SUITES
1884. — Fongosités de l'art, tibio-tarsienne.
Tuberculose.
Inconnues.
1884. — Tuberculose de la conjonctive.
Tuberculose.
Tuberculose.
i884. — Tumeur blanche.
Scrofule.
Inconnues.
1884. — Arthrite supp. du coude.
Tuberculose.
1886. — État assez bon; travaille.
1884. — Fongosités du poignet.
Tuberculose.
Réouverture de la fistule, en 1885; en septembre 1886 le malade allait bien.
1!<84. — Abcès froid présacré.
Tuberculose.
Mort tuberculeux en 1885.
1884. — Ostéo-arthrite du cou-de-pied.
Tuberculose.
1880. — Revient des bains de mer où il a séjourné 13 mois ; suppure toujours.
1884. — Fongosit. du coude.
Scrofule.
1886. — Allait très bien.
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pourtant état général assez bon.
1884. — Fongosités du poignet.
Tuberculose.
1885 (juillet). — Suppure toujours et dépérit. — On le perd de vue.
1884. — Fongosités tibiotarsiennes.
Scrofule.
A présenté une petite hémoptysie à l'hôpital en 1885. — Va assez bien.
1 88Ô. — Résection du coude.
Tuberculose.
1886. — Suppure toujours; état général assez bon.
1884. — Granulations d'une gaine synoviale.
Scrofule.
Inconnues.
1884. — Ostéite juxta-ép.
de l'humérus.
Scrofule.
Perdu de vue; a quitté rapidement l'hôpital.
ioo4. — Ubieo-ai inriie qu coude.
Tuberculose
Pas de nouvelles.
1885. — Ostéo-arthrite du coude.
Scrofule.
1886. — Entièrement cicatrisé ; allait bien ; état général bon.
1885. — Ostéo-arthrite tub.
du genou.
Scrofule.
Perdu de vue.
1885. — Ostéo-arthrite métatarso-phalangienne.
Scrofule.
Perdu de vue.
^ ( Scrofule « ) • .
Total : 18 cas. j Tuberculose ... 10 ^^'^ renseignements.
4 scrofuleux sur 8 ont été perdus de vue, ce qui permet de supposer qu'ils étaient satisfaits
du résultat opératoire; 2 allaient bien; 2 douteux. Sur 10 tuberculeux: 2 sont morts; 4 suppuraient encore 13 à 18 mois après l'opération;
1 était dans un état assez bon et travaillait; 2 n'ont plus donné de leurs nouvelles. Le résultat opératoire a été certainement plus satisfaisant chez les malades dont les lésions
s'étaient montrées peu infectantes chez le lapin.
(lent en partie au pronostic des chirurgiens et aux résultats opératoires [i ).
Mais en quoi consiste cette difTérence? Est-elle complète et spécifique?
Je vous ai déjà répondu non, et j'ai admis que la scrofule était de la tuberculose dont la virulence, considérablement atténuée, ne pouvait forcer la résistance de l'organisme du lapin à l'infection tuberculeuse. Il faut maintenant le démontrer.
La culture des microbes des lésions scrofuleuses était intéressante à tenter; mais j'ai toujours échoué, même après le passage des lésions humaines sur les cobayes, sauf dans le cas qui m'a fourni mon hacillus hcminecrobiophilus . Ce dernier ne tuberculisant pas les animaux, je le laisse complètement de coté. Le résultat de mes tentatives de cultures ne m'a donc rien appris si ce n'est que les bacilles de Koch doivent, comme on l'a toujours dit, être très rares dans les lésions scrofuleuses.
J'ai ensuite essayé de renforcer la virulence des lésions scrofuleuses en les faisant passer plusieurs fois par le cobaye, mais je n'y ai pas réussi, tandis que j'ai relevé la virulence de certaines tuberculoses locales par ce moyen et suis parvenu ensuite à tuberculiser le lapin. J'ai donc été obligé de conclure que les adénites scrofuleuses résultaient d'une tuberculose atténuée, et, de plus, que cette atténuation était profonde et persistante.
Conséquemment, placé dans des conditions que nous ne connaissons encore pas, le bacille de Koch peut se transformer en une variété quasi-fixe, former une sorte de race dont la viru-
(1) Au CoDgrès de 1891, M. Hallopeau a parlé de lupus tuberculeux qui n'infectent même pas le cobaye par la voie sous-cutanée ; il s'agit d'une variété de tuberculose encore plus atténuée que la scrofule ordinaire.
M. Leloir a cité plusieurs cas de lupus, n'infectant ni le lapin ni le cobaye par la voie sous-cutanée, mais pouvant néanmoins tuberculiser ces deux animaux, le premier par la chambre antérieure de l'œil, le second par le péritoine. II n'y a là rien qui m'étonne. J'ai parlé des inoculations dans le tissu conjonctif souscutané, voilà tout.
SCROFULE ET TUBERCULOSE. lo9
leiice est diminuée, à ce point qu'elle ne peut forcer la résistance du lapin, même après avoir passé par le cobaye. J'ai encore conclu que j'avais surpris cette transformation en voie d'évolution, puisque j'avais rencontré des tuberculoses locales n'infectant plus le lapin, et dont l'atténuation non encore fixée pouvait disparaître par un passage sur le cobaye.
Avant de vous fournir la preuve expérimentale, indubitable, et que j'eus d'ailleurs plus tard, que la scrofule est une tuberculose atténuée, je vais répondre à quelques objections opposées à ma manière de voir.
Au début, je n'ai pas été bien compris. Plusieurs auteurs ont cru que j'avais admis dès le principe une différence spécifique entre la scrofule et la tuberculose; par exemple, Eve, de Londres. Cet auteur a publié en 1887 le résultat de ses recliercbes expérimentales, et a combattu ma prétendue hypotbèse d'une différence spécifique des deux affections. Ses expériences ont été ainsi instituées : 5 lapins et 5 cobayes ont reçu par trois voies différentes l'inoculation de 10 glandes malades, prises sur 10 sujets différents : sous la peau, dans le péritoine ou dans la chambre antérieure de l'œil. Chaque glande a donc été inoculée à un seul animal, soit un lapin, soit un cobaye. Tous les cobayes et 4 lapins sont devenus tuberculeux.
Malheureusement Ève n'a pas compris qu'il était précisément intéressant de savoir si la glande qui a tuberculisé un cobaye aurait tuberculisé les lapins. Une comparaison rationnelle était impossible, puisque chaque glande n'a été inoculée qu'à un seul animal et encore tantôt par une voie, tantôt par une autre. Il y a trop de glandes et pas assez d'animaux. En un mot, ces expériences pèchent par la méthode. Enfin la critique des miennes est non avenue, puisque l'auteur cherche à démontrer la fausseté d'une opinion que je n'ai pas.
M. Nocard ne m'a pas imputé d'idées fausses. Il sait que j'ai voulu simplement mettre une différence en relief par l'intro-
duclion du virus dans des terrains inégalement résistants. Toutefois, il pense que cette différence tient uniquement à la plus faible réceptivité du lapin et k la rareté des bacilles de Koch dans les lésions scrofuleuses; en un mot, il n'admet pas de relation directe entre l'atténuation du virus tuberculeux et la scrofule.
Son opinion repose sur une seule expérience. Un lapin et urs cobaye, inoculés avec des lésions scrofuleuses, ont présenté tous deux des lésions tuberculeuses; mais tandis que le cobayemourait au bout de 3 mois avec une belle généralisation tuberculeuse, le lapin, sacrifié 9 mois après Tinoculation, ne présentait qu'une tuberculisation discrète, qui, ajoute M. Nocard,. aurait fini par triompher. Le lapin se tuberculiserait donc à la; longue par l'inoculation de lésions scrofuleuses; le terme de deux mois ne serait pas suffisant pour constater l'infection.
M. Nocard a, de plus, inoculé le suc d'un des ganglions du cobaye, qiii ne contenait que peu de bacilles, à un lapin et à un autre cobaye; le lapin mourut 9 mois après avec de beaux tubercules, ne contenant que de rares bacilles. Un lapin, inoculé avec du pus du 2^" cobaye, mourut 4 mois après et enfin, un 4^ lapin, inoculé avec les lésions de la rate du 3% mourut au bout d'un mois. Les lésions tuberculeuses de ces lapins^ en même temps qu'elles apparaissaient plus rapidement, étaient graduellement moins massives, plus fines, plus nombreuses,, plus riches en bacilles.
En somme, M. Nocard a épousé les idées allemandes sur la scrofule et n'admet d'autre différence entre cette dernière et la tuberculose que celle qui résulte de la rareté des bacilles; il me concède néanmoins que le lapin peut servir de réactif pour faire ressortir la différence.
Cette divergence entre M. Nocard et moi mérite cependant d'être discutée.
D'abord, M. Nocard n'ayant fait qu'une seule expérience a
SCROFULE ET TUBERCULOSE. 161 pu tomber sur un cas de tuberculose dissimulée, à apparence scrofuleuse, comme cela est arrivé à moi-même. J'admets pourtant qu'il s'est bien servi d'une lésion scrofuleuse typique. Peut-il conclure de ce qu'il a vu que nos résultats différents tiennent au nombre des bacilles? Théoriquement, non; car si la question du nombre prédominait, le cobaye inoculé en même temps que le lapin, avec la même lésion scrofuleuse, devrait s'infecter plus lentement qu'un animal inoculé avec de la tuberculose viscérale ; or, le cobaye se tuberculise dans les délais habituels.
Expérimentalement, j'ai pu établir que très vraisemblablement la scrofule tient ses caractères de l'atténuation du virus tuberculeux.
Mes expériences remontent à 1888, c'est-à-dire à une époque où on croyait peu, je ne sais trop pourquoi, à la possibilité d'atténuer le bacille de Koch. M. Straus a démontré depuis que le suc gastrique opérait cette atténuation et M. Daremberg a vu par hasard, en 1888, qu'une culture de tuberculose (aviaire) qu'il possédait ne tuberculisait plus que les jeunes lapins et était sans effets sur les adultes..
J'ai pris un virus tuberculeux homogène, je l'ai divisé en deux parts; j'ai dilué graduellement l'une; j'ai chauffé l'autre pendant plus ou moins longtemps à une température qui atténue généralement tous les bacilles; puis j'ai inoculé l'une et l'autre à plusieurs animaux et j'ai comparé les résultats au bout d'un laps de temps égal. Si la scrofule est une tuberculose engendrée par un petit nombre de bacilles, elle sera reproduite parla matière diluée, me disais-je; si au contraire elle est une tuberculose atténuée, la matière chauffée présentera peut-être une virulence suffisamment affaiblie pour ne pouvoir tuberculiser que le lapin.
Le suc de tubercules humains dont je me suis servi a donc été divisé en deux parts égales. La première, diluée au 20%
au 40" et au 100% a été inoculée à 2 cobayes et à 2 lapins par titre de dilution, c'est-à-dire à 42 animaux, sous la peau de la cuisse; la seconde, chauffée à 60° pendant 15, 30, 40 et 60 minutes, a été inoculée à 16 animaux, 8 lapins et 8 cobayes, 2 de chaque espèce pour chaque durée d'exposition à la chaleur, soit en tout 28 animaux.
Beaucoup de cobayes sont morts tuberculeux au bout de 2 mois et 4 mois et demi après l'inoculation ; j'ai sacrifié tous les lapins et les cobayes qui avaient survécu.
Voici les résultats : avec le virus dilué, la tuberculose s'est généralisée 3 fois, elle est restée dans les ganglions 5 fois, elle a échoué 4 fois ; avec le virus chauffé, elle s'est généralisée 2 fois^ elle est restée dans les ganglions 5 fois, elle a échoué 9 fois.
Présentés en bloc, ils n'indiquent pas une grande différence entre Tinflaence du chauffage et celle de la dilution, sinon un plus grand nombre d'échecs après le chauffage ; mais examinés méthodiquement, en distinguant entre les animaux, ils sont des plus instructifs. Je vais en constituer un tableau, dans lequel -j- représentera les cas oii la tuberculose s'est généralisée, ± ceux oii elle n'a pas dépassé le point d'inoculation (lapin) ou les ganglions sous-lombaires (cobaye), 0 les insuccès, et ? les animaux morts prématurément et accidentellement qui ne pouvaient donner aucun résultat intéressant*
DILUTION Au 20C :
1er cobaye -j-- 2® cobaye =fc
1" lapin ?
2c lapin +
Au 40e
1er cobaye 0 2c cobave ±
1er lapin + 2e lapin rt
Au lOQc
1er cobaye ± 2c cobaye dt
1er lapin ?
2'' lapin 0
CHAUFFAGE A 60° Pendant 15 minutes :
1er cobaye + 2c cobaye +
1er lapin 0 2c lapin 0
Pendant 30 minutes
1er cobaye 0 2c cobaye ±
1er lapin 0 2c lapin 0
Pendant 40 minutes
1er cobaye ± 2e cobaye ±
ler lapin ?
2c lapin 0
Pendant GO minutes
1er cobaye ± 2c cobaye ±
1er lapin G 2*- lapin 0
Ce tableau démontre que la dilution a eu son effet habituel, c'est-à-dire a disséminé au hasard les cas positifs et les cas négatifs; moins de lapins que de cobayes sont devenus tuberculeux, parce que le lapin est moins tuberculisable que le cobaye, ce que nous savions déjà.
La seconde colonne du tableau nous offre des résultats plus intéressants; aucun des lapins n'a été infecté même localement, tandis que tous les cobayes, sauf un, ont eu des signes plus ou moins manifestes de tuberculose.
Donc, en diluant le virus, c'est-à-dire en raréfiant les bacilles de la matière tuberculeuse, je n'ai pu reproduire artificiellement les effets de la scrofule, tandis qu'en atténuant le virus tuberculeux par un chauffage à 60" pendant i5 minutes ou plus, j'ai obtenu une matière dont les effets sont identiques à ceux de la scrofule, c'est-à-dire un virus qui tuberculise le cobaye sans pouvoir infecter le lapin par la voie sous-cutanée. L'atténuation était réelle, puisque sur le cobaye la tuberculose ne s'est généralisée qu'une fois sur 8.
Je crois être en droit de conclure de cette expérience, rapprochée de celles que je vous ai déjà exposées, que la scrofule est une affection virulente identique, quant à son origine, à
la tuberculose, mais formant une variété de celle-ci dans laquelle le virus tuberculeux est atténué et fixé dans sa virulence de manière à constituer une sorte de race.
A la notion de la quantité du virus, je substitue donc ici celle de la qualité.
J'avouerai sans peine que cette question n'est qu'ébauchée, qu'elle nous réserve encore des surprises, et qu'il serait bon d'expérimenter encore sur une large échelle.
Néanmoins, j'affirme dès aujourd'hui que le diagnostic expérimental de la scrofule est presque toujours confirmé par l'observation subséquente des malades qui fournissent le virus. Toutes les fois qu'une lésion humaine ne pourra tuberculiser le lapin par le tissu conjonctif, elle aura bien peu de chances de se généraliser sur son porteur. Par conséquent, ce mode de diagnostic expérimental devrait entrer dans la pratique des cliniques chirurgicales où il serait d'un grand secours tant pour établir le pronostic que pour décider la nature du traitement. On ne fera d'ailleurs qu'appliquer à la tuberculose de l'espèce humaine ce qui se fait depuis longtemps en médecine vétérinaire pour le diagnostic de la morve latente.
QUATORZIÈxME LEÇON