‹ Leçons sur la syphilisChapitre 4 sur 17 · DEUXIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

DEUXIÈME LEÇON

La lésion par laquelle se fait l'infection syphilitique de l'éconoraie consiste en une fissure, une érosion ou une papule. Ces affections sont, à leur origine, très-difficiles à reconnaître: elles ne présentent pas de caractères à l'aide desquels on puisse les distinguer des effets similaires que produit une cause accidentelle d'irritaùon, et elles peuvent être masquées par la coexistence d'autres accidents locaux vénériens.

Les premiers accidents de l'infection syphilitique attirent généralement fort peu l'attention. Us surviennent sans déterminer aucun trouble; aussi le malade a-t-il de la tendance à croire qu'il n'est affecté que d'un accident de fort peu d'importance, opinion qui a été trop souvent partagée par le chirurgien appelé à lui donner ses soins. Lorsque la maladie se déclare, elle revêt Tune ou l'autre des trois formes de l'inflammation adhésive.

1" L'épiderme de la partie supérieure du gland semble se desquamnier ou bien une étendue limitée de la muqueuse offre pendant plusieurs jours une couleur livide ou pourpre. Les couches du tissu sous-jacent ne sont le siège d'aucune infiliration ; aussi n'existe-t-il pas d'induration spécifique : à la surface se fait une sécrétion consistant en écailles éphithéliales et en globules de lymphe plus ou moins parfaitemenl formés. Chez la femme existe probablement une affecliou correspondante et non indurée de quelque partie de la membrane mu queuse; mais elle n'a pas encore été décrite jusqu'à ce jour, à cause sans doute, des difficultés qui entourent la recherche de lésions semblables.

2° Un tubercule induré et non ulcéré peut se former sur la peau ou sur la membrane muqueuse et présenter tous les caractères d'une induration spécifique n'offrant aucune perte de substance.

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3° Mais c'est sans contredit l'alTeclion que l'on a désignée sous le nom de chancre induré ou huntérien qui constitue le plus souvent la lésion initiale de rinfection syphilitique. Lorsque cette affection existe, ou observe un dépôt do lymphe plastique dans le tissu cellula.re de la peau ou de la mem brane muqueuse, et cousécutivenieut une nécrose moléculaire qui donne lieu à l'issue de la matière nouvellement déposée et à la formation d'un ulcère; mais, comme ce sont desélémcnls de nouvelle création qui sont éliminés, il ne se fait pas de cicatrice déprimée ou de perte de substance du tissu normal.

Si le chancre infectant n'est pas le siège d'une irritation accidentelle, il ne donne pas naissance à la sécrétion d'un liquide purulent, mais d'une sérosité plus ou moins trouble contenant des débris épithéliaux, des globules de lymphe plus ou moins parfaitement formés, et ces mêmes globules en voie d'évolution. Pondant la durée de cette sécrétion, la suppuration peut se produire soit parceque uue croûte, soil parceque les lotions qui ont été faites ont déterminé de l'irritation; mais dès que la cause irritante a été enlevée^ la sécrétion naturelle existe seule. Dans un cas douteux il faut placer une petite quantité de la sécrétion sur une plaque de verre, y ajouter uue goutte d'acide acétique et faire l'examen microscopique : on constatera que l'aspect est tout différent de celui que j'ai décrit dans ma dernière leçon et que je regarde comme caractéristique de la sécrétion du chancre suppurant (non infectant).

J'ai eu soin de panser le chancre en voie d'évolution sur lequel j'ai pris le liquide destiné à rcxamea microscopique, avec des compresses d'eau pure, pendant les deux ou trois jours qui précédèrent cet examen.

Fig. 2.

Ces trois lésions primitives de l'infection syphiliquc, consti-

DU CHANCRE INFECTANT. 15 luenl loules les modifications que peut revêlir la forme adbésive de l'inflammation ; il y a certainement lieu do croire que les deux premières n'ont pas clé reconnues par la majorité des sjphiliograj)lies, fait qui nous ex|)liquc comment on a pu rapporter des exemples de syphilis constitutionnelle sans lésion primitive (I).

L'induration qui accompagne la deuxième et la troisième formes de l'inflammation adhésif e fournit, quand elle est bien nette, un signe diagnostique de la nature de la maladie. Elle entoure les bords et la base du chancre à une distance à peu près égale dans toutes les directions, se termine brusquement dans le tissu onviroonanl, et donne souvent la sensation d'une subslancc étrangère, toile qu'une pariie do cariilage ou qu'une moitié de pois qui aurait été iniroduilc dans l'épaisseur de la peau. Cetle induration dépend de l'infiltration de lymphe plastique dans le tissu cellulaire sous-cutané ou sous-muqucux et lorsque l'infiltration est considérable, la partie qui en est le siège s'élève au dessus des parties environnantes et donne naissance à la variété d'ulcère qui a été désignée sous le nom àhdcus elevatum (2).

(1) M. Ricord (loc. cit.) dit : « Les formes que prend au début le chancre induré sont les mêmes que celles du chancre simple. Tantôt, c'est une pustule qui précède l'ulcération ; tantôt celte dernière s'établit d'emblée. .. Il n'admet donc pas que la syphilis constiluliouuelle puisse débuter par une papule.

Dans une brochure intitulée : Du chancre produit par les accidents secondaires, M. Lauglebert (Edmond) a soutenu que les accidents secondaires étaient contagieux, et que la syphilis constitutionnelle communiquée par îe produit d'un accident secondaire avait pour pomlde départ un chancre induré.

M. Auzias Tureane, au contraire, prétend que la syphilis conslitutionnelle a souvent pour point de départ une papule précédée d'incubal.on,qu. s'ulcère, puis s'indure et relemit constamment sur les

Titri T !=°rPr^'"' ' C« Pseudo-chancre

n dure esl le résultat de la contagion d'accidents secondaires et donne plus sûrement la syphilis que le chancre véritable. ( Voyez plus loin une .0 e com;,/.rnen^«.>e.) (A^o,. du traducteur).

(2) MM. U.cord, Fournier, Buzen.t souliennent que le chancre

Cette induration a dû être souvent confondue avec l'infiltration qui entoure la variété phlegmoneuse duchancre suppurant et avec celle qui reconnaît pour cause une irritation accidentelle; mais dans la grande majorité des cas elle peut ôtre distinguée à l'aide de sa terminaison brusque et de son égale consistance dans tous les points. Il est un autre état morbide dont elle n'est pas si facilement distinguée, je veux parler de l'induration secondaire qui fait partie du cortège des symptômes constitutionnels de la syphilis. Celle induration secondaire peut apparaître sur les mêmes parties du corps que le chancre primitif infectant ; dans les deux cas l'induration dépend d'un dépôt plastique de cause spécifique, a de la tendance à prendre plus ou moins la forme tuberculeuse et peut se terminer brusquement Eu général, cependant cette induration périphérique et nettement limitée est plus marquée dans la première que dans la seconde forme de la maladie.

L'infection syphilitique ne se manifeste pas immédiatement après l'application du poison. Une période d'incubation suit l'inoculation, et durant celte période, le malade ne perçoit aucun phénomène et se croit bien portant. C'est trois à sept semaines après que le malade a subi l'action de la cause morbide que le premier accident se manifeste. Dans l'intervalle peuvent survenir quelques autres accidents vénériens, lels que ceux qui apparaissent après un contact impur; mais les symptômes caractéristiques de l'infection syphilitique ne se manifestent qu'après la période d'incubation que je viens d'indiquer(l).

céphaliqae est toujours un chancre induré ; M. Ilollel * avance au contraire que le chancre simple peut être inoculé à la face au^si Lien que sur les autres points du corps, ainsi que le lui ont dénionlie ses expériences. Inoculez, dit-il, page 316, le chancre simple vous obtiendrez toujours la pustule. M. Henri Lee ne s'explique pas sur ce point. (Note du traducteur).

(1) Dans un chapitre intitulé : De la coexistence de la Blennorrhagie et de la syphilis (Blenuorrhagie syphilitique). » M. Rollet (loc. cit.)

* Recherches .lur la .lyphilis. le chancre simple et la blcnnorihagie. I8G2, l vol. m-S avec allas de iilanrlics coloriées.

DU CHANCRE INFKCTANT 17

Il existe, toutefois, une remarquable exception à cette règle : elle concerne la rêiuoculation de la sécrétion d'un chancre infectant (l)imm6dialemciil après son apparition. Dans ce cas, l'inoculation donne naissance à un chancre dans un très court délai, et l'induration qui accompagne l'ulcère syphilitique se développe (rùs rapidement. Ou a dit que, si l'on pratiquait des inoculations vaccinales plusieurs jours de suite sur une même personne, les vésicules vaccinales arriveraient toutes eu même temps à maturité. Or, Tinfeclion syphilitique donne des résultais à peu près semblables. Si, en effet, une personne étant infectée, un chancre apparaît trois ou quatre semaines après le contact impur, et si on inocule le liquide sécrété par cet ulcère, l'inoculaliou réussira probablement, et l'induration des deux ulcères apparaîtra ensuite simultanément. Dès que l'induration caractéristique est établie, le chancre infectant cesse d'être réinoculable ; toutefois, si, après un certain laps de temps, on détermine une nouvelle action morbide en un point du corps, si on applique, par exemple, un vésicatoire, on obtient une sécrétion inoculable sur le malade lui-même ou sur un autre malade syphilitique.» La marche des inoculations que l'on produit de cotte manière ne ressemble

écrit que la blennorrhagie peut coexister avec le chancre infectant ou des manifestations syphililirfues conslilutionnelles, mais que l'existence du chancre ou d'autres accidents vénériens situés en d'autres points de l'urètre ne lui imprime aucune modification ; que la blennorrhagie reste toujours une affection locale, et conserve ses caractères spéciaux; que la blennorrhagie simple n'est jamais suivie d'accidents généraux, que si l'on constate des manifestations syphilitiques chez des malades qui affirment de bonne foi n'avoir jamais eu d'autre accident vénérien que la blennorrhagie, il faut attribuer ces accidents soit à un chancre urétral, soit à un chancre qui siégeait en un autre point du corps et a passé inaperçu.

A'ote du traducteur.

{\)Rollet, Reckrclm cliniques et expérimentales sur la syphilis le chancre simple et la blennorrkagie,eic. Paris, 1862, 1 vol. in-8 avec allas de 20 pl. color. et noires.

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pas à celle des inoculations pratiquées sur des individus indemnes de tout accident syphilitique (1),

On a fait des statistiques très remarquables sur la réinoculalion de la sécrétion des chancres infectants. En 1855, M. Clerc professa que cette sécrétion ne pouvait être inoculée, théorie qui correspond à ce dogm:; de Ricord, dont elle n'était peutêtre qu'une déduction : que l'on ne peut avoir qu'une seule fois la syphilis. De celle opinion découlait cette conclusion : puisque le chancre induré est l'accident précurseur obligé de la syphilis conslilutioiinelle, et puisque l'on considère la syphilis comme toujours consécutive à l'existence d'un chancre induré, un malade atteint de syphilis conslilutionnelle esl inapte à subir des réinoculalions capables de déterminer en lui l'apparition de la même maladie. En 1856, on fit, sur ce sujet/ des expérimentations à l'hôpital Lock, et les résuliats que l'on obtint ont été rapportés dans la Revue médico-chirurgicale britannique et étrangère de la même année; on arriva à conclure que le chancre induré ne pouvait être inoculé sur un malade dont l'économie était déjà syphilisée, dans 'acception propre de cette expression.

Eu 1856, M. Fournier a également inoculé cent malades avec leurs propres chancres infectants ; ces inoculations ne furent suivies de succès qu'une à trois fois seulement. Ces résultats ne fureut publics qu'eu 1858.

M.RoUet, dans l'ouvrage que nous avons déjà cité dit avoir inoculé deux cents malades alîeclés de chancres infectants avec la sécrétion de leurs propres chancres et n'avoir réussi que six fois sur cent. Ces chancres d'inoculation furent dils auloinoculables. Dans tous les autres cas l'inoculation échoua.

Les résultais des expériences de MM. Fournier et Hollcl coïncident d'une manière surprenante avec ceux que m'a

(1) M. Auzias-Turenae, ainsi que nous l'avons déjà dit, a inoculé avec succès le chancre huiitérien sur le malade qui eu élail porlour. — Il esl probable qu'il a fait les iuoculalious avant l appariliou de 'induration du traducteur.)

fournis .a statistique des faits que j'ai observés. Pendant le coursdes années 1 855 el 485G, j'ai recueilli avec soin les observations de tous les malades qui ont passé sous mes yeux, et sur cent chancres diagnostiqués suppurants, c'est-à-dire, non infectants, il n'y en eut que deux qui furent suivis de symptômes secondaires. Le nombre des exceptions à la règle générale, sur un chiffre si considérable de faits, offi e un rapport curieux avec celui qu'ont donné les expériences do MiVI, Fournier et Rollet. Dans les trois séries d'observations, les exceptions peuvent être attribuées à une même cause: une double inoculation a sans doute eu lieu dans tous les faits exception nels et a donné naissance à ralfcclion locale syphilitique et au chancre infectant. Le chancre mou avait, chez les malades de MM. Fournier et Rollet, fourni le pus inoculable, et chez ceux que j'ai observés, masqué les caractères de l'affection que j'essayai de diagnostiquer. Celle conclusion est confirmée par les résultats des inoculations : l'affection que l'on obtint par l'inoculation d'un chancre supposé induré ne fut pas un chancre induré de même nature, mais une puslule, origine caractéristique du chancre mou. Dès lors, nous pouvons pratiquement conclure qu'un ulcère syphilitique qui donne naissance à une sécrétion capable d'être inoculée et de produire une pustule spécifique, doit être considérée comme un accident local et n'exigeant aucun traitement interne; tandis qu'au contraire, une affection qui donne naissance à une sécrétion qui n'est pas aulo-inoculable ne doit pas être considérée comme locale et nécessiie un traitement général destiné à pré • venir ou à diminuer les symptômes secondaires.

Peu d'années se sont écoulées depuis l'époque où l'oi. considérait l'auto-inoculabililé d'un chancre comme la preuve de sa nature syphilitique el de la nécessité de donner du mercure Cette doctrine fut môme soutenue dans quelques-uns de r.os rra.tés de la syphilis les plus répandus. Mais il est maintenant prouvé quecelleopimonôtailuM guide dangereux au point de vue scientifique, el était eutièremenl opposée à la vériti au pomi de vue pratique. Les autorités syphiliographiques du

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Continent et de l'Angleterre, en confondant dans leurs descriptions, les deux alïcclions auxquelles donne naissance la maladie syphilitique, délerminèrenl une confusion regrettable. Il faut espérer qu'elles sont maintenant assez nelleracnt séparées l'une de l'autre pour que toute confusion soit désormais impossiblq.

Les bords d'un chancre infectant type, adhérent intimement aux tissus sous-jacents, sont légèrement coupés à angles aigus ou même arrondis, mais ne sont jamais aussi nettement taillés à pic, aussi aigus, aussi bien limités que ceux du chancre mou (1). La surface du chancre infectant offre une couleur variable; elle présente quelquefois une couleur faon ; quelquefois, au contraire, elle est uniformément rouge : enfin elle peut présenter des lambeaux de matière adhésive de couleur grisâtre. Ces divers aspects dépendent soit du fait de l'élimination, soit de la présence de la matière exsudative qui forme la base indurée du chancre.

Outre la nature et l'inoculabilité du chancre, l'état des ganglions lymphatiques est d'un secours précieux pour le diagnostic de l'infection syphilitique primaire. Dans la leçon précédente nous avons vu qu'une partie du liquide sécrété par l'ulcère suppurant, pouvait être entraînée à travers les vaisseaux lymphatiques et reproduire son action morbide spéciale, soit dans les vaisseaux lymphatiques, soit dans les ganglions inguinaux; nous avons considéré ce phénomène comme une espèce de réinoculation, comme un transport naturel de la maladie. Dans la première partie de cette leçon, nous avons démontré

(1) M. Ricord dit dans ses Leçons sur le chancre, publiées par le D' A. Fournier : « Le chancre mou est, pour ainsi dire, creusé à l'emporte pièce; le chancre induré est fait à Z'c«i6?0i>; sur l'un les bords sont abrupts et comme taillés à pic, sur l'autre les bords fuient vers le fond par une pente insensible, de façon que l'ulcère prend un aspect cupuli-forme.

Les bords du chancre mou sont le plus souvent décollés ; ceux du chancre induré adhérents. » [Note du traducteur.)

DU CHAWCRE INFECTANT. 21 qu'au début de l'infection syphilitique, le chancre donne naissance h une sécrétion inoculable. La connaissance de ces deux faits nous fera mieux conaprendre la [ alhologie de l'engorgement ganglionaire indolent et chronique, qui fait suite à l'infection syphilitique.

Nous avons vu que la partie qui a été le siège primitif de l'inoculation présente la forme adhésive de l'inflammation ; or, si on inocule une petite quantité du liquide sécrété en "ce point .avant le développement de l'action adhésive spécifique, les deux surfaces inoculées présenteront le même aspect, etsi le même effet se produit naturellement, si par exemple le liquide infecté est entraîné le long des vaisseaux lymphatiques, l'action spécifique adhésive se produira au point d'arrêt de ce liquide.

Ainsi les deux formes delà maladie syphilitique sont auto inoculables : la forme suppurante pendant toute sa durée, la forme adhésive, pendant les premiers jours de son existence, c'est-à-dire avant l'apparition de l'induration spécifique. La sécrétion de ces deux chancres peut, par une auto -inoculation naturelle (par l'absorption lymphatique) être transportée jusqu'aux ganglions lymphatiques et y reproduire ses effets spécifiques. Il semble, toutefois, que l'absorption lymphatique ne doit pas être si rapide dans la forme suppurante de la maladie où l'issue du liquide sécrété est facile que dans la seconde forme où les tissus infectés sont souvent pendant plusieurs semaines le siège d'une infiltration spécifique. En conséquence, l'absorption lymphatique n'a pas toujours lieu dans la forme suppurante de la maladie; elle constitue l'exception et non la règle, et lorsqu'elle a lieu, elle ne détermine, en général, que l'engorgement d'un seul ganglion (1). Au con-

(l)Nous lisons dans les Leçons sur iechancre deRicord : « Le chancre non induré'û'exerce pas sur les ganglions une action fatale et nécessaire, le plus souvent raôrae,les ganglions restent calmes et froids. — Sur 207 malades observés par M. A. Fournier, 65 seulement présemèrent un bubon. Ce bubon put êtro une adénite inflammatoire

Iraire, la forme adhésivc de la maladie dcHermine, presque toujours l'engorgement d'un grand nombre de ganglions l^mphatiques; c'est même à cause de ce fait que l'afFection des ganglions inguinaux est désignée sous le nom de biibo7i multiple indolent.

L'inflammation spe'cifique adhésive des ganglions inguinaux offre des caractères particuliers; elle apparaît à peu près en même temps que l'induration spécifique. Cette forme particulière d'aulo-inoculation se produit donc à l'époque à laquelle le chancre peut être inoculé sur une autre partie du corps du malade.

11 est probable qu'un chancre qui cesse d'être auto-inoculable sur les téguments du malade, ne peut plus fournir aux vaisseaux absorbants de sécrétion capable de déterminer leur induration spécifique. Au contraire, le chancre syphilitique suppurant, qui donne naissance à une sécrétion autoinoculable pendant toute son existence, peut à chaque période de sa durée donner naissance à un bubon suppurant.

11 n'existe quelquefois qu'un seul ganglion engorgé chez les malades atteints d'infection syphilitique, mais le plus souvent c'est un engorgement multiple que l'on constate. Le volume des ganglions lymphatiques s'accroît, sans déterminer aucune douleur et sans que le malade s'aperçoive qu'une partie de son corps est devenue le siège d un développement inusité. L'engorgement, est limité au lissu même des ganglions et n'envahit pas les parties environnantes. Chaque tumeur peut acquérir les dimensions et la forme d'une écorce sèche d'amande, et j'ai l'habitude de décrire cette affection particulière sous le nom d'état amygdaloïde des ganglions inguinaux.

simple, susceptibl e de résolution ou suppurant sans spécificité viruleule; ou un bubon spécifique, véritable chancre ganglionnaire suppurant fatalement, sécrétant un pus inoculable et transformant en chancre la plaie conséculive à l'ouverture du foyer.

[Note du traducteur.)

DU CHANCRE INFECTANT Z.1 On sent facilement, avec les doigts que chaque ganglion roule dans le lit que lui forme le tissu cellulaire environnant, et que la peau indemne de tout état morbide, se meut facilement sur lui. Les ganglions sont durs et donnent au toucher la même sensation que l'induration du chancre infectant; celte dureté particulière dépend de ce que la matière plastique récemment exsudée, est limitée au ganglion et soigneusement circonscrite par sa capsule.

Les ganglions lymphatiques indurés ne suppurent pas et l'on peut regarder ce fait comme une loi générale et ne souffrant d'exception qu'autant que la maladie est accompagnée de complications. Cependant, nous entendons encore parler de temps en temps, dans la pratique civile, de bubons suppurants consécutifs à des chancres infectants. Or, quelques-uns d'entre eux sont des bubons scrofuleux, quelques-uns, des bubons provenant de quelque cause accidentelle d'irritation, et quelques autres des bubons qui sont survenus consécutivement à des accidents secondaires, c'est-à-dire à une éruption d'une partie des téguments, dont les lymphatiques vont se rendre aux ganglions malades.

Mais, ces causes d'erreur écartées, il reste encore un* petit nombre d'exemples de chancres infectants ayant donné naissance à un bubon suppurant. Leur nombre n'a pas été établi statistiquement; mais il est en réalité très petit, et même moindre que celui des faits de chancres infectants, gardant leur auto-inoculabilité après le développement de leur induration spécifique. L'exception, dans les deux classes de cas, est sans doute due à la même cause, c'estrà-dire, à une double inoculation sur la même partie du corps.

Nous devons encore noter un fait très remarquable relativement à l'absorpion lymphatique consécutive soit au chancre suppurant, soit au chancre infectant. Les ganglions dans lesquels se rendent directement les vaisseaux absorbants sont les seuls affectés : on les appelle ganglions primaires.

Les ganglions secondaires, c'cst-ù-dire ceux qui reçoivent

leurs vaisseaux Ij-mphatiqucs d'autres ganglions ne présentent jamais ces lésions spécifiques spéciales aux accidents prhnilifs de la syphilis. Aussi est-il évident que l'infection syphilitique de l'économie du malade ne peut avoir lieu par l'intermédiaire des vaisseaux lymphatiques, [/action spécifique ne va pas au-delà de ce premier système des ganglions avec lesquels la sécrétion du chancre est mise en contact ; l'engorgement ganglionnaire peut donc être considéré comme faisant partie du cortège des symptômes primitifs. Un ganglion inguinal affecté d'induration spécifique déterminerait, sans doute, l'infection de l'économie du malade s'il n'existait pas d'autres causes d'infection ; mais ce fierait à l'aide du sang qui circule à travers son tissu morbide et non à l'aide du transport du poison morbide dans le canal thoracique. De même un chancre infecte la constitution du malade à l'aide du sang qui, circulant à travers son tissu, subit l'influence syphilitique, et non à l'aide de l'absorption lymphatique.

Quand un malade est affecté de syphilis, on peut constater que l'exhalation de matière plastique qui s'était manifestée au siège primitif de la maladie peut encore se produire en quelque point du corps que ce soit. Celte disposition à l'effusion plastique peut être constatée à chaque période de la maladie. Nous l'avons envisagée dans l'accident primitif de la syphilis, cl nous l'avons considérée comme donnant naissance à l'induration spécifique des ganglions lymphatiques ; nous pouvons la suivre dans la période secondaire de la maladie où elle donne lieu au dépOt de lymphe plastique dans l'iris, do tubercules dans le tissu cellulaire et les divers organes internes, à des nodus osseux, et aux différentes formes d'éruptions papuleuses et tuberculeuses de la peau. Toutes ces variétés d'accidents secondaires doivent être rapportées à la môme disposition de l'économie. Si celte lymphe plastique, * exsudée dans les tissus, y séjourne, elle subit l'influence des milieux où elle se trouve, et finit par en constituer une partie intégrante (1).

(1) MM. Ricord, Cullerier, Puche. Diday, etc., considèrent le

DU CHANCRE INFECTANT 2^ LeDrHerman, écrirain allemand, a dernièrement publié les opinions qu'il professe sur la syphilis. Ce médecin pense que la syphilis est une maladie locale, et qui n'exige par conscquenl aucun traiteincntgénéral. Il n'a jamais observé, dil-il, l'infection générale de l'économie d'un malade; aussi considèrel-il le mercure et l'iode comme dangereux.

11 est évident que le Dr Hcrman, s'il a bien observé, n'a vu que l'une des deux classes d'affections syphilitiques que nous avons décrites. Dans un ouvrage publié dernièrement par M. Labalt, sont consignées des observations, qui par suite de circonstances spéciales, appartiennent presque toutes à la forme locale ou suppurante de la malariie; or le Dr Hcrman par une cause inexplicable, peut n'avoir observé que des malades atteints de l'affection locale de la syphilis.

La cautérisation ne procure aucun avantage dans le traitement de l'infection syphilitique. Une période d'incubation s'étant manifestée avant l'apparition de la maladie, on ne peut sans errer, concevoir l'idée de détruire le poison morbide à l'aide d'une application caustique en un point du corps. D'autre part, la pratique a démontré d'une manière évidente la vérité dô cette vue de l'esprit. Les chancres infectants, en effet, qui ont été détruits le jour même de leur apparition ont continué de s'étendre et ont déterminé leurs effets habituels. On ne pourrait même pas prévenir l'infection générale, en enlevant le chancre à l'aide de l'instrument tranchant. L'action morbide s'est déjà propagée, en effet, à d'autres parties du corps, et a déjà influencé les ganglions lymphatiques avant qu'elle ne manifeste son existence par quelque signe sensible. Un Iraichancre induré comme la seule porte d'entrée de la syphilis couslitationnellc.

Les médecins de l'hôpital St-Louis, sont partagés en deux camps : les uns, MM. Cazenave, Devergie, Gibert et Bazin admettent que la syphilis peut être consécutive soit à un chancre mou soit à une blennorrhagie ; M. Hardy, au contraire, partage l'opinion de JIM. Ricord, etc.) (iVofe du traducteur,)

lement général, sagement institué et longtemps continué est le seul duquel on puisse espérer la guérison de celte maladie(l ).

(1) De tons les chancres que j'ai cautérisés du premier au quatrième jour de la contagion, aucun n'a été suivi des symptômes de l'infection constitutionnelle, (Ricord).

M. le professeur Sigmond, de Vienne, a émis une opinion à peu p e mblable. (H. Fournier).

Les acides sulfurique, nitrique, hydrochlorique, citrique, acétique, la potasse, la soude, l'ammoniaque, etc., possèdent la propriété de prévenir le développement de la pustule chancreuse, lorsqu'on les applique sur le point inoculé pendant quelque temps, et cela, 2, Ix, 6, et jusqu'à 12 ou 24 heures après l'inoculation. (RoUet).

[Note du Traducteur).

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