‹ Leçons sur la tuberculose et certaines septicémies [electronic resource]Chapitre 16 sur 48 · ASSOCIATIONS MICROBIENNES DE LA TUBERCULOSE · texte numérisé non relu

ASSOCIATIONS MICROBIENNES DE LA TUBERCULOSE

quelques individus sont presque arrondis; les cultures sur gélatine sont au contraire composées de bacilles plus longs (3 à 4 tj.), avec condensation protoplasmique aux deux extrémités; tandis que les colonies'provenant de la pomme de terre sont presque exclusivement composées d'individus courts semblables aux plus courts articles des cultures en bouillon. Transportés de la pomme de terre dans le bouillon, ces bacilles s'allongent sensiblement, et si leur atmosphère est formée d'acide carbonique, rallongement devient énorme et peut atteindre o à 20 La présence de l'air occasionne un raccourcissement immédiat.

J'inoculai ce microbe dans le tissu conjonctif du cobaye, du lapin, du

Fig. 11. — B. HeminecrobiojjlLilus ; culture sur pomme de terre.

Fig. 12. — D. Ikminccrobiophilus; culture sur gélatine.

chien et du mouton sans obtenir le moindre résultat; je l'inoculai dans le tissu conjonctif contusionné sans plus de succès; enfin j'en introduisis 3 centimètres cubes dans le système veineux d'un mouton sans arriver à donner à l'animal autre chose que des phénomènes généraux fugaces. Ces résultats semblaient affirmer que j'étais en présence d'un vulgaire

saprophyte; vous allez voir qu'il n'en était rien ; je n'avais pas encore découvert les conditions indispensables au développement des effets pathogènes du bacille.

J'eus l'heureuse idée de faire des inoculations dans un milieu privéde circulation sanguine, pour me placer dans des conditions identiques à celles que la tuberculose avait réalisées dans le ganglion du cobaye qui m'avaitfourni la semence. Je savais par une expérience remarquable de M. Chauveau que le testicule du bélier

Fig. 13. — B. Heminecrobiophilus.

1, bac. cultivas sur la pomme de terre; 2, bàc. cultivés sur de la gélatine ; 3, bac. cultivés dans

du bouillon.

est un organe de choix pour une pareille expérience, et je fis avec mon nouveau bacille, ce que nous avions fait, M. Chauveau et moi, avec celui de la septicémie gangréneuse. J'injectai un demi-centimètre cube de culture dans un testicule normal et un demi-centimètre cube dans le second testicule privé de circulation sanguine par le bistournage. Le hasard voulut que je fisse le même jour une inoculation dans un testicule bistourné depuis un certain temps et dans un autre, bistourné quelques minutes auparavant. Ensuite, j'ai multiplié les expé-

riences et varié les conditions ; voici les effets que j'ai constamment observés :

Le testicule sain subit parfois un gonflement éphémère, mais il ne perd jamais sa souplesse et ne provoque pas d'oedème autour de lui.

Le testicule récemment bistourné augmente rapidement de volume, se noie dans une atmosphère œdémateuse plus considérable que d'habitude et crépitante; la glande se ramollit ; des troubles généraux éclatent et la vie de l'animal est gravement compromise.

Dans un cas, le testicule mortifié s'élimina par fragments à travers des fistules et l'animal se remit peu à peu. Dans un autre, la destruction du testicule se fit en 36 heures et entraîna la mort du sujet. Le suc virulent inoculé immédiatement dans le tissu conjonctif d'un autre mouton ne produisit pas plus d'effets que la culture.

Si le testicule est privé de circulation sanguine depuis 4, 8 ou 13 jours, l'inoculation détermine des effets analogues aux précédents, mais beaucoup moins graves et sans influence néfaste sur la santé des sujets d'expérience. Pour étudier les altérations locales, il faut pratiquer l'ablation de l'organe à un moment donné ; alors, en le divisant, on trouve l'albuginée œdémateuse et épaissie, les tubes séminifères isolables, grâce à la (lisssolution de la charpente conjonctive ; on voit une sérosité claire, légèrement citrine, mélangée à des gaz, chargée de courts bacilles, s'échapper de l'incision. Quant aux tubes séminifères, leur contenu présente les altérations classiques qui suivent l'émasculation par torsion.

Enfin, si l'inoculation est faite dans un testicule dont la nécrobiose remonte à 5 ou 6 semaines au moins, les effets passent inaperçus.

En résumé, j'étais en présence d'un microbe inoffensif dans les tissus sains et dont les effets désorganisateurs se révèlent

130 LEÇOiNS SUR LA TUBERCULOSE.

dans les tissus nécrobiosés; cependant, comme ceux-ci se manifestent surtout au début de la nécrobiose, j'ai proposé d'appeler ce micro-organisme : Bacillus heminecrobiophilus .

Si l'on se souvient du lieu où ce microbe a été trouvé, et des lésions qu'il produit lorsque les tissus sont à un certain état de nécrose, on peut se demander s'il n'a pas de rapports avec le phénomène de la caséification. Dans Taffirmative, d'oii viendrait-il? Serait-ce un microbe particulier introduit à la suite du bacille de Koch? Serait-ce une modification de ce dernier autant au point de vue morphologique qu'au point de vue pathogénique ?^ Autant de questions qu'il m'est impossible de résoudre actuellement.

Je terminerai en vous indiquant les particularités remarquables des substances solubles fabriquées par le bacillus heminecrobiophilus.

Les phénomènes d'intoxication, pendant la fonte du testicule, sont parfois assez graves pour donner la mort en 2 ou 3 jours. On peut rendre très facilement ces malades à la santé. Il suffit pour cela de pratiquer l'ablation du testicule nécrobiosé.

Cette expérience réalise aussi complètement que possible le type d'une vaccination par les produits solubles de la vie microbienne, sécrétés dans le cours d'une maladie virulente. Ainsi, le microbe végète en abondance dans une poche accidentelle, faisant néanmoins partie intégrante de l'organisme, et il fabrique sur place des matières toxiques qui passent dans le sang, comme en témoignent les symptômes généraux que nous avons signalés. Ces poisons solubles se déversent pendant 15 ou 20 jours dans le système circulatoire. Enfin, à un moment donné, on supprime toute communication entre le foyer de sécrétion et l'organisme, et l'animal revient promptement à la santé.

Malgré ces conditions éminemment favorables à la production de l'immunité, je ne l'ai pas obtenue dans mes expériences.

En effet, si l'on anémie le second testicule, après l'ablation du testicule malade, et qu'on injecte à son intérieur le bacillus heminecrobiophilus^ on constate qu'il est détruit aussi rapidement que le premier.

L'imprégnation du testicule sain par les produits solubles du bacille, pendant quinze ou vingt jours, ne lui a donc pas communiqué l'état de vacciné.

Si on injecte dans les veines le suc stérilisé et filtré d'un testicule réduit en pulpe par l'action du microbe ou le bouillon de culture du bacille à sa sortie du filtre de porcelaine, on trouble gravement les fonctions de l'organisme. Les substances solubles ainsi introduites sont pyrétiques et nauséeuses; elles sont enfin très toxiques, puisqu'elles tuent l'agneau à la dose de \ /2 centimètre cube par kilogramme de poids vif, l'agneau étant d'ailleurs de 2 à 6 fois plus sensible que le cliien et le cobaye. Les bouillons de culture filtrés ont une puissance toxique •9 à 10 fois plus grande que l'extrait de testicule.

Les propriétés précédentes sont dues à une substance précipitable par l'alcool, dont les caractères la rapprochent d'une diastase.

Enfin, les effets locaux de l'inoculation de la culture filtrée sont analogues à ceux qui sont engendrés par la culture complète. Ces effets sont zymotiques; le testicule finit par contenir assez de gaz pour présenter une sonorité très nette à la percussion. Ces gaz ne renferment pas d'hydrogène et peu ou point d'oxygène; ils contiennent 16,80 p. 100 d'acide carbonique et probablement 83,20 p. 100 d'azote. Cette propriété zymotique, très curieuse dans une substance amorphe, appartient à la matière précipitée par l'alcool signalée plus haut.

DOUZIÈME LEÇO.N

Fréquence. — Hérédo-contagion et hérédo-prédisposition. — Participation du père et de la mère. — Théories sur la création de Thérédocontagion et de rhérédo-prédisposilion.

L'hérédité de la tuberculose apparaît comme une question très simple de statistique et d'observation où la critique expérimentale trouvera peu à s'exercer. Cependant il n'en est rien. Elle a donné lieu à des appréciations diverses et il faut appeler à son aide toutes les ressources des sciences biologiques pour se faire une opinion sur ce point controversé.

Tout d'abord, que faut-il entendre par hérédité? ou plutôt quelle est l'étendue de son domaine? Quelques pathologistes la comprennent dans son acception la plus large. Dès qu'ils voient apparaître la tuberculose à un moment quelconque de la vie chez un descendant de parents tuberculeux, ils disent que cet accident est le fait de Thérédité. Mais d'autres, serrant cette question de plus près, l'analysant en quelque sorte^ ont distingué dans l'hérédité : 1° la transmission de la maladie elle-même par voie de génération; 2° la transmission de la prédisposition ou de l'aptitude à la contracter. M. Landouzy^ par exemple, assimile le premier cas à une contag"ion directe, €onceptionnelle , il lui donne le Yiom d'hérédo-tuberculose pour qu'il ne soit pas confondu avec la transmission de la prédisposition ou de l'aptitude. M. Jaccoud avait dit: « on naît tuberculisable etnon tuberculisé », M. Landouzy serait très dis-

posé à (lire : « on naît plutôt tuberculisé quetuberculisable » (1). (^ohnheim, dans son grand discours sur la nature virulente de la tuberculose, comparant cette affection à la syphilis, avait également avancé qu'on devait naître tuberculisé, dans les cas héréditaires.

Yoilà deux opinions diamétralement opposées. L'une conserve seulement l'hérédo-contagion et repousse l'hérédité par prédisposition ; l'autre, au contraire, place les rares exemples de tuberculisation directe du fœtus par la mère dans le domaine de la contagion ordinaire post parlum^ et ne parle que de la transmission de l'aptitude aux enfants de tuberculeux à contracter facilement la tuberculose.

Nous ne nous attacherons à aucune de ces deux manières de considérer l'hérédité, ou plutôt nous les adopterons toutes les deux, regardant comme du domaine de l'hérédité aussi bien les cas où le fœtus naît tuberculeux que ceux oii il n'apporte dans la vie qu'une prédisposition à se laisser envahir par les microbes de la tuberculose. En effet, à moins de changer le sens du mot hérédité, nous ne pouvons pas plus méconnaître l'origine héréditaire des lésions tuberculeuses du fœtus que celle des conditions qui font d'un iils de tuberculeux un être essentiellement tuberculisable.

Ce second mode de l'hérédité de la tuberculose est assez difficile à démontrer par la simple observation, car il estmasqué par les effets de la contagion post partum qui trouve journellement à s'exercer dans les familles de tuberculeux;

(1) M. Landouzy est revenu longuement sur ce sujet dans un article remarquable publié dans la Revue de médecine, en 1891. Le lecteur trouvera dans ce travail des vues originales et intéressantes et l'expression de vœux importants pour arriver à diminuer les cas d'hérédo- tuberculose qui menacent la vigueur de la race.

M. Landouzy a également pris une grande part aux discussions qui ont eu lieu à ce sujet au Congrès de 1891; il a nettement affirmé sa croyance actuelle à la rareté de l'hérédo-tuberculose comparée à la fréquence de l'hérédo-prédisposilion : la tuberculose conccptionuelle est possible, mais est une exception.

iU LEÇONS SUR LA TUBERCULOSE.

néanmoins, je vous donnerai dans un instant les preuves expérimentales de son existence.

J'admets donc^ en résumé, que l'hérédité fait des sujetstuberculisés et d'autres tuberculisables.

L'hérédité, prise dans ce sens général^, est-elle fréquente?

En pathologie humaine, des tuberculeux étant donnés, on ne peut compter parmi eux les victimes de l'hérédité qu'en faisant une enquête sur l'état de santé des ascendants. Beaucoup de statistiques ont été dressées, d'après ce mode d'investigation; elles ont fourni des chiffres très discordants. D'après les unes, 1 /lO seulement des cas de tuberculose seraient la conséquence de l'hérédité, tandis que d'après les autres cette proportion s'élèverait à 1/6. La divergence est considérable et assez compréhensible, car de pareilles statistiques n'ont de valeur qu'autant qu'elles portent sur un grand nombre de cas disséminés sur une vaste étendue de territoire. Aussi accepterai-je, avec M. Hanot, les résultats de l'enquête, faite en 1875 et en 1879, dans tout le Schleswig- Holstein, par M. Bokendakler, qui fixent à 50 p. 100 le nombre des phtisiques ayant subi une influence de l'hérédité. ' Dans une autre enquête entreprise en 1886, par une commission de la Société médicale des hôpitaux de Paris, M. Vallin, qui la dirigea, fait remarquer qu' « un certain nombre de cas pourraient bien n'être que l'effet de la contagion familiale». Il est bien certain que l'enfant qui vit au milieu des causes multiples de contagion provenant de la cohabitation avec des parents tuberculeux a plus de chances de devenir tuberculeux qu'un enfant élevé dans un milieu sain, en laissant la prédisposition de côté.

Néanmoins, le chiffre élevé de 50 p. 100 cité plus haut nous est un garant que les descendants de tuberculeux sont plus tuberculisables que les autres.

Je conclus donc, non seulement que la tuberculose est une

affection héréditaire, mais que rinfluence de l'hérédité est manifeste, par la simple observation, dans un très grand nombre de cas.

Entrons plus avant dans la question et demandons-nous quel est le mode le plus habituel sous lequel Thérédité exerce son influence. Les victimes naissent-elles plus souvent tuberculisées ou plus souvent tuberculisables, et dans quelle proportion?

La réponse est difficile, car il suffit qu'un sujet issu de parents tuberculeux ait vécu quelques jours pour qu'il se soit trouvé en rapport avec des causes de contagion, résultant de la tuberculose des parents, de l'ingestion de lait de vache suspect, et qu'il ne puisse être placé avec certitude dans l'une ou l'autre des catégories. Pour répondre avec sûreté, il faudrait pouvoir chercher les lésions tuberculeuses chez l'enfant soit avant sa naissance, soit au moment même de sa naissance. En dehors de ces conditions, on n'est pas en droit d'affirmer la tuberculisation directe par les parents plutôt que la simple transmission de la prédisposition suivie immédiatement de la coniagion post par lîi?n.

On peut avancer néanmoins que les tuberculisés sont rares, si l'on s'en rapporte aux faits recueillis chez l'homme et les animaux dans les conditions naturelles de la vie ou à la suite de l'intervention expérimentale.

L'espèce humaine nous fournit d'abord quelques exemples.

On sait que les femmes phtisiques ou les femmes saines, épouses de phtisiques, avortent fréquemment ou mettent au monde des enfants qui n'ont pas le développement moyen normal. L'autopsie de ces avortons a été rarement faite ; il est donc difficile de savoir s'ils présentent en général des lésions tuberculeuses. Mais nous devons moins regretter cette lacune, depuis que MM. Landouzy et Martin déplaçant légèrement la question ont montré que ces fœtus peuvent renfermer des bacilles de Koch, sans être encore porteurs de lésions tu-

l.'^6 LEÇONS SUR LA TUBERCULOSE.

berculeusfis. Voici leurs expériences au nombre de deux, et qui datent de 1883 : Dans la première, il s'agit d'un fœtus de 6 mois et demi, issu d'une phtisique, mort 6 heures après sa naissance et qui ne présentait aucune trace visible de tuberculose. L'inoculation des fragments de poumons tuberculisèrent le cobaye. La seconde est encore plus intéressante, car la tuberculisation du cobaye fut obtenue par l'inoculation du sang, du placenta et du poumon d'un fœtus de 5 mois pris directement dans l'utérus d'une femme morte de tuberculose iniliaire et caséeuse.

Aces faits, nous ajouterons une observation récente (1890) due à MM. Birch-Hirschfeld et Schmorl. Avec le foie, la rate et le rein d'un fœtus extrait par opération césarienne immédiatement après la mort de la mère succombant à une tuberculose diffuse, on inocula un lapin et des cobayes dans le péritoine et on les tuberculisa d'une manière manifeste. L'examen microscopique avait permis de voir des bacilles de Koch dans le foie du fœtus et dans de petites masses jaunâtres du placenta.

Charrin et Kalt ont obtenu des résultats analogues.

Au Congrès de 1891, MM. Hutinel et Yignal ont conclu de nombreuses expériences que si la tuberculose fœlale existe, elle doit être bien rare, car ils ne l'ont jamais décelée soit par des examens microscopiques, soit par des inoculations.

Les exemples que nous fournit l'espèce humaine sont donc peu nombreux et permettent simplement de conclure à la possibilité de la présence du virus tuberculeux dans l'organisme de fœtus issus de mères tuberculeuses.

Ceux que nous offrent les animaux, et plus spécialement l'espèce bovine, sont peut-être plus concluants.

Un premier fait bien certain est que la tuberculose congénitale est très rare chez le veau, puisque les inspecteurs des abattoirs n'en constatent qu'un cas environ sur 1000 veaux sacrifiés. Mais un second fait, non moins certain, est que la

tuberculose congénitale existe chez le veau. Nous eii connaissons plusieurs observations. M. Chauveau a rencontré des lésions tuberculeuses sur des fœtus de vache. M. Semmer a vu 5 fœtus tuberculeux, de 3, 6 et 8 mois, issus de mères dont la tuberculose fut constatée à l'autopsie. M. Jessen a publié le cas d'un fœtus de 3 mois, porteur de • lésions tuberculeuses. M. Girard, de Reims, a également trouvé 3 fœtus de veaux tuberculeux. Enfin Johne a fait, en 1885, à l'abattoir de Chemnitz, des autopsies de fœtus de 8 mois, dont les lésions tuberculeuses contenaient le bacille de Koch.

Dernièrement (janvier 91), M. Csokor a fait connaître à la société império-royale des médecins de Vienne un nouvel exemple très étudié et indubitable de transmission de la tuberculose de la mère au fœtus. Il s'agissait d'une vache pleine, atteinte de tuberculose pulmonaire compliquée de lésions des séreuses. Le fœtus bien développé présenta, dans le ligament hépato-duodénal, six ganglions très tuméfiés sur la coupe desquels on distinguait des foyers caséeux et calcifiés. A la périphérie de ces ganglions, les vaisseaux lymphatiques superficiels étaient le siège de nombreux tubercules présentant des foyers caséeux et calcifiés et contenant des cellules géantes, épitliélioïdes et rondes, ainsi que de nombreux bacilles. L'infection dans ce cas avait eu lieu probablement par la veine porte, puisque seuls les ganglions du ligament hépato-duodénal étaient atteints.

Ce fait démontre non seulement que le tubercule peut se développer complètement dans le fœtus, mais qu'il peut même y subir ses métamorphoses dégénératives.

L'étude attentive des fœtus provenant d'animaux tuberculeux nous fournit donc des exemples, très rares d'ailleurs, de tuberculisation directe pendant la vie utérine.

L'expérimentation n'a pas donné non plus de nombreux résultats positifs.

Les inoculations de MM. Landouzy et II. Martin, répétées par M. Nocard entre .animaux, ne lui ont fourni que des résultats négatifs.

M. Galtier a tuberculisé neuf fois des femelles de cobayes, au début de la gestation, et n'a jamais obtenu la tuberculose des jeunes, bien que pendant la durée de la gestation, qui est d'un mois, la tuberculose ait eu le temps de faire des ravages considérables chez les mères. Il a également infecté une lapine pleine, dont les 8 petits naquirent parfaitement sains. Mais un autre essai fut plus heureux ; sur o petits d'une lapine tuberculisée au 15*^ jour de la gestation, 3 présentèrent des lésions tuberculeuses. En 1890, le même expérimentateur a fait de nouvelles tentatives au nombre de 19 ; dans 15, les résultats ont été absolument négatifs, bien que la matière inoculée fut abondante et obtenue par trituration des organes des fœtus ; dans les 4 autres, il a obtenu la preuve non douteuse de la contagion intra-utérine. M. Galtier n'a donc réalisé que quelques expériences positives sur un grand nombre d'essais.

J'ai eu personnellement l'occasion d'observer un cas de tuberculose congénitale : 2 cobayes tuberculeux ayant mis au monde 4 petits, un de ces derniers était tuberculisé.

M. Solles, de Bordeaux, a communiqué, au congrès de 1888^ un exemple très curieux d'hérédo-contagion tuberculeuse. Il s'agissait d'un jeune cobaye issu d'une mère tuberculeuse et d\m cobaye rendu tuberculeux par l'inoculation d'un produit scrofuleux, qui présenta deux jours après sa naissance de l'ostéopériostite tuberculeuse de la joue.

En somme, l'infection utérine est rare, à moins que l'on admette que le germe déposé chez le jeune sujet, pendant le développement fœtal, ne produise que tardivement des lésions tuberculeuses. Si on laisse de côté cette explication par la contagion à long terme, on est bien obligé de reconnaître que la prédisposition à devenir facilement tuberculeux se transmet plus

souvent des parents aux enfants que la tuberculose elie-même.

Cette transmission de Taptitude a peut-être été directement observée par M. Solles ; car cet auteur a obtenu en un temps très court, un mois, une généralisation complète de la tuberculose inoculée, sur une portée de cobayes qui étaient nés d'un père tuberculeux et d'une mère saine.

A ceux qui admettaient la transmission de la prédisposition, on pouvait objecter que leur affirmation ne reposait que sur des statistiques plus ou moins bien faites. Cette objection a perdu aujourd'hui la plus grande partie de sa valeur, vu que la médecine expérimentale nous fournit des arguments très sérieux. Je vous ai déjà dit que M. J. Courmont, guidé par l'hypothèse que j'avais faite au congrès de 1888 pour éclairer certains points obscurs de la propagation de la tuberculose, a introduit un nouveau fait en bactériologie, le jour où il a découvert, précisément dans les cultures d'un bacille tuberculeux, des produits solubles favorisants fabriqués par ce micro-organisme. Les animaux imprégnés de cultures fdtrées, c'est-à-dire des produits solubles contenus dans ces cultures, deviennent tellement sensibles à l'action du virus, qu'un cobaye, dont l'organisme est ainsi préparé, inoculé dans le tissu conjonctif avec des lésions tuberculeuses ou une culture, meurt 16 fois plus vite environ qu'un to'moin inoculé de la même façon, bien que rien dans son état général ne pùt faire soupçonner la facilité avec laquelle il se laisserait infecter. M. J. Courmont a constaté la conservation de cette prédisposition 20 jours après l'imprégnation, sans aucune diminution appréciable ; c'est dire que le phénomène n'est pas passager. Dès lors, rien de plus rationnel que d'expliquer la prédisposition des enfants issus d'une mère tuberculeuse, à contracter la tuberculose. Les bacilles, contenus dans la lésion maternelle, sécrètent continuellement des produits solubles prédisposants, qui, déversés dans le torrent circulatoire, imprègnent le fœtus pendant toute la durée de la gestation. L'enfant vient

140 LEÇOiNS SUR LA TUBERCULOSE.

alors au monde dans un état analogue à celui des animaux préparés par M. J. Courmont, c'est-à-dire sans lésions, sans tare apparente, avec un bon état général, et cependant, si bien imprégné de produits solubles prédisposants, que son organisme offrira un terrain spécialement apte à se laisser infecter à la première occasion.

Il est fort possible que les bacilles de Koch, contenus dans les lésions tuberculeuses bumaines, fabriquent également des substances solubles prédisposantes ; l'bypothèse en tous cas n'est pas irrationnelle.

L'bérédité, par transmission de la prédisposition, est donc aussi certaine que l'hérédité par contagion interne; elle est même sans aucun doute beaucoup plus fréquente que cette dernière; mais il est impossible de savoir dans quelle proportion.

L'hérédité de la tuberculose étant bien établie, nous allons chercher la part qui revient aux deux ascendants.

Dans l'enquête dont je vous ai déjà parlé plus haut, M. Vallin dit : (( L'enfant a beaucoup de chances de devenir tuberculeux quand la mère, à l'époque de la conception, était déjà tuberculeuse ; quand le père seul était phtisique, les enfants restent très souvent indemnes. » En d'autres termes, M. Vallin affirme que la transmission maternelle est plus fréquente que la transmission paternelle, fait mis en doute plusieurs fois.

M. Leudet, de Rouen, a donné des chiffres qui corroborent l'opinion de M. Yallin : sur 88 familles étudiées à ce point de vue, la tuberculose aurait été transmise 57 fois par la mère, 21 fois seulement par le père, 4 fois par la grand'mère et 1 fois par le grand'père. Cette statistique est assez étendue pour qu'on en puisse accepter les résultats.

La transmission est naturellement bien plus fréquente lorsque les deux ascendants sont tuberculeux, car il est bien difficile au descendant d'échapper à la fois aux deux influences.

M. Bang- raconte qu'un vétérinaire du Jutlancl a suivi le sort de 24 veaux issus de père et mère tuberculeux, et a fait sur leur compte les observations suivantes : 10 sujets tués pendant la première semaine présentèrent des tubercules, 5 sacrifiés vers la sixième semaine et dont l'apparence était florissante furent également trouvés porteurs de tubercules; quant aux 9 derniers, 6 furent tués pendant leur jeunesse, la tuberculose ayant été diagnostiquée de leur vivant et 3 devinrent tuberculeux après avoir vèlé une fois.

Les deux ascendants peuvent en somme avoir une part active dans la transmission de la tuberculose à leurs enfants, soit par hérédo-contagion, soit par bérédo-prédisposition, la mère ayant, comme on devait s'y attendre, une influence plus néfaste que le père.

J'essaierai, en terminant, de vous donner une explication du mécanisme de ces différents modes de l'bérédité et par là je vous donnerai une nouvelle preuve de l'exactitude des déductions précédentes.

Je commencerai par l'iiérédo-contagion et plus spécialement par l'influence maternelle. On peut expliquer celle-ci de deux façons : par infection de l'ovule ou par infection du fœtus.

Je ne connais pas de démonstration directe de l'infection de l'œuf par le bacille de Kocb, mais d'autres maladies virulentes, comme le cboléra des poules (Straus), nous ofl'rent des exemples certains d'infection ovulaire. Or les conditions de dissémination de tous les microbes sont les mêmes; nous savons que le bacille de Kocli circule dans le sang et dans la lymplie; nous devons donc admettre qu'il peut pénétrer dans l'ovule avant la fécondation. M. Pasteur n'a-t-il pas démontré la présence dans l'œuf des vers à soie du parasite de la pébrine qui envabira plus tard les individus? A plus forte raison la cliose est-elle admissible pour un bacille.

L'infection du fœtus pendant la gestation est également fort

compréhensible. Les bacilles de Koch existent dans le sang, donc ils peuvent à certains moments traverser le placenta et pénétrer dans l'organisme du fœtus. Le passage des bacilles à travers le placenta a été bien démontré pour d'autres maladies virulentes, comme le sang de rate, le charbon symptomatique, la variole; ainsi on a trouvé des tumeurs charbonneuses chez des fœtus (MM. Arloing, Cornevin et Thomas); des fœtus ont contracté la variole dont leur mère était atteinte et sont venus au monde avec des pustules cicatrisées. M. Malvoz doute de la possibilité du passage des bacilles à travers le placenta chez les mères tuberculeuses, parce que, dit-il, une altération de cet organe en est la condition préalable et indispensable. Cela est évident et la meilleure preuve de cette nécessité est la rareté des cas de contagion maternelle directe. Mais on ne saurait nier les faits; il faut simplement les énoncer autrement et dire que le placenta des mères tuberculeuses est assez souvent altéré pour qu'il laisse passer des bacilles tuberculeux dans le sang du fœtus.

L'inlluence paternelle ne peut se comprendre que si les agents mulents sont émis avec le sperme et introduits dans l'œuf à côté des sperinatozoïdes, attendu que ceux-ci, ayant la signification d'un noyau, ne peuvent contenir de bacilles.

M. Landouzy s'appuyant sur des faits cliniques et expérimentaux ne doute pas de la présence des agents virulents dans le sperme, à côté des spermatozoïdes. En collaboration avec M. H. Martin, il a tuberculisé des cobayes non seulement avec du suc testiculaire, dont la virulence aurait pu provenir du sang qui lui est inévitablement associé, mais avec du sperme puisé directement dans les vésicules séminales de cobayes tuberculeux.

Jani, en 1886, constatait la présence des bacilles de la tuberculose dans l'appareil génital sain de malades porteurs de lésions pulmonaires chroniques.

Les bacilles, chez les tuberculeux, peuvent dès lors sortir avec

le sperme des testicules sains, comme ils peuvent se trouver dans le lait des mamelles saines. Ce fait n'a rien qui doive nous étonner, puisque nous admettons la syphilis congénitale d'origine paternelle et la virulence de la salive des rabiques. Au surplus, pourquoi serait-il plus difficile aux microbes de traverser des épithéliums sains de dedans en dehors que de les traverser de dehors en dedans comme dans la tuberculisation par ingestion ?

On a bien prétendu que dans ces cas le fœtus était toujours infecté par la mère, dont les voies génitales profondes seraient préalablement contaminées; mais c'est une hypothèse dont nous n'avons nul besoin et qui complique le mécanisme de l'infection, puisqu'elle implique quand môme la présence du virus dans le sperme du père.

L'explication que je viens de vous donner du mécanisme de l'hérédo-contagion paternelle concorde d'ailleurs parfaitement avec sa rareté, soit absolue, soit relative à l'hérédo-contagion maternelle. Tandis que le fœtus n'est exposé qu'une fois à la contagion paternelle, il l'est à chaque instant et pendant de longs mois à la contagion maternelle. Par conséquent, si le sperme du père commençait par tubcrculiser l'utérus, les chances de tuberculisation de l'enfant deviendraient égales dans les deux cas, puisque la mère serait toujours le point de départ de la tuberculose fœtale.

L'hérédo-contagion paternelle et maternelle s'explique aussi bien qu'elle se constate.

Heureusement, conclurai-je, les bacilles sont rares dans le sang, ils y trouvent des causes de destruction et, de plus, ils ne réussissent à franchir le placenta que lorsque cette barrière est altérée.

J'arrive à la création de l'hérédo-prédisposition. Remarquez d'abord que l'infection tuberculeuse prédispose généralement à une seconde atteinte, ou à la généralisation d'un foyer cir-

conscrit. La prédisposilion finit par exister dans toutes les cellules de l'animal tuberculeux ainsi préparé, aussi bien dans l'ovule femelle que dans l'ovule mâle. L'ovule d'une femme tuberculeuse sera donc plus apte à contracter la tuberculose que celui d'une femme saine. Toutes les cellules de l'embryon et du fœtus, provenant d'un ovule prédisposé, posséderont les mêmes propriétés que leur cellule génératrice; de sorte que l'enfant en venant au monde sera entièrement composé de cellules aptes à contracter facilement l'infection tuberculeuse. Ce simple raisonnement suffit à expliquer l'hérédo-prédisposition d'origine maternelle.

La communication de l'hérédo-prédisposition par le père tuberculeux s'interprète aussi aisément, si on veut bien se rappeler les phénomènes de la fécondation de l'ovule et les phénomènes consécutifs delà prolifération.

Les phénomènes intimes de la fécondation ainsi que la division nucléaire qui en résulte ont été bien étudiés par les naturalistes. Je fais passer sous vos yeux les belles figures qui accompagnent le travail de M. Guignard [Bulletin de la Société botanique^ 1890) et qui vous montrent la succession des transformations nucléaires, depuis la fécondation de l'ovule jusqu'à la constitution de l'embryon chez le Lilium Martagon. Sans vouloir m'engager bien avant dans cette question, je mets en relief: la conjugaison des nucléimâle et femelle, la division des filaments chromatiques et leur résolution en un nombre égal de pièces d'origine mâle et femelle au niveau de l'équateur de l'ovule, la migration, en nombre égal, des filaments de chaque espèce vers les pôles pour la formation des noyaux centraux des cellules de deuxième génération. Ces phénomènes sont identiques chez les animaux; ils ont été bien observés chez les invertébrés (oursins, étoiles de mer, ascarides) notamment par MM. Yan Beneden et H. Fol.

Nous sommes donc bien obligés d'admettre que chaque

cellule (le deuxième génération chez l'embryon, et conséquemment toutes celles du fœtus, sont formées d'un nombre égal d'éléments nucléaires mâles et d'éléments nucléaires femelles. Le spermatozoïde, qui est un nucléus mâle, se confond avec le nucléus femelle et entre pour une part dans la constitution de toutes les cellules de Feaibryon.

Par suite, si le sujet qui a fourni les spermatozoïdes présentait au moment de la fécondation une aptitude spéciale à contracter la tuberculose, chaque cellule de l'embryon héritera de cette prédisposition.

Telle est l'explication que l'on peut donner de la transmission de l'hérédo-prédisposition d'origine paternelle. On comprend facilement que la prédisposition soit alors moins intense que la prédisposition d'origine maternelle puisque, dans le second cas, la mère intervient non seulement par le nucléus mais encore par le protoplasma de l'ovule.

Cette explication ne nous serait pas d'un grand secours, si nous ne pouvions dire comment chaque cellule du père ou de la mère peut acquérir la prédisposition; mais je vous ai démontré, il n'y a qu'un instant, que les bacilles de la tuberculose sécrétaient des produits solubles favorisants, qui, déversés dans le système circulatoire, vont imprégner tout l'organisme et le préparer à l'implantation du virus tuberculeux; je vous en reparlerai plus en détail lorsque nous étudierons la tuberculose de M. J. Courmont; je veux simplement aujourd'hui vous énoncer le fait, en vous faisant remarquer qu'il explique non seulement l'aptitude des organismes dérivant des ovules mâle et femelle à contracter facilement la tuberculose, mais encore la fréquence, ou mieux l'intensité plus considérable de l'hérédo-prédisposition d'origine maternelle, puisque le fœtus issu d'une mère tuberculeuse sera composé de cellules prédisposées d'abord par leur provenance et ensuite par l'action des

produits solubles favorisants qui les imprèg^neront pendant toute la durée de la gestation.

En définitive, sous des termes et à Faide de faits et de raisonnements un peu différents, nous arrivons aux mêmes conclusions que M. Landouzy. La tuberculose et la prédisposition à la contracter peuvent être communiquées par les ascendants à partir des premières heures de la conception. On devine les terribles conséquences de ce double fait. 11 mérite donc d'attirer l'attention des médecins et de la société.

TREIZIÈME LEÇOiN

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