RÉSISTANCE DU BACILLE DE KOCII AUX CAUSES DE DESTRUCTION
les crachats desséchés pour permettre la contagion. On doit donc attaquerle virus dans les crachats avant la dessiccation, car celle-ci favorise leur dissémination. Il sera hon de maintenir les crachats humides jusqu'à leur destruction artificielle.
Jusqu'à présent, Messieurs, vous avez vu le virus tuberculeux résister pendant longtemps à presque toutes les causes de destruction naturelle : en sera-t-il de même en présence des antiseptiques ?
Les essais ont été nombreux. On a fait agir les substances antiseptiques tantôt sur des cultures faites, tanlôt sur des milieux simplement ensemencés, tantôt sur du suc de lésions tuberculeuses ; on a cherché enfin à entraver des inoculations tuberculeuses. Dans ce dernier cas, le nombre des substances ayant donné quelque résultat est bien minime; on peut citer le mercure, la créosote, l'iode, l'hydrogène sulfuré, l'acide phénique. L'acide iluorhydrique, si actif contre les cultures, n'a donné aucun résultat satisfaisant.
Dans le discours qu'il a prononcé à Berlin (4 août 1890), M. Kocli cite plusieurs substances capables d'entraver le développement des bacilles de la tuberculose : les huiles essentielles, quelques composés aromatiques, tels que le naphtol g aminé, iaparatoluidine; certaines couleurs d'aniline, telles que la fuchsine, le bleu de méthylène, le violet de gentiane, Tauramine ; puis les vapeurs mercurielles et les combinaisons de l'argent et surtout de l'or avec l'acide cyanhydrique. Ainsi, le cyanure d'or entrave déjà en solution au deux-millionième la multiplication des microbes. Le virus tuberculeux résiste donc assez bien aux antiseptiques.
Pour compléter vos idées, je vais vous rapporter une expérience qui m'appartient. Mon modus faciendi a été le suivant : j'ai mélangé 1 centimètre cube de suc tuberculeux humain à 1 centimètre cube de solution antiseptique pendant vingt heures et vingt-neuf heures, et j'ai ensuite tenté des
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inoculations d'épreuve. Yoici le tableau des résultats auxquels je suis arrivé :
Substances. Doses actives. Doses inaclivos.
Sublimé corrosif
Chlorure de sodium saturation.
Salicylate de soude
Acide phénique -j^
Acide borique
Acide salicylique TUÔÔ
Permanganate de potasse
lodure de potassium
Sulfate de quinine ~
Ou
Bromure de potassium
A la dose de 1/10 000, le sublimé corrosif n'a pas détruit le virus tuberculeux ; il l'a cependant suffisamment affaibli pour que les animaux inoculés n'aient présenté que de rares tubercules pulmonaires.
Vous le voyez, le virus tuberculeux résiste énergiquement aux antiseptiques.
Reste la chaleur. M. Galtier a retrouvé la virulence dans des tubes de matière tuberculeuse chauffés à -|- 60° pendant vingt minutes et à -|- 71° pendant dix minutes. Il avait affirmé antérieurement qu'il suffisait de chauffer du virus tuberculeux à -|- 70° pour le détruire. Mais au bout de combien de temps la destruction est-elle complète ? Au bout d'une demi-heure, d'après des expériences que j'ai faites avec M. Chauveau. Le chauffage à 100° pendant une demi-heure est infaillible, à moins que le virus soit sec, auquel cas les spores des bacilles exigent soit une température plus haute, soit une exposition plus longue à la chaleur.
RÉSISTANCE DU BACILLE DE KOCH AUX CAUSES DE DESTRUCTION. lOo
Gonséquemment, la désinfection des objets souillés de virus tuberculeux doit s'opérer par la chaleur, autant que possible sur du virus frais. Si donc la désinfection par la chaleur ne peut se faire immédiatement, on doit immerger les objets jusqu'au moment de l'opération. Ce sont les conseils que nous avons donnés dans les instructions officielles.
Le virus tuberculeux, si résistant à toutes les causes de destruction naturelle, si répandu sur la surface du globe, doit éprouver d'assez grandes difficultés à s'introduire dans l'organisme des espèces susceptibles de contracter la tuberculose; car, eu égard à la dissémination du virus, le nombre des victimes est peu considérable. Néanmoins, et puisqu'on arrive si difficilement à le détruire, il est d'une importance capitale de connaître ses voies habituelles d'introduction, afin de lui opposer les soins prophylactiques les plus minutieux. J'exposerai donc une étude expérimentale des différents modes de contagion de la tuberculose.
Le virus peut pénétrer dans l'organisme par deux voies principales : les voies digestives et les voies respiratoires.
Les détails dans lesquels je suis entré déjà, à propos de la tuberculisation par ingestion, me dispensent de vous en démontrer aujourd'hui la possibilité. Elle peut avoir lieu dans toute la longueur du tube digestif; toutefois elle se fait le plus souvent dans la région de l'intestin grêle.
L'infection par les voies respiratoires a attiré l'attention des expérimentateurs dès le premier jour de la découverte de l'inoculabilité, d'autant que les poumons sont, chez l'homme, les organes les plus fréquemment atteints. Vous savez qu'il en est de même chez le lapin, quand bien même on l'inocule dans le tissu conjonctif. Il semblerait donc au premier abord que la fréquence de la tuberculose pulmonaire n'implique pas nécessairement une infection par les voies respiratoires, mais
indique simplement que le virus va se localiser dans ces organes à la suite de conditions qui favorisent l'arrêt des bacilles dans cette région, qui est en outre le siège assez habituel d'altérations multiples. Cette objection n'est en réalité qu'une réserve et, si tous les cas de tuberculose pulmonaire ne sont pas dus à l'introduction des bacilles par les voies aériennes, il n'en est pas moins vrai que l'expérimentation nous démontre, d'une façon non moins formelle, la possibilité de la pénétration directe du virus tuberculeux dans les poumons et de son développement au point d'introduction, avec une généralisation plus ou moins considérable.
Avant la découverte du bacille de Koch, certains expérimentateurs s'étaient déjà occupés de cette question intéressante. En 1880, Tappeiner, ayant enfermé douze chiens dans une petite chambre où il pulvérisait des crachats desséchés de phtisiques, obtint sur onze d'entre eux des lésions tuberculeuses dans les poumons, la rate et les reins.
Au mois de janvier 1882, Giboux enferma de jeunes lapins dans de grandes caisses oii il fit pénétrer pendant cent cinq jours 20 à 23 litres d'air expiré par des phtisiques, au total 262o litres ; dans une autre caisse, il plaça un deuxième lot de lapins ; il eut soin de filtrer à travers de la ouate l'air qui y était introduit; or, deux des lapins, qui avaient respiré de l'air non filtré, devinrent tuberculeux.
Après la découverte du bacille, les expériences furent plus précises. Koch lui-même tuberculisa des animaux en leur faisant respirer des cultures pulvérisées.
Veragiith, Weichselbaiim infectèrent des lapins, des chèvres et des chiens par inhalation , tandis qu'ils n'obtinrent que des résultats nuls avec des matières non tuberculeuses.
Il y eut cependant un certain nombre d'expériences négatives. Schottelius ne produisit que des pneumonies disséminées par la pulvérisation de matière tuberculeuse. De plus, trans-