SYPHILIS DES TESTICULES
interstitielle atrophique, on voit des tubes séminifères minces, isolés et comme perdus au milieu d'un tissu fibreux compacte, possédant plus ou moins de cellules petites, rondes ou ovoïdes. Les tubes eux-mêmes contiennent plus ou moins de petites cellules granulo-graisseuses^ leur membrane propre est très-amincie, mais elle n'en conserve pas moins ses caractères.
Les symptômes de Porchite interstitielle sont insidieux ; les malades ne s'en aperçoivent pas toujours dès le débuU car il n'y a pas de souffrance locale, mais seulement et non toujours des douleurs gravalives de la région lombaire. Elle débute tantôt par l'un des testicules, tantôt par les deux à la fois. La lésion, après avoir commencé par l'un deux, peut envahir le second.
La peau du scrotum est normale, l'un des testicules ou tous les deux présentent une augmentation de volume, une tumeur dans laquelle on reconnaît souvent un épanchement léger de la tunique vaginale, en même temps qu'une hypertrophie de la glande. Il est rare que l'épididyme soit tuméûé. M. Ricord croyait même autrefois que l'épididyme et le cordon n'étaient jamais atteints. Mais depuis, de nombreuses observations ont démontré que ces deox segments des voies spermatiques pouvaient montrer des nodosités et des bosselures ovalaires parfois même assez considérables.
La palpation du testicule fournit d'excellents éléments de diagnostic. Lorsqu'elle est pratiquée avec soin et méthode, elle permet, en effet, d'observer une résistance élastique de la membrane albuginée, des épaississements, des plaques, des irrégularités, de petites granulations dures à la surface, toutes particularités qui fournissent d'excellents indices pour le diagnostic.
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SYMPTOMES DE l'oRCHITE INTERSTITIELLE 437
A ces signes physiques qui varient suivant Tàge de la lésion en même temps que la glande s'hypertrophie, succède au bout de quelques années une atrophie fibreuse incurable. Nous avons peu de signes fonctionnels à ajouter. Le plus important, c'est l'abolition de la fonction du testicule, c'est l'absence de formation de sperme et d'animalcules spermatiques, d'où résulte l'impuissance virile. Cependant, d'après l'expérience de M. Alfred Fournier, il ne faudrait pas croire qu'il eu résultât toujours l'impuissance, qu'il est nécessaire de distinguer de la stérilité. M. Fournier professe que des malades, dont les testicules étaient indurés et atrophiés complètement par une orchite interstitielle, pouvaient encore se livrer au coït. Peut-être se vantaientils un peu. Nous enregistrons néanmoins ce fait qui est en désaccord avec l'observation générale en vertu de laquelle l'orchite syphilitique abolit l'érection.
Le diagnostic de l'orchite syphilitique doit se faire avec les tubercules du testicule. Ces derniers sont plus fréquemment observés le long du cordon et ils se terminent par suppuration fistuleuse, ce qui n'a pas lieu dans l'orchite syphilitique. Le sarcocèle, le carcinome, le sarcome, la tumeur kystique du testicule sont toujours unilatéraux et de plus leur volume est énorme relativement à celui du testicule syphilitique, leur mode d'évolution rapidement progressive est aussi tout différent.
Livrée à elle-même, la syphilis testiculaire évolue lentement; mais elle arrive fatalement à l'atrophie et à la perte fonctionnelle de l'organe. Au contraire, sous l'influence combinée de l'iodure de potassium à la dose de 1 à 4 gr. par jour et des frictions mercurielles sur le scrotum, on arrive Tpresque constamment à arrêter le mal et à le guérir en restituant au testicule l'intégrité de sa fonction. Mais il
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i;&s sYPmtis ppis testiculi»
faut agir h temps, dès les premières périodes de la maladie.
OrCHITE interstitielle des enfants NOUVEiU-NBS. —
11 y a quatre ans, nous avons eu Toccasion d'^xa||ljpert M. Coyne et moi, les testicules d'un enfant de trois ans atteint de syphilis héréditaire. Ces testici^les m'ayaient été envoyés par M. Obedeparo, médecin d'un hôpital d'ewfants à Bucharest. Dans ces testicules, dopt je ppis vous montrer des préparations, les tubes séminifères étaient séparés par des cellules rondes ou fusirormestrèsrabondantes(i). C'est, je le crois, le premier examen histologique qpi ait été fiait de cette lésion chez Tenfanl, car si Norlb, Thomas Bryant, Hennig, Taylor ont cité des faits de ce genre, ils n'en avaient pas décrit ranalomie.
MM. Parrot et Hutinel outétmUé spécialement la syphilis testiculaire chez les enfants nouveau nés. I^e ^r^vail de M. Huiinel est basé sur dix obseryatiq^s. J^es testicules sont un peu plus gros et plus durs qu'à l'état normal, le scrotum est pendant ; lorsau'on examine, après son ablation, un de ces organes, on reconnaît que Tépididyme est porraal et que les lésions de l'albuginée se borpeqt à trèspeu de chose : la tunique vaginale présente quelquefois un très-léger exsuda^, quelques cellules lymphatiques retenues dans un lacis de ûbrine.
Les deux testicules sont altérés à un même degré et dans toute leur étendue, beaucoup plus régulièrement que chez l'adulte, où l'orchite interstitielle peut-être unilatérale et très-irrégulièrement distribuée dans la même glande.
La lésion consiste soit ep petits grains ou amas de cel-
(1) M<iniicl d'àts^ologic pathoL de Cornil etRanvier, tofue p, p. fOM.
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ORCHITE INTERSTlTIELUt DBS NQfJVEAU-NÉS 439
ll^es embryoni^aires roocjes^ sembli^bleç ai^x cellules lymphatiques, disposées dans le tissu conjonctif autour d6$ artérioles qui vlequept de TalbugiDée. Ou a alors des ilôts de tissu embryonnaire qui affectent la même disposition que les grains que Ton trouve dans le foie des enfants nouyeau-pés syphilitiques et qu'on peut décrire comme de petites gommes. Ce^e lésion s'accompagne d'une orchite interstitielle diffuse plus ou moins marquée. D'autres fois, l'épaississenjept par néo-formation de petites cellules rondes du tissu conjonctif testiculaire se montre seul. Tous les caualicules séminifères en sont entourés et la glande subit une très-notable hypertrophie. Les cellules contenues dans les canalicules Reviennent granulo-graisseuses et s'atrophient commis le capal qui l^s contient. Ces altérations se rapproc^t beaucoup de pe qu'on connaît touchant la syphilis du testicule des adultes. Je dois toutefois vous prévenir contre une erreur facile : \e testicule des enfants nouveau-nés renferme, à l'état normal, un tissu embryonnaire et non du tissu conjonptif fascicule. Aussi la coupe de la glande a-t-elle normalement une apparence homogène fasciculée, montrant des rayons qui partent du corps d'Highmore ; sur ^^^ section, il est impossible d*étirer les canaux sperutatiqpes, si bien que ce tissu qui ^st Doqual chez l'epfant qui vient de naître dénoterait chez l'adulte une orchite interstitielle. Popr étudier le testicule s^hilitique des nouveau-nés, comme toutes les autres lésions de la syphilis héréditaire, il faut avant tout tenir compte de l'état normal de ces organes suivant les différents âges des enfants.
Les symptômes de ces orchites consistent dans l'hypertropbie, la pesanteur, l'induration générale ou nodulaire des testicules. Les enfants qui en sont atteints ^}^urent généralement parce que d'autres organes plus importapts
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440 SYPmUS DU TESTICULE
sont compromis en même temps. On ne sait ce que deviennent ou plutôt ce qne deviendraient les glandes altérées par la syphilis si les enfants arrivaient à nn âge plus avancé.
Orcuite gommeuse. — L'orclîite gommeuse n'est qu'on degré plus avancé de l'orchiie interstitielle. Les cellules de nouvelle formation se localisent sous forme de petites tumeurs qui siègent surtout à la surface delà glande^ dans le voisinage de l'albuginée qui est souvent aussi compromise, et dans le corps d'Highmore. Elles occupent rarement le tissu conjonctif qui entoure Tépididyme et le cordon. Elles s'accompagnent toujours d'unç orcbite interstitielle et d'une périorchite dans laquelle la tunique vaginale enflammée est le siège d'un épanchement ou de brides qui unissent ses feuillets viscéraux et pariétaux. Leur nombre, leur volume, leur groupement sont variables. Gomme dans toutes les gommes, leur dureté fibreuse, leur dégénérescence caséeuse centrale les caractérisent suffisamment à l'œil nu et leur examen microscopique ne diffère pas de ce que nous connaissons déjà.
Les symptômes et le diagnostic de l'orchite gommeuse sont les mêmes que ceux de l'orchite interstitielle dont je vous ai déjà entretenus. Seulement les nodosités et les irrégularités de la surface de la tunique albuginée sont plus apparentes.
Comme l'orchite interstitielle, les gommes du testicule n'ont pas de tendance à suppurer, ce qui les distingue des tubercules. Cependant, M. Rollet a vu des gommes se compliquer d'une inflammation ulcérative de la peau du scrotum et d'une hernie, d'un fongus de la substance du testicule.
Les deux testicules sont très-habituellement altérés, ainsi que je vous l'ai dit déjà, dans la syphilis, tandis qu'un seul de ces organes est atteint par les tumeurs (cancer, sarcome, sarcome kystique.)
Le pronostic est le môme que celui de Torchite interstitielle, et leur traitement n'en diffère pas. Aujourd'hui, on a reconnu l'inutilité de la castration dans ces lésions.
SvpmLis DE l'ovaire et des trompes. — MM. Lécorché et Lancereaux ont signalé, dans trois cas seulement, des épaississemcnts fibreux de l'ovaire. Mais je vous avouerai franchement. Messieurs, que ces faits me paraissent encore bien douteux. Il faut se défier des épaississements fibreux de l'ovaire ou même de petites tumeurs fibreuses quand on a l'occasion de les examiner après la mort et encore plus des tumeurs qu'on ne peut sentir que par le palper abdominal ou vaginal. Vous n'ignorez pas, en effet, que les ovaires se ratatinent et deviennent très-durs, avec des bosselures fibreuses, dernière transformation des corps jaunes, chez les femmes âgées, et qu'il peut y avoir aussi des myomes souvent calcifiés.
MM. Bouchard et Lépine ont publié une observation de salpingite avec développement de tumeurs molles et rougeâtres, avec des grains grisâtres dans la trompe.
Syphius des reins. — Nous terminerons cette rapide revue des lésions syphilitiques des organes par l'étude des reins. Ces glandes peuvent être altérées dans la période des accidents secondaires et dans celle des accidents tertiaires.
Dans les premiers mois qui suivent l'infection, on a observé plusieurs cas d'albuminurie aiguë, intense et pas*
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$ggèr^* M. Perrondi professeur à }a fi^ciil^ 4d hyon, a observé deax de ces faits, le premier chez ua vieillard où ^albuI^jn^ri^ a probablement été favorisée par we altération sénile des artérioles rénales, le second chez une jetme fille qpi, auparavant, s'était p^posée à un rpfroidissement qui peut bien é(re entré pour nne part dans son albuminurie.
M.Lancereaux cite trois cas d'albuminurie survenue dans la période secondaire (1), dont deux observés chez des confrérps qui s'étaient soumis à un traitement mercuriel prolongé. Ils rendaient une petite quantité d'urine qui se prenait pour ainsi dire en mosse par la chaleur et par l'acide nitrique. Il est possible que leipercureaitiineplus grande P^rt qm Ist syphilis d£^ns ces accidents.
{ies lésions rénales de la syphilis tertiaire consistent dans des productions gommenses et dans la dégénérescence amyloide des vaisseaux.
Les cas (le gommes syphilitiques du rpin sont très-pea communs. J'ai observé, en 186^, un rein qui en présentait une vingtaine situées dans la substance corticale, et les préparations que je vous montrerai proviennent de cette autopsie. Il s'agissait d'une femme âgée morte & Lariboisière dans le service de M. Moissenet, et qui avait présenté pendant sa vie de l'albuminurie et de l'an^sarque (2). Le foie était criblé de néoplasmes gommeux caractéristiques . Lps reins montraient une dégénérescepce amyloide des yaisseaux et une néphrite parenchymateuse. Les gommes ne différaient pas de ce qu'elles sont partout ; on pouvait
(1) La SyphilU.'i* édition, page 153.
(2) Corûil^ thèse de doctoral sur les lésions anatomiques du rein dans 'albuminurie, page 50, 1864.
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y considérer trois zoae^ : l"" une première zone périphérique iofl^iqin£((oire daps laquelle la tissn conjonctif inûUré de petites cellules séparait les tubes^ le$ glomprules et les vaisseaux du rein ; 2'' une zone moyenne dans laquelle le tissu conjonctif prédominait, mais où Ton voyait encore les glomérules et quelques tpbes écartés les uns des autres et étouffés par le néoplasme ; 3** enfin, au centre du tissu fibreux, contenant de petites cellules atrophiées et granuleuses. Là encore, on reconnaissait, de distance en distance des glomérules atrophiés et fibreux. A Tœil nu, le centre des gommes était jaunâtre, tandis que la périphérie était grise, plus ou moins congestionnée au contact du 'parenchyme rénal.
J'ai eu Toccasion d'examiner avec M. Coyne un autre fait du même ordre, que M. Cùffer (1) a présenté à la Société anatomique et idans lequel il n'y avait qu'une gomme assez volumineuse et homogène, grise, dans toute son éipndue.
Tûogel, Lancereaux, Lailler, Axpl Key, etc., put publié des observations analogues.
La néphrite iaterst}tiellp sjmple, sans production gommeuse, et les cicatrices de la surface du rein ont été observées par M. Lancereaux et rapportées par lui à la syphilis.
Les symptômes qui se rapportent à ces lésions sont la cachexie et l'albuminurie plus ou moins ^boudante avec son cortège habituel d'accidents.
Mais alors même que Talbuminurie pourrait être mise en toute certitude sur le compte de la syphilis^ on ne
(1) Bulletins de (a Société ^naipo^ique, 187^.
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