‹ Leçons sur la syphilis vaccinaleChapitre 34 sur 45 · ÉPIDÉMIE DE RIVALTA · texte numérisé non relu

ÉPIDÉMIE DE RIVALTA

«Vers la fin de mai 1861, le chirurgien Coggiola pratiqua une vaccination avec du vaccin renfermé dans un tube qui lui avait été envoyé par le conservateur d'Acqui, M Jvaldi L'opération fut exécutée avec la lancette et ne présenta rien de particulier. L'enfant, nommé Ghiabrera Giovanni alors âgé de onze mois, était en parfaite santé et de constitution robuste.

Dix jours après, le 2 juin, on vaccine en une seule séance quarante-six enfants avec le liquide provenant des boutons du petit Ghiabrera. Tous ces enfants étaient sains.

Dix jours plus tard, le 12 juin, dix-sept ^niT&^ enfants (deuxième série) sont vaccinés avec le liquide provenant de l'un des quarante-six de la première série.

Le chiffre total des vaccinés s'élève donc à soixante-trois. Or, sur ce nombre, quarante-cinq, dit-on, ont été plus ou moins infectés de syphilis.

Ghiabrera Giovanni, le premier vaccinifère, est encore vivant aujourd'hui; mais il est tombé dans un état de marasme très prononcé.

Le second vaccinifère, qui a fourni le vaccin aux dix-sept enfants de la deuxième série, est mort peu de temps après ; on n'a pas pratiqué son autopsie, et la cause de sa mort est restée inconnue.

En résumé, trente-huit enfants sur les quarante-six de^a première série, et sept sur, les; dix-sept de la deuxième série, ont présenté des traces d'infection syphilitique.

NOTE III

D'après les renseignements fournis par le D"" de Katt, médecin à Rivalta, l'infection s'est manifestée, en moyenne, le vingtième jour après l'insertion du vaccin; les limites extrêmes ont été dix jours et deux mois.

Chez quelques-uns des enl'ants contaminés, la pustule vaccinale, au moment oîi elle aurait dû se cicatriser, s'enflammait et s'entourait d'une auréole rouge, ou livide, ou cuivrée; en même temps elle s'étendait et recommençait à suppurer. — Chez d'autres, la cicatrisation était déjà achevée lorsqu'apparaissait une ulcération sur la cicatrice ; cette ulcération se recouvrait de croûtes qui se renouvelaient incessamment.— Chez un certain nombre, enfin, l'ulcération des boutons de vaccine prenait d'emblée un mauvais aspect, et elle était suivie d'une éruption générale que le populaire qualifiait de petite vérole ; mais la forme nosologique de cette éruption n'a pu être déterminée, parce que les médecins n'ont pas été consultés à temps.

Quelques semaines se passent, puis un bruit étrange se répand dans le pays : plusieurs des enfants vaccinés à Rivalta ont été infectés par l'opération. Bientôt l'accusation grandit en face des faits qui se multiplient. A la stupeur qu'avait causée la première nouvelle de ce malheur succède une légitime irritation, et les choses en viennent à ce point que le D' Ponza accourt de lui-même à Acqui pour prendre conseil du congrès médical rassemblé dans cette ville.

Une commission est aussitôt nommée; elle se transporte à Rivalta, et, le 7 octobre dernier, elle procède à une enquête attentive. Le Pacchiotli, rapporteur, a publié son rapport le 20 octobre, dans la Gazetta deW Associazione medica degliStali Sardi.

Au 7 octobre, six enfants étaient morts sans traitement, parce que la véritable nature de la maladie n'avait point été reconnue. —Depuis lors, on avait institué un traitement spécifique, et il n'y avait pas eu de nouveaux cas de mort; quatorze enfants étaient en voie deguérison; mais trois étaient encore en danger, parmi lesquels le petit Chiabrera, le premier vaccinifère. En fait, trente-neuf enfants étaient en traitement surveillé.

NOTES ET PIÈCES JUSTIFICATIVES

Mais, sur les quarante-cinq enfants infectés, vingt-deux étaient dispersés dans différentes communes, de sorte que l'examen de la Commission n'a porté que sur vingt-trois individus, dont les observations sont annexées au rapport de M. Pacchiotti.

Or, si nous groupons les renseignements que nous fournit le rapport sur chacun d'eux, nous voyons que la syphilis s'est révélée chez ces enfants par les symptômes suivants : pustules plates ; tubercules muqueux à la région anale et sur les organes génitaux; ulcérations spéciûques des lèvres et de la gorge ; pléiades ganglionnaires inguinales ou cervicales; tubercules cutanés, tumeurs gommeusés; chez deux enfants, marasme et cachexie.

Quelques-unes des mères qui nourrissaient les enfants infectés ont eu des pustules plates aux mamelles, quoiqu'elles fussent antérieurement parfaitement saines.

Enfin, le traitement institué par le D'^ de Katt (frictions mercurielles, iodure de potassium dans du sirop de salsepareille) a notablement amendé les accidents chez la plupart des petits malades. »

{Gazetla medica ilaliana, trad. résumée par le Jaccoud, dans la Gazette hebdom. de méd. et de c/iir., 6 déc. 1861.)

D'autres renseignements, d'importance majeure, ont été produits sur cette célèbre épidémie de Rivalta par divers observateurs, notamment par le Pacchiotti. Quelquesuns, tels que les suivants, sont essentiels à produire pour une exacte interprétation des faits.

I. — « ... Quelle est l'origine probable de cette terrible infection? Est-ce le vaccin contenu dans le tube expédié au Coggiola, ou le petit Giovanni Chiabrera, le vaccinifère de la première série?... Le même vaccin qui avait été envoyé dans un tube au chirurgien de Rivalta avait été expédié, assure-t-on, dans d'autres tubes à d'autres praticiens de diverses localités, et pots un accident n'a ete remarqué ailleurs qu'à Rivalta. .

... Quant à l'enfant G. Chiabrera. sa santé était lions-

NOTE III

santé, sa constituLion remarquablement belle. Rien dans ses antécédents, ni dans ceux de ses parents, rien sur son corps qui puisse autoriser le plus léger soupçon d'infection.

... Sa mère fut examinée par le D"^ Martorelli, chargé de l'enquête officielle, le 27 septembre. On ne constata sur elle qu'une leucorrhée ordinaire et une légère érosion au col utérin, sans aucune trace ni apparence de syphilis... Elle présenta (mais plus tard, lors de l'examen de la Commission), sous le mamelon droit, une tache cuivrée, rouge livide, avec cicatrice dure et récente, et, sous le mamelon gauche, une ulcération de la largeur d'un centime, à bords rouges, à surface grise, recouverte d'une croûte retenant du pus. Les glandes axillaires étaient tuméfiées et denses... La mère aurait donc reçu le mal plutôt qu'elle ne l'aurait donné (Vous n'avez pas oublié, en effet, que c'est le 2 juin que son enfant fournit le vaccin aux quarante-six vaccinés de la première série). — Quant au père, on n'a pu retrouver sur lui aucun indice d'infection ancienne ou récente, et sa santé est fort bonne, etc., etc. »

Lettre du Z)"" L. Cerise à M. le Am. Latour [Union médicale, 9 nov. 1861, p. 263).

II. — « ... Je ne vous avais pas dit un mot des cicatrices vaccinales de l'enfant Chiabrera. C'était un oubli, car nous les avions examinées. Un nouvel examen qui a été fait ces jours derniers par M. Martorelli, conservateur général du vaccin, me met à même de vous dire que ces cicatrices sont régulières, et que la vaccination, chez cet enfant, a parcouru tout entière son évolution régulièrement. Donc, sur ce point, plus de doutes.

Cet enfant a aujourd'hui une alopécie complète.— Il est maintenant un peu mieux, quant à l'état général.

Mais sa mère, qui avait déjà un ulcère au sein gauche, est atteinte maintenant (18 novembre 18(il) de dix à douze tubercules plats aux grandes et aux petites lèvres de la vulve, avec un suintement séro-purulent. Or, le 7 octobre, il n'y avait absolument rien à la vulve de cette femme; je l'ai examinée devant cinq de mes collègues Cette femme a

NOTES ET PIÈCES JUSTIFICATIVES

été mère de cinq enfants, dont deux sont forts et bien portants; maintenant un est malade (le vaccinifère Chiabrera); ' les deux autres sont morts du croup l'année passée.

Dans un dernier examen, qui a été fait le 7 novembre, on a trouvé des ulcères syphilitiques sio' le sein d'autres

mères qui n'en avaient point le 7 octobre En tout, sept

mères infectées.

Un autre enfant syphilitique est mort 11 y a àonc. sept

enfants morts sur quarante-cinq qui reçurent la syphilis du petit Chiabrera.

Il est maintenant certain que, pendant la vaccination, du sang suintait des pustules de Chiabrera; et même il y a deux enfants syphilitiques qui ont été vaccinés pendant que du sang coulait des pustules, et avec la lancette chargée de sang et d'humeur vaccinale. »

D"" J. Pacchiotti, Lettre à M. le Cerise (V. Union médicale^ 30 novembre 1861, p. 410).

III. — Enfin, jusqu'alors enveloppée de mystère, la véritable origine de l'infection se découvre, et l'enchaînement des faits peut être rétabli. Le trait de lumière nous arrive avec la lettre suivante du D'' Pacchiotti.

« ... Je vous écrivais le 8 février, à propos de la syphilis de l'enfant Chiabrera (le vaccinifère qui avait servi à vacciner les quarante-six enfants de la première série), qu'il était très difficile de découvrir la vérité sur l'origine de cette infection au milieu de tant de contradictions

« Aujourd'hui (29 mars 1862), je me hâte de vous annoncer que] la source de la syphilis du petit Chiabrera est parfaitement connue, et je m'empresse de vous avouer que je me suis trompé quand j'ai avancé que probablement la syphilis lui avait été apportée par le vaccin contenu dans le tube d'Acqui.

<f Voici, en effet, ce que je viens d'apprendre.

«Il y aà peu près un an et demi, dans le village deRivalta, une jeune et jolie femme, nommée Liberate Davone, contractala syphilis on ne sait guère comment. Elle dit qu'elle a été infectée par un enfant trouvé qui venait d'Acqui.

NOTE III. 20b

De quelque manière qu'elle ait été infectée, ce qu'il y a de bien positif, c'est qu'elle était syphilitique quelque temps avant la vaccination de Rivalta.

« Cette femme était mère d'un enfant qu'elle nourrissait et qui mourut trois mois après sa naissance on ne sait pas de quelle maladie ; quelques-uns disent qu'il était syphilitique d'autres qu'il est mort suffoqué dans son berceau.

« Après la mort de son enfant, dans l'extrême besoin d'un nourrisson, elle demanda à la mère de Chiabrera de lui confier le sien. Celle-ci non-seulement le lui céda, mais aussi elle prit la place de l'enfant pour dégorger le sein de Libérale.

« La femme Liberate, après la perte de son enfant, alla demeurer chez sa sœur Marie, qui a aussi une petite fille à la mamelle. La première (la femme Liberate), en l'absence de sa sœur, nourrit sa petite nièce et l'infecta si bien qu'au bout d'un certain temps cette fillette contamina elle-même sa mère.

« Or le petit Chiabrera a dû être infecté par cette même nourrice, à savoir la femme Liberate.

« Tout ceci arrivait deux ou trois mois avant la vaccination de Chiabrera.

«Il n'y a pas le moindre doute que la femme Liberate, sa sœur Marie et l'enfant de cette femme soient syphilitiques depuis un an ou un an et demi. D'abord, je le tiens d'un médecin d'Acqui, qui les a soignées. Puis, notre professeur Sperino, inspecteur en chef de l'hygiène publique, les a trouvées dernièrement à Rivalta avec des accidents syphilitiques, ;et même il a vu Marie avec des douleurs ostéocopes. Elles sont maintenant à Turin, traitées dans l'hôpital des vénériens [Sifilicomio).

« Yoilà donc assez bien démontrée, il me semble, l'origin e de la syphilis du premier vaccinifère. Il n'avait pas reçu le virus par la lancette si longtemps suspectée de l'excellent M. Coggiola; il ne l'avait pas reçue par le vaccin renfermé dans les tubes envoyés 'par M. le D' Jvaldi ; il n'avait pas non plus une syphilis héréditaire; il a eu une syphilis acquise par Vallaiiemenl, et il était probablement dans la

■20C NOTES ET PIÈCES JUSTIFICATIVES

période de la syphilis secondaire quand il a été vacciné et

quand il a servi pour vacciner les autres.

« Cette découverte est importante, car elle explique comment cet enfant eut une vaccine régulière, que nous avons constatée sur des cicatrices normales, et pourquoi la science hésitait à s'arrêter à l'idée d'une syphilis héréditaire sur un enfant de onze mois, né d'un père sain et d'une mère qui a été infectée plus tard par son nourrisson. »

Pacchiotti, Letlre à M. le Cerise {Union médicale, 'S avril 1862, p. 20).

Au total, donc, il résulte en toute vraisemblance de cet ensemble de renseignements :

1" Que l'enfant Ghiabrera est né sain de parents sains;

2° Qu'il a dû être infecté, suivant toutes probabilités, par une nourrice manifestement syphilitique, laquelle a également transmis l'infection à un autre enfant;

3° Qu'en conséquence il se trouvait en plein état de syphilis lorsqu'il fut vacciné et qu'il servit de vaccinifère, quelques jours plus tard, pour d'autres enfants.

Dans ces conditions, tout devient clair, et l'on s'explique très naturellement ces deux faits, vraiment inconcevables jusqu'à la dernière communication du Pacchiotti, à savoir :

1° Que les divers sujets inoculés avec le même vaccin que l'enfant Ghiabrera n'aient pas été contaminés de syphilis; et cela, pour la très simple raison que l'enfant Ghiabrera n'a pas été contaminé par le vaccin;

2° Que les divers sujets inioculés avec le vaccin de l'enfant Ghiabrera aient pu être contaminés par ce vaccin, puisque ce vaccin était celui d'un sujet infecté de syphilis.

NOTE IV

SYPHILIS VACCINALE d'aLGER.

Nous manquons de renseignements circonstanciés et sufOsants sur l'épidémie de syphilis vaccinale dont furent victimes, paraît-il, en 1880, cinquante-huit soUslIs du 4" régiment de zouaves, en garnison à Alger.

Voici le peu que nous en savons, d'après une note adressée par M. le D"" A. Desjardins (de Nice) à M. de Fonvielle, rédacteur en chef de VAkbhm\

« Le 30 décembre 1880, les militaires non vaccinés de la garnison d'Alger furent conduits à l'hôpital du Dey pour y être vaccinés.

« Deux médecins militaires opéraient.

« Le vaccin était fourni par deux enfants, âgés de moins de deux mois, offrant les caractères d'une excellente santé. La vaccination de l'un des détachements suivit une marche régulière, et il n'en résulta aucun accident.

« Tout au contraire, cinquante-huit soldats, opérés avec le vaccin fourni par l'enfant d'une femme espagnole, présentèrent, au bout de trois ou quatre semaines, les caractères d'une affection identique impossible à méconnaître, ceux d'une affection syphilitique.

« Les plaies des bras avaient pris un caractère inquiétant. Sur l'emplacement des boutons de vaccine il s'était développé des ulcérations qui forcèrent à admettre à l'hôpital du Dey, au bout de deux mois et demi, les trente-deux Algériens et les vingt-six Français composant ce détachement de zouaves.

208 NOTES ET PIÈGES JUSTIFICATIVES

« Au bout d'un mois, le plus grand nombre des hommes malades purent sortir de l'hôpital. Six seulement y restèrent. Mais les autres ne tardèrent pas à y rentrer, à la suite d'accidents spécifiques plus ou moins graves.

« Gomme conclusion, dit en terminant le D'' Desjardins, nous demandons qu'autant que possible, pour la vaccination, il soit prescrit de se servir de cow-pox, pris sur la génisse même, et, le moins possible, de vaccin humain. » (V. Journal d'hygiène, 1881, p. 399.) — P.

NOTE V

ÉPIDÉMIE DR SYPHILIS VACCINALE DE TORRE DE BUSI. VINGT-TROIS SUJETS INFECTÉS. — QUATRE MORTS.

(D'après le rapport du Dr Adelasio, vice-couservateur du vaccin à

Bergame.)

Le 16 mai 1862, M. Quarenghi, médecin àTorre de Busi, près de Bergame, inocula six enfants avec le vaccin d'une fillette nommée Girolama Carenini, née de parents réputés sains et paraissant elle-même jouir d'une excellente santé.

L'évolution de la vaccine fut régulière chez tous ces enfants. Mais chez cinq d'enlre eux, alors que les croûtes des pustules étaient tombées, laissant à découvert les cicatrices vaccinales, ces cicatrices s'ulcérèrent à nouveau. Ultérieurement, il apparut chez ces cinq enfants des symptômes indéniables de syphilis, témoignant que ces ulcères tardifs des bras n'avaient été autre chose que des chancres syphilitiques vaccinaux.

Le nombre des victimes ne se borna pas malheureusement à ce chiffre de cinq. Chacun de ces enfants devint en effet la source de plusieurs cas « de contagion par ricochet». Voici d'ailleurs le résumé des faits.

L'enfant Girolama Carenini sert, le 15 mai 1862, de vaccinifèi-e pour six enfants, dont cinq reçoivent d'elle la syphilis. Nous allons rapporter d'une façon toute sommaire les accidents observes sur chacun d'eux.

1. —Lozza {Catherine), âgée de cinq mois. — Chancre sy- FounNiER. j4

NOTES ET PIÈCES JUSTIFICATIVES

phililique vaccinal. — Accidents secondaires. — Marasme progressif. — Mort, en février 1863.

Cette fillette, à son tour, infecta :

1° Sa mère, qui était en même temps sa nourrice (chancre du sein) ;

2° Sa sœur, jeune fille de vingt ans, et cela par l'intermédiaire d'une cuiller à bouche commune (chancre des lèvres probablement) ;

3" Une tante, qui, venant d'accoucher et ayant trop de lait, lui donna accidentellement le sein (chancre du sein).

Cette dernière femme, à son tour, infecta :

i° Son enfant nouveau-né (chancre de la bouche), qui mourut bientôt des suites de sa syphilis;

2» Un de ses neveux, également nouveau-né, à qui elle donna par hasard le sein (chancre de la langue).

Ce dernier enfant infecta lui-même ultérieurement sa mère (chancres du sein).

Total : six victimes, du seul fait de la petite Catherine

Lozza.

II. — Meoli {Dominique), âgé de cinq mois. — Chancres syphilitiques vaccinaux. — Accidents secondaires.

Cet enfant infecta sa mère, qui était en même temps sa nourrice (chancres du sein).

Cette femme infecta à son tour son mari (chancres du

pénis).

Total : deux victimes, du fait de Meoli (Dominique).

III. — Mazzohni [Mathieu), âgé de huit mois. — Chancres syphilitiques vaccinaux. — Accidents secondaires. — Diarrhée ; marasme. — Mort le 2 décembre 1862.

Gomme dans le cas précédent, cet enfant infecta sa mère qui l'allaitait (chancres du sein). De plus, cette femme infecta son mari (chancres du

pénis). 1 • \

Total • deux victimes, du fait de Mazzoleni (Mathieu). IV — Lozza {Rose), âgée de deux mois. - Chancres syphilitiques vaccinaux. - Accidents secondaires. - Marasme; diarrhée. - Mort, le 1" mars 1863.

Cette fillette infecta sa mère et son petit frère, âgé de

NOTE V

quatre ans; — ce dernier, par l'inlernaediaire d'une cuiller conrimune (chancres de la bouche).

Sa mère infecta son mari (chancres du pénis).

Total : Irois vici'mes, du fait de Lozza (Rose).

y. — Valsecchi [Joseph), âgé de cinq mois. — Chancres syphilitiques vaccinaux. — Accidents secondaires.

Cet enfant infecta d'abord sa nourrice (chancres du sein) ; — puis le fils de cette femme, par l'intermédiaire d'objets de cuisine employés en commun ; — puis, en octobre de la même année, sa mère qui, venant d'accoucher d'un nouvel enfant, donnait le sein à son premier-né pour favoriser la sécrétion du lait.

Cette femme, à son tour, infecta l'enfant qu'elle venait de mettre au monde (chancres de la bouche); — puis son mari.

Total : cinq victimes, du fait de Valsecchi (Joseph).

VI. — La sixième vaccinée, Molteni {Marianne), âgée de quatre mois, resta indemne.

Au total, donc, cinq contaminations directes et dix-huit contaminations par ricochet, c'est-à-dire vingt-trois victimes, parmi lesquelles on compta quatre morts.

Voici, d'autre part, quelques détails complémentaires sur ces faits.

Les mères, qui firent vacciner leurs enfants le 13 mai, affirmèrent que la vaccinifère Girolama Carenini, quoique potelée et d'une bonne carnation, présentait çà et là une éruption se rapprochant par sa forme de la varicelle. — Plus tard, lorsqu'on examina l'enfant au moment de l'enquête, on ne trouva rien de suspect sur son corps. Les cicatrices vaccinales étaient des plus régulières.

Le premier symptôme de l'infection fut l'apparition chez cinq des vaccinés, vers le trentième jour après la vaccination, d'autant d'ulcères indurés qu'il y avait eu de piqûres faites par la lancette du vaccinateur. Ce fut devant la persistance de ces ulcérations, dont la guérison, abandonnée à elle-même, n arriva que deux, trois et quatre mois après, que les mères comprirent enûn que quelque chose

NOTES ET PIÈCES JUSTIFICATIVES

d'insolite se passait là, sans se douter toutefois de la nature de ces lésions.

Le véritable diagnostic ne semble avoir été fait que neuf mois environ après la date de l'infection, lors de l'enquête du D' Adelasio, en mars 1863, époque où fut institué le traitement et alors que dix-huit personnes (adultes et nouveau-nés) avaient été contagionnées « par ricochet », et que l'on comptait déjà quatre morts.

Une deuxième séance de vaccination avait eu lieu le 23 mai 1862. Avec le vaccin d'un des cinq enfants qui présentèrent des chancres syphilitiques vaccinaux par la suite (Valsecchi Joseph) on avait inoculé cinq autres enfants. Or, l'observation rapporte que l'inoculation prit chez tous et ne fut suivie d'aucun accident.

(D'après le rapport de M. le D' Adelasio au conseil de santé de Bergame, en mars 1863. — Communication orale faite au congrès médical de Lyon, le 30 septembre 1864, par le D'Alexandre Yiennois. — Bulletin de l'Académie impériale de médecine, Paris, 1864-1805, t. 30, p. 20.) — P.

NOTE yi

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