a; elles forment en b une couche compacte au-dessous de laquelle on ohserve une grande quantité de cellules cornées creuses, c, et de grandes cavités, d, remplies de glohules de pus. Le réseau des travées qui séparent ces cavités est formé lui-même par des cellules cornées et par les parois de cellules creuses ouvertes les unes dans les autres. La couche cornée s'arrête en m. Au-dessous d'elle la couche granuleuse présente quelques cellules où l'on observe une cavité autour du noyau comme en p. Le corps muqueux de Malpighi qui est là extrêmement épais montre aussi des cellules creuses, r, et des cavités pleines de pus, n. A la surface de la couche cornée, on voit en s des noyaux et des cellules atrophiées entourées d'un réseau fin de fibrilles et de granulations. Dans d'autres parties de la surface du chancre, on observe des couches en nappes de globules de pus dissociant et séparant les couches de l'épiderme corné, ainsi que cela est représenté dans la figure 3 de la planche I.
D'après ce qui précède, vous voyez, Messieurs, que la couche superficielle et que la couche intermédiaire de l'épiderme cutané, sont, au niveau du chancre, le siège d'une véritable infiltration de cellules lymphatiques. Il peut y en avoir aussi dans le corps muqueux de' Malpighi, mais on observe rarement dans cette partie les cellules creuses et les nids de globules de pus qui sont au contraire très-fréquemment observés dans les couches superficielles.
Ce mode inflammatoire des cellules épidermiques n'est
pas spécial au chancre; les plaques muqueuses, les végétations et les syphilides cutanées montrent habituellement la même lésion lorsqu'elles sont suintantes, humides à leur surface, lorsqu'elles sont érosives ou squameuses.
Des lésions analogues s'observent aussi dans toutes les inflammations de la peau. On les trouve notamment au niveau des tumeurs qui, compromettant le derme, déterminent une irritation de toute la surface cutanée. Nous reviendrons plus tard sur ces lésions à propos des plaques muqueuses et des syphilides afin d'expliquer par elles le processus des desquammations et des érosions superficielles ou de la suppuration croûteuse sans qu'il y ait de perle de substance notable des couches épidermiques. Mais pour le moment nous devons nous demander comment il se fait que des globules de pus se rencontrent dans l'épiderme. Nous nous trouvons en face de deux hypothèses : (A) Les globules de pus viennent par diapédèse des vaisseaux des papilles, ils cheminent entre les cellules du corps muqueux de Malpighi et viennent se réunir en petits groupes ou petites collections dans l'une ou l'autre des couches épidermiques. Beaucoup d'anatomo-pathologistes, en effet, pensent qu'il en est ainsi dans les inflammations superficielles des muqueuses, et MM. Auspitz et Unna qui ont décrit ces petites agglomérations de pus dans les couches épidermiques, au niveau du chancre, n'hésitent pas à croire que les cellules viennent des vaisseaux papillaires en écartant les cellules épithéliales et en se frayant un chemin et une place entre elles. Pour ces auteurs, les parois des cavités contenant du pus sont formées simplement de cellules épidermiques refoulées et aplaties par compression.
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Cette manière de voir peut s'appuyer aussi sur ce qu'il se fait parfois, ainsi que Ordônez l'a constaté dans le chancre induré, un petit épanchement de sang entre les papilles et le corps muqueux de Malpighi. Il pourrait y avoir aussi, par la même raison, épanchement de globules blancs qui chemineraient ensuite vers l'extérieur.
Mais, d'un autre côté, il est un fait constant dans nos préparations, c'est que la couche cornée est le siège habituel du pus ; qu'il y a là une grande quantité de cellules creuses et de cavités contenant du pus, tandis qu'il y en a moins et plus rarement dans le corps muqueux, en sorte qu'il semble naturel de penser que ces globules se forment dans la couche intermédiaire ou granuleuse et dans la partie profonde de la couche cornée. On peut dire, il est vrai, que les cellules lymphatiques sorties des vaisseaux, après avoir progressé facilement dans le corps muqueux dont les cellules sont molles, ou après avoir suivi simplement la poussée vers la surface cutanée en même temps que les cellules du corps muqueux, viendraient s'accumuler dans la couche cornée dont la résistance est plus grande. Les globules de pus seraient arrêtés sous l'épiderme et ne le traverseraient que difficilement.
Mais nous devrions, en tout état de cause, trouver un nombre très-notable de cellules lymphatiques entre les cellules du corps muqueux et c'est précisément ce qui n'a pas lieu. De plus, lorsqu'il existe des petites cavités pleines de pus, on trouve toujours à côté d'elles des cellules épidermiques creuses, en sorte que ces deux lésions nous paraissent les deux phases d'un même processus.
Aussi, avons- nous une grande tendance à admettre la seconde hypothèse (B), que des cellules de pus se forment dans les cellules épidermiques creuses par la division du
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noyau préexistant et par une génération endogène. Les matériaux de nutrition venus du plasma sanguin par imbibilion détermineraient une nutrition exagérée du noyau qui se diviserait ; chaque division s'entourerait d'une petite quantité de substance protoplasmique dont les matériaux sont également fournis par le plasma sanguin.
Nous avons représenté ce processus dans la fig. 3 de la planche II, qui est dessinée très-exactement sur une préparation de plaque muqueuse de l'amygdale. La section mince de la couche superficielle de Tépilhélium montre des cellules qui sont toutes creusées d'une cavité; les unes, a, sont vides; d'autres, b, possèdent un noyau rond; en c, une cavité plus grande contient plusieurs cellules globuleuses qui ne sont autres que des globules de pus. La substance intermédiaire aux cavités est formée par le protoplasma solide des cellules et on voit même entre elles leurs crénelures et la substance qui les unit.
Sans vouloir nier que les globules blancs, sortis des vaisseaux, ne puissent pénétrer par effraction dans les couches de 1 epiderme et se réunir en agglomérations dans l'épiderme corné, nous croyons que la génération endogène n'en joue pas moins un grand rôle dans les phénomènes que nous venons d'analyser.
Je vous ai dit déjà qu'au niveau des bords du chancre et même sur sa surface dans un grand nombre de cas, la couche de Malpighi était conservée et accrue en épaisseur.
M. Ordônez, observateur très-consciencieux, enlevé prématurément à la science, avait parfaitement constaté ce fait de la conservation de l'épiderme et de l'épaississement du corps muqueux sur le chancre. (Note communiquée à