‹ Leçons sur la syphilis, faites à l'Hôpital de LourcineChapitre 123 sur 148 · SYPHILIS CONGÉNITALE DU POUMON · texte numérisé non relu

SYPHILIS CONGÉNITALE DU POUMON

espaces inter-fasciculaires du tissu conjonclif. Tout porte à penser qu'il en est de même dans la syphilis, que les alvéoles pulmonaires sont remplis primitivement de petites cellules et que la formation nouvelle de tissu conjonctif venant épaissir la charpente fibreuse pulmonaire de la région envahie et constituer une coque épaisse à la gomme, se forme plus tard. Mais ce sont là des hypothèses sur lesquelles je ne veux pas m*arrêter plus longtemps.

Les cicatrices de la surface des poumons ont-elles, chez l'adulte , une valeur absolue caractérisant la syphilis? Je ne le crois pas, car on les observe souvent chez les personnes âgées, et il est probable que des tubercules guéris et crétacés, entourés de tissu fibreux ou de pneumonie interstitielle localisée, en sont souvent l'origine.

S'il reste encore un certain doute sur les altérations syphilitiques du poumon de l'adulte, sur les pneumonies spécifiques et sur les gommes du poumon, il n'en est pas de même des lésions du même ordre chez le fœtus. Tous les auteurs, en effet, rapportent ces pneumonies spéciales à la syphilis héréditaire.

Chez les fœtus nés avant terme, chez les morts-nés et chez les enfants qui ont vécu quelques jours, on trouve alors, à l'autopsie, des nodosités ou petites tumeurs habituellement superficielles, quelquefois profondes, assez dures, isolées ou groupées, de couleur rosée ou grise, ou rouge, parsemées de petits points blanchâtres ou jaunâtres. Leur volume est variable depuis celui d'une lentille ou d'un pois jusqu'à une petite noix. Sur une section, on voit que leur forme est sphérique ou lobulaire, et que dans toute

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leur étendue ils montrent ces mêmes petits points blan* châtres. Ces nodosités sont à peine saillantes et elles représentent simplement une partie du poumon plus ou moins considérable en état d'hépatisation lobulaire spéciale. D'autres fois, au lieu d'ilôts sphériques^ on a affaire à renvahissement d'une étendue plus considérable d'un lobe, de la partie inférieure et des bords du lobe supérieur ou de tout le lobe inférieur par exemple ; le plus souvent cette partie altérée, dense, plongeant au fond de l'eau sans hésitation, est décolorée, grise ou blanche à la surface comme sur une section. La section est planiforme et lisse» la plèvre est toujours en pareil cas troublée, épaissie, enflammée.

M. Virchow a donné à cet état le nom de pneumonia albay hépalisation blanche* M. Depanl avait décrit à l'œil nu cette lésion du poumon et l'avait rapportée à sa véritable nature. Virchow, Forsler, Robin et Lorain en ont donné la description histologique.

Les nodules isolés, comme les parties plus étendues en hépalisation blanche^ présentent la même structure* Les parois des alvéoles, le tissu qui entoure les bronches et les vaisseaux sont épaissis et montrent des cellules embryonnaires rondes oufusiformes. Le contenu des alvéoles est formé par des couches de cellules pavimenteuses ou cubiques disposées les unes sur les autres, quelquefois en forme de globes épidermiques d'où le nom d*épithéliome que MM. Robin et Lorain avaient donné à la lésion. Au milieu des alvéoles, on trouve des cellules rondes plus ou moins volumineuses, plus ou moins remplies de granulations graisseuses. Les bronches, qui sont tapissées par leur épithélium cylindrique à cils vibralils, et dont la paroi est également épaissie, montrent dans leur intérieur une acou^

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mutation de cellules cylindriques et de cellules rondes. La partie centrale de ces nodules^ où la circulation est gênée par l'abondance des cellules, peut subir une dégénérescence caséeuse sèche ou se ramollir et donner lieu à une petite quantité d'un liquide puriforme.

Les parties atteintes d'une hépatisation plus étendue sont constituées, de la même façon, mais il n'y a pas toujours un épaississement très-notable ni régulier des cloisons. Fœrster qui a bien vu cet épaississement de la trame fibreuse pulmonaire, se demande s'il doit être considéré comme caractéristique de la syphilis, car il Ta rencontré dans d'autres circonstances. M. Parrot [Progj^ès médical, 24 août 1878), pense que tous les cas de pneumonie infantile où Forster a rencontre cette lésion, doivent être rapportés à la syphilis. Il est très-probable, en effet, qu'il en est ainsi.

J'ai examiné plusieurs cas de cette pneumonie spéciale syphilitique ; nous avons donné le dessin de l'un deux, dans notre manuel. Avec des variations d'aspect faciles à comprendre, tenant à la dissémination ou à la généralisation des lésions, à l'état de la vascularisation au moment de la mort, c'est au fond toujours le même ensemble de modifications pathologiques qu'on observe. Dans tel cas donné, il y a de la tendance dans certaines parties à une formation exubérante de cellules rondes, et l'hépatisation est riche en sucs ; ailleurs il existe beaucoup de cellules épithéliales, souvent en dégénérescence granuleuse, dans les bronches et les alvéoles, et alors l'hépatisation est opaque, avec de nombreux points ou ilôts blancs, et elle est sèche. Yirchow a vu de véritables gommes dans de pareils poumons.

Il est impossible de confondre cette pneumonie syphiliti-

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que avec la tuberculose ; on sait d'ailleurs que les granulations tuberculeuses ne sont jamais congénitales. Notons cependant, à titre d'exception rarissime, que Virchow en a vu un cas.

J'ai assisté ces jours-ci à Fautopsie faite par M. Th. Anger, d'un enfant de deux ans, dont je vous ai parlé dans ma 9* leçon, à propos des exostoses du crâne, et qui présentait du côté des poumons une lésion syphilitique dont je dois vous dire un mot.

Ce petit malade avait presque constamment toussé et souffert de bronchites depuis sa naissance. A l'autopsie, nous avons trouvé en différents points du poumon^ à labase des lobes, aux bords tranchants des lobes supérieurs notamment, avec une pleurésie légère, sans épanchement, des lobules indurés, hépatisés, tranchant par leur coloration gris-rosé sur le reste du poumon qui était très-congéstionné. Ces lobes étaient un peu saillants comme cela a toujours lieu dans la pneumonie lobulaire. A la surface de quelques-uns et sur leur section, on voyait de petits points et des lignes opaques et blanchâtres. Leur surface de section était planiforme, assez résistante, donnait peu de liquide au raclage et ils plongeaient au fond de l'eau.

L'examen des parties hépatisées a montré les lésions d'une pneumonie lobulaire chronique. Dans les îlots de pneumonie les plus anciens, les alvéoles étaient complètement remplis par des éléments cellulaires qui étaient différents suivant les parties de l'alvéole examinées. Immédiatement en contact avec la paroi fibro-vasculaire, on trouvait une ou deux couches de cellules pavimenteuses appliquées contre la paroi et tuméfiées bien que conservant la forme d*un pavé, d'un polyèdre à angles mousses dont les deux faces opposées, la base juxtaposée à la

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