RÉSISTANCE DU BACILLE DE KOCH AUX CAUSES DE DESTRUCTION
portant ces faits un peu contradictoires dans le champ de la contagion clinique, Bollinger, Celli et Guarnucci constatèrent l'absence des bacilles tuberculeux dans l'air qui entoure les phtisiques. En cela, l'échec de ces chercheurs n'a rien d'étonnant, étant donnée l'énorme dilution des bacilles dans l'air. Au surplus, nous connaissons des faits positifs qui suffisent à établir la possibilité de cette étiologie. Williams a vu des bacilles tuberculeux dans des préparations microscopiques faites avec les poussières recueillies dans un tube de ventilation d'hôpital. MM. Cadéac et Malet ont fait une constatation encore plus intéressante ; ils ont tuberculisé deux animaux sur douze, en leur inoculant la vapeur d'eau d'une salle de phtisiques, chargée des poussières qu'elle avait entraînées en se condensant.
Il n'en est pas moins vrai que les faits précédents sont assez contradictoires et ne suffiraient pas à entraîner certaines convictions, si MM. Cadéac et Malet ne nous avaient donné la clef de ces contradictions. Si on disperse dans l'air respiré par des animaux des poussières tuberculeuses un peu grossières, le danger d'infection n'est pas très considérable, disent ces auteurs. iVinsi sur 46 animaux placés dans ces conditions, deux seulement sont devenus tuberculeux, et encore avaient-ils les voies re&.piratoires préalablement irritées. Si, au contraire, on pulvérise des liquides renfermant de la matière infectante passée à travers un linge, tous les animaux qui respirent l'air ainsi contaminé deviennent rapidement tuberculeux. Il ressort de ces expériences que l'appareil respiratoire se défend bien mieux contre des particules grossières que contre des poussières extrêmement divisées.
Nous devons conclure que l'infection par les voies respiratoires est possible dans des conditions qui peuvent se réaliser fréquemment autour de nous.
Les espèces favorables à l'implantation du virus tuberculeux
sont donc exposées à contracter naturellement la tuberculose par les voies digestives et par les voies respiratoires.
Quel est le mode d'infection le plus habituel?
MM. Cadéac et Malet vont encore nous instruire sur ce point. Ils ont fait habiter dans la même caisse, mais séparés par un double treillage empêchant un contact direct, des animaux tuberculisés et des animaux sains, sans observer un seul cas de contagion; ayant enlevé le double treillage, de manière à laisser cohabiter les animaux infectés avec les témoins, ils ont vu deux sur trois des animaux sains contracter la tuberculose.
M. Trasbot a signalé de plus, en 1888, un remarquable exemple de contagion par cohabitation ; deux cobayes inoculés avec de la tuberculose de cheval ont infecté eux-mêmes ou indirectement 50 cobayes et une vingtaine de lapins.
La conséquence qui se dégage de cette observation et des expériences de MM. Cadéac et Malet est que l'infection par les voies digestis^es est beaucoup plus commune et plus redoutable que l'infection par les voies respiratoires. Néanmoins, l'indication de ventiler avec soin les chambres des phtisiques subsiste quand même, non seulement pour écarter les chances minimes mais possibles de la contamination des habitants par les voies aériennes, mais encore pour éviter l'accumulation des germes dans l'atmosphère et leur chute en trop grand nombre sur les aliments ou dans les boissons des individus sains.