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TUBERCULOSES MICROBIENNES AUTRES QUE LA TUBERCULOSE BACILLAIRE

DE KOCH [Suite et fin).

Tuberculose bacillaire de J. Courmont. — Observations de microbes tuberculigènes faites sur le bœuf par Leroy, Parietti; sur le lièvre, par Mosny et Mégnin; sur l'homme, par Hayem; sur le mouton, par Preisz et Guinard.

€e second groupe a pour base la tuberculose bacillaire de M. J. Courmont (1 ).

A la fin de décembre 1888, je priai M. J. Courmont d'exécuter certaines expériences sur la tuberculose, en empruntant le virus à des lésions d'origine bovine. Il se fit apporter de Tabattoir de Lyon des masses tuberculeuses pleurales caractéristiques de la pommelière. Ces tubercules ne contenaient pas de bacilles de Kocb. Ils furent ensemencés dans plusieurs ballons de bouillon giycériné maintenus à + 39°, et inoculés à 16 animaux : 8 lapins et 8 cobayes. Dès le lendemain, la moitié des ballons était troublée par la pullulation d'un petit bacille qui n'avait aucun rapport avec celui de Koch ; les autres l)allons sont restés indéfiniment clairs.

Quatre jours plus tard, 4 cobayes étaient morts; huit jours après l'inoculation, tous les 8 avaient succombé ; aucun ne présentait de lésions tuberculeuses, mais tous avaient un œdème considérable de la cuisse inoculée, d'où suintait un liquide clair, rempli de bacilles allongés, et une rate notablement gonflée. Ces caractères rappelaient tellement l'affection charbonneuse, que le sang du cœur de ces cobayes fut ensemencé en

<1) Voyez Études sur la tuberculose, 1890.

bouillon ordinaire. Tous les ballons ainsi ensemencés contenaient le lendemain des cultures pures absolument semblables à celles que M. J. Courmont avait obtenues directement avec les tubercules du bœuf. Elles renfermaient un petit bacille court, avec deux masses de condensation terminales et une zone médiane claire légèrement étranglée, ne se réunissant jamais en chaînettes ni en diplo-bacilles (voy. fig. 27), aérobie et anaérobie, poussant bien et rapidement sur tous les milieux employés dans les laboratoires et à des limites de température très étendues, par exemple jusqu'à -f- 46". On trouvait dans

les cultures à -]- 46** des articles allongés presque semblables à ceux que contenait l'œdème des cobayes (voy. fig. 27, 2).

L'inoculation des cultures provenant du sang du cœur, à d'autres cobayes, les tua avec les mêmes symptômes et les mêmes lésions : œdème local, Fig. 27. — Bacille tuberculeux de gonflement de la rate, bacilles

M. Courmont. (Fort erossissement.) ,1 ,1

^ ^ dans le sang, sans traces de

1, culture en bouilloa à + 33» ; — 2, cul- ,

ture eu bouillon à -h 46°. lésious tubcrculeuses ; au bout

de quelques passages, apparut cependant un petit abcès caséeux au point d'inoculation.

Pendant ce temps que devenaient les huit lapins ? Un premier mourut le dix-huitième jour après l'inoculation, avec un abcès local, une rate gonflée et un foie farci de petits tubercules saillants à sa surface. Un seul échappa à l'infection. Tous les autres moururent petit à petit, avec des tubercules du foie et souvent des masses tuberculeuses dans les poumons; le dernier, qui survécut quatre-vingts jours, présentait une tuberculose pulmonaire des plus confluentes. Toutes les lésions des lapins étaient histologiquement de beaux tubercules avec

cellules géantes dépourvues de bacilles de Koch. La culture décela dans ces tubercules, ainsi que dans le sang des lapins inoculés, la présence du même bacille que dans le sang" des cobayes et dans les tubercules du bœuf.

Les lésions tuberculeuses du lapin inoculées à d'autres lapins produisirent plusieurs g-énérations successives de lapins tuberculeux olTrantles caractères que je viens de vous décrire.

M. J. Courmont ne douta plus qu'il fût en possession d'un bacille tuberculeux qui était l'agent tuberculigène du bœuf sacrifié à l'abattoir et des lapins inoculés. Toutefois il se trouvait en présence d'une grosse difficulté : les cobayes mouraient sans lésions tuberculeuses, qu'ils fussent inoculés avec des cultures ou avec les lésions bovines. Il pensa que le virus frais puisé directement sur le bœuf ou dans les cultures immédiates était trop actif et tuait les cobayes avant que la généralisation tuberculeuse ait eu le temps de se produire. Aussi essaya-t-il d'obtenir des cultures atténuées en même temps qu'il inoculait d'autres cobayes avec les lésions tuberculeuses des lapins qui reproduisaient de si belles séries de lapins tuberculeux. Le résultat fut contraire à son attente; les cobayes inoculés avec des tubercules de lapins ne devinrent jamais tuberculeux ; ils moururent rapidement comme les premiers ; et ceux qui recevaient des cultures, atténuées par différents moyens, ne succombaient quelquefois que cinquante jours après l'inoculation, avec des bacilles dans le sang, mais sans traces de lésions tuberculeuses. Il était impossible d'admettre que cinquante jours ne soient pas un laps de temps suffisant pour l'édification de lésions tuberculeuses, si elles devaient se produire. Enfin les tubercules des lapins tuaient également les cobayes sans lésions. Par conséquent l'hypothèse énoncée plus haut dut être abandonnée.

M. J. Courmont commençait à désespérer d'obtenir des tubercules sur le cobaye et à douter des propriétés du bacille qu'il venait de découvrir, lorsqu'inoculant un jour des cobayes avec

une culture âgée de vingt jours, il vit se développer chez eux en cinq jours une généralisation tuberculeuse mortelle. Ces tubercules inoculés à d'autres cobayes les tuèrent en cinq à huit jours, et toute une série de ces animaux succomba avec de belles lésions tuberculeuses, qui s'édifiaient en moins de dix jours. L'histologie démontra la nature tuberculeuse des nodules pourvus de cellules géantes (voy. fig. 28 et 29), et l'absence des bacilles de Koch ; la culture décela toujours le

Coupe d'un tubercule pulmonaire de cobaye, âgé de 5 jours.

1, cellules géantes; 2, cellules embryonnaires; 3, vaisseaux; 4, tissu pulmonaire.

bacille de M. J. Courmont dans les lésions et dans le sang.

A partir de cette époque, le doute ne fut plus permis ; M. J. Courmont se trouvait bien en présence d'une tuberculose bacillaire différant de celle de Koch et il en possédait l'agent virulent. D'ailleurs, la résistance du cobaye à s'infecter par l'inoculation des lésions du bœuf et des lapins aurait suffi à faire éliminer la tuberculose de Koch; la reproduction de la maladie chez le cobaye par l'inoculation de cultures pures venait apporter la dernière preuve, en même temps qu'elle mettait en

relief des particularités intéressantes. C'étaient d'abord la rapidité de l'édification tuberculeuse (5 jours), fait concordant avec ceux de la tuberculose zoogléique, et surtout l'absence de tuméfaction ganglionnaire entre le point inoculé et les organes tuberculeux. Cbez aucun des cobayes qu'il a autopsiés, M. J. Courmont n'a vu de traces du passage du virus dans le système lymphatique, comme cela arrive toujours avec la tuberculose bacillaire de Koch. Cette absence d'altération dans les ganglions lymphatiques du cobaye doit suffire à un expérimentateur éclairé pour lui faire affirmer une anomalie.

Enfin, chez le lapin, la tuberculisation, au lieu de commencer par les poumons, s'attaquait d'abord au foie.

Lorsqu'il fut en possession de tubercules de cobaye, M. J. Courmont essaya de les inoculer au lapin ; mais celuici, bien que succombant avec des ba- Cilles dans le sang, ne présenta jamais J'^j^.^ Courmout. -

de lésions tuberculeuses à la suite de ^""^ ^^""^^ ëè^""^^ de la

figure 28 fortement grossie.

ces inoculations. Il recommença des i, centre granuleux -, 2, couronne

-, .' -, T -, de novauv de la cellule géante; 3,

inoculations sur le cobaye avec des ceiiuies .«pithéiioidcs du tubercule, cultures et put constater que les cultures en bouillon, maintenues à 35°, sont mortelles pour le cobaye pendant quarante jours, mais ne le rendent tuberculeux que durant une période de leur existence qui va du vingtième au vingt-cinquième jour environ; ces mêmescultures inoculées au lapin ne le rendirent pas tuberculeux.

Après avoir refait toutes les expériences précédentes et pratiqué plus de cent cinquante autopsies, M. J. Courmont formula les conclusions suivantes :

1° La tuberculose bovine peut être causée par d'autres microbes que le bacille de Koch.

2° Cette nouvelle tuberculose, outre la différence de son agent spécifique, présente des particularités remarquables.

3° Son virus ne laisse pas de traces de son passage dans le système lymphatique du cobaye et se généralise très rapidement chez cet animal.

4° Il attaque d'abord le foie chez le lapin et n'a pas chez lui une marche beaucoup plus rapide que le virus de la tuberculose de Koch.

5° Les animaux peuvent se diviser en plusieurs groupes, relativement à l'aptitude qu'ils offrent à se tuberculiser les uns par les autres ; ainsi le bœuf et le lapin appartiennent à un groupe, tandis que le cobaye et le rat blanc en forment un autre. Les lésions tuberculeuses provenant d'un groupe tuberculisent à coup sur les animaux appartenant au même groupe et tuent sans lésions tous les autres.

6" Les cultures de l'agent virulent tuent les animaux très rapidement ou lentement, mais n'occasionnent des lésions tuberculeuses que lorsque le moment de leur évolution correspond à l'aptitude de l'espèce inoculée. On dresserait une véritable échelle du pouvoir tuberculeux d'une même culture, à ses différents âges, pour les différents groupes d'espèces animales.

7"" Cette propriété du bacille d'édifier, à certains moments de son existence, des lésions tuberbuleuses, est indépendante de sa virulence.

8° Le bacille se retrouve en abondance dans le sang des victimes, remarque très importante au point de vue hygiénique, puisque la viande des animaux atteints de cette tuberculose fourmille de bacilles et que le bœuf a été l'origine de son étude.

Telles sont les conclusions que M. J. Courmont a tirées de ses expériences; elles ont une grande importance tant au point de vue de la science bactériologique en général que de la tuberculose en particulier. Vous voyez un bacille acquérir subite-

ment à un moment donné, par le simple fait de son vieillissement, une propriété nouvelle, propriété qui a même été regardée pendant longtemps comme l'apanage d'une seule espèce microbienne ; bien plus, cette propriété d'irriter les tissus pour provoquer le tubercule ne se montre pas en même temps pour toutes les espèces animales susceptibles de devenir tuberculeuses. Enfin, cette adaptation à tuberculiser un groupe d'espèces survit au passage par l'animal et les lésions ne sont tuberculigènes que pour le groupe restreint oh elles ont été produites. Autant de notions nouvelles qui pourront être fécondes à l'avenir et nous expliqueront peut-être quelques faits restés obscurs jusqu'à ce jour.

Vous vous rappelez qu'on a insisté, pour différencier la tuberculose aviaire de la tuberculose humaine ou bovine, sur cette propriété qu'a le bacille aviaire de tuer quelquefois le lapin ou le cobaye sans tubercules apparents. Le bacille de M. Courmont perd ou acquiert la propriété de faire des tubercules bien que restant toujours pathogène. Dans ce cas, on n'a cependant affaire qu'à une seule et même espèce microbienne.

Le bacille de M. J. Courmont n'a aucun rapport avec les microbes tuberculeux en zooglées que je vous ai décrits. Les effets de son inoculation suffiraient à vous le prouver; en outre, il pousse sur les milieux glycérines, contrairement aux organismes de MM. Charrin et Roger, et Dor; il végète à -|-46° et dans le vide, ce que ne peut faire le coccus de MM. Grancher et Ledoux-Lebard, et nous avons admis que tous les microbes du groupe précédent appartiennent à la même espèce. J'aime mieux le rapprocher du microbe de Toussaint. Je vous ai déjà parlé de la découverte de Toussaint, qui précéda d'ailleurs celle de M. Koch; je vous ai dit qu'elle tomba dans l'oubli malgré la rigueur des expériences de cet auteur. Je la rapproche de celle de M. J. Courmont, parce que ces deux expérimentateurs ont constaté la présence de leur microbe tuberculeux dans

le sang, parce que tous deux ont puisé leur semence sur une vache tuberculeuse et enfin parce que les cultures de Toussaint,, bien que toujours pathogènes, ne sont devenues tuberculigènes qu'au bout de quelques générations. Je sais bien que Toussaint a parlé d'un coccus, mais à l'époque où il faisait ses recherches^ la technique pouvait lui faire appeler coccus un bacille court. Je crois donc qu'il s'est trouvé en présence du même microbe que M. Gourmont. J'appelle d'autant plus vivement votre attention sur ces bacilles, que Toussaint a obtenu deS' cultures jouissant des mêmes propriétés avec du sang d'homme tuberculeux, au moment où il lui devenait impossible de continuer ses recherches.

Tout récemment, M. Leroy a publié une observation de « tuberculose bovine atypique », qui pourra peut-être, comme se le demande l'auteur, prendre place à côté de la tuberculose de M. Gourmont. G'est en tous cas un nouvel exemple de. tuberculose bovine étrangère au bacille de Koch.

J'ajouterai que M. Parietti vient encore de signaler un exemple de tuberculose bovine sans bacilles de Koch. Ayant inoculé dans le péritoine d'un cobaye du lait de vache suspecte de tuberculose, il put étudier le développement d'une tuberculose produite par un micro-organisme particulier qui n'a pas de rapports avec le bacille de Koch.

MM. Mosny et Mégnin ont communiqué au Gongrès pour l'étude de la tuberculose, en 1891, les résultats d'expériences sur un bacille provenant d'une tuberculose spontanée du lièvre. Ge bacille ressemble à beaucoup de points de vue à celui de M. Gourmont ; mais l'histologie des lésions produites est bien différente. G'est encore une tuberculose à classer ultérieurement.

J'ai terminé l'étude du second groupe des tuberculoses microbiennes autres que celle de Koch; mais je veux encore vous entretenir des propriétés curieuses des produits solubles sécrétés par le bacille tuberculeux de M. J. Gourmont.

TUBERCULOSES AUTRES QUE LA TUBERCULOSE DE KOCH. 22o

J'avais formulé, en 1888, l'hypothèse de produits solubles prédisposants pour expliquer certains faits de l'histoire de la tuberculose. M. J. Courmont a démontré la légitimité de ma supposition, en mettant le premier en relief, par l'expérimentation, l'existence incontestable de ces produits solubles que sécrète un microbe pour favoriser son implantation. Depuis, la question a fait du chemin et d'autres auteurs ont trouvé des produits solubles prédisposants dans les sécrétions de certains microbes, tels que celui du charbon symptomatique (Roger),, celui de la maladie pyocyanique (Bouchard et Charrin), du staphylocoque pyogène (Rodet et Courmont), du streptocoque de l'érysipèle (Roger), mais l'exemple de M. J. Courmont est encore le fait le plus remarquable que nous possédions en ce genre.

Les produits solubles peuvent en effet favoriser l'infection de deux façons différentes, soit par leur toxicité immédiate qui met pendant un temps limité l'organisme hors d'état de se défendre contre les microorganismes, soit par une modification profonde de l'organisme récepteur, qui est tout l'opposé de la vaccination, laquelle ne se manifeste qu'au bout d'un certain temps et se maintient d'une façon durable. C'est de la seconde manière qu'agissent les produits solubles prédisposants du bacille de M. Courmont.

Cet auteur a démontré, en collaboration avec M. Rodet^ l'existence de substances semblables dans les produits de sécrétion du staphylocoque pyogène. Vous consulterez son travail sur les substances solubles prédisposant à l'action pathogène de leurs microbes producteurs [Revue de Médecine, octobre 1891).

En introduisant dans le tissu conjonctif ou dans le péritoine de lapins et de cobayes un centimètre cube de culture filtrée de son bacille tuberculeux, par kilogramme de poids vif, M. Courmont a fait les constatations suivantes : 1° l'effet toxique est à peu près nul ; 2° les animaux ainsi imprégnés et ino-

226 LEÇOiNS SUR LA TUBERCULOSE.

culés en même temps avec du virus complet ne présentent rien de remarquable dans la marche de la tuberculose; T les animaux imprégnés et inoculés plusieurs jours après (vingt jours par exemple) sont tellement prédisposés à l'infection qu'ils sont foudroyés par l'inoculation; le lapin meurt en vingt-trois heures et le cobaye en quinze ; c'est-à-dire que le cobaye meurt seize fois plus vite qu'un témoin inoculé en même temps avec le même virus ; 4° le virus qui passe par les animaux imprégnés y puise une virulence telle qu'il tue des animaux neutres aussi rapidement que s'ils étaient prédisposés; au bout de plusieurs passages par des animaux neutres, cette augmentation de la virulence ne diminue pas.

Le lapin ou le cobaye qui ont eu le temps de s'imprégner de produits solubles voient donc leur réceptivité pour le bacille sécréteur s'augmenter dans des proportions considérables. Le bacille de M. J. Courmont sécrète donc des produits solubles qui préparent le terrain, autrement dit : prédisposants. 11 est impossible de reproduire ce phénomène en cultivant des bacilles dans le produit d'une culture filtrée; ces derniers y végètent, mais leur virulence est plutôt diminuée; il faut l'intermédiaire d'un organisme et un certain temps d'imprégnation pour que le phénomène devienne manifeste.

J'ai à peine besoin de faire ressortir l'importance d'une pareille constatation tant au point de vue de la tuberculose en particulier que de labiologie générale. Nous pouvons maintenant nous faire une idée satisfaisante des récidives de la tuberculose, des généralisations fréquentes mais souvent lentes des tuberculoses locales et enfin surtout de l'hérédité maternelle : « Les enfants d'une mère tuberculeuse, dit avec raison M. J. Courmont, naissent dans le même état que les lapins ou les cobayes que Ton imprègne de produits solubles ; saturés pendant toute la gestation de produits prédisposants versés dans le torrent circulatoire par les bacilles de la lésion maternelle,

ils constituent un terrain sain en apparence et cependant bien préparé à se laisser infecter à la première occasion où ils recevront le contage tuberculeux. »

Je terminerai cette étude des tuberculoses engendrées par des microbes autres que le bacille de Kocli en vous résumant deux travaux également intéressants. Ils étendent considérablement le champ et l'importance de ces tuberculoses qui paraissaient, il y a quelques mois, devoir rester des curiosités expérimentales.

M. Ilayem a signalé tout récemment le cas d'un jeune homme qui présenta une tuberculose de la capsule surrénale gauche et de l'intestin. Les lésions caséeuses étaient causées par un microbe sans analogie avec le bacille de Koch. Cette observation est à rapprocher de celle qui a servi de point de départ à MM. Malassez et Vignal pour étudier la tuberculose zoogléique ; ce sont les deux seuls cas de provenance incontestablement humaine, connus à l'heure actuelle. Je prévois que ces cas se multiplieront bientôt dans les annales de la science (1).

Le second travail auquel je faisais allusion est à peine terminé. Il a été fait dans mon laboratoire par M. H. Preisz, de Buda-Pesth et M. L. Guinard; il s'agit d'une tuberculose spontanée du mouton. Un mouton avait été saisi à l'abattoir de Saint- Etienne comme suspect de tuberculose. M. Labully, vétérinaire inspecteur, envoya à mon laboratoire les deux reins, seuls organes manifestement malades.

Un des reins était porteur d'une tumeur sphérique, d'un diamètre de 2<^°',5, formée d'une masse compacte parsemée de petits foyers blancs calcifiés, avec un centre nettement calcifié (voy. fig. 30). Le reste du rein était intact.

L'autre rein était beaucoup plus malade; sa surface était

(1) Voir Charrin: Soc. de biologie, 17 octobre 1891.

bosselée par une série de tumeurs semblables à la précédente; le tissu normal avait presque entièrement disparu.

L'examen microscopique ne révéla aucun bacille de Koch, mais une quantité assez considérable de bacilles correspondant au type que je vous décrirai bientôt.

La matière tuberculeuse de ces reins a été inoculée à des cobayes et à des lapins ; ces inoculations ont été poussées jusqu'à la cinquième série.

Fig. 30. — Lésion tuberculeuse spontanée du mouton, sans bacilles de Koch, d'après MM. Preisz et Guiuard (Coupe du rein, grandeur naturelle).

T, tubercule ; i, centre caséeux avec point de calciflcation ; i, points caséo-calcaires plus petits ; ■i, uretère; 5, bassinet du rein : 6, vaisseau coupé obliquement.

Les animaux inoculés dans le sang ou dans le péritoine moururent du quatrième au sixième jour; ceux qui furent inoculés sous la peau survécurent plusieurs semaines. Les autopsies ont toujours révélé des tubercules. Au bout de quarantehuit à soixante-douze heures, on observait de jeunes granulations tuberculeuses, grosses comme un grain de millet, opaques,

blanchâtres, différant par conséquent un peu des granulations grises, transparentes, de la tuberculose de Koch. Les tubercules plus âgés contenaient au centre une matière caséeuse assez molle.

Le péritoine, la plèvre, le foie, les reins, la rate, les poumons, le myocarde, les os, les muscles, la peau, les testicules étaient farcis de ces lésions tuberculeuses ; vous voyez que la généralisation s'effectuait avec une intensité remarquable.

Les poumons présentaient quelquefois une véritable pneumonie caséeuse.

Tous les tubercules renfermaient le microbe caractéristique de cette affection. C'était un bacille extrêmement fin, très court, ayant à peine une longueur égale à 3 [x, et polymorphe (voy. fig. 31). Assez fréquemment une des extrémités, rentlée, donnait au microbe la forme d'une poire. Quelquesuns étaient très courts et placés bout à bout.

Après coloration avec une Fig- -n. — Bacille tuberculeux de 1 j' 1 -Il MM. Preisz et Guinard. — Culture

couleur d anihne, ce bacille «ur gélatine (Fort grossissement).

montrait une succession d'espaces clairs et de zones de condensation protoplasmiques.

Les bacilles, très abondants dans les tubercules jeunes, étaient très rares dans les masses caséeuses. Ils se coloraient bien par différentes méthodes y compris celle de Gram.

L'histologie de la pièce primitive du mouton a montré à MM. Preisz et Guinard trois couches concentriques; une périphérique, uniquement conjonctive; une moyenne formée de quelques fibres conjonctives englobant des cellules altérées du rein et de nombreuses cellules migratrices ; enfin une centrale.

constituant la presque totalité de la tumeur, était composée par une matière homogène, finement granuleuse, calcifiée en certains points, fixant très bien l'hématoxyline.

Les tubercules jeunes étaient presque exclusivement constitués par un amas de cellules migratrices. La nécrobiose centrale survenait très rapidement.

L'inoculation des cultures a donné des résultats qui ne sont pas encore en état d'être publiés.

Messieurs, si nous jetons maintenant un coup d'œil en arrière, nous voyons que nous devons englober sous le nom de tuberculose toutes les productions tuberculiformes qui conservent leurs caractères dans les inoculations en série. La tuberculose microbienne, infectieuse, résulte de la réaction des tissus organiques contre les microbes envahisseurs jouant le rôle d'irritants ; c'est un processus défensif qui finit presque toujour^r au détriment de l'organe assiégé. L'irritation d'où procède le tubercule n'est pas l'apanage d'une seule espèce microbienne ; elle appartient à plusieurs micro-organismes; bien plus, elle peut apparaître seulement dans une période de la vie d'un même microbe. Naturellement les tissus réagissent différemment suivant le microbe, surtout suivant la nature des produits solubles fabriqués par ce dernier. C'est dire que non seulement la tuberculose est multiple dans ses causes, mais qu'elle différera également dans ses lésions. La base anatomique, si vantée à une certaine époque pour caractériser la tuberculose, ne pourra donc servir de critérium que dans ses grandes lignes. On s'entend en somme assez bien, lorsqu'on parle de tuberculose, et néanmoins cette étiquette couvre tout un groupe d'affections encore assez mal délimité. De nouvelles recherches sont nécessaires pour arriver à une définition précise.

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