DIAGNOSTIC AVEC LES SCROFULIDES DES MUQUEUSES 2S
symptômes suffisants, et, pour avoir des données sûres, il faut tenir compte des renseignements que fournit le malade aussi bien que de révolution du mal.
La considération du siège est un bon élément de ce diagnostic : nous avons vu que la laDgue et le voile du palais étaient presque exclusivement atteints par la syphilis et presque jamais par la scrofule. Il n'en est pas de même de l'amygdale et de la paroi du pharynx qui sont donnés comme étant fréquemment envahies par les scrofulides profondes.
Il faut cependant faire à cet égard une réserve capitale : les faits de scrofulides des muqueuses et, en particulier, du pharynx, ont été jusqu'ici peu étudiées au point de vue anatomo-pathologique. Si on compare les observations de scrofule pharyngée avec autopsie et examen microscopique analysées dans ces dernières années, ainsi que l'a fait M. Spiellmann dans sa thèse d'agrégation, on voit que presque constamment on a affaire à des exemples avérés de tuberculose des muqueuses.
Dans les examens publiés par MM. Friedlander, 0. Weber, Hanot, Letulle, etc., dans ceux que j'ai faits, on trouve mentionnés des cellules géantes, des nodules tuberculeux ou une infiltration des muqueuses, des dégénérescences granulo-graisseuses des éléments, etc. D'un autre côté, dans la thèse d'agrégation, il est vrai, incomplète à certains égards, de M. Looten intitulée : Des scrofulides des muqueuses, toutes les lésions tuberculeuses acceptées comme telles par tous les auteurs, la tuberculose intestinale, par exemple, sont rangées dans les scrofulides. Il en résulterait que nous pourrions avec tout autant de raison renverser la proposition de M. Looten et regarder comme appartenant aux tubercules toutes les lé-
sions appelées scrofulides. Nous ne le ferons pas, nous préférons attendre que l'anatomie et l'histologie pathologiques aient pu déterminer la nature exacte des altérations rangées sous le nom de scrofulides des muqueuses. Nous croyons qu'on agrandira beaucoup, par une étude bien faite, le domaine de la tuberculose en lui annexant nombre de maux de gorge, nombre d'altérations des amygdales et de la paroi postérieure du pharynx, et qu'il ne restera rien, en définitive, de la scrofulose maligne, le lupus rentrant dans la tuberculose cutanée, les scrofulides des muqueuses dans la tuberculose des muqueuses. Mais, nous le répétons, celte anatomie pathologique n'est pas faite; elle est à refaire. Nous ne doutons pas que l'élude anatomique bien conçue ne mette sur la voie de signes particuliers qui permettront de reconnaître les ulcérations et néoplasmes syphilitiques des néoplasmes tuberculeux. Nous avons un exemple de ces progrès récents du diagnostic dans les signes de l'ulcère tuberculeux de la langue; les petites granulations à centre caséeux, signalées par M. Trélat, permettent aujourd'hui de les reconnaître. Il est probable qu'on trouvera des signes du même ordre pour caractériser pendant la vie la tuberculose du pharynx.
Quoi qu'il en soit, voici sur quoi repose, dans l'état actuel de nos connaissances, le diagnostic entre la syphilis tertiaire de la gorge et les scrofulides graves des muqueuses : 1° Les syphilides tertiaires s'observent chez des individus qui ont eu d'autres accidents syphilitiques; 2° elles débutent par nu néoplasme profond, par des gommes; 3° la syphilis a, dans son évolution, une marche plus aiguë que la scrofule; 4° elles cèdent au traitement mercuriel et ioduré qui est leur pierre de touche.
Vous voyez, Messieurs, que les éléments de ce diagnostic sont bien incertains, car les antécédents sont souvent difficiles à déterminer,, attendu que les malades appartiennent fréquemment à cette catégorie de syphilitiques qui s'ignorent, aux syphilitiques congénitaux; de plus, on n'assiste que rarement à la période d'infiltration gommeuse, et quant à ce qui est de la marche, de l'acuité de la scrofule comparée à la syphilis, s'il est des cas de syphilis, de gommes, par exemple, qui marchent très-vite à la guérison, il est des faits de syphilis du pharynx qui s'éternisent et qui n'ont rien à envier sous ce rapport à la scrofule, cela revient donc à dire qu'il faut essayer le traitement par le mercure et par l'iode dans tous les cas douteux d'ulcérations pharyngées profondes. M. Horand, chirurgien des hôpitaux de Lyon, a suivi cette méthode dans son service de l'Antiquaille. 11 a donné l'iodure de potassium dans une série de cas de lésions destructives du pharynx et des fosses nasales observés chez de jeunes sujets de 10 à 20 ans qu'on aurait pu croire strumeux, et il a vu survenirune amélioration rapide et la guérison. (Thèse de M. Chaboux).
Syphilis des muscles. — La syphilis musculaire n'est pas très-commune: elle se traduit soit par des contractures qui paraissent au premier abord idiopathiques, car elles ne s'accompagnent pas de tumeurs, ni de changement de volume, ni de lésions apparentes pendant la vie, soit par des gommes développées dans l'intérieur des muscles.
La contracture syphilitique des muscles est surtout une affection des muscles du bras et de l'avant-bras, du biceps brachial en particulier. Elle débute chez des indi-
vidus qui en sont aux accidents secondaires, de 6 mois à un an après le chancre. Elle se traduit par une raideur dans l'articulation du coude, par une impossibilité de l'extension complète de celte articulation. En exagérant celle extension, on sent le muscle biceps qui se tend, qui est contracture, qui s'oppose au mouvement. Peu à peu le mouvement d'extension devient de plus en plus limité et l'avant-bras demeure fléchi sur le bras suivant un angle variable depuis l'angle obtus jusqu'à un angle très-aigu. Les mouvements de la jointure sont dès lors très-restreinls. Mais les mouvements compris dans l'angle limite de l'extension s'exécutent facilement. Il s'agit ici d'une contracture du biceps qui est infranchissable ou qui détermine une vive douleur lorsqu'on essaye de forcer l'extension : mais il n'y a rien du côté de la jointure. Lorsqu'on palpe avec soin le muscle biceps ou son tendon on ne trouve ni tumeur ni inégalités de sa surface : lorsqu'on l'examine pendant l'extension forcée, on le voit faire une saillie comme une corde tendue ; son tendon est particulièrement dur et tendu. Lorsqu'on le palpe pendant la contraction on le sent se contracter : peut-être est-il moins dur que celui du ôcté opposé pendant une contraction analogue.
Nous savons très-peu de chose relativement à la lésion des faisceaux musculaires dans ces cas qui ne sont pas graves, qui guérissent habituellement au bout de quelques mois, mais qui peuvent aussi se prolonger pendant une ou plusieurs années. Virchow (1) dit que ces contractures reconnaissent pour cause des dégénérescences calleuses du tissu musculaire, analogues à celles que produit l'in-
(l) Syphilis constitutionnelle, trad. de P. Picard, p. H'5 et Archiv. fur path. Anatomie, vol. IV p. 271.
GOMMES DES MUSGLES W»
ilamraalion rhumatismale simple ou traumatique ; au milieu du tissu interstitiel des faisceaux musculaires, il se développe un tissu coujonctif qui se sclérose et détruit, après l'avoir atrophiée, la fibrille musculaire primitive. Je ne connais pas d'examen histologique qui en ait été fait récemment.
Les gommes des muscles ont une importance pathologique autrement grande que la contracture simple. Elles constituent, en effet, des tumeurs quelquefois très-volumineuses qui peuvent s'ouvrir au dehors, en occasionnant de graves désordres, et de plus elles se localisent parfois dans les muscles du cœur. Le muscle lingual paraît être de tous les muscles de l'économie le plus fréquemment atteint. Parmi les muscles extérieurs, ce sont les muscles longs des membres, de la nuque, de l'épaule et du cou qui en sont le plus souvent le siège. Murchisson a noté un cas de gomme du diaphragme.
Les muscles atteints parles productions gommeuses présentent d'abord un empâtement mal limité qui devient de plus en plus dur et considérable et qui affecte généralement la forme du muscle dans le point malade ; il est allongé suivant la direction des fibres musculaires. Précédée et accompagnée de douleurs plus ou moins irradiées, de l'impossibilité du mouvement et quelquefois d'une contracture musculaire, la tumeur est dure et plus ou moins volumineuse. On peut lui imprimer, si elle n'est pas trop volumineuse, et si le muscle où elle siège est facile à déplacer, des mouvements de latéralité. A cette période d'état de la gomme, elle est constituée, suivant la description qu'en donne Virchow, par un tissu de granulation, c'est-à-dire par l'accumulation d'une quantité considérable de petites cellules qui
infiltrent le tissu conjonctif et le tissu qui entoure les faisceaux musculaires (1). Ce tissu est blanchâtre ou rougeâtre, d'un blanc pur ou d'un blanc jaune lorsque les éléments cellulaires qui le constituent ont subi la dégénérescence caséeuse précoce, ce qui est très-commun. Ce tissu est disposé en faisceaux continus et ses limites ne sont pas nettement arrêtées. Il est distribué en stries qui répondent à la direction des faisceaux fibreux et musculaires du muscle (2). Cette description histologique est loin de me satisfaire pleinement, messieurs, car nous n'y trouvons ni l'état des faisceaux musculaires ni l'état des vaisseaux ; mais cependant il est difficile de ne pas y reconnaître des lésions identiques à celles que je vous ai montrées dans la gomme du tissu cellulaire sous-cutané et à celles que nous retrouverons dans le foie et dans les autres organes.
Comme je n'ai jamais eu l'occasion de faire l'examen histologique de ces gommes musculaires, je suis forcé de m'en tenir à la description qui en est donnée par les auteurs.
Le volume de ces gommes est souvent assez considérable, de 5 à 10 centimètres dans leur plus grand diamètre, quelquefois beaucoup plus.
Ainsi Virchow cite une pièce de la collection anatomopathologique de son institut où la tumeur, siégeant dans le
(l)Le terme « tissu de granulations » dont se sert Virchow répond au tissu embryonnaire de certains auteurs.
Ce tissu consiste en une infiltration du tissu conjonctif par une grande quantité de petites ceilules rondes ou cellules embryonnaires qui ne peuvent pas être distinguées des cellules lymphatiques, qui possèdent les mêmes réactions et qui, suivant toute probabilité, viennent du sang contenu dans l'intérieur des vaisseaux par diapédèse.
(2; Virchow. Pathologie des tumeurs, traduction française de Aronsshon t. 2 p. 431.