‹ Leçons sur la syphilis, faites à l'Hôpital de LourcineChapitre 105 sur 148 · ICTÈRE SYPHILITIQUE · texte numérisé non relu

ICTÈRE SYPHILITIQUE

Vous pouvez voir en ce moment une de nos syphilitiques de la salle Saint-Clément qui a un ictère; mais elle est enceinte de cinq mois et vous savez que, dans la grossesse, on observe assez souvent Ticlère dû aux modifications du foie dans cet état, à sa congestion ou à la présence de calculs : de plus cette jeune fille est employée dans une brasserie du quartier lalin, ce qui ne prouve pas qu'elle soit un modèle de sobriété, et vous n'ignorez pas qu'un grand nombre des ictères qu'on appelle ictère simple ou catarrhal, reconnaissent pour cause des excès de boisson suivies d'indigestions.

Ainsi faut-il être très-réservé et n'admettre qu'un ictère est dû à la syphilis que lorsqu'on est bien sûr qu'il n'est pas sous l'influence d'une cause toute différente. Je vous ferai remarquer en passant que deux des observations d'ictère syphilitique publiées jusqu'ici, se rapportent à des femmes enceintes et que d'un autre côté notre clientèle ne se prive pas plus d'excès de boisson que d'excès vénériens.

L'ictère observé chez les syphilitiques, à la période secondaire, guérit spontanément et assez vite; cependant, M. Foumier a perdu une de ses malades sans pouvoir en pratiquer l'autopsie. Plusieurs autopsies de femmes mortes avec un ictère dans les mêmes conditions ont été faites, l'une d'elles par M. Charcot : deux autres autopsies citées dans la thèse de M. Lacombe, ont été communiquées à la Société pathologique de Londres par le docteur Hilton Fagge et par le docteur Andrew. Ces trois malades avaient succombé à un ictère grave, aux lésions bien constatées au microscope de l'atrophie jaune aiguë du foie, lésions qui, je puis l'affirmer, n'ont aucune relation avec la syphilis. Les altérations qui appartiennent en propre à la syphilis consistent, en effet, dans une formation nouvelle de cellules

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lymphatiques dans les points malades^ dans ime infiammation qui porte surtout sur le tissu conjonctif et qui rinflltre de petites cellules rondes ou dans de véritables néoplasmes gommeux. Dans l'atrophie jaune aiguë du foie, il s'agit, an contraire, d'une atrophie et d'une destruction des cellules hépatiques, sans qu'il y ait d'inflammation bien constatée du tissu conj(metif.

B. — Les lésions du foie, dans ta période des accidents tertiaires chez l'adulte, sont assez nombreux pour que^ chaque année, ou en porte plusieurs spécimens à la Société anatomique. Elles affectent trois formes spéciales qui peuvent exister isolément ou être réunies, ce qui est plus rare, et qui sont :

1* L'hépatite interstitielle chronique ou cirrhose ; 2* les gommes ; 3* la dégénérescence amyloide.

De ces maladies du foie, les deux premières appartiennent à la syphilis elle-même ; mais la troisième ne peut pas être regardée comme une lésion simplement syphilitique. mie est plutôt la conséquence d'une cachexie due à des suppurations prolongées qui tiennent bien, il est vrai, dans certains cas, à des manifestations syphilitiques, mais la dégénérescence amyloide ne peut pas être considérée ellemême comme faisant partie des néoplasmes de la syphilis. Dans le foie, comme dans les autres organes, les gommes seules sont absolument caractéristiques, et si l'hépatite interstitielle présente, dans sa disposition, dans la forme de l'organe qui en résulte, dans ses cicatrices, une apparence qui permet ordinairement de l'attribuer à la syphilis, cependant cette distinction ne peut pas toujours être faite

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d'oiia tkçon absolue, car il ne s'agit après tout que d'une hiflammatioD iûterstitielle.

Ces affectioDS, Thépatite interstitielle et gommeose, ne sont bien conones que depuis les travanx de Dietricb et de Vircbow; bien qne M. Lancereanx se soit attacbé depuis i mettre en éyidenee, par de nombreuses autopsies^ les ea. ractères de ces maladies du foie^ elles passaient encore bien souvent inaperçues pendant mon internat. Ainsi je me rappelle l'un des faits aoalomiques les plus remarquables de gommes sj^hilitiques du foie : on avait fait Tautopsie et les pièces étaient restées sur la table de Tamphithéàtre. Le chef de service les avait examinées et avait regardé les tumeurs hépatiques comme des noyaux de squirhe. Gela se passait en 1864. Aujourd'hui, on reconnaîtrait mieux des gommes hépatiques, mais cependant combien d'autopsies ne sont ni faites ni bien faites dans les hôpitaux et combien de matériaux sont perdus !

1*" Uhépatite interstitielle syphilitique, ou cirrhose, est tantôt généralisée, ce qui est rare, tantôt partielle. Lorsqu'elle est généralisée et récente, elle ne peut pas être diagnostiquée d'avec la cirrhose vulgaire ou cirrhose alcoolique. Elle est constituée à son début par une formation nouvelle de tissu coqjonclif embryonnaire qui entoure les ilôts hépatiques d'une f^çon phis ou moins régulière, et qui deviendra plus tard de tissu fibreux calleux. Mais, dans les cas les plus habituels, la produetion du tissu fibreux est très-Iocalisée : la capsule de Glisson est épaissie par places, surtout au niveau de l'insertion des ligaments ; il s'établit entre le foie et les parties voisines, le diaphragme, le rein, le colon transverse, des adhérences qui deviennent fibreuses, et qui forment des brides. Le tissu conjonctif de nouvelle fomstion

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qui accompagne les vaisseaux et la capsule de Glisson, au lieu de former une enveloppe à chaque lobule, comme dans la cirrhose alcoolique, est localisé autour de grandes masses du foie, de telle sorte que Torgane est lobule, divisé en lobules arrondis ou irréguliers saillants isolées les uns des autres dans une grande partie de leur surface. Le foie est ainsi lobule comme le rein des jeunes animaux. Ces lobules sont séparés par des dépressions au fond desquelles la capsule de Glisson est épaissie. Le foie, considéré dans son ensemble, est alors complètement déformé. Le lobe gauche est généralement rapproché du lobe droit, et il est devenu globuleux au lieu de s'étendre horizontalement.

Quelquefois le lobe gauche est complètement séparé du lobe droit par une dépression profonde ; le bord inférieur du foie, au lieu d'être constitué par une ligne régulière, est partagé par des rainures verticales profondes et il est bosselé.

Dans d'autres faits, on trouve seulement quelques cica-

Fig. 6, Foie déformé et lobalé par des cicatrices syphilitiques (d*aprèsFrérichs).

trices déprhnées de la surface du foie et un épaississement fibreux de la capsule à leur niveau.

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Les observations où Ton a trouvé de ces cicatrices de la capsule avec état lobule, marroné, avec des déformations considérables du foie chez des syphilitiques, sont trèsnombreuses. Les traités spéciaux sur les maladies du foie de Frérichs, de Budd, de Murchisson en relatent un grand nombre. M. Lancereaux, qui en a observé beaucoup pour sa part, leur donne une très-grande valeur dans le diagnostic anatomique de la syphilis.

Fig, 7. Section da foie aa niveau d*uno cicatrice (d'après Frérichs).

Le foie peut présenter des cicatrices et des dépressions dans d'autres cas que dans la syphilis, à la suite par exemple de kystes hydatiques flétris, mais on retrouve toujours des débris de ces hydatides ou des kystes contenant des produits spéciaux. Il est une autre variété de dépressions et de cicatrices qu'on ne confondra pas avec l'hépatite syphilitique, ce sont celles qui résultent de l'usage du corset ou de la compression du foie par les côtes dans la déformation sénile du thorax. Les épaississements et les dépressions cicatricielles dues au corset se remarquent seulement sur la surface antérieure du foie qui est partagé par une ligne horizontale blanche, déprimée due à un épaississement fibreux de la capsule, avec des froncements verticaux.

Les cirrhoses partielles déformantes de cause syphilitique se reconnaissent assez facilement par la palpation pendant la vie. On sent en effet des bosselures, des saillies

et des dépressions assez profondes qui les séparent, an Diveaa du bord infôriear du foie. Le foie déborde assez soovent d'une façon très-notable le rebord des côtes^ oe qui rend cette palpation plus facile. I^e lobe gauche du foie est souvent, en pareil cas, séparé du lobe gauche par un siUoa très-profond I ce qui fait qu'on le srat facilement et il parait hypertrophié etgiobuleuK.

Ces symptômes joints aux commémoratils, aux cîcalricM cutanées, aux syphilides, et aux manifestations concomitantes du côté des os et d'autres organes permettront d'afQrmer une hépatite syphilitique.

On ne confondra pas les mamelons et bosselures du foie syphilitique avec le cancer ni avec d'autres tumeurs, car ces mamelons sont indolents et stationnaires, tandis qu'on connaît la rapidité de la marche des tumeurs cancéreuses.

Les signes de la cirrhose syphilitique généralisée se confondent avec ceux de la cirrhose vulgaire ; ce sont la perte de l'appétit, l'amaigrissement, l'ascile, etc.

2^ Les gommes syphilitiques du foie ont une certaine ressemblance de siège avec les cicatrices déprimées dont je viens de vous entretenir. On les trouve, en effet, au fond de dépressions de la surface du foie, au niveau d'une bride qui unit le foie avec le diaphragme, par exemple, ou au niveau de l'insertion du ligament suspenseur> ou dans une dépression qui sépare le lobe droit d'avec le lobe gauche. Une pareille dépression montre à la surfaca da foie un épaississement calleux de la capsule de Glisson. Si on incise profondément le foie à ce niveau, on voit une ou plusieurs petites tumeurs gommeuses dont la section montre à la périphérie une zone transparente fibreuse très-dense et, à son centre, une partie opaque, jaunâtre.

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