‹ Leçons sur la syphilis vaccinaleChapitre 35 sur 45 · DEUX FAITS DE SYPHILIS VACCINALE PAR LE D' CERIOLI · texte numérisé non relu

DEUX FAITS DE SYPHILIS VACCINALE PAR LE D' CERIOLI

Premier fait. — En 1821, une petite fille de trois mois, Martha, enfant trouvé, fut vaccinée dans l'inlenlion de faire servir son vaccin à toute une commune. Un enfant de Sospiro, nommé Général, fournit pour elle le liquide vaccinal. Ce dernier enfant fut toujours bien portant.

Martha parut saine, et son vaccin fut très régulier. Un médecin vaccinaleur des environs s'en servit pour quarante-six enfants, sur lesquels six eurent une éruption vaccinale très régulière. (Ces six enfants servirent à en revacciner cent autres qui n'ont jamais présenté le moindre symptôme de syphilis.)

Chez presque tous les autres enfants (inoculés avec le vaccin de la petite Martha), des ulcères recouverts de croûtes permanentes ou des ulcères indurés se montrèrent à la place des piqûres. Ces accidents arrivaient lorsque les croûtes vaccinales étaient tombées. Plus tard survinrent des ulcères de la bouche et des parties sexuelles, des éruptions croûteuses sur le cuir chevelu, des taches cuivrées, des ophthalmies; le système glandulaire et le système osseux ne furent pas épargnés.

Ces accidents se communiquèrent aux nourrices et aux mères de ces enfants. Ils consistaient en ulcères. — Ils furent si généraux que le médecin vaccinateur précédemment cité se crut obligé de faire un rapport à la commission sanitaire, qui à son tour nomma une commission dont le

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secrétaire fut M. Gerioli. La commission, ayant reconnu pour syphilitiques les accidents présentés par les enfants et leurs nourrices, fit admettre enfants et nourrices à l'hôpital. On les traita par le bichlorure de mercure à l'intérieur et les frictions mercurielles.

Dix-neuf enfants moururent. Les autres se rétablirent plus ou moins vite, en gardant une grande faiblesse des membres inférieurs.

Les femmes infectées par l'allaitement et traitées par le mercure se rétablirent toutes. Une seule mourut, à la suite d'une fausse couche, au septième mois de sa grossesse. Une autre eut aussi une fausse couche au cinquième mois, mais elle finit par se rétablir.

Deuxième fait (connu sousle nom d'Épidémie de Crémone). — En 1841, le docteur Bellani, médecin vaccinateur de Grumello, province de Crémone, envoya à Befutrofio un enfant, P. C, nouvellement vacciné, afin de le faire servir à la vaccination de l'arrondissement. Avec le vaccin de cet enfant, qui portait sept belles pustules vaccinales, pleines d'un liquide limpide, on vaccina soixante-quatre enfants, appartenant à quatre communes.

La nouvelle s'étant répandue que différents accidents s'étaient produits chez les vaccinés et les personnes de leur entourage, M. le Taffani fut chargé d'examiner ces enfants. Chez les uns, les pustules vaccinales avaient laissé des cicatrices blanches, entourées d'une aréole sombre et livide; chez d'autres, les cicatrices étaient encore rouges, consistantes, avec une aréole d'un jaune livide ou avec des contours irréguliers ; chez d'autres enfin, ces cicatrices furent trouvées ulcérées. Ces ulcères avaient un fond rouge, inégal, et des bords durs; la croûte qui les recouvrait était tombée depuis peu.

Ce ne furent point là les seules anomalies que présentèrent les enfants inoculés avec le liquide vaccinal du vaccinifère P. G.... Il apparut, en effet, chez la plupart d'entre eux, sur divers points du corps, principalement aux parties génitales, au pourtour de l'anus et dans la

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bouche, des ulcères à fond irrégulier, puis, sur le corps, des taches de couleur cuivrée.

Les mères et les nourrices ne furent pas épargnées L Accidents furent d'autant plus intenses q- ^a nature en fut d'abord méconnue et que la maladie put se développer à l'aise, en l'absence du traitement spécifique.

D^s qu'elle eut été reconnue, le traitement mercunel fut administré à toutes les victimes de cette vaccination

^"sufles soixante-quatre enfants inoculés avec le vaccin du vaccinifère P. G..., but succombèrent. Deux des femmes contaminées par ricochet smcombèrenl également.

Le vaccinifère P. G... paraissait sain, bien nourri et bien développé au moment de l'inoculation. Visité seulement au mois de juin 1842, il portait alors sur le visage et sur les bras une éruption non accompagnée de fièvre, consistant « en de nombreuses vésicules, entourées d une aréole rouge aplatie, et entremêlées de papules rouges acunaiï^ées >>. - Au mois de juillet, nouvelle éruption papulocroûteuse. - Atteint quelques mois plus tard de dysenterie, cet enfant mourait, le 2 décembre 1842, avec des symptômes d'hydropisie.

On apprit que son père avait, en 1840, contracte la syphilis hors du lit conjugal.

M le Dr Lepileur a donné un exposé sommaire et une appréciation de ces deux faits dans la Revue médicale de 1845, t. 111, p. 51.

Nous les avons relatés d'après le travail de M. le Alexandre Viennois sur la transmission de la syphilis par la vaccination, Archives générales de médecine, 1860, t. XVI, p. 45 à 47. - P.

NOTE VII

ÉPIDÉMIE DE LUPARA.

Vingt-trois enfants contaminés. — Nombreuses contagions de ricochet sur nourrices, mères, maris. — Onze enfants contaminés par le vaccin d'un des enfants précédents. — Onze nourrices infectées. — Nombreuses contagions de ricochet sur nourrissons, mères, etc.

Les deux observations suivantes sont dues à M. le docteur Marone (de Lupara).

Premier fait. — A la fin d'octobre 1836, M. Marone fit venir de Campobasso du vaccin en tubes ; ce vaccin était transparent, mais mêlé à un peu de sang.

Un grand nombre d'enfants furent inoculés avec ledit vaccin, et, parmi eux, vingt-trois fw^ent atteints de syphilis. Tous ces enfants, dont l'âge variait de cinq à dix mois, ainsi que leurs parents, étaient sains au moment de la vaccination.

L'éruption vaccinale se fit régulièrement jusqu'à la période de dessiccation.

A ce moment, chez les uns, on vit la croûte desséchée se ramollir, puis tomber, laissant à découvert une ulcération à base indurée; chez d'autres, la croûte desséchée restait adhérente plus que d'habitude et finissait cependant par tomber. Au bout de quelques jours, la cicatrice s'ouvrait, et une plaie ayant tous les caractères du chancre induré se produisait, pour durer un mois, un mois et demi.

NOTE VII

Chez tous, il y eut aux aisselles des ganglions engorgés, indolents, qui ne suppurèrent pas.

Chez tous aussi, on vit apparaître, vers le milieu do janvier, les accidents généraux de la syphilis : roséole; papules; pemphigus; plaques muqueuses aux lèvres, à la bouche, à l'anus et aux parties génitales; engorgement des ganglions inguinaux et cervicaux; etc., etc.

Les nourrices de ces enfants furent infectées à leur tour (chancres indurés aux seins). Après cinq à huit semaines, elles présentèrent des phénomènes généraux, tels que : roséole, psoriasis, impétigo, plaques muqueuses, etc.

Enfin, un certain nombre des mères de ces enfants furent infectées également par eux et contaminèrent leurs maris.

M. Marone a su depuis que le vaccin envoyé de Gampobasso avait été fourni par une petite fille qui mourut, quelque temps après sa vaccination, d'une affection éruptive dont le caractère, toutefois, n'a pas été déterminé.

Deuxième fait. — Filoména Littorti, une des vingt-trois victimes de cette vaccination, servit, quelques jours plus tard, de vaccinifère. Onze nouveaux enfants furent contaminés. Comme dans les autres cas, accident primitif caractéristique, d'abord, puis phénomènes consécutifs classiques.

Plusieurs mères furent, cette fois encore, infectées par ces enfants et infectèrent elles-mêmes d'autres personnes.

La maladie ayant été tardivement reconnue, et par suite le traitement spécifique tardivement institué, plusieurs enfants succombèrent.

Onze nourrices infectées par les enfants vaccinés infectèrent à leur tour d'autres enfants non vaccinés, à qui elles donnèrent accidentellement le sein.

Plusieurs des femmes contaminées étant devenues enceintes accouchèrent à terme ou avant terme d'enfants morts ou d'enfants vivants, portant toujours des traces de syphilis congénitale.

M. Marone ajoute qu'avant 185611 n'avait pas observé de cas de syphilis chez les paysans de Lupara.

NOTES ET PIÈCES JUSTIFICATIVES

Ces deux observations ont paru dans le journal l'hnparziale de Florence (n° 5, 1862). Elles sont citées par Depaul dans sa communication à l'Académie de médecine (séance du 31 janvier 1865). — V. Discussion sur la syphilis vaccinale, Bulletin de l'Acad. impér. de médecine 1864-65, t. XXX, p. 353 à 355.

C'est à la communication de Depaul que nous les avons empruntées. — P.

NOTE YIII

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