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OBSERVATION II

Chancre induré de la petite lèvre. — Excision. — Examen histologique du chancre.

E... B... , couturière, 19 ans, s'est toujours parfaitement portée jusqu'à ce jour. Pas d'antécédents personnels ou héréditaires.

Il y a quinze jours, elle s'est aperçue de la présence d'un petit bouton assez douloureux à la petite lèvre droite. Ce bouton a grossi peu à peu et a fini par se transformer en une ulcération superficielle. Elle prit des bains répétés, mais l'érosion ne disparaissant pas, elle entre à Lourcine, salle Saint-Clément, le 26 juin

Au niveau du bord libre de la moitié inférieure de la petite lèvre droite, à sa face interne, se trouve une petite ulcération superficielle du diamètre de huit millimètres environ et absolument circulaire. Cette érosion peu profonde, creusée légèrement en godet, est recouverte par une croûte brunâtre, très-adhérente. Les bords et la base de ce chancre sont fortement indurés et font éprouver la sensation d'un noyau cartilagineux de près de un centimètre de profondeur.

La petite lèvre droite est de plus assez fortement œdématiée, mais l'induration se dislingue assez facilement du tissu ambiant.

Dans le pli inguinal droit, deux ganglions gros comme de petites noisettes, très-durs et roulant sous le doigt.

Deux ou trois petits ganglions dans le pli de l'aine gauche. Les autres ganglions, la peau et les muqueuses, sont absolument intacts. Pas de fièvre.

Le 29. On enlève au moyen du bistouri la moitié inférieure de la petite lèvre supportant l'induration chancreuse.

1er juillet. Ce qui reste de la petite lèvre est encore fortement œdémalié, mais on n'y peut constater la moindre trace d'induration spécifique.

La plaie suppure assez abondamment.

2 juillet. Même état. La suppuration augmente, déjà la plaie tend à bourgeonner et à se cicatriser. Les ganglions inguinaux droits ont diminué de volume.

Liqueur de Van Swieten.

3 juillet. La plaie est blanchâtre ; le tissu de bourgeons charnus de nouvelle formation est infiltré de pus. Au-dessous de la plaie, le tissu conjonctif est œdématié, mais il ne l'est pas plus que le jour de l'opération.

5 juillet. La plaie est détergée et donne très-peu de pus ;' elle est planiforme et le tissu conjonctif sous-jacent est beaucoup moins œdématié, plus mou.

7 juillet. La plaie est recouverte d'une couche épidermique. Le tissu sous-jacent présente encore néanmoins une certaine dureté qui disparaît peu à peu les jours suivants en môme temps que l'œdème de la grande et de la petite lèvre.

23 juillet. Deux végétations de la petite lèvre gauche qui sont survenues peu de temps après l'entrée de la malade et qui se sont développées depuis quelques jours sont excisées. 11 n'y a pas eu jusqu'ici d'accidents secondaires.

Examen histologique du chancre. — La partie enlevée est placée de suite dans de l'alcool, puis, le même jour, dans de l'acide picrique et ensuite durcie par l'action successive de la gomme et de l'alcool.

La préparation passant par le grand axe du chancre et représentant sa section perpendiculaire à la surface offre une disposition générale qui est figurée dans la planche III, fig. 6. Sur ce dessin fait à un très-faible grossissement, à 8 diamètres, la partie saillante comprise entre les lettres m et if, représente la surface ulcérée du chancre. Cette partie est située, comme on se le rappelle, au bord saillant de la petite lèvre, de telle sorte que les sections comprennent, en même temps que l'ulcère primitif, une portion de la face interne et de la face externe de la petite lèvre. Le revêtement épithélial n de la face interne de la petite lèvre, dans le voisinage du chancre, est très-épais, et les papilles qu'il recouvre sont très-longues et très-développées. Ce revêtement épithélial normal s'arrête en s'effilant en biseau en ni. La surface du chancre de m en est dépourvue du revêtement épithélial normal ; à sa place il existe une couche mince a formée par des globules de pus mêlés à quelques cellules épithéliales. Ces éléments naturellement ne peuvent se voir au faible grossissement de 8 diamètres de la figure. Les papilles ne forment pas de relief à la surface du chancre, et leur extrémité donne naissance à la suppuration peu abondante qui se concrète en une couche mince. En »', c'està-dire au bord du chancre, 1'épiderme normal est en place et les

papilles sont hypertrophiées. On voit par le dessin d'ensemble de la fig. 6 que le chancre ne donne pas lieu a une perte de substance bien notable. Une couche de globules de pus mêlée à des cellules épithéliales remplace les couches épidermiques normales, et, au-dessous de cette couche, les papilles infiltrées de celluies lymphatiques y déversent ces éléments. Tout le tissu du chancre, qui forme une masse indurée, est constitué par une infiltratiori d'éléments cellulaires ronds entre les faisceaux du tissu conjonctif, et les parois des vaisseaux, artères et veines, sont épaissies par la formation des cellules nouvelles. C'est surtout la tunique adventice qui est ainsi altérée. Nous n'insistons pas silices lésions parce qu'elles rentrent dans la description générale.

Mais il y avait, dans ce fait de chancre, tous les éléments d'une étude complète des lésions des glandes sébacées. Les glandes sébacées sont, en effet, très-abondantes dans la petite lèvre, et, dans chaque préparation, on en trouvait plusieurs à différents degrés d'altération. On peut déjà se rendre compte de ce qui se passe dans les glandes sébacées à un grossissement très-faible, à 8 diamètres par exemple, comme dans la figure 6. Là, en effet, les glandes sébacées examinées loin du chancre et en dehors du tissu enflammé et induré sont normales. La glande y montre, en effet, une bordure simple de cellules pavimenteuses; en même temps le canal excréteur et les culs-de-sac offrent à considérer un centre clair rempli par les cellules sébacées normales. Dans la glande g1 qui se trouve sur le bord du chancre, les cellules sébacées ne se reconnaissent plus à leur aspect clair que dans les culs-de-sac profonds et la lumière du conduit est remplie de cellules pavimenteuses. Dans les glandes sébacées k, h, et l, qui sont en plein dans le tissu enflammé, il n'y a plus de cellules claires, graisseuses, sébacées ; les glandes sont remplies de cellules épithéliales pavimenteuses de nouvelle formation. Lorsqu'on examine comparativement le contenu des glandes normales et enflammées avec un fort grossissement, on reconnaît que, dans ces dernières, les cellules sébacées sont peu à peu refoulées au centre des conduits et des acini par une végétation de petites cellules pavimenteuses; dans les points qui sont le plus altérés, c'est-à-dire au centre du chancre, il n'y a plus de cellules sébacées : les cellules pavimenteuses des conduits et des culs-de-sac montrent souvent une cavité entre le noyau et le protpplasma de la cellule et il y a souvent aussi des cellules rondes, globules de «pus ou cellules lymphatiques dans l'intérieur des glandes à côté des cellules épithé-

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lialcs ou dans la cavité dont elles sont creusées. C'est surtout dans la partie du conduit glandulaire la plus rapprochée de la surface en pleine suppuration, qu'on trouve ces cellules rondes. Les lésions des glandes sébacées sont en pareil cas, cela va sans dire, consécutives à l'inflammation du tissu conjonctif.

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