‹ Leçons sur la syphilis [electronic resource]Chapitre 85 sur 149 · LEUR A NATO M 112 GÉNÉRALE · texte numérisé non relu

LEUR A NATO M 112 GÉNÉRALE

L'étude hislologique des modifications des éléments considérés en eux-mêmes et isolément dans les éruptions cutanées, n'est pas moins utile, à un autre point de vue. Tandis que l'examen, à un faible grossissement, montre les différences qui séparent une espèce donnée d'une espèce voisine, par exemple une papule d'une pustule, et les fait mieux connaître que l'œil nu dans tous leurs détails, l'analyse histologique des modifications de nutrition ou de migration des cellules montre les ressemblances, la généralité des faits pathologiques dans les espèces nosologiques distinctes. Par exemple, la formation des cavités péri-nucléaires dans les cellules, la division des noyaux, la formation de cellules rondes ou globules de pus, est la même dans l'épithélium de revêtement, qu'il s'agisse d'une papule, d'une pustule cutanée, d'une plaque muqueuse ou d'une tumeur quelconque voisine de la surface de la peau. De même, la formation de petits abcès ou îlots de globules de pus dans les couches superficielles de l'épiderme sera la même dans ce que le phénomène a de plus général, qu'il s'agisse d'un chancre, d'une plaque muqueuse, d'une pustule syphilitique ou d'une pustule de la variole. Par exemple encore, l'émigration des globules blancs et l'infiltration de ces cellules entre les faisceaux de fibres du tissu conjonctif ne différera pas dans le chancre induré, dans le chancre mou, dans les papules ou les pustules : c'est l'évolution, le degré plus ou moins intense de l'inflammation, la répartition topographique des lé7 sions qui définissent les espèces, tandis que plus on étudie avec de forts grossissements les lésions de nutrition élémentaires, et plus on a affaire à des phénomènes de pathologie générale applicables à une grande quantité d'états différents. Le mode suivant lequel les cellules sont in-

fluencées par les maladies les plus dissemblables, est en effet très-borné et très-peu variable.

Mais ces phénomènes généraux n'en sont pas moins trèsintéressants, très-importants dans la conception générale de la pathologie, et dans le cas qui nous occupe, il n'est pas non plus indifférent de les connaître. Je vous ai montré, en effet, que le processus en vertu duquel une plaque muqueuse laisse suinter un liquide presque transparent, contenant des cellules rondes, est le même que celui qui amène la chute de l'épiderme superficiel ou la formation de squames sur une papule sèche de la peau; ce processus, porté à une plus grande intensité, amène la suppuration croûteuse d'une pustule d'acné ou l'ulcération d'une pustule d'ecthyma. Vous vous rendez compte de certaines suppurations croûteuses ou squameuses insensibles, sans que la couche épidermique soit complètement tombée et même avec conservation de la couche de Malpighi et d'une partie de la couche cornée. Je pourrais multiplier indéfiniment ces exemples, rapprocher dans ce qu'elles ont de commun, la lésion de la diphthérie et celle des fausses membranes des plaques muqueuses, les analogies de l'inflammation du tissu conjonctif dans les papules muqueuses ou cutanées, dans les pustules, etc., mais cela m'exposerait à des redites et si vous avez bien compris ce qui précède, vous en tirerez vous-mêmes les applications et les corollaires évidents.

Traitement des sypiiilides cutanées. — Ce traitement montre d'une façon indéniable l'action efficace, quelquefois surprenante du mercure contre les altérations cutanées. L'emploi du mercure administré soit sous la forme de pilules de proto-iodure, soit sous la forme de bichlorure dans

la liqueur de van Swieten, soit dans les pilules de Sédillol, soit en frictions avec de la pommade mercurielle, en bains de sublimé, en injections hypodermiques, à doses d'autant plus fortes que la syphilide est plus tenace, plus profonde et plus étendue, est assurément indiqué au mieux par son action curative. Ou voit la rougeur des papules, par exemple, diminuer d'intensité, passer du rouge de sang ou du rouge cuivré à la couleur du jambon cuit, puis s'effacer peu à peu en même temps que la saillie des papules di minue et disparait en laissant une tache maculeuse. Rien n'est plus net que cette action. Si, dans une éruption tenace, papuleuse ou pustuleuse, le mercure est donné en assez grande quantité pour produire la salivation, l'effacement, la guérison d'une éruption qui durait depuis des mois s'opèrent en quelques jours, en une semaine, en dix ou quinze jours.

Personne ne conteste le fait. Mais on s'est demandé s'il y avait avantage à donner le mercure dans les cas de syphilides bénignes ou communes qui guérissent d'ellesmêmes. M. Diday ne donne pas en pareil cas le mercure, et il le réserve pour les syphilides tenaces ou graves. M. Després, fidèle à sa conviction qu'on doit laisser le virus syphilitique s'éliminer de lui-même parles éruptions cutanées, absolument comme on respecte, sans la contrarier, l'éruption de la rougeole ou delà variole, n'intervient aucunement ou donne simplement des préparations martiales.

Nous devons nous demander en premier lieu s'il est bon de traiter par le mercure les accidents secondaires de la syphilis. Le résultat immédiat est excellent, cela n'est pas douteux, mais les accidents tertiaires, ceux qui sont le plus à redouter, seront-ils éloignés ou avancés, plus nom-

breux et plus graves ou, au contraire, plus rares et plus bénins si l'on a donné le mercure pendant la période secondaire.

M. Jullien (1) a tenté de répondre à cette question dans un travail de statistique basé sur trois séries d'observations très-nombreuses, recueillies et classées avec grand soin et se rapportant à des syphilis évoluant naturellement, à des cas mercurialisés dès le début du chancre et à des malades traités pendant les accidents secondaires. Les accidents tertiaires seraient les plus bénins dans la syphilis naturelle, et les plus graves seraient observés dans la syphilis traitée pour la première fois par le mercure pendant les accidents secondaires. Quelle est la valeur de ce résultat statistique? Il faut évidemment l'interpréter, car si on l'acceptait tel quel, surtout en admettant avec M. Diday que les accidents graves sont plus communs chez les individus mercurialisés dès le début du chancre, on devrait proscrire absolument le mercure. M. Jullien a dressé sa statistique d'après des observations de malades entrés dans les hôpitaux pour être traités d'affections syphilitiques tertiaires, et il a divisé ces malades en trois séries. D'après lui, la série des mercurialisés pendant la période secondaire fournit le plus de lésions syphilitiques tertiaires graves. Admettons le fait : cela ne nous contente qu'à demi; nous voudrions savoir quelle est la relation du nombre des chancres non traités avec le nombre des accidents tertiaires , quel est le rapport numérique des syphilides secondaires traitées par le mercure avec

(l) Louis Jullicu. Recherches statistiques sur Vétiologie de la syphilis tertiaire. Paris, 1874.

le nombre des accidents tertiaires que présente cette série. En d'autres termes nous voudrions savoir si un plus grand nombre de malades traités pendant les accidents secondaires n'échappe pas absolument aux accidents tertiaires que s'ils n'avaient pas été traités du tout, et si le traitement pendant la seconde période ne met pas généralement à l'abri des accidents de la troisième (l).

M Jullien a recueilli 218 faits de syphilis tertiaires, 59 chez des malades non traités, 149 chez des malades mercurialisés. Il est certain que ce résultat donne beaucoup plus de cas de syphilis tertiaire à la catégorie des syphilis naturelles qu'aux séries de mercurialisés, car l'immense majorité des syphilitiques a pris du mercure. Et s'il était prouvé que les syphilis mercurialisées ne donnent qne rarement lieu à des accidents tertiaires, il faudrait donner toujours le mercure pendant la période secondaire, même au risque d'avoir exceptionnellement un accident tertiaire plus grave que si on avait laissé évoluer naturellement la maladie.

Dans notre service, nous donnons le mercure à petite dose et seulement pendant la durée des syphilides lorsqu'elles sont légères, une pilule de cinq centigrammes de proto-iodure ou une cuillerée à bouche de liqueur de van Swielen dans du lait pour les syphilides de moyenne intensité, le double ou des frictions dans les syphilides graves, en nous arrêtant avant la salivation s'il y a de la stomatite.

(\) Dans son excellent Traité, pratique des maladies vénériennes, M. Jullien n'est pas aussi affirmatif que dans ses recherches statistiques, et il ne regarde pa* comme incontestablement établi que les syphilides mercunahsee pendant les accidents secondaires donnent plus souvent heu a des accidents Tertiaires que la syphilis mercuùalisée dès le début du chancre.

?38 BIBLIOGRAPHIE DES SYPHILIDES

Nous ne donnons pas le mercure préventivement, parce que nous ne sommes pas persuadés qu'il empêche le retour des syphilides. Quand il s'agit de syphilides graves précoces, ou de syphilides tertiaires, pustuleuses ou tuberculeuses, nous associons l'iodurcde potassium au mercure par le sirop de Gibert ou par l'iodure donné à l'intérieur et uni aux frictions.

Le traitement local des syphilides graves consistera dans les bains de sublimé, et pour les syphilides pustulo-crustacécs et tuberculo-ulcéreuses dans le pansement avec l'emplâtre de Vigo ou avec liodoforme.

BIBLIOGRAPHIE DES SYPHILIDES

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