partie détruits
L'autopsie ne put déceler chez aucun des 5 lapins la moindre trace de tuberculose viscérale ; tous les organes étaient absolument sains.
Quant aux arthrites, diagnostiquées sur le vivant, elles présentaient, ainsi que l'ont affirmé MM. OUier et L. Tripier, et comme vous allez vous en rendre compte, de superbes types de tumeurs blanches Fig. 14. - Tumeur biauche expérimeu- absolument comparables aux
taie du lapin, d après MM. Gourmont
et Dor (réduite de 1/3). arthrites fongueuses del'hom-
1, tumeur blanche du genou dépouillée des mC. La pCaU Ct IcS maSSCS parties molles avoisinantes : A, tumeur fongueuse ;
r, fémur; T, tibia ; 2, genou, les parties molles ont mUSCulairCS CnvirOnnantCS
été enlevées et les os sectionnés obliquement :
F. fémur; T, tibia, L, cavité tuberculeuse du fé- étalcut intaCtCS. AprèS l'ablanuir; G, cavité tuberculeuse du tibia.
tion de ces dernières, l'articulation apparaissait volumineuse, noyée dans une tumeur unissant comme un manchon les deux extrémités osseuses (Voyez fig. 14). Cette tumeur molle et blanche était constituée par dix ou douze poches adhérentes entre elles: les unes pleines de caséum, véritablement fluctuantes; les autres pleines de fongosités, présentant de la fausse fluctuation ; d'autres enfin remplies de grains riziformes donnant une sensation de froissement. Le contenu était donc variable : ca-
séum, pus, fongosités, grains riziformes. Les grains riziformes, qui ont été rencontrés dans deux cas, étaient identiques à ceux qu'on observe chez l'homme; quelques-uns étaient libres; d'autres étaient encore appendus à la synoviale par un pédicule comme de véritables polypes fongueux.
La paroi des poches n'était autre que la synoviale notablement épaissie; la surface interne était très vasculaire et recouverte des franges typiques des synovites fongueuses. Tandis que les poches les plus volumineuses appartenaient à la synoviale articulaire, quelques autres formaient un petit manchon fongueux indépendant autour d'un tendon. Ces dernières s'étaient nettement formées aux dépens de synoviales tendineuses.
Les cartilages articulaires étaient presque complètement détruits; en tout cas, dépolis, vascularisés, recouverts de bourgeons charnus et se détachant très facilement de l'os.
Les extrémités osseuses frappaient d'abord par l'augmentation de leur volume; elles présentaient à la section un certain nombre de petites cavités tuberculeuses remplies de caséum, ou complètement closes ou communiquant avec l'articulation (Voyez fig. 14). La paroi de ces cavités était formée par du tissu osseux éburné, entouré de couches de nouvelle formation.
Le lapin qui avait été sacrifié au début de son affection a donné lieu à une constatation intéressante; trois des articulations, qui paraissaient saines au premier abord, présentaient des lésions tuberculeuses synoviales en l'absence de toute lésion osseuse. Le début des tumeurs blanches expérimentales avait donc eu lieu par la synoviale.
Les préparations histologiques ont montré des bacilles tuberculeux dans le caséum, dans les fongosités et dans les tubercules intra-osseux ; déplus, elles ont mis en évidence des tubercules typiques et même quelques petits séquestres.
Aucun de ces lapins n'a p?'ésenté la moindre trace de tuher-
ilO LEÇONS SUR LA TUBERCULOSE.
ciflosc jn.^crrale; ils étaient en somme uniquement atteints de lésions chirurgicales.
En résumé, vous le voyez, MM. Courmont et Dor ont reproduit expérimentalement, sans traumatisme préalable, des lésions tuberculeuses locales comparables en tout point à celles qu'on rencontre chez l'homme. Malgré la longue incubation de l'infection, ces lésions étaient restées obstinément localisées au système locomoteur.
La culture de bacilles tuberculeux aviaires employée par ces expérimentateurs était considérablement atténuée. La simple observation des cinq lapins précédents suffirait à le démontrer, car l'inoculation intraveineuse d'un demi-centimètre cube de culture ordinaire aurait tué ces animaux dans le premier mois, avec des lésions viscérales du type Yersin. Mais je vais vous en donner d'autres preuves.
Introduite sous la peau, chez le lapin et le cobaye, â nimporte quelle close^ cette culture était incapable d'engendrer la tuberculose; il fallait, pour obtenir des lésions viscérales, injecter de 3 à 6 centimètres cubes dans le péritoine de ces animaux.
Après son passage pendant sept mois dans l'organisme des lapins porteurs des tumeurs blanches, le virus tuberculeux subit une exaltation et l'inoculation ne donna plus lieu aux mêmes phénomènes.
Avec les cultures obtenues en ensemençant le caséum des tumeurs blanches, on fit des expériences qui démontrèrent l'accroissement de la virulence.
Ainsi l'inoculation intra-veineuse chez le lapin tua cet animal en treize jours avec les lésions viscérales qui ont été signalées par M. Yersin (1) ; l'inoculation sous-cutanée à des lapins et à
(1) Le bacille tuberculeux aviaire peut donc, suivant son degré de virulence, produire /jar inoculation intra-veineuse chez le lapin soit le type Yersin, soit de véritables tubercules si la survie est suffisante. La barrière qu'on a voulu élever ù ce point de vue entre la tuberculose aviaire et la tuberculose humaine n'a
des cobavos produisit chez ces derniers les lésions tuberculeuses classiques de Villemin étendues aux ganglions, à la rate, au foie, aux poumons (1).
Après leur passage par le lapin, les bacilles tuberculeux atténués avaient donc récupéré la propriété de tuer rapidement le lapin par inoculation intra-veineuse, et de produire chez le cobaye par l'inoculation sous-cutanée les lésions classiques de la tuberculose expérimentale. Néanmoins, les lapins inoculés sous la peau résistèrent complètement; de sorte que, au point où en était la virulence des cultures, le cobaye et le lapin se comportaient vis-à-vis d'elles comme vis-à-vis des tuberculoses chirurgicales humaines. Par conséquent, bien que les bacilles soient d'origine aviaire, ils ont agi comme des bacilles de tuberculose humaine atténuée. Ils ont trouvé chez le cobaye un terrain d'évolution plus propice que chez le lapin. Je reviendrai sur cette particularité à propos de la tuberculose aviaire qui est pour moi une simple race de la tuberculose bacillaire de Ko ch.
Les fongosités inoculées par la voie sous-cutanée se comportèrent de la même manière, c'est-à-dire ne tuberculisèrent que les cobayes à l'exclusion des lapins.
En résumé, la culture primitive était atténuée, puisque, incapable de produire des lésions tuberculeuses viscérales chez le lapin ou le cobaye, qu'elle soit introduite par la voie veineuse ou par la voie sous-cutanée, elle a pu, après un passage prolongé sur le lapin, produire les lésions viscérales classiques chez ces animaux.
MM. Courmont et Dor ont donc, comme je vous le disais au début de cette leçon, fait la preuve synthétique de mon affir-
donc pas de raison d'être. D'ailleurs, MM. Courmont et Dor sont même arrivés à produire de véritables généralisations tuberculeuses chez le lapin par l'inoculation intra-veineuse de bacilles aviaires. Voir les leçons sur la tuberculose aviaire.
(1) Le cobaye est donc tuberculisable par la voie sous-cutanée avec des bacilles aviaires^ contrairement à ce qu'on a prétendu.
mation que les tuberculoses locales primitives sont dues à un virus plus atténué que les tuberculoses viscérales.
Au mois de février 1891, MM. Granclier , H. Martin et Ledoux-Lebard nous ont appris que des cultures de bacilles tuberculeux aviaires volontairement atténuées avaient donné entre leurs mains des tuberculoses expérimentales fréquemment compliquées de lésions locales. L'inoculation de doses très minimes de virus actif leur a donné des résultats analogues.
Après toutes les expériences que je viens de résumer, je pense avoir le droit de conclure que les tuberculoses locales primitives sont le plus souvent l'œuvre de bacilles atténués, avant ou après leur introduction dans l'organisme. Si les bacilles sont atténués avant leur inoculation, on peut assister à l'éclosion directe de tuberculoses locales primitives; si le virus s'atténue dans les lésions viscérales, on peut assister à l'éclosion de tuberculoses locales secondaires, ce qui est plus rare.
Réciproquement, sous des influences que nous ne connaissons pas encore, le virus peut s'exalter dans une lésion locale et devenir apte à envahir les viscères. Ce dernier cas se rencontre assez souvent en clinique, et ce sont des faits bien connus de cet ordre que rapportait encore Haller, de Kiel, à l'assemblée des naturalistes allemands à Heidelberg, en 1889, lorsqu'il disait avoir vu des lésions ganglionnaires, muqueuses, testiculaires, se généraliser.
D'ailleurs, toutes les fois qu'il s'agit de l'atténuation d'un virus, on peut être certain qu'il existe toute une gamme de degrés dans son activité. Il faut donc s'attendre h trouver des tuberculoses locales plus ou moins virulentes : les unes (et c'est la grande majorité) dues à des bacilles très atténués représenteront le type des lésions scrofuleuses; les autres, renfermant des bacilles moins atténués, auront une plus grande tendance à la généralisation.
SCROFULE ET TL'liERCULOSË. 1^3
En résumé, les lésions scrofuleuses résultent des bacilles les moins virulents, les lésions viscérales contiennent au contraire des bacilles très virulents, et les lésions tuberculeuses locales primitives reconnaissent pour cause des bacilles dont la virulence comprend tous les degrés intermédiaires à ces deux extrêmes.