DIAGNOSTIC DE ^HERPÈS VULVA1RE
éruptions successives comme dans l'observation VI, on voit des vésicules récentes et intactes à côté des érosions anciennes. Bien que la vulve soit très-enflammée, bien qu'elle suinte et soit couverte d'une sérosité puriforme, bien que les grandes et petites lèvres soient œdématiées, les glandes inguinales ne sont ni tuméfiées ni dures. Il n'y a pas de pléiade caractéristique. L'herpès guérit de luimême: les érosions qui ont succédé aux vésicules deviennent alors de petites taches cicatricielles blanches ou pigmentées. Les cicatrices s'effacent bientôt, et la peau reste pigmentée un certain temps au niveau de l'éruption.
On le voit, les plaques muqueuses sont des papules beaucoup plus larges, plus saillantes ; même lorsqu'elles sont exulcérées, elles ont une base qui est formée par le derme infiltré de cellules et tuméfié, ce qui n'a pas lieu dans l'herpès. De plus, les ganglions sont toujours indurés quand il s'agit de plaques muqueuses.
Le chancre induré sera bien difficile à confondre avec une plaque muqueuse, même à base dure (voyez page 128), parce que les plaques sont toujours multiples à la vulve.
Le chancre mou est aussi bien différent en ce sens qu'il détruit assez profondément le derme, et qu'il constitue un ulcère profond. Il est vrai qu'au moment où il se répare, il bourgeonne et se met de niveau avec la peau avoisinante ; s'il y avait quelque doute, l'inoculation les lèverait.
L'éléphantiasis de la vulve peut-il être confondu avec des plaques muqueuses ? Nous ne le pensons pas, car l'éléphantiasis est une lésion profonde, de longue durée, une tumeur, un véritable myxôme ou un fibrome, et si on hésitait, la persistance de la tuméfaction dans l'éléphantiasis, comparée à la facilité de la guérison des plaques muqueuses, dissiperait bientôt tous les doutes.
150 PKONOST1C DÈS PLAQÛÉS Sfl'QUlJUSÈS
Le diagnostic des plaques muqueuses du col doit se faire avec l'herpès du col qui existe quelquefois d'après les observations de M. Bernutz et des médecins qui nous ont précédés ici, de même que d'après mon observation propre. Mais cet herpès du col ne vient qu'avec l'herpès vulvaire, en sorte qu'il est facile d'éviter toute erreur.
Les plaques muqueuses de la vulve, de la bouche, de la gorge, etc,, ne sont pas d'un pronostic fâchettx, èfl tant que lésion locale ; mais elles indiquent toujours une infection de toute l'économie par la syphilis. Leur marche, leur durée, leur pronostic, en tant que lésion locale est variable suivant leur siège et suivant l'âge de la syphilis. Certaines guérissent toutes seules par les soins de propreté et le repos, comme par exemple les plaques muqueuses de la première poussée à la vulve, mais elles reviennent souvent au même siège : les plaques muqueuses de la langue et de la gorge sont plus tenaces ; mais cependant, dans la syphilis légère et de moyenne intensité, elles cèdent assez facilement. Chez certains sujets, les plaques de la bouche et de la gorge s'éternisent, surtout celles de la langue chez les fumeurs, et le traitement interne devient alors impuissant.
Chez plusieurs de nos malades, nous avons vu des plaques muqueuses de la langue et des piliers de l'amygdale revenir obstinément pendant plusieurs années. Ainsi l'un des enfants de la salle Sainte-Thérèse, chez qui la syphilis remonte au moins à quatre ans, et que nous avions guéri de ses plaques muqueuses linguales l'année dernière à la suite de l'emploi local de l'acide acétique combiné avec la médication mercurielle, vient de rentrer cette année avec de nouvelles plaques de la langue.
TRAITEMENT DES PLAQUES MUQUEUSES 1j1
Pour ce qui est des femmes de la salle Saint-Clément et de la salle Saint-Ferdinand, nous en voyons revenir avec des plaques muqueuses vulvaires, qui ont été soignées ici à diverses reprises depuis deux et trois ans pour les mêmes accidents.
Traitement des plaques muqueuses — Les plaques muqueuses de la vulve que vous voyez ici dans tout leur épanouissement le jour de l'entrée des malades, ces plaques végétantes, hypertrophiques, énormes, confluentes, couvrant les grandes et petites lèvres, les plis inguinaux, le périnée, le pourtour de l'anus, et donnant lieu à une hypertrophie inflammatoire de toute la peau de ces régions; cette éruption énorme s'amende rapidement par le repos, le traitement mercuriel et les soins de propreté. M. Fournier conseille d'employer tout simplement Un pansement avec Une poudre isolante inerte ou avec l'ouate. Nous nous trouvons bien des cautérisations légères au nitrate d'argent, en même temps que des lotions et du traitement interne, tout en reconnaissant qu'on peut très-bien se passer des cautérisations. Les accidents vulvaires cèdent bientôt, les plaques exubérantes s'affaissent, diminuent d'épaisseur, la peau redevient souple, et au bout d'une quinzaine de jours ou de trois semaines, les trois quarts du mal ont disparu. Les plaques restent encore un peu papuleuses, puis elles s'effacent complètement en ne laissant qu'une couleur rouge ou maculeuse, qui disparaît elle-même sans qu'il y ait de cicatrice.
Le traitement mercuriel est sans contredit excellent pour arriver à cette prompte guérison, mais il ne garantit nullement des récidives et des poussées nouvelles qui pourront se reproduire quelques mois après.