PEMPHIGUS DES ENFANTS NOUVEAU-NÉS
Il n'en est pas de même dnpemphigics des enfants nouveau-nés, qui a une certaine importance dans la pathologie de la syphilis infantile. Le pempbigus des enfants nouveaunés est-il toujours syphilitique? C'est là une question qui a eu, en 1851, un assez grand retentissement à TAcadémie de médecine, lorsque Gazeaux soutint que le pemphigus n'avait pas de rapports avec la syphilis, tandis que Dubois démontrait cette filiation. Une série d'observateurs regarde le pemphigus comme étant simplement un signe de cachexie (Trousseau et Lassègue, Gibert, Diday, Bazin); d'autres le regardent comme une manifestation de la syphilis héréditaire (Cazenave, Danyau, Bouchut, Vidal, Ollivier, Ranvier et Parrot) ; d'autres, comme MM. Ricord et Gubler, en font tantôt un signe de cachexie, tantôt un signe de syphilis. G'est cette opinion que nous adoptons. On voit, en effet, des enfants présenter à leur naissance une ou plusieurs bulles de pempbigus, sans que leurs parents aient eu la vérole et sans que cet accident ait de gravité. D'un autre côté, nous voyons souvent ici, comme nos prédécesseurs et comme nos collègues, des enfants qui naissent avant terme, ou à terme, avec des bulles de pemphigus au moment de leur naissance ou quelques jours après, et qui habituellement meurent avec la cachexie syphilitique, triste héritage de leur mère.
Le pemphigus syphilitique est caractérisé par un soulèvement de l'épiderme, par de la sérosité claire ou teintée de sang; ces bulles, plus ou moins saillantes, de la largeur de 5 à 8 millimètres ou d'un centimètre, siègent surtout à la paume des mains, à la plante des pieds, à la face antérieure des avant-bras, sur la face palmaire et plantaire des doigts et des orteils.
J'ai fait ces jours-ci l'autopsie d'un enfant mort-né un
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HISTOLOGIE DU PEMPHIGUS DES NOUVEAU-NÉS ll3
peu avant le terme, dont la mère est dans la salle Saint- Clément depuis près de huit mois. La mère avait contracté la vérole en même temps qu'elle devenait enceinte et, à son entrée, elle était au début des plaques muqueuses. L'enfant, qui ne remuait plus dans la matrice cinq ou six jours avant l'accouchement, était un peu macéré, et il présentait à la lace plantaire des pieds et à la face palmaire des mains des bulles de pemphigus bien caractérisées. L'épiderme était soulevé et le corps papillaire congestionné au niveau des bulles.
J'ai examiné plusieurs d'entre elles après durcissement, et j'ai trouvé deux soulèvements des deux couches de Tépiderme placées l'une au-dessus de l'autre ; la couche cornée de répiderme était séparée de la couche de Malpighi par une très-grande quantité de liquide; le corps muqueux était lui-même décollé des papilles par une quantité plus faible de liquide. C'est ce que représente la figure 7 de la planche IV où j'ai dessiné à un grossissement de 8 diamètres une bulle ayant environ 1 centimètre de diamètre qui entourait la face plantaire du gros orteil.
L'épiderme superficiel e, distendu, forme un grand cercle : entre lui et le corps muqueux de Malpighi il y avait un liquide contenant des globules rouges et quelques cellules lymphatiques. Le corps muqueux de Malpighi c est détaché par places et soulevé de telle sorte qu'on voit en m ses prolongements interpapillaires et les conduits des glandes sudoripares qui ont été étirés avec lui et qui sont sortis du derme. Le même liquide sanguinolent existe entre le corps muqueux et les papilles p. Au-dessous des papilles on voit le derme d, le tissu adipeux et la couche des tendons <, et le cartilage d'ossification de la première phalange 0.
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La figure 8 de la planche IV montre à un grossissement de 150 diamètres le détail des lésions de la couche muqueuse et des papilles. Celles-ci sont, comme chez TenCant nouveau-né, constituées par un tissu embryonnaire : le corps muqueux présente un état cavitaire de certaines de ses cellules c; de 0 à5 on voit une glande sudoripare; n est un prolongement interpapillaire du corps muqueux. La séparation de l'épiderme en deux couches s'est faite au niveau de la couche granuleuse.
Je suis d'autant plus fondé à vous présenter ce fait comme un exemple de pemphigus syphilitique que le foie présentait une lésion appartenant à la syphilis héréditaire, une hépatite interstitielle dont j'aurai plus tard à vous entretenir.
Le pemphigus syphilitique des nouveau-nés est une éruption d'une très- grande valeur, car c'est habituellement le premier symptôme de la syphilis héréditaire. Son diagnostic est donc très-important : le pemphigus syphilitique se reconnaît à son siège qui est le siège d'élection des papules syphilitiques précoces, c'est-à-dire la paume des mains, la plante des pieds, la face antérieure des avant-bras, le poignet, les membres. Sa lésion est moins une bulle qu'une papule, ainsi que nous venons de l'expliquer dans sa description anatomique. Le corps papillaire tuméfié, la congestion et la replétion des vaisseaux indiqueqt une inflammation superficielle du chorion. Si les couches épidermiques sont soulevées, cela tient surtout à leur peu de résistance, à leur finesse, à leur imprégnation antérieure parle liquide amniotique, à des conditions, en un mot, qui sont en rapport avec la structure de la peau aussitôt après la uaissance.
En tant que lésion anatomique, le pemphigus de la sy^
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SYPHaiDES TUBERCULEUSES ET OOIlIfEUSES ||5
pbiUs infeiQtile appartiendrait aux éruptions papuleuses pllitôt qu'aux éruptions huileuses, et sa place serait tout aussi bien avec la roséole et les papules de la première période de la syphilis. Il est, en effet, par son mode d'apparition^ contemporain des premières manifestatjpns cutanées ou muqueuses de la syphilis du premier âge ; il les précède presque toujours, et la roséole, les papules cutar nées ou muqueuses le suivent de près ou Raccompagnent. Ces dernières, pour le dire en passant, ne diffèreqt pas chez le nouveau^né de ce qu'elles sont cbex Tadulte. La roséole maculeuse, la roséole populeuse prennept eepen*dant dans les premiers jours de la vie une teinte jaunâtre intense qui est due à ce que la peau des pnfants estcopgestîonnée, rodge, ecchymotique (Parrot) ; mais les papules lenticulaires et les plaques muqueuses des fesses, de la lèvre, etc., ressemblent absolument aux mêmes lésions de l'adulte. Le pemphigus inrantile peut être accompagné du coryza spécifique.
Les éruptions cutanées syphilitiques, immédiatement après la naissance, ne sont jamais profondes, et si nous avons décrit dans cette leçon le pemphigus des epfants, c'est seulement pour suivre l'ordre des lésions anatomiques élémentaires de la peau.
6® 8yPHILU)ES TUBERCULEUSES ET GOMMEUSES. «^ AveC IÇS
tubercules et les gommes de la peau, nous arrivons aux manifestations les plus tardives et les plus profondes de la syphilis cutanée.
Pour la commodité de la description que je vais voi)s en donner, je vous demanderai la permission. Messieurs, de commencer par les gommes. La raison en est que je puis vous montrer aujourd'hui des préparations et des
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s 16 SYPHILIDES CUTANÉES PROFONDES
dessins de gommes cutanées, et comme ce sont des lésions très-voisines des tubercules au point de vue anatomique et clinique, tous comprendrez mieux les tubercules si vous suivez bien d'abord ce que j'ai à vous dire sur les gommes.
Les gommes cutanées apparaissent à des époques extrêmement variables ; tantôt très-tard, vingt, trente ans après le début du chancre, tantôt, au contraire, très-rapidement, dans la première année, dans les quatre ou cinq premiers mois ; c'est ce qui a lieu dans les formes graves dès le début et dans les formes anormales; le plus souvent c'est trois ou quatre ans après le chancre qu'on les voit survenir.
Dans notre service, nous n'avons pas très-fréquemment des gommes; cependant vous pourrez en observer chez une enfant qui en a d'énormes toutes cicatrisées, sauf une, et chez qui les cuisses, les jambes, les bras en ont été couverts. Les petites filles que nous gardons pendant un an ou deux nous en montrent plus souvent ici que notre clientèle d'adultes qui se hâtent de sortir de Lourcine aussitôt qu'elles vont mieux et que nous perdons de vue.
Leur siège de prédilection esta la face, au cuir chevelu, aux épaules, au cou, aux bras, aux cuisses et aux jambes, mais elles peuvent se montrer partout ailleurs. Nous n'étudions en ce moment que les gommes du tissu cellulaire sous-cutané, mais les muqueuses, et en particuher la muqueuse buccale, celle des lèvres, des joues, de la langue, du voili? du palais, etc., en sont très-fréquemment atteintes. Les gommes cutanées sont des tumeurs inflammatoires du tissu sous-dermique et du tissu conjonctif cellulo-adipeux qui finissent par s'ouvrir en donnant lieu à une perte de substance profonde, plus considérable à son fond qu'à son orifice cutané et qui s'éUmine lentement à la façon du bourbillon d'un furoncle.
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