‹ Leçons sur la syphilis, faites à l'Hôpital de LourcineChapitre 68 sur 148 · SYPHILIDES CUTANÉES PRÉCOCES · texte numérisé non relu

SYPHILIDES CUTANÉES PRÉCOCES

être en garde contre certaines descriptions des syphilides dans lesquelles vous lirez qu'une papule ou qu'une vésicule ou qu'une pustule naissent autour d'un poil et que ledit poil se trouve au centre du bouton complètement développé. Cette préoccupation constante du rôle des follicules pileux dans les éruptions se retrouve dans le livre de M. Bassereau, qui est du reste Tune des meilleures, sinon la plus consciencieuse des monographies sur les syphilides. Vous la retrouverez dans le traité de Neumann, etc.

Pour ce qui est des vaisseaux sanguins qui se trouvent dans le corps papillaire et à la base du derme au niveau des papules, je vous ai dit que les capillaires étaient souvent dilatés et que leurs parois étaient modifiées comme dans toute inflammation, de façon à laisser passer les globules rouges et blancs du sang. Mais les gros vaisseaux de la partie profonde du derme et du tissu sous cutané ne montrent jamais leurs parois indurées, épaissies comme à la base du chancre.

Le diagnostic de la syphilide à larges papules ne présente jamais de difficulté : je ne reviendrai pas sur sa description en tant que lésion locale parce qu'elle se confond avec la description anatomique que je vous en ai donnée. Si vous avez bien dans l'œil la couleur spéciale des éruptions syphilitiques, si vous vous rappelez la disposition et les modifications des papules suivant leur siège, si vous examinez la paume des mains, la plante des pieds^ la face palmaire des doigts et plantaire des orteils où les mêmes syphilides se montrent souvent, si vous palpez les ganglions et interrogez les muqueuses, vous ne pourrez hésiter. La syphilide papuleuse est la plus caractéristique de toutes et elle en est la plus commune après la roséole.

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Sa durée est en proportion de son intensité, mais ii est rare qu'une syphilide à larges papules dure moins de deux mois, et on la voit assez souvent persister trois^ quatre ou cinq mois, surtout si le traitement mercuriel n'est pas employé ou s'il est donné d'une main trop parcimonieuse. Il n'y a pas» en effet, de traitement dont l'action curative soit aussi admirable, aussi évidente que l'action du mercure dans les sypbilides cutanées et en particulier dans les formes intenses, papulo-squameuses de la syphilide que nous étudions en ce moment.

oNYxis ET ALOPÉCIE. — Avec les papules syphilitiques et en même temps que les syphilides secondaires, on voit apparaître deux phénomènes dont je dois maintenant vous entretenir, parce qu'ils se rapportent à des lésions de l'appareil épidermique ; ce sont le^ altérations des ongles et des poils.

L'onyxis est une maladie de l'ongle qui résulte d'un état anatomiquede la matrice de l'ongle et du tissu papilloépidermique péri-unguéal et sous-unguéal.

On en décrit deux formes qui sont la forme sèche et la forme humide.

La forme sèche de l'onyxis accompagne habituellement les éruptions papuleuses et papulo-squameuses localisées aux doigts et aux orteils. En même temps qu'apparaissent les papules palmaires ou plantaires, on voit, en effet, la face palmaire ou plantaire du bout des doigts être atteinte de papules qui, contournant Textrémilé digitale, siègent aussi à la racine de l'ongle, sur ses bords ou sous lui.

L'onyxis est très-variable dans son intensité; tantôt, en effet, l'ongle se fendille, se craquelé, se casse facilement; il est sec et il se détache de la peau qui se trouve au-

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dessous de Itti> de telle sorte qu'on peut le soulever partiellement et introduire une épingle entre lui et la peau.

Lorsque des papules existent au niveau de la matrice unguéaie, on observe la tuméfaction et le relier de la peao à ce niveau et la formation des couches épidermiques de Tongle est profondément troublée. Tantôt on a affaire à un épaississement irréguUer de Tongle, à des squames dures qui se stratifient et déterminent le relief dur et irrégulier d'une masse unguéale grise ou terne, plus ou moins difficile à désagréger ; tantôt ces masses sont séparées par des sillons transversaux profonds. Lorsque la lésion marche vers la guérison et que la papule s'affaisse et perd sa couleur cuivrée, l'ongle se reforme sous la couche précédente et lorsque celle-ci tombe, on voit au-dessous d'elle un ongle transparent régulier qui laisse apparaître la couleur rosée du réseau papillaire.

Ces formes d'onyxis dues à des papules de l'ongle et de sa racine sont très-communes, on peut en observer par exemple chez le môme malade à la majorité des doigts et des orteils ; d'autres fois elles sont limitées à un ou deux de ces organes seulement. Aux orteils, elles peuvent s'accompagner d'un certain suintement, et c'est là qu'on observe, surtout au gros orteil, chez des personnes qui ont continué h marcher avec des chaussures trop étroites ; les accidents douloureux inflammatoires de l'ongle rentré dans les chairs peuvent aussi en être la conséquence.

La forme suintante de l'onyxis vient habituellement avec les syphilides vésiculo-pustuleuses ou pustuleuses. On observe parfois une véritable tourniole, c'est-à-dire un peu de pus formé sous l'épiderme de la matrice onguéale, une suppuration ou un suintement dans le sillon latéral de l'ongle. Cette suppuration, les modifications de la nutri-

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ûGù de ToDgle» les boui^eonnements inflammatoires de la peau antoar de lui, la suppuration sous Tongle et à sa matrice constituent tout un petit groupe d'accidents douloureux qui se terminent habituellement par la chute de l'ongle et qui nécessitent le repos, des cataplasmes d'abord, et ensuite un pansement simple.

Ualopécie partielle ou plus moins généralisée au cuir chevelu est habituellement la conséquence des papules squameuses ou croûteusesquis'y localisent quelquefois en grande abondance, surtout au niveau de la racine des cheveux, au front ou à la nuque.

La chute des cheveux est observée aussi en quantité variable sans qu'on ait vu d'éruption du cuir chevelu, peutêtre sans qu'il en ait existé. Cette alopécie, qui survient dans la période secondaire de la syphilis, et généralement dans la première année, n'est pas définitive. Les cheveux repoussent comme après la fièvre typhoïde, mais ils sont souvent ternes, cassants, secs bien qu'abondants. Le cuir chevelu n'a pas seul le privilège de se dégarnir; la barbe peut aussi tomber par places ainsi que les poils des régions génitales, ce qui est, du reste, plus rare.

Pour beaucoup d'autres auteurs il existe, en outre de celte alopécie hâtive, une alopécie tardive venant peu à peu chez les personnes qui ont eu la syphilis, et qui produit une calvitie qu'ils rapportent à une syphilis antérieure, sans qu'il y ait eu d'éruption du cuir chevelu. M. Fournier n'admet pas ce mode de calvitie syphilitique. « Jamais*, dit-il, la vérole n'a fait de chauves. »

3* Syphilide maculeuse. — On admet généralement l'existence, comme une forme spéciale de syphilides, do la

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sypbilide maculeuse qui a été bien décrite par MoDûeret, et surtout pnr M. Hardy. Nous croyons, pour notre compte, qu'il s'agit toujours en pareil cas des traces plus ou moins permanentes de pigment, laissées dans la peau par des syphilides antérieures, érythémateuses, squameuses ou vésiculo-pustuleuses.

A la suite de la roséole, en effel, vous verrez toujours une macule brune^ qui deviendra jaunâtre ou légèrement teintée de bistre, et qui laisse ime coloration gris-sale pendant un temps assez long. Il en e:it de même à la suite des éruptions papuleuses et vésiculo-pustuleuses, ce qui se comprend très-bien.

Dans tous ces cas, la congestion, l'inflammation des papilles détermine une eitravasation, une diapédèse de globules rouges sortis avec les globules blancs.

La matière colorante du sang se transforme en granulation pigmentaires qui siègent dans les papilles et qui entrent dans les cellules du corps muqueux de Malpighi. Plus tard, à mesure que les couches inférieures de l'épiderme se rapprochent de la surface par la poussée physiologique qui fait que les couches inférieures sont repoussées par des cellules nouvelles, les cellules pigmentées arrivent dans l'épiderne corné.

Les malades qui ont eu de la roséole présentent presque constamment, après qu'elles en sont guéries, des taches de pigment ou des surfaces de la peau irrégulièrement colorées, alternativement blanches et pigmentées ; c'est le cou qui est le plus souvent ou le plus apparemment atteint, parce qu'il est exposé à l'air, et que la pigmentation, due à l'influence de la lumière, s'ajoute à la production pigmentaire venue des couches papillaires. Mais les autres parties du corps peuvent être affectées de la même façon et mon-

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trer longtemps les taches pigmentées consécutives à la roséole. Il peut y avoir aussi une coloration plus blanche au niveau d'une papule guérie qu'à sou pourtour. Vous savez, en effets que la papule est constituée par une infiltration des papilles par des cellules de nouvelle formation, par une véritable inflammation. La lésion inflammatoire est suivie d'une rétraction des papilles après sa guérison; le tissu conjonctif peut> comme dans un tissu de cicatrice, devenir plus fibreux et ses vaisseaux diminuent de volume, d'où la couleur blanche de certaines papules guéries qui font paraître plus pigmentée encore la peau qui les entoure. La genèse de ces pigmentations consécutives aux syphilidos est parfaitement démontrée, et ces pigmentations sont constantes, d'une durée plus ou moins longue, suivant les cas. Maintenant, si le médecin découvre, chez une personne qui a eu la syphilis, une coloration pigmentée, sale, irrégulière du cou, et que la malade (car ce sont presque toujours des femmes qui ofl'rent cette lésion) affirme n'avoir jamais eu d'éruption cutanée, devrez-vous prendre cette affirmation au pied de la lettre ? Ne voyons-nous pas souvent ici des malades à qui nous ^apprenons qu'elles ont une roséole et qui ne s'en seraient certainement pas aperçu? Aussi, l'existence de la syphilide maculeuse, en tant que variété de syphide • distincte, en tant qu'éruption spéciale, ne me parait pas devoir être acceptée.

Il n'en est pas moins certain que la pigmentation de la peau dans la syphilis est fréquente, et qu'elle constitue un signe excellent de la maladie. Elle est observée le plus habituellement sur des parties de peau fine exposée à Tair, sur le cou, sur le front, sur le menton, près de la commissure des lèvres ; mais on peut la trouver aussi à la face

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interoe des caisses, sur le yentre, etc., au siège d'élection des sypbilides en un mot.

Nous pouvons vous montrer des préparations de syphilide pigmentée que M. Coyne a faites sur la peau d'un malade mort dans le service de M. Horteloup qui Tavait prié de l'examiner. Sur les coupes de la peau pigmentée, on voit que le pigment, en quantité assez considérable, siège dans les cellules du corps de Malpighi. C'est là, comme vous le savez, la couche de la peau on nègre qui est le plus pigmentée. On le trouve aussi disséminé dans quelques cellules de Tépiderme corné, dans les cellules les plus superficielles qui sont en voie de desquamation.

Le traitement mercuriel est absolument sans action curative sur cette lésion. On ne peut parvenir à la modifier qu'en favorisant le renouvellement des couches inférieures de l'épiderme et la chute des cellules superficielles, par les douches et les bains de vapeur, par exemple.

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