‹ Leçons sur la tuberculose et certaines septicémies [electronic resource]Chapitre 22 sur 48 · SEIZIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

SEIZIÈME LEÇON

TUBERCULOSE AVI AIRE [suite et fin).

Expériences récentes sur la parenté de la tuberculose aviaire et de la tuberculose humaine. — Inoculation de la tuberculose aviaire aux oiseaux. — Inoculation de la tuberculose des mammifères aux oiseaux.

— Inoculation de la tuberculose aviaire aux mammifères. — Travaux de MM. Straus et Gamaléia, Courmont et Dor, Cadiot, Gilbert et Roger.

— Conclusion.

Je vous ai montré, dans la leçon précédente, la tuberculose aviaire rattachée d'abord au bacille découvert par Koch dans les lésions humaines, puis, à la suite de recherches récentes, regardée comme une affection à part, comme une tuberculose bacillaire distincte de la tuberculose de l'homme. Vous avez vu avec moi combien sont peu accusés les caractères différentiels tires de la morphologie, du mode de végétation ou de coloration des bacilles; il me reste avons entretenir des expériences qui nous engageraient à distinguer les deux tuberculoses surtout d'après leur mode de généralisation chez les diverses espèces animales. Là se trouvera le véritable caractère spécifique, si tant est qu'il existe. Je considère cette seconde partie de la question comme bien plus importante que la première.

Le travail qui a le plus contribué à schématiser les différences qui séparent le bacille tuberculeux aviaire du bacille tuberculeux des mammifères est celui de MM. Straus et Gamaléïa dont je vous ai dqjà dit un mot.

Ces expérimentateurs sont ceux qui ont affirmé le plus catégoriquement la dualité des deux tuberculoses ; ils vont plus loin que M. Koch, ils estiment que les bacilles aviaires et les

bacilles de Koch constituent « deux espèces tout à fait différentes ». Leurs conclusions sont pour ainsi dire le résumé et le couronnement de la seconde période de l'histoire de la tuberculose aviaire, du règne de la dualité. Dans leurs affirmations, il n'y a pas place, comme dans celle de M. Koch, pour une dissertation théorique sur les termes de races ou de variétés voisines ; les deux bacilles sont « tout à fait différents ». Outre les caractères différentiels tirés de la morphologie et de la biologie des deux bacilles, dont je vous ai déjà entretenus, MM. Straus et Gamaléïa ont cherché à creuser un fossé entre le mode d'action pathogène de ces deux microbes sur plusieurs espèces animales. Pour eux : le bacille humain pro duit toujours chez le cobaye, le lapin et le chien une généralisation tuberculeuse semblable aux lésions obtenues par M. Yillemin, tandis que, quelle que soit la voie d'introduction, il n'a aucune action pathogène sur l'organisme des Gallinacés qui sont « absolument réfractaires » à ses effets; au contraire, le bacille aviaire engendre une belle généralisation chez les Gallinacés et ne produit (( jamais de tubercules apparents ^> chez le cobaye, le chien ou le lapin, à moins que ce dernier animal ait été inoculé dans la chambre antérieure de l'œil.

Vous le voyez, les différences établies par MM. Straus et Gamaléïa sont bien tranchées, et je n'hésite pas à affirmer que si tous les faits cadraient avec les conclusions de ces auteurs, il faudrait absolument séparer le bacille humain du bacille aviaire. Mais, comme je vous le disais en terminant la précédente leçon, je ne me contenterai pas de vous énumérer les travaux des divers auteurs, leurs contradictions, apparentes tout au moins, obscurciraient vos idées et feraient osciller vos convictions; je les discuterai, car je vous le répète, c'est la seule chance que nous ayons de mettre en relief un caractère important de différenciation.

Je diviserai en trois groupes principaux les expériences qui

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ont eu pour but l'élude comparative de Tinoculabilité de la tuberculose aviaire à plusieurs espèces animales. Le premier groupe comprendra les inoculations de la tuberculose des oiseaux aux oiseaux.

La tuberculose aviaire se transmet facilement aux gallinacés ; j'ai même démontré avec M. L. Tripier qu'elle est transmissible au serin par la voie digestive. Les inoculations réussissent toujours, que l'on ait employé la voie sous-cutanée, veineuse, péritonéale ou intestinale ; tous les auteurs sont unanimes sur ce point. Quel que soit le mode d'introduction du virus, les lésions sont à peu près exclusivement cantonnées dans Tabdomen. Je vous ai montré les superbes altérations tuberculeuses que MM. Courmont et Dor ont obtenues en tuberculisant la poule au moyen d'une culture d'origine aviaire, par inoculation souscutanée et par ingestion. Ces pièces méritent de nous arrêter un instant à cause de certaines particularités intéressantes qu'elles ont offertes. Il s'agit de trois poules qui ont été sacrifiées ou sont mortes trois mois après l'inoculation ; les deux premières avaient reçu le virus dans la cuisse, la troisième avait ingéré quelques centimètres cubes de la même culture liquide. Les deux premières moururent dans un état de maigreur considérable; leur crête était pâle et flasque, les muscles pectoraux notamment avaient à peu près disparu. Le point inoculé était le siège d'une induration manifeste présentant à la coupe une surface jaunâtre, assez dure, non caséeuse. Le tissu conjonctif lâche sous-cutané fourmilhit de petits tubercules blanchâtres et crétacés analogues à ceux que M. Léon Tripier et moi avions déjà observés en 1873. Dans l'abdomen, on se trouvait en présence d'un foie énorme pesant 100 grammes, par conséquent cinq fois plus environ qu'un foie normal, et recouvrant toute la masse intestinale ; cet organe était rempli d'un semis très serré de fines granulations tuberculeuses blanchâtres. Les coupes histologiques montraient de nombreux tubercules tranchant brusque-

ment sur le fond normal du foie, par une ligne de contour très nette ; ces masses tuberculeuses étaient presque entièrement formées de tissu embryonnaire ; au sein de ce dernier se détachaient quatre ou cinq cellules géantes qui fourmillaient littéralement de bacilles (voy. fig. 19). La rate était dans le même état et hypertrophiée au point d'avoir acquis le volume d'une noix. L'intestin était sain. Les deux poumons étaient parsemés de

Fig. 19. — Coupe d'un foie tuberculeux pioveuaut d'uue poule uioite eu trois mois à la suite d'une inoculation sous-cutanée de bacilles aviaires, d'après MM. Gourmont et Dor. Gr. = 70 D.

1, tissu normal; 2, tubercules; 3, tubercule jeune; 4, amas bacillaires occupaut les cellules géantes des tubercules.

nombreuses granulations grises transparentes, offrant au microscope des amas bacillaires considérables.

Il n'y a rien jusqu'à présent qui n'ait été vu parles expérimentateurs sur des poules inoculées avec de la tuberculose aviaire, sauf peut-être l'abondance des granulations pulmonaires.

Mais MM. Gourmont et Dor ont constaté de plus la présence d'ostéites tuberculeuses qui méritent une mention spéciale.

Une des poules avait offert, pendant le dernier mois de sa

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vie, une boiterie des plus manifestes du membre abdominal droit attribuée d'abord à l'induration du point inoculé. Pendant l'autopsie, le fémur de ce membre se rompit sans effort au niveau du col. Les deux fémurs, sains en apparence sauf la fracture spontanée dont je viens de vous parler, étaient remplis par une moelle rouge sombre ayant la consistance d'une gelée légèrement ramollie et dans laquelle étaient inclus une grande quantité de petits tubercules durs et s'énucléant avec la plus grande facilité sur la pointe du bistouri (voyez fig. 20). La moelle n'était pas adhérente au tissu osseux et pouvait s'extraire en un bloc moulé sur le canal médullaire. Les coupes faites à travers les épipliyses ont montré que les tubercules étaient restés cantonnés dans la moelle diaphysaire, sauf quelques cellules géantes qu'on rencontrait dans la moelle des lacunes voisines de la diapliyse. Il est bien certain néanmoins que le tissu osseux du fémur qui s'est rompu spontanément était altéré. La moelle diaphysaire vers les extrémités supérieures des deux tibias était le siège d'altérations semblables. Les articulations de la hanche et du genou étaient saines; il n'y avait donc pas d'arthrite ; le début avait été franchement osseux. Les os des ailes étaient sains; on ne remarquait pas un seul point de congestion.

La deuxième poule, bien qu'elle n'eut présenté aucune boiterie pendant sa vie, ni aucune fracture pendant l'autopsie, offrait des lésions osseuses identiques et semblablement distribuées, c'est-

ig. ■20. — F(ju)ur luLciculeux d'une poule morte eu [trois mois à la suite d'une inoculation sous-cutanée de l)acilles aviaires ; d'après MM. Courmont et Dor. Les tubercules sont cantonnés dans la moelle diaphysaire.

Grandeur naturelle.

à-dire occupant toute la longueur des deux fémurs et seulement les extrémités supérieures des deux tibias. Il semble donc que la moelle t)sseuse des poules est un terrain très favorable à l'infection tuberculeuse ; mais on peut croire que les tubercules, confinés à l'intérieur de l'os, ont passé souvent inaperçus.

Avec le foie tuberculeux de la première poule, une autre fut inoculée à la cuisse; trois mois après, celle-ci n'était pas morte; elle possédait au contraire un assez bon état général; sacrifiée, elle ne présenta que quelques tubercules disséminés dans le foie, la rate et l'intestin; son état n'était en rien comparable à celui des deux poules précédentes. L'inoculation de la tuberculose aviaire en série sur la poule a donc paru atténuer le virus tuberculeux entre les mains de MM. Courmont et Dor comme entre celles de MM. Cadiot, Gilbert et Roger.

La poule que MM. Courmont et Dor avaient rendue tuberculeuse en lui faisant ingérer 20 centimètres cubes d'une culture liquide n'avait pas sensiblement maigri. Elle fut sacrifiée au bout de trois mois. Le tissu conjonctif lâche sous-cutané était comme celui des précédentes le siège de granulations tuberculeuses calcifiées. Mais le foie et la rate étaient à peine hypertrophiés et ne présentaient pas de tubercules à l'œil nu. L'intestin était parsemé d'un abondant piqueté hémorrhagique qui était une véritable éruption tuberculeuse. Les os étaient sains; les poumons contenaient un assez grand nombre de granulations grises. Le poumon chez cet animal avait donc été atteint avant le foie et la rate, ce qui vous prouve que l'infection tuberculeuse n'a pas chez les poules une marche invariable.

Notez que la voie digestive a été inférieure à la voie sous- ' cutanée dans les expériences de MM. Courmont et Dor et que l'inoculation en série a paru difficile. Rappelez-vous que sur les quatre poules précédentes, deux ont dù être sacrifiées au bout de trois mois. Il ne faudra donc pas attacher grande impor-

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tance à la survie ou à la mort lorsque je vous parlerai des tentatives d'inoculation de la tuberculose des mammifères à la poule.

En somme, tous les expérimentateurs qui ont essayé de propager la tuberculose aviaire sur des poules par n'importe quelle voie ont parfaitement réussi.

Le second groupe d'expériences ayant trait à la propagation de la tuberculose aviaire comprendra les tentatives qui ont été faites pour infecter des oiseaux avec la tuberculose des mammifères.

D'une façon générale, qu'il s'agisse de tuberculose humaine ou bovine, et quelque soit le mode d'introduction employé les résultats ont été médiocres. Ni Villemin, ni Colin et Raynal, ni Biffi et Verga, ni Maffucci, ni Straus et Wurtz, ni H. Martin, ni Gotti, ni Rivolta, n'ont réussi à produire une véritable généralisation tuberculeuse chez la poule. Néanmoins, quelques-uns de ces auteurs ont fait des observations intéressantes. Ainsi, Rivolta a trouvé sur des poules inoculées deux mois auparavant dans le péritoine, la matière virulente enkystée, greffée sur une anse intestinale; inoculée à des cobayes, elle infecta ces animaux. Le virus s'était donc conservé intact dans l'organisme de la poule. H. Martin ayant injecté dans le péritoine de fortes doses de matière tuberculeuse a constaté que le sang des poules inoculées était encore infectant pour des mammifères au bout de plusieurs mois; sept mois après l'inoculation, le sang tuberculisait un cobaye sur quatre. L'organisme de la poule est donc un séjour parfaitement habitable pour le bacille de Koch humain. Les phagocytes de la poule n'arrivent pas à le détruire. Vous vous rappelez que MM. Straus et Gamaleïa regardent la poule « comme absolument réfractaire » à la tuberculose des mammifères.

A côté de ces faits négatifs, au point de vue de la généralisation chez la poule de la tuberculose des mammifères, on peut

citer quelques faits positifs. M. Kocli lui-même ayant inoculé six poules, quatre pigeons, et deux moineaux avec une culture pure de tuberculose de singe a obtenu sur trois poules, c'est-àdire sur la moitié des inoculées, une généralisation tuberculeuse occupant l'intestin et le foie. Le fait observé subsiste malgré le changement survenu dans les idées théoriques de M. Koch.

MM. Nocard, Johne, Cagny, ont cité des faits remarquables de contagion sur des poules à la suite de l'ingestion de crachats de phtisiques, faits pratiques qu'il est impossible de rejeter complètement bien qu'ils n'aient pas la rig-ueur et la valeur des faits expérimentaux.

Enfin, MM. Gourmont et Dor, ayant inoculé plusieurs poules avec du virus tuberculeux tant d'origine humaine que d'origine bovine, ont eu des résultats nettement positifs.

C'est ainsi que deux poules inoculées dans la cuisse, l'une avec des lésions humaines, l'autre avec une culture de provenance humaine, et sacrifiées au bout de trois mois, ont présenté une induration au point inoculé semblable à celle que ces expérimentateurs avaient obtenue avec des cultures aviaires. Le tissu conjonctif sous-cutané était parsemé de nombreuses granulations. Le foie et la rate étaient légèrement hypertrophiés etparaissaient sains en apparence. Néanmoins un examen attentif décela à la surface de ces organes un semis de fines granulations tuberculeuses qui, examinées au microscope, furent reconnues pour des tubercules bacillifères. Les os étaient sains, et l'état général de ces animaux assez bon.

Ces deux gallinacés étaient loin en somme de ressembler, quant à la généralisation de leurs lésions, à ceux qui sont infectés avec de la tuberculose aviaire (preuve que leur tuberculose n'était pas spontanée et antérieure à l'inoculation); mais ils présentaient néanmoins des lésions tuberculeuses manifestes.

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Une autre poule fut inoculée à la cuisse avec les tubercules hépatiques de la première, c'est-à-dire de celle qui avait été infectée avec du tubercule pulmonaire humain ; sacrifiée au bout de trois mois, elle présenta de belles lésions tuberculeuses qui étaient en somme le résultat d'un deuxième passage delà tuberculose humaine sur l'organisme de la poule.

Le foie contenait une dizaine de gros tubercules faisant saillie à la surface (voy. fig. 21). L'anatomie pathologique microscopique de ces tubercules hépatiques montrait un centre vitreux se colorant en jaune par le picro-carminate d'ammo-

Fig. 21. — Tubercules (Tj dans le foie d'une poule inoculée à la cuisse avec de la tuberculose humaine trois mois auparavant (2^ passage), d'après MM. Gourmont et Dor (grandeur naturelle).

niaque, une zone épithélioïde avec quelques cellules géantes et une zone périphérique embryonnaire (voy. fig. 22 et 23).

La rate offrait trois grosses masses tuberculeuses(voy. fig. 24) ; l'intestin et son revêtement péritonéal étaient parsemés de fines granulations tuberculeuses (voy. fig. 25). Tous ces tubercules contenaient des bacilles caractéristiques. Vous voyez qu'on peut obtenir une série de poules tuberculeuses par l'inoculation sous-cutanée de lésions humaines.

Comparez la poule précédente, qui constitue en somme un

■pig. 22. — Coupe dans un tubercule du foie de la fi^^ure précédente, d'après MM. Courmont et Dor. Gross. 30 D.

1, tissu hépatique; 2, centre vitreux du tubercule; 3, zone embryonnaire; 4, une cellule ;gêante.

deuxième passage de la tuberculose humaine par la poule, à la

Fig. 23. — Cellule géante de la figure précédente, d'après MM. Courmont et Dor.

Gross. 600 D.

1, cellule géante ; 2, cellules épithélioïdes.

poule identique de la série aviaire décrite plus haut, vous ver-

g. 24. — Rate tuberculeuse de la même poule (2e passage de tuberculose humaine) d'après MM. Courmont et Dor (grandeur naturelle)

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rcz que la tuberculose humaine est aussi généralisée à œ deuxième passage que l'était la tuberculose aviaire.

MM. Courmont et Dor ont également tenté l'infection de la poule par ingestion de poumons tuberculeux soit de l'homme soit du bœuf. Ces deux séries ont donné des résultats positifs ; la tuberculose bien que peu généralisée se manifestait par des lésions très nettes; c'est ainsi qu'une poule qui avait ingéré 150 grammes de poumon humain tuberculeux présentait dans le poumon au bout de cinq mois une grosse masse très dure, tuberculeuse, fourmillant de bacilles.

En somme, MM. Courmont et Dor n'ont jamais infecté de poules avec la tuberculose tant humaine que bovine, sans trouver à l'autopsie des tubercules peuplés de bacilles. La généralisation est évidemment moins étendue dans ces cas que dans ceux du premier groupe, mais elle est indéniable.

MM. Cadiot, Gilbert et Roger sont arrivés aux mêmes conclusions que MM. Courmont et Dor; ils ont pu tuberculiser cinq poules sur quarante inoculations avec des bacilles de mammifères.

Ces résultats positifs sont peu nombreux, mais incontestables; je me refuse à les expliquer par la préexistence d'une tuberculose spontanée sur les poules inoculées.

Je conclurai donc pour ce second groupe d'expériences que

ig. 25. — Tubercules de l'intestin chez la même (2*^ passage de tuberculose humaine), d'après MM. Courmont et Dor (grandeur naturelle).

M, mésentùre ; V, vaisseaux; T, tubercules.

la tuberculose des mammifères rencontre de grandes difficultés à se généraliser dans l'organisme des oiseaux, mais que ces difficultés ne sont pas toujours insurmontables; on peut obtenir quelquefois une généralisation complète.

Le troisième groupe comprendra les tentatives d'inoculation anx mammifères de la tuberculose aviaire.

Les résultats obtenus ne sont négatifs pour personne, mais tout le monde admet que l'action pathogène du bacille aviaire serait bien différente de celle du bacille humain.

Déjà Gotti (1887), Cornil et Mégnin, Rivolta (1889), Cadiot, Gilbert et Roger (1890), expérimentant sur le veau, le porcelet, le cobaye et le lapin n'avaient pas observé sur ces animaux les effets qu'ils constataient habituellement en se servant de tuberculose humaine. Le veau et le porc (mais on ne compte que deux expériences sur ces animaux) ont donné des résultats négatifs. Quant au lapin, qui est moins sensible que le cobaye à la tuberculose humaine ou bovine, il serait au contraire un bien meilleur terrain que cet animal pour la tuberculose aviaire.

Jusque là, les différences sont assez vagues; MM. Straus et Gamaleïa les ont précisées et schématisées. Pour eux, l'inoculation au cobaye de bacilles aviaires amène fréquemment la mort, mais ne produit jamais de tubercules macroscopiques quel que soit le mode d'infection; l'inoculation au lapin donne les mêmes résultats, sauf lorsqu'elle a été faite dans la chambre antérieure de l'œil; il peut alors se produire quelques rares tubercules. Lorsque l'inoculation est faite dans le sang, l'infection se développe sous le type Yersin, qui est spécial à la tuberculose aviaire.

Le bacille des Mammifères, inoculé dans toutes les conditions précédentes, tue toujours avec une généralisation tuberculeuse manifeste.

Les expérimentateurs qui se sont occupés de ce(te question

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sont loin d'arriver aux mêmes conclusions que MM. Straus et Gamaleïa.

Tout d'abord, vous vous rappelez que MM. Courmont et Dor ont produit chez le lapin, par inoculation intra-veineuse de bacilles aviaires atténués, des tumeurs blanches avec tubercules très nets ; c'était bien là une lésion tuberculeuse macroscopique, chronique, ne ressemblant en rien au type Yersin. On peut donc, en se plaçant dans certaines conditions, obtenir de véritables tubercules chez le lapin par inoculation intra-veineuse de bacilles aviaires.

MM. Granclier et Ledoux-Lebard ont constaté des faits analogues en inoculant de très petites doses de virus aviaire actif. En un mot, dès que le lapin survit à l'infection aiguë du type Yersin, il est atteint d'une forme chronique qui est caractérisée par des tubercules identiques à ceux qu'engendrent les bacilles humains.

De véritables généralisations tuberculeuses, aussi intenses qu'il est possible de les concevoir, ont, en outre, été obtenues par MM. Courmont et Dor. Sur 52 lapins inoculés par ces expérimentateurs, dans le système veineux, avec des doses de cultures aviaires variant de 1 demi-centimètre cube à 2*'%5, 15 animaux chez lesquels la survie avait été plus considérable^ sont morts avec une éruption tuberculeuse confluente qui avait envahi tous les organes : poumons, plèvres, péricarde, reins, péritoine, rate.

Vous voyez que l'inoculation intra-veineuse de bacilles aviaires chez le lapin peut engendrer des lésions qui ne se distinguent pas des lésions de la tuberculose humaine.

MM. Courmont et Dor ont également inoculé 12 lapins par la voie péritonéale ; ces 12 animanx ont présenté des lésions tuberculeuses classiques généralisées.

Le cobaye a également servi de terrain expérimental à MM. Courmont et Dor. Les bacilles aviaires atténués, ceux qui

produisaient des tumeurs blanches chez le lapin, restaient sans effet dans le tissu conjonctif, mais, inoculés dans le péritoine, ils ont eng-endré une éruption tuberculeuse chez 4 cobayes. Des bacilles provenant de la même souche, mais devenus plus virulents à la suite de leur passage dans l'organisme du lapin, inoculés sous la peau de la cuisse à 48 cobayes, ont tué ces animaux en trois mois environ; 42, soit 7/8 présentaient à l'autopsie une tuberculose généralisée absolument semblable à la tuberculose humaine propagée sur le cobaye: ganglions caséeux, rate énorme farcie de tubercules, nombreux tubercules dans le foie et les poumons. 6 seulement n'offraient pas de lésions visibles.

MM. Courmont et Dor ont donc fait de nombreuses autopsies de cobayes dont les lésions tuberculeuses aviairesne pouvaient se distinguer des lésions tuberculeuses obtenues dans les mêmes conditions avec des bacilles d'origine humaine ou bovine.

MM. Cadiot, Gilbert et Roger ont inoculé 27 cobayes avec des lésions iuhercu\enses spontanées de \i Gallinacés : 13 n'ont pas présenté de lésions; o avaient un abcès caséeux local; 7, une tuberculose viscérale discrète et 2, une véritable généralisation tuberculeuse; un tiers des cobayes inoculés a donc été trouvé porteur de tubercules macroscopiques. Sur les 27 cobayes, 10 seulement étaient morts de l'inoculation. Ces auteurs ont, en définitive, obtenu d'assez nombreux résultats positifs sur le cobaye, moins constants cependant que ceux de MM. Courmont et Dor.

Nous pouvons donc conclure, d'après les faits expérimentaux sus-indiqués, qu'on peut, comme le dit M. Grancher, obtenir avec des cultures de bacilles aviaires toutes les tuberculoses que l'on veut.

Comment expliquer de pareilles divergences entre les auteurs qui ont inoculé la tuberculose aviaire aux Mammifères? Car

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je ne mets pas en cloute la réalité des observations négatives de MM. Straus et Gamaleïa.

MM. Courmont et Dor pensent, et vraisemblablement avec raison, que la cause de ces résultats contradictoires réside dans les conditions particulières oii se trouvent les bacilles aviaires inoculés. Pour eux, les bacilles qui ont subi récemment l'influence du milieu aviaire ont les plus grandes difficultés à produire des tubercules chez les Mammifères. Au contraire, ceux qui sont soustraits depuis longtemps à cette influence modificatrice, ceux qui appartiennent à une génération éloignée de la souche aviaire ont récupéré le pouvoir de tuberculiser les Mammifères. En efl'et, MM. Courmont et Dor, se servant de cultures aviaires toutes de même souche, n'ayant pas passé par la poule depuis 5 ans au moins, ont produit comme je vous l'ai dit, avec la plus grande facilité, des généralisations tuberculeuses chez le lapin, mais surtout chez le cobaye lorsqu'on les a inoculées sous la peau. Ces mêmes cultures inoculées à la poule engendraient également une tuberculose généralisée. Avec le foie d'une de ces poules, qui fourmillait de tubercules et de bacilles, et dont la coupe est représentée figure 19, 4 cobayes et 4 lapins ont été inoculés sous la peau de la cuisse : ai(cun d'eux n'a présenté de tubercules; seul, un cobaye était porteur d'un abcès caséeux et de ganglions inguinaux tuméfiés. // avait donc suffi d'un seul passage par la poule^ pour faire perdre à ces bacilles la propriété de tuberculiser les Mammifères^ propriété quils avaient progressivement récupérée en plusieurs années hors du milieu aviaire.

Comment s'étonner dès lors que les expérimentateurs qui se sont servis de lésions aviaires ou de bacilles aviaires récemment isolés aient pu aller jusqu'à nier la possibilité de tuberculiser des Mammifères avec de la tuberculose aviaire?

MM. Cadiot, Gilbert et Roger ont également constaté une modification du pouvoir tuberculisant des bacilles aviaires, mais

en sens inverse. Des lésions tuberculeuses de poule ayant passé trois fois par le cobaye ne pouvaient plus tuberculiser la poule; le milieu organique du cobaye avait donc suffisamment modifié les aptitudes de bacilles provenant directement de la poule pour les rendre inoffensifs chez ce dernier animal. Ne nous étonnons donc plus que les lésions tuberculeuses de Mammifères soient peu infectantes pour les Gallinacés.

Et maintenant, messieurs^ que vous avez la preuve expérimentale des profondes modifications imprimées au bacille tuberculeux aviaire par son passage dans tel ou tel organisme, j'espère vous voir admettre sans répugnance avec M. Grancber, avec MM. Courmont et Dor, MM. Cadiot, Gilbert et Roger, non pas l'identité absolue des bacilles tuberculeux de Koch (tout ce que je viens de dire plaide contre une identification complète), mais que le bacille aviaire et le bacille des Mammifères ne sont que deux races plus ou moins modifiées de la même espèce microbienne., le bacille de Koch.

Il n'y a rien là qui dépasse les notions admises en microbiologie; d'autres virus, tels que ceux de la rage et du rouget entre les mains de M. Pasteur, ont présenté des adaptations aussi remarquables.

En résumé, la plupart des expérimentateurs et M. Koch luimême tendent à admettre actuellement que la tuberculose des poules est produite par un bacille spécifiquement différent de celui de la tuberculose humaine et bovine.

Bien qu'il ne me répugne nullement de multiplier les espèces de microbes tuberculeux, je pense, au contraire, que la tuberculose aviaire est spécifiquement semblable à la tuberculose humaine et bovine, mais qu'elle présente, par suite dune sorte d'adaptation acquise dans l organisme de la poule, des particularités remarquables. J'estime que les différences qui séparent les bacilles aviaires des bacilles humains, au point de vue de leur forme, de leur végétabilité ou de leur façon

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de se comporter vis-à-vis divers organismes, sont d'importance secondaire et ne suffisent pas à en faire deux espèces distinctes; autrement dit, que le bacille de la tuberculose aviaire est une simple variété bien fixée ou mieux une race du bacille tuberculeux de Kocli.

Les recherches de MM. Cadiot, Gilbert et Roger et de MM. Courmont et Dor ont largement contribué à me procurer cette conviction ; il ne me paraît donc pas nécessaire, pour savoirsilatuberculose desgallinacés estcontagieusepourl'homme, d'attendre « le jour oii on aura trouvé cette espèce de bacille chez l'homme, ou quand, après une longue série de recherches, on aura toujours constaté son absence (Koch) ».

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