SEPTIÈME LEÇON
SYPHDLIDES VÉSIGULEUSBS, PUSTULEUSES, BULLEUSES, GOMMES ET TUBERCULES CUTANÉS SYPHILITIQUES.
SoMMAiRB. — Syphilides véslculeuses, — leur histologie, leurs variétés. Syphilides pustuleuses — acné — impétigo, ecthyma supérfleiels.
Ecthyma profond — sa description anatomique et son histologie
—son diagnostic.
Impétigo rodens.
BuUes, — rupia, pemphlgus.
Pemphigus syphilitique des enfants nouveau>nés. Gommes cutanées. — Leur description anatomique et histologique.
Oblitérations des vaisseaux.
Syphilides tuberculeuses.
S>T)hilides graves d'emblée.
Coup d'œil général sur les éruptions syphilitiques, — Lo r61e de Tana-
tomie et de Thistologie dans leur étude. Traitement des syphilides cutanées.
Messieurs,
Nous avops décrit jusqu'ici les syphilide? érythémateuse$ et papuleuses. Ce sont incomparablement les plus fréquentes, les plus communes, comme aussi les moins graves parmi les accidents cutanés de la maladie que nous étudions. Pour compléter le groupe des syphilides superfificieUes et )iàtiye$, peu gf^aves par 6^es-méme$, nous
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IM STPHILIDES CUTiNÉES PRÉCOCES
ayons à passer en revue les sypbilides yésiculo-pastoleases, ce qne nous ferons rapidement^ car ces émptions sont pea importantes. Nous nous arrêterons plus longtemps sur les sypbilides pustuleuses profondes et ulcéreuses, sur Teahyma et l'impétigo profonds^ comme aussi sur les sypbilides huileuses, et enfin nous terminerons l'examen des sypbilides cutanées par les gommes et les tubercules de la peau, accidents qui sont babituellement rangés parmi les manifestations de la période tertiaire et qui arrivent plus ou moins longtemps après le début du cbancre, trois, quatre ans, en moyenne, plus tôt quelquefois même avec les premières manifestations cutanées, d'autres fois beaucoup plus tard, da, quinze, vingt et trente ans après.
3® SïpmLiDEs vÉsicuLEusEs. — La sypbilide vésiculeuse est, en réaUté, une forme très*rare. Ainsi Bassereau,dans son excellente monograpbie sur les sypbilides, où il a comparé et analysé toutes les manifestations cutanées de la peau d'après un grand nombre d'observations^ n'a pu réunir que douze observations personnelles de sypbilides vésiculeuses, tandis qu'il observait dans le même temps 153 sypbilides érj-tbémateuses et 50 sypbilides papuleuses. Je croirais, à en juger par ce que nous voyons cbez nos malades, que la proportion de ces dernières est encore trop faible. Encore les sypbilides vésiculeuses observées par Bassereau sont-elles loin d'être identiques entre elles puisqu'il en donne quatre variétés qui sont : 1** une syphilide vésiculeuse à forme de varicelle; 2* une syphilide vésiculeuse eczémateuse; 3** une syphilide vésiculeuse herpétiforme ; 4® une syphilide vésiculeuse à base papuleuse. Ces groupes ne sont pas admis sans conteste par tous les auteurs. Ainsi^ la sypbi-
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SYPHILIDES VÉSIGULEUSES i07
lide à forme de varicelle, caractérisée par des vésicules disséminées du tronc^de la face et des membres, ressemble au bout de peu de temps à des pustules de varioioïde d'après Bassereau, eu sorte quMl est difficile de faire à un moment donné la distinction entre une éruption vésiculeuse et un ecthyma. La syphilide eczémateuse serait caractérisée tantôt par des vésicules discrètes, tantôt par des plaques d'eczéma suintant. Il est possible que des troubles irritatifs locaux ou de cause interne autres que la syphilis en soient la cause. Nous voyons souvent chez nos malades syphilitiques des vésicules d'eczéma et des plaques suintantes au niveau des cuisses, des plis cruraux, etc., dans les parties qui sont irritées par des écoulements consécutifs à des plaques muqueuses ou à de la leucorrhée, sans qu'on . puisse les mettre sur le compte de la syphiUs.
Une autre remarque essentielle dans ces éruptions vésiculeuses comme dans les éruptions pustuleuses précoces et superficielles, c'est que la vésicule et la pustule reposent le plus souvent sur une base papuleuse ou tout au moins sur une macule cuivrée, en sorte que la lésion caractéristique de la peau, en pareil cas, est une macule analogue à la roséole ou une élevure papuleuse ayant la couleur, la consistance, la répartition des éruptions syphilitiques. Telle est la syphilide vésiculeuse à base papuleuse de Bassereau, telle est le plus souvent la syphilide herpétiforme en groupes d'herpès phlycténoïde ou en plaques d'herpès circiné; telles nous retrouverons bientôt les pustules d'acné et d'impétigo syphilitiques.
Le syphilides vésiculo-pustuleuses, de même que toutes les éruptions syphilitiques, ne diffèrent pas sensiblement des éruptions analogues dues à une autre cause. Je n'ai pas eu à examiner post mortem, sur des sections com-
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tOB SYPHIUDBS CUTANÉES PRÉCOCES
prenant toute la peau, les vésicules et les petites pustules syphilitiques. Mais ce que nous en avons vu en examinant le liquide contenu, les parties épidermiques superficielles et le réseau de la pustule, comparé à ce qu'on observe dans les vésicules de la varicelle et de la variole, comparé aussi à l'étude que nous avons faite des pustules d'ectbyma profond, nous permet de vous exposer très-suffisamment l'histologie de ces boutons.
La vésicule est un soulèvement de la couche la plus superficielle de répiderme par un liquide citrin qui contient déjà un grand nombre de cellules lymphatiques et qui devient bientôt un peu louche^ puis puriforme. Elle se crève ; les particules de liquide qui y sont contenues viennent se dessécher à sa surface en formant une petite croûte qui tombe elle-même, est remplacée par de nouvelles croûtes ou par des squames, et finalement i) ne reste plus qu'une élevure papillaire qui s'efface elle-même.
Le siège du liquide est dans la couche cornée et dans la couche granuleuse, c'est-à-dire au-dessus du corps muqueux de Malpighi. Il est compris dans des cloisons formées par des cellules épithéliales et dans des cavités qui sont le résultat de l'ouverture des cellules cavitaires. Audessous de cet épidermo corné, modifié et devenu le siège de l'épanchement liquide, les cellules épithéliales du corps muqueux de Malpighi sont modifiées elles-mêmes comme nous l'avons déjà dit et cavitaires.
Si l'inflammation devient plus intense et si elle s'étend en largeur comme en profondeur, si la vésicule, devenue plus saillante et plus volumineuse, par suite de la plus grande abondance du Uquide, devient une vésico-pustule ou une pustule, le corps muqueux de Malpighi est atteint
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SYPHIUDE VÉ8ICUL0-PUSTULEUSE — HISTOLOGIE »f
également dans sa presque totalité et les papilles du derme s'infiltrent elles-mêmes de cellules de pus.
La marche de l'inflammation parait progresser de la surface de Tépiderme du côté du cborion^ mais en réalité c'est dans le sens inverse que se fait l'exsudation et T inflammation, car le liquide et une partie des cellules lymphatiques qui s*accumulent primitivement dans Tépiderme superficiel viennent évidemment des vaisseaux papillaires à la suite d'ane congestion intense de ce réseau. Il se passe là un phénomène analogue à celui que nous avons décrit à la peau et surtout aux amygdales dans les plaques muqueuses érosives. Si la vésico-pustule n'est pas troublée dans son évolution par le grattage ou par tout autre agent mécanique, le liquide suinte par très- petites quantités à sa surface et se concrète en croûtes où le pus est mêlé aux cellules épidermiques. Ces croûtes s'épaississent par suite de nouvelles quantités de liquide exsudées; elles tombent partiellement et se reproduisent jusqu'à ce que finalement elles tombent pour ne plus se reproduire, et alors répiderme nouveau est reproduit et solide à la surface du bouton. Si la couche muqueuse de Malpighi a été peu altérée ou si elle est restée presque intacte, il n'y aura ni dépression ni cicatrice au niveau de l'éruption, mais seulement udc tache maculeuse. Si le corps muqueux de Malpighi a été détruit par la suppuration, il se régénère et il n'y a pas non i)lus de cicatrice apparente. Mais, lorsque le corps muqueux ayant été désintégré, les papilles ont été elles-mêmes très-enflammées, infiltrées de cellules qui se sont déversées à la surface de la pustule sous la croûte, si elles ont été détruites en partie par la suppuration, alors on aura une cicatrice très-superficielle, maculeuse si du saog est resté épanché dans la couche dermo-
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tOO SYPHIUDES CUTANÉES PRÉCOŒS
papillaire^ blanchâtre s'il n'y a pas ea de saog infiltré. C'est ce qni a ea lien dans certaines pnstules d'ecthyma superficiel où la cicatrice ressemble beaucoup à celle de la varioloïde ou de la variole.
Telle est. Messieurs, l'anatomie des vésicules et des pustules superficielles syphilitiques qui ne nous semblent pas différer sensiblement des mêmes lésions élémentaires de la peau qu'on observe dans d'autres processus morbides.
Je vous ai exposé en quelques mots. Messieurs, l'histologie des vésico-pustules ; nous continuons maintenant l'examen des syphilides pustuleuses.
4"* SYPHILIDES PUSTULEUSES. — Les syphilidcs pustuleuses revêtent la forme de l'acné, de l'impétigo ou de l'ecthyma. L'acné syphilitique est une syphilide toujours superficielle et précoce ; l'impétigo et l'ecthyma peuvent aussi se présenter sans aucun caractère de gravité, mais d'autres cas, soit dans la syphilis grave précoce (syphilis maligne de Bazin et de Dubuc), soit dans les éruptions tardives, l'impétigo revêt l'aspect de l'impétigo rodens, l'ecthyma celui de l'ecthyma profond et alors on a affaire à des pustules ulcéro-croûteuses profondes , d'une durée très-longue, dont la gravité est en rapport avec l'intensité de la suppuration, avec la confluence des lésions et qui s'accompagnent parfois des signes généraux de cachexie terminée même, dans des cas exceptionnels, par la mort.
VAcné spécifique est au moins autant une papule qu'une pustule, par la composition et par l'évolution de son bouton. Celui-ci, de petite dimension, fait une saillieconlque
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ACNÉ — IMPETIGO SYPHILITIQUE 201
de même volume que la papule miliaire ou granuleuse. Â rextrémité de la papule cuivrée, paraît un soulèvement très-léger de Tépiderme par un liquide en très-petite quantité qui devient rapidement trouble et puriforme. La pustule dure peu : elle est remplacée bientôt par une petite croûte, puis par des squames. La papule elle-même s'afiaisse et il reste une petite macule grise ou ecchymotique sans cicatrice. Cette éruption se fait par poussées successives à la face, sur les épaules, sur le tronc, sur les cuisses où les pustules sont parfois très-confluentes. Il y a généralement au moins autant de papules que de pustules bien formées et que de papules croûteuses, car la saillie papuleuse dure un certain temps alors que les traces de pustule ont complètement disparu à son sommet. C'est une éruption de la première période des syphilides et elle se conduit comme les papules. Cette forme d'acné se distingue de Facaé vulgaire par sa répartition, car on l'observe partout, sur le ventre et les cuisses par exemple, tandis que Tacné vulgaire n'apparaît qu'à la face et aux épaules, par sa couleur qui est cuivrée, par sa sécheresse plus grande et par l'absence de cicatrices blanches et permanentes. C'est une forme moins profonde que l'acné ordinaire.
V Impétigo syphilitique, consistant, comme l'impétigo scrofuleux, en de petites pustules dont le sommet est recouvert de croûtes concrètes habituellement jaunes ou grises, ou brunes, se montre comme des boutons isolés ou comme des plaques formées par la réunion de plusieurs d'entre eux.
Il est extrêmement fréquent de trouver de l'impétigo croûteux dans le cuir chevelu en même temps que la roséole syphilitique ou que des plaques muqueuses ont en-
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soi 8YPH1L1DE8 CUTANÉES PRÉCOCES
vBhi la surface glabre du tégument. Ainsi M. Bassereau a noté 106 fois des pustules croùteuses du cuir chevelu en même temps que la syphilide exanthématique et papuleuse. Mais l'impétigo peut être aussi l'éruption prédominante. La tète, le cuir chevelu, la face^ le front sont toujours ses lieux d'élection.
La raison de la transformation d'une syphilide papuleuse ou érythémateuse en une syphilide pustulo-croûleuse sur la face et sur le cuir chevelu tient uniquement à la structure propre de ces dernières parties et à l'abondance des glandes sébacées. Les glandes très - volumineuses, très-nombreuses de la face et du cuir chevelu qui accompagnent les poils follets et les cheveux, lorsqu'elles sont comprises et enflammées dans une papule, versent à la surface cutanée les produits modifiés de leur sécrétion, c'est-à-dire un liquide sébacé plus ou moins mêlé de globules de pus. On a alors soit des pustules bien formées, soit une concrétion sébacée, soit une croûte à la surface do la papule.
Le plus souvent, surtout lorsque les pustules sont disséminées, elles siègent sur une plaque ou sur une papule de couleur rouge cuivrée. Lorsque l'éruption est confluente, elle détermine un enduit croûteux sur une large étendue. Les croûtes ont la couleur jaune meUiforme de l'impétigo scrofuleux et il serait très-difficile de faire le diagnostic si l'on n'avait pas pour se guider la cx)uleur ecchymotique cuivrée et la cicatrice qui succèdent à la chute des croûtes.
VEcthyma svperficiel est caractérisé par la large pustule quelquefois ombiliquée, puis croûteuse, couverte d'une croûte noirâtre peu épaisse. Il laisse à sa suite des ma-
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