‹ Leçons sur la syphilisChapitre 7 sur 17 · CINQUIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

CINQUIÈME LEÇON

DE l'inoculation vaccino-syphilitique.

Lorsque la syphilis apparut en Europe^ vers l'an 1485, il n'existait, si l'on en croit les descriptions qui nous ont été laissées, aucun intervalle entre l'apparition des accidents primitifs et celle des accidents secondaires, et chose digne de remarque, si les médecins du commencement du seizième siècle mentionnèrent les affections des organes génitaux, nul des écrivains antérieurs à cette époque ne les considéra comme des phénomènes essentiels et caractérisiiques de la syphilis. On regardait généralement la syphilis comme une ma'adie contagieuse et se développant sans être précédée d'une période d'incubation. Elle se manifestait d'abord par l'existence d'une éruption de tubercules non suppurants ou par Tapparilion de pustules qui se convertissaient ultérieurement en ulcères sanieux ou recouverts de crotîtes dégoûtantes. Pendant les Ironie premières années du seizième siècle, la syphilis eut encore une grande ressemblance avec la lèpre tuberculeuse. Ce même virus, qui, depuis cette époque et surtout de notre temps, s'est en général propagé par des inoculations successives, est devenu moins meurtrier et présente des symptômes moins graves.

Déjà, en 1519, Ulrich et HuKen écrivaient que les symptômes de la syphilis s'étaient tellement modifiés que l'on pouvait à peine croire que c'était une maladie de même nature

que celle qui avait primitivement 616 obscrv6e, et cependant que (le différences s6paraient la syphilis du seizième siècle de la syphilis de nos jours ! Lisez plutôt la description que Fracaslor publiait en io1\ :

« Protinus informes totum per corpus achoros

Rurapebant, faciemque horrendam et pectora fœdè Turpabant; species morbi nova; puslula summae Glaiidis ad eftigiem, et piluita marcida pinguis, Tempore quaeraulto non posl adaperla dehiscens, Mucosa mullum sanie (aboque fluebal.

Quin eliam erodens alte, et se fundiliis abdens Corpora pascebat niiserè, nam saîpiùs ipsi Carne suâ exulos arlus, squallenliaque ossa Vidimus, et fœdo rosca ora deliiscere biatu, Ora, alque exiles reddenlia gutura voces. Tum saepè aul cerasis, aul Pliyllidis abore Irisli, Vidisli pinguera ex udismanare liquorem Corlicibus ; moxiii lenliim durescere gummi. Ilaud secùs bac siib labe solel per corpora mucor Difïluere : bine demùra in turpem concrescere callum. Unde aliquis ver œlalis, pulcliramque juvenfam Suspirans, et mcmbra oculis deformia lorvis Prospiciens, fœdosque artus, (urgenliaque ora, Saepëdeos, sœpè astra, miser, crudelia dixit Intcrea dulces somno?, noclisque soporem Orania per terras animalia fessa Irabcbant : mis nuUaquies aderat, sopor oranis in auras Fugerat. His oriens ingi ata Aurora rubebat ; His inimica dies, iniraicaque iioctis imago. Nulla Ceres illos, Bacchi non ulla juvabant Munera, non dulces epulœ, non copia rerum ; Non urbis, non ruris opes, non ulla voluptas. »

Le témoignage des auteurs contemporains prouve èvidemmenl, dit Swêdiaur, qn'<à celle époque, la syphilis nèlait pas précédée d'une période d'incubation, que beaucoup de personnes moururent , sans avoir présenté la moindre affection des organes génitaux, faits identiques à ceux qu'observa 13owman

lorsque la syphilis parut au Canada. Lorsque la syphilis apparaît dans un pays, elle est caractérisée par des symptômes très graves, et dont l'intensité est encore plus grande quand elle est importée d'un pays chaud dans un pays froid. La syphilis du Canada en est une preuve convaincante, et la maladie qui parut en Europe au quinzième siècle conGrme aussi cette remarque. Après un certain laps de temps, la maladie devient moins grave, ses progrès moins rapides, ses symptômes moins intenses et, à notre époque, il est certaines manifestations que nous n'observons plus ; peut-être même dans des temps plus reculés ne siégcra-t-elle plus qu'aux organes génitaux, tandis qu'à son début, à sa réapparition ou lorsqu'elle frappe pour la première fois une population jusque là à l'abri de ses coups, son action virulente est plus intense. Peut-être ces effets sont ils dus cà l'union du poison syphilitique à qnelqu'autre élément morbide.

Un l'ait vraiment remarquable, et sur lequel nous devons insister, c'est que lorsque la maladie de Rivalla, jusque là inconnue dans celle ville, se manifesta, on ne constata aucun intervalle entre l'apparition des accidents primitifs et celle des accidents secondaires.

L'induration spécifique, qui constitue la lésion caractéristique du début de la maladie, ne fut pasobservée chez certains malades ou n'a pas été indiquée, et l'apparition des symptômes syphilitiques se fit alors qu'il ne s'était écoulé qu'un laps de temps exlraordinairemenl court depuis l'inoculation du poison morbide. Mais quand l'infection constitutionnelle des enfants fut accomplie, les personnes auxquelles la syphilis fut alors communiquée offrirent dessymplômes syphilitiques facil cment reconnaissables. Chez les nourrices et chez les mères, l'apparition des symptômes primitifs était précédée de la période normale d'incubation; le chancre induré était la lésion qui précédait l'infection consti(utionnelle,et entre l'apparition des 12^6™'' s'écoulait le laps de temps

Lorsque la syphilis parut à Rivalla. elle fut caractérisée par

une éruption pustuleuse, et fut confondue avec la petite vérole, le môme phénomène se produisit lorsque la syphilis apparut en Europe au quinzième siècle,

La syphilis étant devenue plus bénigne et ayant revêtu une marche chronique en Europe, on a pu en étudier les différentes phases et les états morbides qui les caractérisent. Tout d'abord la syphilis fut considérée comme une maladie n'offrant qu'une seule origine, et dont les effets n'étaient dus qu'à un seul poison morbide. Jusqu'au commencement de ce siècle, on n'établissait pas de distinction entre les accidents primitifs et les accidents secondaires; jusque même en l'année 1854 on ne faisait aucune différence entre le mode d'origine des deux espèces de chancre. Il n'est donc pas surprenant qu'à Rivalla, où la syphilis fut, à son apparition, excessivement contagieuse, les premiers cas observés furent très différents de ceux qui passent sous les yeux des médecins des diverses capitales de l'Europe. La descri[)tion des .premiers cas dénote un défaut d'observation et unegrandeconfusion,et dans quelquesunes des observations oii la mort survint rapidement, on ne retrouve pas les caractères distinctifs de la syphilis. Mais les choses changèrent dès que l'attention des médecins fut appelée sur ce sujet.

Le Dr Pacchiotti dit : t Je vis que la syphilis tirait son origine dans ces divers cas non d'un chancre mou non suj)puranl, mais du chancre induré et infectant de Ricord. Il existait une période plus ou moins longue d'incubation entre l'inoculation et l'apparition de l'ulcère consécutif, de sorte que le chancre était à la syphilis ce qu'est à l'hydrophobie la morsure d'un chien. Les symptômes secondaires se manifestaient après une seconde période d'incubation. Le docteur Pacchiolti nous dit qu'il a écrit ce qu'il a vu sans excitation ou idée préconçue, qu'il l'a d'abord fait avec riiésiîaliou d'un homme qui doute et ensuite avec la conviction d'un homme quia été progressivement convaincu. Il rapporte ce qu'il a vu, ajoute-l il, avec la sévère impartialité d'un homme qui écrit sans avoir égard aux opinions des autres ou h ce qui a été écrit avant lui.

INOCULATION VACClNO- SYPHILITIQUE. 59 Le Docteur [^icchiolti fit une troisième visite à Rivalta le cinq janvier. Il trouva que les enfants soumis au traitement étaient en voie d'amélioration, et que le plus grand nombre offraient, pour ainsi dire, un état satisfaisant. On constatait toutefois de nombreuses manifestations syphilitiques.

Chiabréra , le premier vaccinifère, présentait une alopécie complète; la diarrhée avait cessé, et la voix était distincte. Il existait, toutefois un tubercule muqueux sur la conjonctive de la paupière inférieure.

Cupena présentait les cicatrices déprimées d'ulcérations anciennes, sur diverses parties du corps et des tubercules syphilitiques indurés récemment apparussurla poitrine et les fesses.

Carozzo présentait des lubercu'es plats au pourtour de l'anus, et des ganglions engorgés aux aines. L'éruption cutanée avait disparu.

Garborino présentait deux plaques muqueuses à l'anus, deux ulcérations grisâtres et indurées sur le scrotum, des tubercules muqueux et un engorgement ganglionnaire de l'aine. Voglino, Garborino, Panodi, Gunone et Scianca présentaient à cette époque des symptômes identiques.

La commission se livra alors à une investigation sévère des cicatrices vaccinales; elle observa les anomalies, et les irrégularités qu'elles présentaient et qui prouvaient qu'elles n'avaient pas suivi leur marche habituelle : sur quelques enfants elles étaient excavces, profondes, larges, et offraient encore une couleur livide ou cuivrée; chez quelques uns la base était dure, et cette dureté s'étendait autour de la cicatrice; ceux-ci présentaient un engorgement des ganglions axillaires correspondants; chez ceux-là se voyait encore l'ulcération dont la base était indurée, la surface humide cl le siège de la production incessante de croûtes; chez d'autres enfin, les croûtes étaient adhérentes, et la cicatrice sous-jacenle indurée, livide ou cuivrée.

On certifia que dans tous ces cas, c'était un certain temps après la vaccination que les vésicules avaient suivi une marche insolite. On ne pouvait déterminer le moment précis où

ce changcmcul avait cii l'uiu, aucun médecin n'ayanl été îippelé. Du inoins paraîl-il certain, d'après les descriptions données par les mères, que les vésicules vaccinales so convertirent en ulcérations indolentes, et qisanil la commission les vit pour la première fois, quatre mois après la vaccination, elles se présentaient encore sous la forme d'ulcérations serpigineuses crustacées et livides. S'appuyant sur ces bases, la commission déclara que les vésicules vaccinales de ces enfants s'étaient converties en chancres sy|)liilitiques, et que le premier S)'mptôme sj'phililique avait consisté en un ulcère vénérien développé au point d'inoculation.

En môme temps que l'on constatait l'état dos enfants, on faisait les remarques suivantes sur celui de leurs mères :

1" La m "rc de Chiiibrcra (le premier vaccinifère), présentait un grand nombre de tubercules | lats à la vulve. On constatait l'exislence d'une cicatrice d'un chancre induré sur le sein gauche et les traces d'un engorgenieni spécifique des ganglions axillaires correspondants. Elle souffrait beaucoup de douleurs rhumatismales, était affectée de céphalalgie intense et d'insomnie. Elle avait considérablement maigri, présentait des ulcères sur les deux amygdales, de l'impétigo, de l'alopécie, un engorgement des ganglions cervicaux postérieurs et une roséole syphilitique.

2° La mère de Carozzo, qui était bien portante au mois d'octobre, présentait sur le sein droit, entre la base du mamelon et l'auréole, la cicatrice récente et indurée d'un ulcère syphilitique et un engorgement des ganglions axillaires correspondants. Cet ulcère, disait-elle, existait depuis deux mois.

Il y avait un grand nombre de plaques muqueuses à la vulve, un engorgement indolent des ganglions de l'aine, une éruption érythémateuse (roséole) et papulcusesur l'abdomen, la poitrine, les hanches, le cou et la face ; de l'impétigo et une alopécie commençante.

5° La mère de Gupeua, qui, au mois d'octobre avait été considérée comme atteinte de deux pelils tubercules suspects sur le sein gauche, présentait à la place de ces tubercules

INOCULATION VACCINO-SYPIIIHTIQUE. 61 des cicalrices indurées et un engorgement des ganglions axillaires correspondanls ; elle avait aussi des plaques muqueuses à la vulve et à l'anus, de l'alopécie, do rirapôligo, de la céphalalgie, des douleurs rhuinatoïdes et deux ulcères grisâtres sur les amygdales.

4° La mère de Saccone, qui était bien portante au mois d'octobre, présontdit sur le scîn gauche un ulcère en voie de cicatrisation et dont la base indurée s'élevait au-dessus des légumouts environnants. 11 existait un engorgement des ganglions de l'aisscllo correspondaulc. L'ulcère avait persisté deux mois environ. Depuis vingt jours avaient paru des plaques muqueuses sur les grandes et les petites lèvres de la vulve et un engorgement des ganglions inguinaux ; sur toute la surface du corps existait une roséole sjphiliiique manifeste; une affection impéligiueuscdu cuirchevelu, un engorgement chronique des ganglions cervicaux postérieurs, uu ulcère profond et cendré de chaque amygdale.

5" La mère do Voglino, sur le sein gaucho de laquelle on avait observé cinq ulcères syphilitiques canictérisliques, présentait au mois de janvier les cicatrices indurées et cuivrées de ces ulcères et l'engorgement spécifique des ganglions axillaircs. 11 existait aussi une affoclion impéligineuse du cuir chevelu, une alopécie commenç inle, une pléiade cervicale, un large ulcère sur chacune des amygdales, une éruption syphilitiipie caractérisée par do la roséole, des papules syphilitiques et (lu psoriasis;

C La mère de Morbello, qui était bien portante au mois d'octobre, présentait un chancre induré sur le sein droit, chancre qui existait depuis un mois et demi et était accompagné de rengorgemenl des ganglions axillaires. La vulve cl l'anus étaient le siégcd'un grand nombredetubercules plats. 11 existait des plaques muqueuses, sur les deux amygdales, des croûtes sur la Icte, la pléiade cervicale, de l'alopécie, des papules syphiliiiquos sur le dos, les bras et les épaules, une roséole sur l'abdomen et un ulcère et des granulations sur les lèvres du col do la malrice.

7° La mère de Vogliiio, qui élail bien porlauleau mois d'octobre, présentait une petite cicatrice à la base du inaineion droit. Elle aurait pu échapper à un examen superficiel, mais en observant soigneusement, on constatait qu'elle était dure et accompagnée d'un engorgement des ganglions de l'aisselle. Il existait autour de l'anus des tubercules plats qui n'étaient pas accompagnés d'engorgement ganglionnaire, de l'alopécie, des croûtes irapétigineuses sur la tête, dcsulcèressur les amy gdales, la pléiade cervicale, et en outre une éruption papuleuse et vésiculeuse de la peau;

8° La mère de Maroscolti, bien portante au mois d'octobre, présentait une petite cicatrice indurée sur le sein gaucbe, sans engorgement ganglionnaire correspondant, des plaques muqueuses de la vulve, des croûtes impétigineuses sur le cuir chevelu, une alopécie commençante, des ulcères sur les amygdales, une roséole et un lichen syphilitique.

9' La mère de Garbarino, bien portante au mois d'octobre, présenlait deux cicatrices encore indurées sur les deux seins, un engorgement des ganglions axillaires, des plaques muqueuses à la vulve, au périnée, et surtout à l'anus, un impétigo syphilitique et des croûtes sur le péricrâne, de l'alopécie, des ulcères sur les amygdales, une pléiade cervicale et une roséole syphilitique.

10° La mère de Scianca et la nourrice de Zoccola offraient l'une et l'autre tous les phénomènes syphilitiques que je viens d'énumérer.

11 ne sera peut-être pas inutile de nous arrêter un instant et de réfléchir aux faits que nous avons devant les yeux.

Les faits passés à Rivalta ayant été accueillis avec prévention, et les conclusions en ayant, été tirées par un homme qui n'en avait évidemment pas observé tous les détails, il est nécessaire d'être précis dans la relation de ces faits et les conclusions que nous en déduirons. Il est aussi important de déterminer de quelle maladie furent atteintes les vingt mères ou nourrices des enfants vaccinés, maladies dont seules, parmi une population de deux mille habitants, elles furent affectées.

Nous (levons prendre pour guide la proraicre conclusion de Ricord que nous avons déjà citée au commencement de ce cours '. € L'existence d'un chancre doit être regardée comme certaine non parceqiie cet ulcère a apparu après un contact suspect, non en raison de son siège, de l'induration de sa base, de sa couleur, de sa forme, des caractères de ses bords, de l'auréole rouge qui l'entoure, mais parcequ'ilcst inoculable, et reproduit la même maladie. i Celte proposition vraie relativement à l'une des formes de la syphilis, à l'une des espèces du chancre, l'est aussi relativement à l'autre. Si donc nous acceptons les caractères distinctifs de Ricord, il ne nous reste plus qu'à nous demander si la maladie des nourrices et des mères était la même que cellequi existait chez les enfants (le mode de transmission à l'aide du sein étant clairement indiqué). Chez les enfants nous constatons une marche indolente do l'affection qui laisse à sa suite une cicatrice cuivrée et souvent même indurée, est accompagnée de rengorgeraent chronique des ganglions lymphatiques correspondants, est suivie de plaques muqueuses, d'ulcérations de la gorge, de la perle des cheveux, de diverses espèces d'éruptions que la commission déclara syphilitiques. Chez les mères, nous constatons l'existence de la forme indolente de l'indammalion adhésive sur les seins, et à la suite de cet état inflam.matoirc une cicatrice indurée, accompagnée de l'engorgement des ganglions Ijmphaliqucs axillaires, des plaques muqueuses, des ulcérations de la gorge, de l'alopécie, et diverses espèces d'éruptions cutanées qui furent considérées comme syphilitiques; il semblerait superflu de renouvcller cette question : était-ce la même maladie ? si l'on ne savait que les doctrines de Ricord, qui pendant si longtemps subjuguèrent les esprits des médecins, entretiennent encore des préjugés. Le grand maître a proclamé que les accidents secondaires n'étaient pas contagieux; aussi déclarait-on il y a quelques années, et déclare-t-ou encore aujourd'hui que les observations que nous avons relatées ne sont pas des observations d'affections syphilitiques, parcequ'il n y a eu aucune contagion exercée d'uu accident primi-

64 INOCULATION VACCINO-SYPIIILITIQUE.

tif (le roiifanl au sein de la mère. Nous nous en rapporterons ici à l'opinion de Swediaur que nous at^ous citée dans la première leçon : (( En s'appuyantsur une théorie mai fondée, dit ce médecin, on laisse le viras s^'pliilitiquc se propager parmi de nombreuses familles. » Nous devons, toutefois pour rendre justice à Ricord, l'une des plus brillantes lumières de cette branche de la science médicale, nous devons, dis-je, ajouter qu'il a toujours accoplé les témoignages évidents de l'expérimentation et de l'observation, et qu'il a maintenant complètement modifié les opinions qu'il professait cl qui pendant longtemps ont exercé une si grande influence.

Mais il est des médecins qui ont brillé pendant un certain temps d'un assez vif éclat et qui ne se sont pas laissé aussi facilement convaincre; aussi est-il nécessaire de multiplier les exemples.

Au mois d'octobre 1858, une commission composée de MM. Yelpcau, Ricord, Devergie, Depaul etGibert fut chargée de donner au gouvernement une réponse ofticielle sur les questions suivantes : Les accidents secondaires sont ils inoculables? les ed'ets de l'inoculation de la syphilis sont-ils différents chez l'enfant et chez l'adulte?

Les observations suivantes furent rapportées : 1" On inocula un ma ade alfectè de lupus de la face, avec la sécrétion de plaques muqueuses secondaires existant chez un individu qui présentait autour de l'anus un grand nombre de tubercules plats dont l'apparition avait eu lieu quinze jours auparavant cl, qui étaient survenues consécutivement à un chancre du pénif, dont le début remontait à quinze mois et dont la cicatrice était encore apparente. Huifjours après l'inoculation, survint au point inoculé une papule proéminente et de couleur cuivrée. Vingt-deux jours après la papule était plus

large et humide.

Au vingt-neuvième jour existait un ganglion engorgé à l'aisselle correspondante ; au trente deuxième jour, une croûte s'élaul détachée, laissa à nu une excoriation superlicielle, au cinquante-cinquième jour existait une ulcération encore su-

INOCULATION VACCINO-SYPHII.ITIQUE. «O perficielle, au centre de la papule, qui constituait alors un tubercule bien distinct; quelques taches et quelques boutons rouges apparurent bientôt sur le corps et ne tardèrent pas à être suivis d'une éruption syphilitique générale. Trois mois et demi après l'inoculation, et six semaines après le début du traitement mercuriel, se voyait sur le bras gauche une cicatrice superficielle, blanche et légèrement déprimée; l'engorgement ganglionnaire de l'aisselle persistait et l'éruption cutanée s'effaçait un peu.

2° On inocula de la même manière un malade affecté d'un lupus invétéré : vingt-cinq jours après, on apercevait de la rougeur en deux des points inoculés, et bientôt au centre de ces tiches rouges apparut une papule, sèche d'abord, mais bientôt humide, excoriée, couverte d'une croûte et indurée. Un ganglion axillairc s'engorgea et acquit le volume d'une noix;eufiu le trente-septième jour après l'inoculation, se développa la roséole.

M. Auzias-Turenne pratiqua l'inoculation dans les deux cas précédents ; ce fut au contraire M. Gibert qui la lit dans les deux cas suivants :

3° Cette observation offre une grande analogie avec celles que je viens de rapporter ; elle n'en diffère qu'en ce que la papule d'inoculation était plus petite, l'induration consécutive moins marquée et l'ulcération subséquente superficielle, ronde et fongueuse. La roséole apparut comme dans les deux premiers cas.

4o Le malade qui fournit la sécrétion occupait un des lits du service de M. Puche à l'hôpital du Midi. Il avait un chancre induré à la surface externe du prépuce, chancre qui avait fait place à une cicatrice indurée, el qui avait déterminé un léger engorgemeuv des ganglions inguinaux. Des tubercules muqueux secondaires étaient apparus sur le scrotum, autour de l'anus, à la partie interne des cuisses et sur d'autres points du corps.On voyait sur le front une large papule, squameuse, cuivrée, sèche et ayant la circonférence d'une pièce de cinquanle centimes. Le 9 lévrier, ou passa la pointe d'une lancette sur

66 INOCULATION VACCINO-SVl'IllUTIQUE.

celle papule et on y déposa ainsi une pelile quunlilé de sang cl de sérum qui fui immôilialemenl inoculée sur la parlie supérieure el antérieure du bras droit d'un malade affecta, comme les précédents, de lupus delà face. Cinquante jours après celte inoculation on aperçut au poinl inoculé une papule proéminente, rouge ( l irrégulière, papule qui existait, d'après le récit du malade, depuis quinze jours, qui olFrail les dimensions d'une pièce de cinquante centimes et était recouverte d'une petite croûte, papule dont l'aspect, en un mot, ôiaillout à fait semblable à celui de l'affection qui avait fourni la matière inoculée. Pendanl toule sa durée, elle ne présenta aucune excoriation el ne sécrélaaucun liquide; elle fut un bel exemple de la deuxième forme de lésions primitives de la syphilis constitutionnelle, forme que nous iivons indiquée dans l'une des précédentes leçons. Autour de celle papule apparurent d'abord quelques taches cuivrées el légèremenl saillantes, et ensuite une éruption squamraeuse et d'autres symptômes syphilitiques sur divers points du corps.

Il serait peu convenable de multiplier le nombre des exemples d'inoculation des manifestations syphilitiques secondaires; que l'oQ sache, du moins, que des observations du genre de celles que je viens de relater ne manquent pas. J'ai donné les précédentes parce qu'elles ont été rapportées par une commission dont M. Ricord faisait partie et que nous avons ainsi l'assurance qu'elles sont satisfaisantes à tous les points de vue.

Les médecins qui n'acceptent pas encore la contagion des accidents secondaires, demandent que l'on fasse pour le leur démontrer ce que (il Ricord pour prouver l'inoculabililé du chancre sui)[)urant. Mais ont-ils sérieusement réfléchi à ce qu'ils demandaient? Us exigent dans le-seul but de satisfaire leurespril el de détruire leurs idées préconçues que l'on inocule sur une personne saine une maladie qui détermine nécossaircmcul des accidents conslitutionuels ! Ne seraient ils pas les pitiuicrs à réprouver une telle manière d'agir si ou accédait ù leurs dcsirs; d'ailleurs ces expérinieutalious ne soul ui uécestaires ui jusliliables.

INOCULATION VACCINO SYPHILITIOUE. 67 Les observations que j'ai rapportées flans cette leçon prouvent que les accideiils sj'pliililiqucs secondaires peuvent être facilement cotnmuniquables dans certaines circonstances, que celle communication peut se faire [)ar la vaccination quand les précautions nécessaires ne sont pas prises. Dans la prochaine leçon nous donnerons de nouvelles explications de ce grand fait, et nous examinerons avec plus de soin quelques uns des symptômes observés sur les eiifanis de . Rivalla ; enfin nous indiquerons quelle est la source de la sypLilis, source que le Dr Pachiolti a découverte deruièrement.

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