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SCROFULE ET TUBERCULOSE. ESSAI DE DIFFÉRENCIATION

EXPÉRIMENTALE {SuitC et fin)

Production d'emblée de tuberculoses chirurgicales, avec un virus atténué. — Expériences de MM. Courmont et Dor. — Synthèse des faits analysés dans la précédente leçon.

Je crois vous avoir démontré, par des expériences probantes, que les lésions de la tuberculose humaine, dites locales, recèlent un virus moins énergique que les lésions viscérales. Vous m'avez vu faire l'analyse de cette question au moyen de l'inoculation comparée à des animaux d'espèces différentes qui révèle, à n'en pouvoir douter, la faible virulence des tuberculoses chirurgicales. Je veux aujourd'hui vous fournir la preuve synthétique que la virulence des tuberculoses localisées réside dans la qualité des bacilles producteurs. Effectivement, il est possible de faire d'emblée, par l'inoculation aux animaux, une •affection tuberculeuse locale, chirurgicale en un mot, à l'exclusion de toute lésion viscérale, si Ton a soin de se servir d'un virus atténué. On peut en somme reproduire expérimentalement les faits que la clinique place sous vos yeux. C'est avec la plus vive satisfaction que j'ai vu sortir de mon laboratoire cette démonstration complémentaire des idées que je soutiens depuis quelques années.

Avant les expériences auxquelles je viens de faire allusion, on avait bien constaté quelquefois, sur des animaux inoculés, des lésions tuberculeuses localisées, mais la signification de ces observations n'avait pas, comme vous allez pouvoir en

juger, un grand intérêt quant à l'origine de la scrofule.

En 1878, Max Scliuller a obtenu des tuberculoses localisées cbez des animaux infectés, en traumatisant une jointure. C'était simplement démontrer l'influence du traumatisme sur la localisation d'une maladie infectieuse depuis longtemps admise.

En 1889, M. Bouchard a rapporté l'histoire d'un lapin inoculé avec de la tuberculose, qui offrit à l'autopsie une association de lésions viscérales et articulaires : les poumons, la rate, le foie, les ganglions et plusieurs grandes articulations étaient le siège de tubercules. C'était un cas d'arthrite compliquant une tuberculose classique viscérale.

Dernièrement, en 1891, MM. Cadiot, Gilbert et Roger ont montré un lapin vivant qui présentait tous les signes des arthrites fongueuses; cet animal appartenait à un lot de lapins inoculés, dont plusieurs étaient déjà morts avec de la tuberculose viscérale.

Au point de vue qui nous occupe, bien plus intéressantes sont les expériences de MM. Courmont et Dor; car elles ont démontré la possibilité de produire artificiellement sur le lapin, sans traumatisme préalable, des arthrites tuberculeuses, primitives, non compliquées de tuberculose viscérale. Il suffit pour cela de se servir d'un virus très atténué et d'observer les animaux pendant assez longtemps. MM. Courmont et Dor ont fait à ce sujet deux communications à la Société de Biologie, le 22 novembre 1890 et le 21 février 1891 ; ils ont publié leur travail définitif dans les Annales de l'Œuvre de la tuberculose, en 1891.

Les 5 lapins dont je vais vous faire l'histoire se décomposaient ainsi : 3 témoins et 2 vaccinés, l'un de ces derniers n'ayant reçu aucune influence bienfaisante de la vaccination, l'autre n'ayant subi qu'un retard dans l'évolution do ses arthrites.

MM. Courmont et Dor, dans un but spécial, avaient inoculé cinq lapins dans le système veineux, du 31 mars au 27 avril 1890, avec des doses, variant de 4 gouttes à 1/2 centimètre cube, d'une culture de bacilles tuberculeux aviaires extrêmement atténués. Trois de ces animaux étaient âgés de quatre mois et pesaient de 1000 à 112o grammes ; les deux autres étaient âgés de huit mois environ et pesaient de 1700 à 1900 grammes.

Jusqu'au mois d'août, les 5 lapins ont grandi régulièrement ; leur poids s'est élevé jusqu'à 2 et 3 kilogrammes. Pendant toute cette période de quatre ou cinq mois, on n'a noté aucun symptôme de tuberculose. Mais, à partir du 1""' septembre, tous commencèrent à maigrir et, dès cette époque, trois d'enlre eux présentèrent des symptômes manifestes d'arthrites multiples. La même constatation fut faite sur les deux autres le 20 septembre.

Du 20 septembre au 14 novembre, quatre moururent dans un état de maigreur considérable ; le cinquième fut sacrifié le 10 novembre, en très bon état encore, afin d'étudier la constitution des lésions au début.

. Chacun de ces lapins offrait plusieurs arthrites fongueuses :

NM : Genou gauche, coude gauche, épaule droite. N° 2 : Genou droit, coude gauche, articulation tibio-tarsienne droite.

N° 3 : Genou droit, les deux coudes, articulation tibio-tarsienne gauche.

N° 4 : Genou droit.

. N° 5 : Coude gauche. Articulation tibio-tarsienne droite. . Soit, en tout, 13 arthrites sur o animaux.

Le genou et le coude étaient les articulations les plus malades; la hanche est toujours restée indemne.

Les symptômes locaux présentés par ces animaux pendant leur vie étaient les suivants : gonflement considérable de Far-

ticulation malade, masses molles péiûarticulaires, faisant saillie sous la peau et donnant une sensation de fausse fluctuation; mouvements normaux conservés, sans grande douleur; mouvements latéraux assez étendus, mais quand on les provoquait, ils s'accompagnaient de douleur et de craquements donnant l'impression très nette que les cartilages étaient en

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