LÉSIONS DU TISSU CONJONCTIF
MM. Martin et Belhomme et insérée dans leur traité de la syphilis.) Ordônez disait que les. cellules du corps muqueux envoient des prolongements qui pénètrent entre les papilles. MM. Auspilz et Urina insistent aussi sur celte néoformation dus cellules du corps muqueux de Malpighi et sur les expansions qui en partent en pénétrant profondément dans le corps papillaire. Il serait plus juste de dire, croyons-nous, que ce sont les papilles du derme, constituées dans le chancre par un tissu embryonnaire, infiltrées de jeunes cellules, qui bourgeonnent et s'allongent en même temps qu'elles se tuméfient par l'inflammation productive de leur tissu. De cette tuméfaction et de cette hypertrophie il résulte que les cellules du corps muqueux forment, entre les papilles primitivement allongées, des travées plus profondes qu'à l'état normal.
Lorsque les couches superficielles de l'épiderme corné sont détachées et détruites, dans ce qu'on appelle l'érosion du chancre, le corps muqueux est seul conservé à la surface centrale du bouton chancreux : les cellules du corps muqueux peuvent elles- mêmes être désintégrées, en grande partie, ou en totalité. La couche muqueuse est alors remplacée par des cellules lymphatiques ou globules de pus et par la fausse membrane dont nous avons indiqué les caractères. Sur une coupe mince perpendiculaire à sa surface, obtenue après durcissement, cette membrane montre une substance homogène finement grenue, séparant des cellules lymphatiques. Ou trouve presque toujours des lames de cellules cornées ou de cellules du corps muqueux dans cette pseudo-membrane ou à sa surface.
lésions du tissu conjonctif. — Nous arrivons maintenant, Messieurs, aux lésions du tissu conjonctif dermo-
papillaire, c'est-à-dire à ce qu'il y a de plus important dans le chancre, car ce tissu paraît atteint dès le début; le plus souvent, en effet, il existe tout d'abord une papule, c'est-à-dire une élevure provenant d'un épaississement du corps papillaire.
Il y a une vingtaine d'années, M. le professeur Charles Robin, après avoir examiné des chancres indurés, donnait, sur le résultat de ses recherches, une note à l'Académie des sciences d'après laquelle l'induration était formée presque en entier d'éléments fibro-plastiques (1), et plus tard une note plus détaillée insérée dans les leçons de M. Ricord sur le chancre (2). D'après M. Robin, le tissu induré est formé d'une trame de fibres de tissu cellulaire et de fibres élastiques entre lesquelles se trouve une matière amorphe, des cellules et noyaux fibro-plastiques et des cytoblastions. Je vous dirai bientôt la valeur de ces dénominations. Quelque temps après, M. Virchow, publiait dans divers mémoires (3) et dans son livre sur la syphilis constitutionnelle (4) une description du chancre qu'il considérait comme une hyperplasie du tissu cellulaire et qu'il assimilait, au point de vue de son anatomie, aux gommes de la période tertiaire. Dans ce livre, M. Virchow donnait, comme vous le savez, une description anatomique des gommes et de la syphilis viscérale qui a été le point de départ et la base de tous les travaux publiés depuis sur ce sujet.
(lj Mémoire présenté à l'Académie des sciences, séancedu 2 novembre 18'i6.
(2) Leçons sur le chancre, recueillies et publiées par A. Fournicr,
(3) Virchow.-»- Tagllatt de'r Nahirforscher-Yersammlnng. Tubingen, b53, n° 6. p. 63. — Mrchow's Archic. t XV. p. 32b.
(4) La syphilis constitutionnelle, traduction de P. Picard , Paris •1860.