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DIX-SEPTIÈME LEÇON

Tuberculose zoogléique (Malassez et Vignal ; Chantemesse ; Nocard ;. Charrin et Roger; Dor; Graiicher et Ledoux-Lebard). — Observation de MM. Morat et Doyon.

Je vous ai déjà démontré, en étudiant l'édification tuberculeuse, que des parasites volumineux (œufs de strongle, cysticerques, champignons, etc.) pouvaient être l'occasion de lésions tuberculeuses, que des corps inertes pouvaient arriver au même résultat.

Reprenant et développant une idée introduite dans la science par M. Villemin, M. H. Martin montra que ces lésions tuberculiformes diffèrent des tubercules proprement dits de la phtisie par leur inaptitude à se reproduire en série par voie d'inoculation, en d'autres termes, qu'elles ne sont pas infectantes.

La découverte du bacille de Koch vint enfin dévoiler la cause de la virulence et de la contagiosité du tubercule de la phtisie.

Dès lors, on regarda avec raison les tuberculoses parasitaires comme de fausses tuberculoses, des pseudo-tuberculoses ; mais on admit du même coup, avec trop de précipitation, que tous les tubercules transmissibles devaient être rattachés au bacille de Koch, de telle sorte qu'actuellement encore la plupart des personnes qui prononcent le mot de tuberculose ont dans l'esprit la maladie du bacille de Koch.

Je vous ai dit un jour, dans ces leçons, que, grâce aux progrès accomphs depuis la découverte de M. Koch, le mot de

TUBERCULOSES AUTRES QUE LA TUBERCULOSE DE KOCll. 205

tuberculose ne devait plus conserver son ancienne signification spéciale, qu'il ne devait plus avoir qu'un sens général analogue au nom de genre en botanique ou en zoologie. L'adjonction d'un qualificatif simple ou double, correspondant à ceux qui désignent les espèces d'un genre, éclairera le lecteur sur l'espèce de tuberculose dont on voudra parler. Englober, comme on le fait aujourd'hui, dans le terme commode de pseudo-tuberculoses, et les tuberculoses non réinoculables en série, et toutes celles qui, microbiennes, ne sont pas produites par le bacille de Koch, c'est comparer des choses dissemblables, c'est faire une confusion et partir d'une idée fausse. Ce n'est pas parce que le bacille de Koch est plus fréquent que les autres microbes tuberculeux ou qu'il a été découvert avant <3ux, qu'il faut lui concéder le monopole des véritables tubercules.

En effet, le tubercule est le produit d'une réaction inflammatoire des éléments en présence d'une irritation de moyenne intensité. Les observations faites dans ces dernières années ont établi que l'irritation tuberculigène n'était pas l'apanage exclusif du bacille de Koch, que d'autres microbes (déjà très nombreux à l'heure actuelle) jouissent de la même propriété. Bien plus, certains microbes ne la possèdent qu'à un état particulier de leur activité, de telle sorte qu'elle pourrait leur être contestée, si on les étudiait à une autre période de leur vie.

Il y a donc des pseudo-tuberculoses et des tuberculoses microbiennes ; la tuberculose bacillaire de Koch est une de ces dernières.

Au point de vue de la nomenclature, MM. Grancher et Ledoux-Lebard pensent qu'il faut, jusqu'à nouvel ordre, désigner les tuberculoses par le nom des observateurs qui les ont étudiées. Je crois qu'il faut intercaler, entrer tuberculose » et le nom de l'auteur, le nom générique du microbe; c'est-à-dire, par exemple, tuberculose bacillaire de Koch, etc. Le nom du

microbe devrait aussi comprendre les mêmes éléments lég-ërement transposés ; tels seraient Bacillus tuberculosis Kochi, Bacillus tubermlosis Coiirmonti, etc.

Quels sont les faits particuliers qui justifient les propositions précédentes?

A cette heure, on a déjà décrit plusieurs microbes tuberculig'ènes. Yu la brièveté de plusieurs de ces observations, les conditions différentes où elles ont été notées, il est très difficile, pour ne pas dire impossible, de faire un classement définitif de tous ces matériaux, de dire combien nous connaissons d'espèces microbiennes capables d'engendrer les tubercules. Des travaux comparatifs ultérieurs sont absolument indispensables pour jeter du jour sur cette question.

Pour le moment je me contenterai de vous décrire les principales tuberculoses microbiennes en les groupant provisoirement d'après leurs analogies apparentes. Je négligerai les pseudo-tuberculoses.

En voici le tableau :

> Non réinoculables en série : Pseudo-tuberculoses .

i 1° T. bacillaire de Koch.

1 I ' r. zooglœique de Malassez et Vignal, Nocard

\ \ \ Eberth, Chantemesse, Grancher et Ledoux-

^ j Réinoculables \ 2° / Lebard.

o . en série : ' j T. bacillaire de Charrin et Roger.

^ ] Tuberculoses < ' T. sirepto-bacillaire àeDoi.

^ / microbiennes, i \ T. bacillaire de Courmont.

1(7. coccienne (?) de Toussaint, i 40 i ^- bacillaire de Preisz et Guinard, de Mosny

\ \ / et Méguiu, de Leroy, de Pfeiffer.

On appelle Tuberculose zooglœique une maladie tuberculigène dont les lésions sont caractérisées par la présence de petits amas microbiens irréguliers, rappelant ce que les botanistes appellent des zooglœes, et tenant lieu et place des bacilles de Koch. Ces microbes condensés en zooglœes (la zooglœe n'est qu'une forme de végétation qui peut être commune à

plusieurs espèces; ce n'est pas une espèce microbienne) se cultivent et les cultures reproduisent la maladie par inoculation.

La tuberculose zoogloeique fut découverte en 1883 par MM. Malassez et Vignal, dans un nodule tuberculeux souscutané de Tavant-bras, chez un enfant de quatre ans, mort de méningite tuberculeuse.

J'appelle votre attention sur ce fait que le premier exemple de tuberculose zoogléique provient de l'homme.

MM. Malassez et Yignal étudiaient le degré de fréquence des bacilles de Kocli dans les lésions tuberculeuses. Ils cherchèrent vainement des bacilles dans ce nodule, bien que l'inoculation de cette lésion dans le péritoine du cobaye eut amené la tuberculisation de l'animal. Mais, autre particularité remarquable, les cobayes étaient morts en six à dix jours avec une généralisation tuberculeuse très étendue; les poumons étaient farcis de tubercules. Or vous savez que, chez le cobaye, la tuberculose bacillaire de Koch ne se propage aux poumons que deux mois après l'inoculation. Les lésions des cobayes ne contenaient pas de bacilles de Koch ; leur centre était occupé par des microcoques en zooglœes, difficiles à voir et à colorer, simulant des cellules géantes. Par le procédé d'Ehrlich, on ne colorait pas ces. zooglœes ; après tâtonnements, MM. Malassez et Vignal réussirent en faisant passer les préparations dans deux bains successifs : le premier bain est un mélange de bleu de méthylène et d'eau saturée d'huile d'aniline; le second est le mélange décolorant suivant :

Solution de carbonate de soude à 2 p. 100 2 voL

Alcool absolu 1 —

Dans les préparations de ces auteurs, les zooglœes sont nettement colorées en bleu.

Ces amas sont bien microbiens et ne sont pas des cellules géantes. Il est possible, en effet, devoir nettement les microbes

qui les constituent en écrasant une bonne préparation bien colorée ; on les aperçoit alors sous forme de cocci légèrement allongés disposés en séries longitudinales, formant ainsi de longs streptocoques enroulés les uns dans les autres et agglutinés par une substance unissante visqueuse.

MM. Malassez et Yignal ont d'ailleurs cultivé ces zooglœes et obtenu des inoculations positives en série avec les cultures pures. Mais au delà du deuxième passage, les zooglœes présentèrent de la tendance à se fragmenter, à devenir diffuses, et finirent presque par disparaître dans les lésions anciennes. Vers le cinquième passage, les zooglœes furent remplacées par des microcoques isolés et par un bacille réagissant aux matières colorantes comme le bacille de Koch. Après hésitations, MM. Malassez et Vignal conclurent, pour expliquer la présence de ce bacille, à une infection secondaire qui a bien dû réellement exister, puisque les autres auteurs qui ont étudié la tuberculose zooglœique n'ont vu de bacille de Koch à aucune période de leurs inoculations.

En 188.^, M. Nocard a retrouvé dans les poumons de volailles, qui s'infectaient toutes dans un poulailler des environs de Laval, des tubercules, au sein desquels les bacilles de Koch étaient absents et remplacés par des amas zooglœiques semblables à ceux de MM. Malassez et Yignal.

La même année, Eberth constata : 1° dans les organes d'un cobaye, spontanément tuberculeux, des nodules où les bacilles de Koch cédaient la place à des microcoques difficiles à colorer ; 2° dans les viscères et jusque dans la moelle osseuse d'un lapin, des nodules sans cellules géantes, sans bacilles de Koch, contenant seulement des bacilles deux fois plus larges que le précédent, disposés en chaînettes ou en zooglœes.

En 1887, M. Chantemesse reçut de M. Terrier des bourres de coton à travers lesquelles avait filtré l'air d'une salle habitée par des phtisiques. 11 inséra ces fragments dans le péritoine

de quelques cobayes et fit l'autopsie de ces animaux qui moururent un mois et demi plus tard. Les ganglions mésentériques, la rate, le foie, les poumons présentèrent des tubercules à centre caséeux et difficile à conserver dans les coupes. Ces tubercules ne contenaient pas de bacilles de Koch, mais des masses homogènes de microbes en grains, colorables surtout par la méthode de Malassez et Vignal. M. Chantemesse en conclut qu'il s'était trouvé en présence de la tuberculose zoogléique- Son travail est accompagné de figures démonstratives.

En 1888, MM. Grancher et Ledoux-Lebard inoculèrent à un cobaye 1 centimètre cube du liquide qui sortait d'un filtre chargé avec de la terre du jardin de l'Hôpital des enfants sur lequel on avait jeté de l'eau et des cultures de bacilles de Koch. Le cobaye mourut au bout de six jours avec une tuberculisation miliaire de la rate et du foie. L'examen histologique dénota une tuberculose zoogléique. Les inoculations en série transmirent la maladie avec ses mêmes caractères et confirmèrent les observations de MM. Malassez et Vignal ; au quatrième passage, les granulations tuberculeuses ne renfermaient plus de zooglœcs ; à leur place, on voyait des microcoques ou de courts bacilles disséminés, en chapelets brefs ou en faibles amas. Jamais les bacilles de Koch n'ont apparu.

Ils ont de plus étudié les cultures avec grand soin; les microcoques poussaient sur la gélatine, la gélatine glycérinée, mieux sur l'agar-agar avec ou sans sucre ou sur le sérum, lentement sur la pomme de terre et le bouillon ; ils étaient aérobies; leur température optima était +20°; à + 37° ils végétaient difficilement. Leur étude morphologique révéla un polymorphisme considérable.

Quant aux lésions, MM. Grancher et Ledoux-Lebard ont fait une constatation importante : le microbe ne donnait pas toujours des tubercules, il produisait parfois une simple infiltration microbienne accompagnée d'une réaction de dégéné-

210 LEÇOiNS SUR LA TUBERCULOSE.

rescence dans les éléments qui se trouvaient au contact.

MM. Cliarrin et Roger ont fait connaître un autre, exemple de tuberculose zoogléique avant MM. Grancher et Ledoux- Lebard; si je l'ai réservé, c'est parce que le nom de tuberculose bacillaire donné par eux à l'affection qu'ils ont étudiée semble la faire différer de la tuberculose zoogléique. Il s'agit d'un cobaye mort avec des granulations tuberculeuses hépatiques et spléniques dépourvues de bacilles de Koch, mais contenant un petit bacille qui poussait bien et rapidement sur tous les milieux non glycérinés. L'inoculation de cultures pures

tue le lapin en treize jours avec une généralisation typique, tuberculise également le cobaye et la souris, mais n'a aucun effet sur le cliien, le chat ou l'âne.

Sur ces entrefaites, M. Dor, ayant eu l'occasion de voir périr des lapins avec des lésions tuberculeuses dépourvues de bacilles de Koch, tira de ces lésions et cultiva dans le bouillon un petit bacille disposé en chaînettes qu'il appela streptobacille (voyez fig. 26). Ce microbe ne poussait pas sur les milieux glycérinés. M. Dor ne put tout d'abord reproduire la maladie en inoculant des cultures, mais y parvint sur le lapin au bout de quelques générations. La figure ci-jointe faite par M. Dor lui-même reproduit exactement celle de MM. Malassez et Yignal; la culture se présente sous forme de chaînettes d'articles légèrement allongés.

Enfm, MM. Nocard et Masselin ont encore reproduit des lésions tuberculeuses zooglœiques en inoculant le produit du jetage d'une vache soupçonnée à tort de tuberculose, comme on l'a

Fig. 20. — Cultures du stieptobacille tuberculeux de M. Dor.

1, culture en bouillon; 2, culture sur gélaline.

VU plus tard, lorsqu'elle fut sacrifiée. Il est probable que des zooglées tuberculeuses s'étaient trouvées fortuitement mêlées au jetage. Dans tous les cas, il est impossible de dire que ces auteurs se sont trouvés en présence de la tuberculose zoogléique du bœuf.

Tout récemment M. Ledoux-Lebard a publié un travail sur la tuberculisation de cobayes par ingestion de fortes doses de ses cultures personnelles ou de celles de MM. Charrin et Roger, qu'il juge d'ailleurs identiques. Les cobayes meurent le plus souvent. Les uns succombent rapidement, en quinze jours, avec des lésions granuliqnes de l'intestin et du foie, de la tuberculose ganglionnaire, les autres résistent plus longtemps (forme lente) et présentent alors des nodules caséeux ganglionnaires et hépatiques. Après avoir fait l'histologie de ces lésions, M. Ledoux-Lebard conclut que, sauf la différence du microbe producteur, il y a analogie complète entre la tuberculose de Koch et la tuberculose zoogléique engendrées par ingestion chez le cobaye.

MM. Morat et Doyon ont observé à Lyon, au mois de janvier 1891, chez le cobaye une affection tuberculiforme tout à fait particulière et qui peut être rapprochée des précédentes. A l'autopsie d'un cobaye mort accidentellement, ils trouvèrent des lésions variées : d'abord d'énormes ganglions mésentériques bourrés d'une matière puriforme, caséeuse; puis des masses caséeuses dans les deux poumons et un semis abondant de fines granulations blanchâtres sur le foie et la rate.

Ces lésions ne rappelaient qu'imparfaitement celles provoquées chez le cobaye par l'invasion et le développement du bacille de Koch. MM. Morat et Doyon pensèrent se trouver en présence d'une forme particulière d'infection purulente ou d'une tuberculose zoogléique. Dans le but d'élucider la question, ils ensemencèrent le sang et les granulations du foie.

Les cultures en bouillon furent fertiles et permirent de constater la présence] d'un très petit, disposé g-énéralement en diplocoques ou chaînettes courtes. Souvent même les cocci étaient accumulés en amas, de telle sorte que le nom de staphylocoque paraît leur convenir autant que celui de streptocoque. Ce coccus ne poussait pas sur la gélatine à la température du laboratoire. Dans le bouillon, il perdait le pouvoir végétatif au bout d'un mois.

On pratiqua à la cuisse trois séries d'inoculations, deux avec 5 à lo gouttes des cultures jeunes provenant soit du sang, soit des granulations, et une troisième, en insérant simplement sous la peau des cobayes un fragment de tubercule. Pendant près de trois mois, les expériences furent continuées. Les animaux inoculés mouraient dans un temps qui variait de huit à quinze jours. Au début, la mort survenait assez régulièrement le septième jour. A l'autopsie, on trouvait les lésions suivantes : au point d'inoculation, un œdème assez accentué entourant des masses caséeuses, puriformes ; les ganglions voisins très tuméfiés ; le foie et la rate principalement étaient parsemés d'abondantes granulations jaunâtres ; les poumons contenaient quelques rares granulations grisâtres. Au bout de trois ou quatre passages à travers le cobaye, le virus a paru s'atténuer un peu ; les animaux survivaient à l'inoculation de dix à quinze jours; mais les lésions constatées à l'autopsie étaient plus confluentes. On trouvait alors les poumons farcis également de granulations jaunâtres, caséeuses; on a même constaté la pe'ritonite et la péricardite, sur ces animaux.

MM. Morat et Doyon ont ensuite inoculé des lapins. Ces animaux succombaient toujours au bout de quarante-huit heures. A l'autopsie, ils ne présentaient aucune lésion. Dans le sang, on retrouvait le microorganisme inoculé, mais en très petite quantité.

Au surplus, le sang s'est toujours montré pauvre en microbes;

il en fallait, en général, une quantité assez notable pour obtenir des cultures fertiles.

De nombreuses coupes microscopiques ont été faites dans les lésions ; mais l'examen n'a pas permis d'affirmer la nature tuberculeuse de celles-ci. On n'y trouvait que des cellules ou des leucocytes infiltrés entre les éléments normaux des organes, simulant à la rigueur un tubercule jeune. MM. Morat et Doyon n'ont jamais constaté de formations plus caractéristiques que ces amas de cellules embryonnaires. Jamais ils n'ont trouvé de cellules géantes.

Il se sont alors préoccupés de rechercher le microorganisme pathogène dans les coupes par le procédé de MM.Malassez et Yignal, supposant qu'il s'agissait d'une tuberculose zoogléique. Ils ont rencontré des amas considérables de cocci retenant bien la matière colorante.

Elnfin, MM. Morat et Doyon recherchèrent les effets des produits sécrétés par les microbes sur l'infection ultérieure par ce môme agent. Leurs essais ont été variés tant sur le cobaye que sur le lapin, et jamais ils n'ont constaté d'effets vaccinants ou favorisants en introduisant les cultures filtrées dans la voie sanguine.

En définitive, il fut impossible à MM. Morat et Doyon de se prononcer sur la nature des lésions qu'ils avaient observées. Peut-être ont-ils vu une forme de tuberculose zoogléique, peut-être est-ce une simple infiltration cellulaire d'origine microbienne ?

Il m'a paru intéressant de vous signaler, à propos des tuberculoses zoogléiques, cette observation qui pourra servir de point de départ à de nouvelles recherches.

Tels sont les exemples que j'ai réunis pour former un premier groupe de tuberculoses microbiennes autres que celles de Koch. Il faut maintenant en faire une étude synthétique pour justifier leur rapprochement.

M. Chantemesse estime qu'il s'est trouvé en présence de la tuberculose zoogléique de MM. Malassez et Yignal. M. Granclier trouve la sienne semblable aux deux précédentes et bi celle de M. Nocard; il étudie celle de MM. Charrin et Roger et la trouve encore identique. Quant à celle de M. Dor, elle se rapproche beaucoup de la forme décrite par MM. Malassez et Vignal, Roger. Enfin, M. Nocard, à l'occasion d'une épidémie de tuberculose qui ravageait le clapier de M. Rossignol, à Melun, a fait une étude comparative, par cultures et [inoculations, du microbe qu'il venait de trouver, de celui de MM. Charrin et Roger et de celui de M. Dor, et conclut à l'identité de ces différents microbes et des lésions qu'ils occasionnent, et aussi à leur identité avec les zooglées de MM. Malassez et Vignal. Je puis donc bien, jusqu'à nouvel ordre, ranger dans un même groupe toutes ces tuberculoses microbiennes, puisqu'elles paraissent n'être que différentes manifestations d'une même maladie et d'un même microbe.

Je laisse de côté le cas de MM. Morat et Doyon, dont la place est encore indécise en pathologie expérimentale.

Jusqu'à présent la tuberculose zoogléique a été rencontrée plus souvent chez les animaux que chez l'homme, puisque les auteurs précédents ont découvert les microbes qu'ils ont décrits : deux fois chez le cobaye (Eberth, Charrin et Roger), trois fois sur le lapin (Eberth, Nocard, Dor), une fois sur la poule (Nocard), et une fois seulement chez l'homme (Malassez et Vignal).

Le germe vit et conserve sa virulence dans l'air au moins un certain temps, puisque M. Chantemesse le retrouva dans de l'air filtré (ce cas pouvait être de provenance humaine) et M. Nocard dans le mucus nasal d'une vache non tuberculeuse. Il peut également exister dans le sol, comme dans l'expérience de MM. Grancher et Ledoux-Lebard (rien ne prouve, en effet, qu'il provienne des cultures dont avait été arrosé le filtre). Ces

remarques ont un intérêt pratique, puisque l'homme est certainement apte à contracter la tuberculose zoog^léique.

Quels sont les rapports des zooglées tuberculeuses avec le bacille de Koch ? Au moment où MM. Malassez et Yignal firent leur découverte, on tenait beaucoup à ne pas attaquer la spécificité absolue du bacille; aussi leur fit-on plusieurs objections. On leur dit d'abord qu'ils n'avaient peut-être pas su voir le bacille de Koch dans la lésion primitive, qu'ils avaient bien pu ensuite confondre les cocci des zooglées avec des spores du bacille de Koch, ou les zooglées elles-mêmes avec des cellules géantes et qu'enfin ces zooglées pouvaient bien n'être que des produits de dégénérescence caséeuse. MM. Malassez et Vignal se défendirent victorieusement contre toutes ces attaques en établissant les caractères spéciaux des micro-organismes siégeant dans les lésions tuberculeuses qu'ils produisaient; ils montrèrent qu'ils avaient eu aiïaire à un microbe polymorphe, qui, même sous sa forme bacillaire, diffère notablement du bacille de Koch; enfin ils reproduisirent les lésions avec des cultures pures.

Ily avait cependant des faits embarrassants, par exemple, l'apparition du bacille de Koch au 5^ passage à travers les animaux, pouvant s'expliquer par une association microbienne où le bacille de Koch était primitivement masqué parles zooglées; il y avait aussi le fait que MM. Grancher et Ledoux-Lebard avaient obtenu une tuberculose zoogléique en pensant inoculer du bacille de Koch. Mais on peut répondre que dans le second cas la coexistence des deux germes tuberculeux dans le filtre est curieuse, bien que parfaitement possible, et que dans le premier l'explication réside certainement en une infection secondaire fortuite, puisque tous les autres auteurs qui ont étudié la tuberculose zoogléique n'ont vu apparaître le bacille de Koch à aucun moment de leurs expériences.

La spécificité de la tuberculose zoogléique est donc bien

démontrée. La zooglée ne peut non plus être une modification du bacille de Koch, car la transformation serait tellement profonde, que cela équivaudrait à admettre une espèce distincte. Au surplus, s'il pouvait rester quelques doutes dans l'esprit au sujet de l'existence de microbes tuberculeux différents de celui de Koch, je vais les faire disparaître en entreprenant l'étude du deuxième groupe (1).

(1) M. Pfeiffer a fait une étude approfondie d'un bacille tuberculeux assez^ remarquable. Il est difficile de dire s'il s'agit d'une espèce nouvelle ou d'un microbe déjà étudié.

DIX-HUITIÉME LEÇOxN

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