DANGERS DE LA. VACCINE
circulaire à ses médecins départementaux, confirmait ces illusions dangereuses (1) !
Illusions, ai-je dit, car cette sécurité parfaite des anciens jours ne reposait en définitive que sur l'ignorance d'un danger (2). Et voici que tout au contraire la science
de la rage ne peut donner que la rage, le virus de la syphilis la syphilis, etc., de même aussi le virus vaccin ne saurait communiquer que la vaccination toute seule, sans complication, sans mélange d'aucune espèce, ni bon, ni mauvais. » (Bousquet, Tmiie? de la «acc/ne, 1833, p.86.)
(( ... 11 en est du virus vaccinal comme de tous les autres virus; il ne s'associe jamais aux vices constitutionnels de l'individu. — La pustule vaccinale est uniquement le produit du virus vaccinal. C'est une production morbide qui ne dépend que de ce produit seul. Il serait tout aussi absurde de croire qu'en inoculant la lymphe vaccinale prise d'un syphilitique on donnerait la syphilis à l'inoculé, qull le serait de prétendre qu'eu inoculant le pus d'un chancre d'un individu qui aurait en ce moment de belles pustules vaccinales, on pourrait donner la vaccine à l'individu inoculé. » (Stciubrenner, Trailéde lavacciîie, 1846.)
« Un grand nombre d'enfants atteints de gale, de scarlatine, de rougeole, de varicelle, de varioloïde, do variole, ont fourni un vaccin qui n'a jamais communiqué aucune de ces maladies contagieuses. Il en a été de même pour Je vaccin pris sur des sujets atteints de rachitis, de scrofules, de syphilis, etc.. » (Guersant et Blache, art. Vaccine du Dictionn. de méd., t. XXX, p. 414, 1840.)
« Je ne pense pas que la pustule vaccinale puisse contenir, outre le liquide qui lui est propre, le germe ou le principe générateur d'une autre maladie, comme la syphilis. » (Chomel.)
« ... Une syphilis issue directement ou indirectement de la vaccine parait quelque chose d'inouï et de monstrueux ; cela choque le bon sens et les notions les plus élémentaires de la pathologie... il y a dans toutes les sciences des règles, des principes... Or, un des principes les mieux établis en matière de contagion, c"est que les virus nés de semences se perpétuent par génération. Il n'y a pour eux ni promiscuité, ni croisement. Chacun a sa constitution qui lui est propre, sa nature, son individualité... Je tiens ces principes pour vrais, pour certains; et c'est en leur nom que je déclare sinon impossible, du moins très invraisemblable la transmission de la syphilis par la vaccine... On parle de faits d'inoculation de la syphilis à l'occasion de la vaccine. Comment dire à un observateur que ce qu'il assure avoir vu, il ne l'a pas vu ? Tout le monde n'a pas la finesse d'esprit de Fontenelle, répondant à une personne qui lui racontait les choses les plus incroyables : Puisque vous le dites, je le crois; si je l'avais vu, j'en douterais. » (Bousquet, Bulletin de l'Académie impériale de médecine, séance du 7 mars 1865.) — P.
(1) Instruction sur la vaccine, Paris, 1830. — Cette instruction fut envoyée à tous les vaccinateurs du royaume.
(2) Cette sécurité était telle qu'à l'Académie de médecine la récolte
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contemporaine se trouve amenée à jeter un cri d'alarme et à dire : Prenez garde, car la vaccine cache un péril; prenez garde, car tout vaccin emprunté à une source syphilitique créera un risque de contamination pour le sujet auquel il sera inoculé.
Et ce n'est pas tout. Car, en second lieu, les dangers individuels du vaccin se convertissent parfois en un danger jniblic.
C'est qu'en effet certaines conditions toutes spéciales tendent presque fatalement à disséminer la contagion vaccinale, à la répercuter, à la propager par une série de ricochets. En d'autres termes et plus clairement, il est assez rare qu'un vaccin syphilitique ne fasse qu'une victime. D'ordinaire, il {a\t plusieurs victimes, et il peut en faire un grand nombre.
du vaccin qui devait servir aux vaccinations officielles était confiée ou plutôt abandonnée à un simple employa des bureaux! C'est M. Blot lui-même qui nous a révélé ce fait, et cela dans un discours à l'Académie. Voici ses propres paroles :
« ... Comment croyez-vous qu'est recueillie une grande partie du vaccin qui sert à l'Académie? A quelles sources pensez-vous qu'on aille le puiser? Par quelles mains cette récolte si importante est-elle faite ?
« Jusqu'en ces derniers temps, voici comment les choses se pratiquaient. Ou vaccinait ici deux, trois, quatre ou cinq enfants envoyés par la survcillanle du service de la clinique d'accouchement... Au bout de huit jours on allait ù, l'hôpital recueillir ce que chacun de ces enfants avait pu produire de liquide vaccinal. Or, Messieurs, qui, croyez-vous, allait faire cette récolte, dont le produit devait servir à nombre d'autres enfants, soit à l'Académie, soit à Paris, soit en province? M. le Directeur de la vaccine peut-être ? Jamais. A sou défaut, M . le Sous-Directeur? Pas davantage. Eh bien alors, direz-vous, un des membres de la Commission permanente de vaccine? Pas du tout. Alors quelque jeune médecin distingué ou tout au moins un interne? Vous n'y êtes pas davantage. C'était... un simple employé des bureaux de l'Académie, un vieillard valétudinaire, complètement étranger à l'art de guérir, et de plus atteint de tremblement séuile !
« Je n'ai pas besoin de dire si ce brave homme était capable de choisir les sujets, d'examiner et d'interroger les mères. En tout cas, en eût-il été capable, il ne s'en inquiétait nullement, etc. >. [Bulletin de l'Académie impériale de médecine, 18G4-C5, t. XXX, p. 285 ) — P.
VACCINATIONS PAR FOURNÉES. 21
Comment cela? En vertu de ce que je viens d'appeler les conditions spéciales de propagation, de dissémination du contage vaccino-syphilitique.
Quelles sont donc ces conditions? Il en est au moins trois principales, que je dois spécifier, afin de vous bien montrer dès l'abord toute l'importance du sujet actuel. Les voici :
I. — Le vaccin est chose précieuse, que l'on se partage quand on en dispose. Non pas, à coup sûr, que ce soit chose rare, puisque tous les enfants (ou bien peu s'en faut) reçoivent la vaccine dès les premiers mois de la vie. Mais tous les vaccinés sont loin de servir de vaccinifères , surtout dans les classes bourgeoises et aristocratiques. Il est peu de mères qui, venant de faire vacciner leur enfant, consentent à ce qu'on prenne du vaccin sur lui. Aussi bien, sauf exceptions assez rares, n'est-il guère d'autres vaccinifères que ceux que l'on paye. A preuve ce qui se passe dans les mairies, ce qui se passe à l'Académie, où les parents qui laissent prendre du vaccin sur leur enfant reçoivent une certaine gratification pécuniaire.
De là suit qu'en général, voire presque invariablement, un seul vaccinifère sert à vacciner plusieurs individus. On est trop heureux, et cela dans les campagnes plus encore que dans les villes, d'avoir du vaccin pour n'en pas faire bénéficier ses amis et connaissances, sa clientèle, toute une série d'individus.
Somme toute, les vaccinations et surtout les revaccinations se font ainsi le plus souvent par fournées,
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passez-moi l'expression. Or, voyez quelle peut être la conséquence d'une telle pratique.
Supposez un vaccinifère affecté de syphilis. On inocule son vaccin, susceptible de transmettre la syphilis, à 5, 8, 10, 15 personnes, voire parfois à un plus grand nombre. Donc, tout ou partie de cette fournée pourra recevoir la syphilis de ce vaccin.
Théoriquement, cela doit être, et il est impossible que cela ne soit pas. Pratiquement, cela s'est-il produit? Certes oui, et les cas abondent où ce mode de transmission de la syphilis s'est exercé par véritables fournées vaccinales.
Comme exemples, je n'aurai que l'embarras du choix pour vous convaincre. Rappelez-vous d'abord le cas de M. Millard, où, surneuf enfants absolument sains, inoculés le même jour, avec le mêuie liquide vaccinal impur, sept furent retrouvés en puissance de syphilis.
Mais il y a plus.
A Coblenlz, au cours d'une épidémie de variole, un vétérinaire, disposant de vaccin, se croit autorisé à pratiquer des vaccinations et des revaccinations. Sur vingtquatre sujets qu'il inocule, dix-neuf contractent la syphihs (1).
(1) En 1850, le 3 avril, paraissait à nerlin {Medizinisclie Zeilung, 3 avril ISôO) un article siguô Wegeler, dans lequel ou constate que dix familles se firent revacciner et qu'à la suite de ces revaccinations, opérées du 14 au 15 février 1840, dix-neuf individus sur vingt-quatre furent reconnus atteints de syphilis. Le vétérinaire B..., auteur de ces revaccinations, fut poursuivi devant les tribunaux et condamné à deux ans do prison et à une amende de 50 lhalers. (De la transmission de la syphilis par la vaccination, par le Alex. Viennois. Arc/i. générales de médecine, juin 18G0, t. XV, p. Gi4. — V. Pièces juslificalives, noie II.) — P.