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SEPTIÈME LEÇON

SEPTICÉMIE GANGRÉNEUSE [sîllte]

Etude expérimentale des effets locaux et des symptômes généraux de la septicémie gangréneuse. — Expériences de MM. Rodet et Gourmont. — Injections dans le sang de la sérosité musculaire et des cultures du Bacille. — Influence sur la respiration et la circulation. — Influence de l'âge des cultures sur leur toxicité. — De l'existence des germes de la septicémie gangréneuse dans la nature. — Présence dans le sol, dans l'eau, dans l'air. — Déductions pratiques.

Nous avons - déterminé l'agent spécifique de la septicémie gangréneuse ; nous avons vu qu'il s'agissait, dans tous les cas, du vibrion septique, un des agents anaérobies de la putréfaction. Ce microbe redoutable est fréquent dans la nature; il existe, comme nous le dirons bientôt, dans la terre végétale, dans les vases, clans l'encroûtement des bougies Chamberland destinées à filtrer l'eau potable ; enfin il est un commensal habituel de l'intestin de l'homme et des herbivores. Vous n'avez pas oublié qu'il est pathogène pour l'homme, et fatalement mortel lorsqu'il a pénétré dans le tissu conjonctif.

Tout exemple de septicémie gangréneuse est donc la suite d'une inoculation du vibrion septique dans le tissu conjonctif, soit de dedans en dehors, soit le plus souvent de dehors en dedans.

Les accidents consécutifs à cette inoculation sont d'abord locaux, puis généraux et aboutissent constamment à la mort.

Je veux aujourd'hui vous dire quelques mots de la genèse de ces divers accidents.

Occupons-nous d'abord des accidents locaux.

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Le premier en date est l'œdème inflammatoire de la région inoculée. Celle-ci se gonfle dans toutes ses parties, grâce à un épancliement intermusculaire assez abondant; les téguments prennent une teinte rouge sombre. Ces accidents se produisent incontestablement sous l'influence d'une modification locale de la tonicité des parois vasculaires, remontant probablement à une double cause, ou mieux à la duplicité des efïets d'une soûle et même cause. L'origine première des accidents locaux se rattache, en efTet, aux produits solubles sécrétés par le vibrion septique, lesquels agissent vraisemblablement à la fois sur les parois des vaisseaux de la région, et sur le système des nerfs vaso-moteurs lui-même ; de sorte qu'ils produisent une vaso-dilatation intense et un épanchement séreux abondant.

Les effets vaso-moteurs paraissent réclamer pour se généraliser une certaine concentration et accumulation des produits solubles, puisque, au début, ils restent locaux et ne dépassent guère la zone habitée par les microbes. Le sang, qui entraîne certainement une partie de ces produits solubles, n'en contient pas assez pour provoquer des troubles à distance du foyer originel.

On voit bien survenir quelquefois, comme je l'ai dit, de véritables accidents métastatiques représentés par des phlyctènes se développant loin du point d'inoculation et sans lien apparent avec lui ; mais il s'agit alors de véritables foyers microbiens secondaires qui constituent de nouveaux centres émissifs de produits solubles toxiques. La sérosité de ces phlyctènes contient effectivement le bacillus septicus.

Les accidents locaux doivent être comparés à ceux qui suivent l'inoculation des venins animaux, tels que ceux du cousin, de l'abeille, du scorpion ou de la vipère. A ce propos, vous avez pu lire dans quelques ouvrages que le venin de la vipère contenait un microbe qui était probablement la cause de ses propriétés nocives. M. Kaufmann a démontré qu'il n'en était rien.

Les effets que vous connaissez sont dus à des substances solubles.

Il y a lieu de se demander si on peut reproduire expérimentalement ces phénomènes inflammatoires avec des produits solubles microbiens privés de microbes. La réponse n'est pas douteuse, et je crois avoir été le premier à démontrer que l'introduction dans le tissu conjonctif de produits isolés des cultures de certains organismes pathogènes peut déterminer une inflammation locale. C'est avec le pneiimobacillm liqiiefaciem bovis que j'ai fait d'abord cette constatation importante. Un centimètre cube d'une culture de ce microorganisme, filtrée ou stérilisée par la chaleur, introduit sous la peau du bœuf, donne naissance à une plaque surélevée, large comme la main, chaude, douloureuse, constituée par une sérosité assez abondante. Le précipité alcoolique des cultures filtrées a des effets identiques. Il s'agit dans ces cas d'une diastase phlogogène sécrétée par le piieumobacilliis liqiiefaciens bovis.

S'inspirant de mes expériences, M. Christmas a retiré des cultures du staphylocoque pyogène une autre diastase également phlogogène.

De pareils faits étant bien démontrés, je ne doute pas que le vibrion septique ne produise les accidents locaux œdémateux de la septicémie gangréneuse par l'intermédiaire d'une sécrétion phlogogène.

Mais les infiltrations inflammatoires se compliquent ici d'une infiltration gazeuse. La genèse des gaz dans les foyers gangréneux s'explique aisément par les propriétés zymotiques du vibrion septique, propriétés dont je vous ai déjà entretenus et sur lesquelles je ne reviendrai pas.

Enfin, quant aux phlyctènes, elles sont le résultat de la présence d'une colonie microbienne qui s'est insinuée dans le derme cutané et dont les sécrétions dissolvent quelques-unes des couches cellulaires profondes de l'épiderme.

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Si maintenant nous cherchons à nous expliquer le mécanisme des phénomènes généraux que j'ai décrit dans une précédente leçon, nous verrons qu'il est sous la dépendance des produits solubles microbiens répandus dans le sang".

Yous vous rappelez que ces phénomènes généraux sont caractérisés par des troubles de la respiration, de la circulation et de la calorification. Les fonctions cérébrales restent habituellement indemnes. Tous ces accidents se rattachent à la diffusion des sécrétions microbiennes et non à celle des microbes dans l'organisme. Plusieurs observations cliniques nous fournissent déjà un argument en faveur de cette opinion. Salleron rapporte le cas d'un militaire qui subit en Grimée la désarticulation du pied dans l'interligne tarso-métatarsien, et mourut de septicémie gangréneuse à un moment où le gonflement crépitant ne dépassait pas les malléoles. L'expérimentation, à son tour, nous en démontre le bien fondé. Si, par exemple, l'on filtre sur plusieurs doubles de papier la sérosité musculaire et péritonéale d'un cobaye mort de septicémie gangréneuse, et si l'on introduit ce liquide dans les veines d'un lapin à la dose de 1 centimètre cube par 100 grammes de poids vif, cet animal meurt en une demi-heure ou trois quarts d'heure avec une dyspnée considérable. Le chien est également sensible aux substances contenues dans cette sérosité, puisqu'il périt de même, avec de la dyspnée, quinze à vingt heures après une injection intraveineuse de O'^^jS? par 100 grammes de poids vif (Rodet et Courmont). Dans ces cas, l'influence des microbes ne peut être invoquée, puisque, déjà très rares dans la sérosité filtrée, ceux-ci ne se développent pas dans le sang, et ne se retrouvent que très difficilement sinon jamais à l'autopsie.

Les produits toxiques sont également fabriqués par le vibrion septique dans les cultures artificielles, ainsi que MM. Roux et Chamberland l'avaient déjà constaté par leurs injections dans le péritoine du cobaye. MM. Rodet et Courmont l'ont constaté

à leur tour, et ils ont fait de plus l'étude physiologique de la toxicité des cultures du vibrion septique avec soin. Ils ont enregistré les troubles de la respiration, de la circulation sur des chiens ou des lapins, et étudié simultanément les troubles de la calorification consécutifs à l'introduction dans le sang de doses considérables de culture.

Ces expérimentateurs se sont d'abord assurés qu'on peut, sans troubler sérieusement les grandes fonctions d'un chien pesant 15 kilogrammes, injecter dans ses veines 336 centimètres cubes du bouillon préparé pour les cultures du vibrion septique. Par conséquent, les effets observés à la suite de l'injection de doses moindres de bouillon ayant servi à des cultures sont imputables aux substances solubles microbiennes qu'elles renferment.

MM. Rodet et Gourmont inscrivaient le pouls carotidien, la respiration et la température rectale de l'animal ; au bout d'un instant et pendant que les tracés se déroulaient, ils injectaient dans la veine jugulaire des animaux des doses progressives de culture jusqu'à la mort ou tout au moins jusqu'à l'apparition de perturbations considérables. Les cultures qu'ils injectaient avaient été préparées avec soin par M. Linossier et étaient employées soit immédiatement, soit après un certain temps d'exposition à l'air. Elles renfermaient des produits solubles et des microbes. Dans l'étude d'une intoxication rapide, on peut effectivement ne pas se préoccuper des microbes qai accompagnent le bouillon. Cette méthode a même pour elle l'avantage de permettre l'injection de tous les produits solubles, car elle n'expose pas à la soustraction de quelques-uns d'entre eux par la filtration ou à l'altération de certains par le chauffage, suivant que Ton aurait entrepris de. séparer les microbes par l'une ou l'autre de ces opérations.

Je vais vous résumer quelques-unes des expériences de MM. Rodet et Courmont.

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Le 6 juin 1890, deux cobayes sont inoculés avec du virus septique desséché, datant de 1881, additionné de quelques gouttes d'acide lactique. Ils meurent le lendemain, 7 juin. On extrait des cadavres la sérosité péritonéale et celle des muscles infiltrés. On les additionne d'un volume d'eau égal. On obtient ainsi 56 centimètres cubes de liquide que l'on introduit, par injections successives, dans la veine jugulaire d'un lapin de 1350 grammes dont le pouls carotidien, la respiration et la température rectale sont soigneusement enregistrés. La mort survient une demi-heure environ après la première injection, au milieu de convulsions généralisées, accompagnées d'une hémorrhagie intestinale. La température, qui était de 39^ au début, s'était progressivement abaissée pendant l'expérience, elle est à 35° au moment de la mort. La dyspnée a été très manifeste dès les premières injections.

Les tracés de la figure 46 représentent les troubles qu'ont entraînés chez cet animal les deux dernières injections, et enfin ceux qui sont survenus au moment de la mort.

La portion 1 est prise vingt minutes après la première injection, l'animal ayant déjà reçu 26 centimètres cubes d'extrait, soit 13 centimètres cubes de sérosité pure. De I à l' a lieu une nouvelle injeclion de 13 centimètres cubes, soit 6 centimètres cubes et demi de sérosité. La respiration devient presque aussitôt très irrégulière ; plusieurs inspirations saccadées se produisent; après la fin de l'injection le type respiratoire s^est régularisé, mais il est beaucoup plus fréquent qu'il ne l'était auparavant ; il y a de la dyspnée. Le tracé du pouls carotidien présente également des troubles profonds dont le plus apparent est une chute considérable de la pression artérielle [d). Quatre minutes après l'injection, la dyspnée a presque disparu; mais le cœur est resté très faible, ses pulsations sont à peine sensibles. A ce moment, on fait une dernière injection de 18 centimètres cubes dont les efi^ets sont traduits sur la

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portion 2 du Iraré (fig*. 46). La rcppiralion dovicnl aussilol

Fig. 4G. — Trois portions d'un tracé de la respiration et de la pression carotidienne pris sur uii lapin pendant l'injection de sérosité septique dans la veine jugulaire (d'après MM.Rodet et Courmont).

Dans les trois portions (1,2, 3), les mêmes leLlres ont la même signification : S, ligne d"abscisse et secondes (elle a été relevée de 15 millimètres) ; R, trace de la respiralion llioracique ; P, tracé du pouls carotidien ; I, début d'une injection ; 1'^ fin d'une injection ; d, chute de pression accomi)agna;it ou suivant une injection ; M, moment de la mort du lapin.

irrégulière et la pression artérielle baisse comme précédemment [d). Trente-cinq secondes plus tard, surviennent des con-

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valsions générales et la mort. C'est pendant que ces phénomènes se déroulaient que l'on a recueilli la portion 3 du tracé (fig. 46). Les convulsions générales se manifestent dans le tracé de la respiration par une suite irrégulière d'inspirations saccadées qui sont immédiatement suivies de l'arrêt définitif de la respiration (M). La pression artérielle subit des variations concomitantes ; les battements du cœur deviennent imperceptibles et cessent à peu près en même temps que la respiration. La température rectale est à ce moment de 35°.

Ce lapin a succombé, en moins d'une demi-heure, à l'injection de 28 centimètres cubes de sérosité pure, additionnés de 28 centimètres cubes d'eau.

MM. Rodet et Courmont ont fait une expérience identique sur le lapin, en se servant d'une culture âgée de trois mois et demi et ouverte seulement au moment de l'usage. Une dose double de la dose de sérosité employée dans l'expérience précédente, c'est-à-dire 54 centimètres cubes de cette vieille culture, injectée dans les veines d'un lapin de 1350 grammes, n'a tué cet animal qu'au bout de trente-six heures sans localisations microbiennes, sans bacilles dans le péritoine, en somme par intoxication. Pendant l'expérience la température s'est abaissée à 35°, 8. Outre les troubles déjà signalés, le lapin a présenté un épistaxis assez abondant. Cette vieille culture contenait donc des produits beaucoup moins toxiques que la sérosité.

La même culture fut expérimentée de suite et dans les mêmes -conditions sur un chien pesant 16"", 250.

Ce chien reçut progressivement dans la veine jugulaire 162 centimètres cubes de culture et résista parfaitement. Il sortit vacciné de cette redoutable épreuve, car, inoculé un mois plus tard, dans le tissu conjonctif, avec 4 centimètres cubes de sérosité pure de cobaye, il a encore survécu.

Malgré la bénignité de rinfection, ce sujet présenta pendant les injections intra-veineuses des troubles intéressants qui

sont en partie rc[)r6sentés dans les tracés des fiLiincs 47 cl 48.

bi^.i'i. — Truib purtious (1, 2,ii;duu trace de la re»piiaiiuu et ae lu piessiuu caiotidienue recueilli sur un chien pendant l'injection dans la veine jugulaire d'une rieille culture du bacille de la septicémie gangréneuse (d'après MM. Rodet et Courmont).

Dans les trois portions, les mêmes lettres out la même signification : S, ligne d'abscisse et secondes (elle a ôlô relevée de 13 millimètres); R, tracé de la respiration tlioracique ; P, tracé du pouls cajotidien ; I, début d'une injection intra-veineuse ; b, trouble respiratoire consécutif à l'injection ; c, trouble de la pression artérielle et du pouls à la suite de l'injection.

La portion 1 représente les tracés normaux de la respira-

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lion et du pouls carotidien du chien avant l'expérience; V = 39°. La portion 2 représente les troubles consécutifs à une première injection de 13 centimètres cubes dont le début est indiqué en I. Quelques secondes après, les irrégularités de la respiration (b) et de la circulation {c) s'accusent

Fig. 48. — Deux autres portions des tracés de l'expérience traduite déjà dans

la figure précédente.

Les mêmes lettres ont la même signification que dans la figure 47,

d'une façon manifeste. La respiration est tantôt profonde, tantôt superficielle et accélérée. Le cœur bat avec plus de précipitation, mais souvent ses pulsations sont plus faibles qu'à l'état normal. La portion 3 est un fragment de tracés pris onze minutes après la première injection. A ce moment, l'animal a reçu 68 centimètres cubes de culture et sa tempéralare est 38%4. On voit par la simple inspection de ces tracés Combien la circulation et la respiration sont troublées par les

produits solubles du vibrion septique. La respiration est devenue petite et fréquente ; le pouls, de son côté, est plus petit et plus rapide.

La figure 48 est encore composée de tracés recueillis sur le même animal. La portion 4 est prise environ douze minutes après la portion 3 de la figure 47; l'animal a déjà reçu 95 centimètres cubes de culture ; on lui fait une nouvelle injection de 13 centimètres cubes qui commence en L En b et c, les elTets immédiats des toxines septiques sur la respiration et la circulation apparaissent; en même temps, l'animal est pris de frissons. Sa température n'est plus que de 38°. La portion 5 est prise beaucoup plus tard, alors qu<î l'animal a reçu la totalité des 162 centimètres cubes^ environ une demi-heure après la portion précédente. La température est alors de 37°, 9; la respiration est superficielle, irrégulière et présente de temps en temps de longues pauses expiratoires, comme on le voit en b. Le cœur est plus fréquent, et en outre très irrégulier [c). On croirait, à chaque instant, que des troubles irrémédiables vont survenir. Néanmoins, comme nous l'avons dit, l'animal s'est remis de cette crise redoutable.

MM. Rodet et Courmont ont également enregistré les troubles fonctionnels produits, chez le chien, par l'injection intraveineuse de la sérosité du cobaye, comme ils l'avaient fait chez le premier lapin (fig. 46).

La sérosité musculaire et péritonéale de quatre cobayes, inoculés la veille avec du virus sec datant de 1881, est extraite sans addition d'eau et injectée à un chien pesant 15"'^, 500. La mort de l'animal survint au bout de cinq ou six heures.

Pendant les injections, ce chien présenta des troubles remarquables.

La portion 1 de la figure 49 représente la respiration et le pouls carotidien normaux de l'animal. La température avant toute injection était de 38%8.

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La portion 2 est prise sur le même animal environ vingt minutes après la première injection; Tanimal a reçu à ce mo-

iMg. 49. — Trois portious (1, .2, ;i) d'an trace de la r.ispirutioii et de la pression carotidienne recueilli sur un chien avant et après l'injection de sérosité musculaire septique dans la veine jugulaire {d'après MM. Rodet et Courmont).

S, ligne d'abscisse et secondes (elle a été relevée de 15 millimètres) ; R, tracé de la respiration tlioracique ; P, tracé du pouls carotidien.

ment 31 centimètres cubes de sérosité dans le sang". Sa respiration est profondément modifiée, elle présente de grandes

pauses expiratoires ; ses pulsations cardiaques sont énergiques, précipitées, irrégulières ; les ondulations de la pression, qui accompagnent normalement les mouvements respiratoires, sont supprimées pendant les phases d'apnée. L'animal est agité de frissons.

La portion 3 est empruntée à la même expérience, environ cinquante minutes après la première injection. A ce moment, le chien a reçu 56 centimètres cubes de sérosité. La respiration est des plus irrégulières; elle présente de longues phases d'apnée entrecoupées de brusques inspirations. Le cœur est précipité, irrégulier ; la tension moyenne dans les artères s'élève légèrement, malgré l'affaiblissement propre des systoles ventriculaires.

Il résulte des expériences précédentes que l'injection intraveineuse, soit de sérosité musculaire et péritonéale, soit de cultures âgées du bacille de la septicémie gangréneuse, provoque, sur le chien ou le lapin, des troubles constants et peut même entraîner la mort. La respiration est, comme chez l'homme frappé de septicémie, la fonction qui paraît le plus compromise. La dyspnée est toujours manifeste. Fréquemment, les inspirations restent superficielles et on note une tendance à l'arrêt en expiration. Les substances solubles fabriquées-par le vibrion septique ont donc une action inhibitrice sur le centre inspirateur. Quand la mort approche, la respiration se précipite, devient très faible, puis s'arrête complètement ; quelques convulsions asphyxiques achèvent le tableau.

L'action sur le cœur se fait sentir, après les premières injections, par le ralentissement des pulsations et une chute brusque de la pression artérielle. Ultérieurement, on peut voir des périodes alternatives de précipitation et de ralentissement, les phases d'accélération coïncidant avec les périodes d'arrêt de la respiration. Le cœur devient ensuite de plus en plus

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misérable, mais ne cesse de battre qu'au moment oii la respiration s'arrête définitivement.

Les vaisseaux capillaires sont certainement atteints et se mettent en état de dilatation, car la tension artérielle s'abaisse à la suite des injections, moins pourtant après plusieurs injections qu'au début de l'expérience, et enfin parce qu'on observe chez la plupart des animaux des hémorrliagies rectales ou nasales.

La température s'abaisse aussi progressivement de plusieurs degrés, quelquefois jusqu'à 35°. Ce refroidissement tient à une diminution des combustions. Dans des expériences anciennes, j'ai vu qu'un rat blanc exhale par kilogramme de poids vif et par heure 2,035 centimètres cubes de CO^, qu'il en exhale 2,188 dans les douze heures qui suivent l'inoculation, puis 1,752 dans les douze heures suivantes, et enfin seulement 537 dans les dernières heures de la vie.

Il s'agit en somme d'une intoxication frappant d'abord sur certains points des centres nerveux, puis atteignant successivement tous les éléments anatomiques.

MM. Rodet et Courmont se sont demandé si la puissance toxique des cultures variait suivant leur âge ou les différentes conditions dans lesquelles elles étaient obtenues. Vous avez vu qu'avec une culture de trois mois et demi, ces auteurs ont tue le lapin au bout de trente-six heures seulement, par une inoculation intra-veineuse de 4 centimètres cubes par 100 grammes de poids vif, et qu'ils n'ont pas réussi à tuer le chien avec 162 centimètres cubes de cette même culture, soit en injectant dans le sang 1 centimètre cube par 100 grammes de poids vif.

Avec une culture de cinq jours, faite dans un bouillon identique, un chien de 6^'^, 500 présenta des troubles extrêmement profonds quand il eut reçu 14 centimètres cubes, et la mort survint, une heure et quart environ après cette première

injection, avec une dose de 80 centimètres cubes, c'est-à-dire légèrement supérieure à 1 centimètre cube par 100 grammes de poids vif. Cette même culture fut injectée à la dose de 14 centimètres cubes dans le sang* veineux d'un lapin de 2 kilogrammes, c'est-à-dire à une dose inférieure à 1 centimètre cube par 100 grammes. Trente-cinq minutes après l'injection, ce lapin présenta une dyspnée intense et une grande prostration; il mourut très rapidement, en une heure trois quarts. Les cultures jeunes sont donc plus toxiques que les cultures anciennes; elles le sont moins cependant que la sérosité musculaire ou péritonéale. C'est donc dans les cultures jeunes qu'il conviendrait de rechercher la toxine du bacille de la septicémie gangréneuse.

Le fait de laisser pendant quelques jours une culture du vibrion septique exposée à Tair a paru lui faire perdre rapidement sa nocivité. La substance toxique serait dénaturée ou détruite par l'oxydation.

Posons-nous une dernière question relative à l'étiologie de la septicémie gangréneuse.

Cette affection est toujours liée originellement à l'inoculation du vibrion septique. Oia trouve-t-on le plus fréquemment ce microbe dans la nature? De la réponse donnée à cette question, nous déduirons les circonstances dans lesquelles il est surtout à redouter.

Le vibrion septique étant un des agents de la putréfaction se trouve dans presque tous les milieux où des matières organiques sont en décomposition.

C'est dire qu'il doit exister particulièrement dans le sol. C'est en effet de la couche superficielle ou arable que Koch et Gaffky l'ont isolé. M. Pasteur l'a rencontré dans la terre des fosses où l'on avait enfoui des cadavres charbonneux.

M. Pasteur a même indiqué la manière de déceler le vibrion

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septique dans ces conditions. La terre suspecte est soumise à un lessivage, puis laissée en repos. Le liquide qui la surmonte est décanté. L'eau ainsi décantée derechef est soumise à un nouveau repos, puis décantée, afm de diminuer la quantité des particules solides qu'elle tient en suspension. Lorsque le dépôt est presque insignifiant, on le recueille et on le chauffe à 90° en présence d'un acide ; les microorganismes à l'état de mycélium sont détruits; les spores subsistent et l'on a beaucoup de chances pour obtenir celles du bacille cherché. Le dépôt est alors inoculé à des cobayes, dont quelques-uns meurent de septicémie gangréneuse. On peut alors obtenir des cultures pures en ensemençant la sérosité des animaux.

M. Liborius, M. Cornevin ont décelé la présence du vibrion septique dans la terre cultivée. M. Cornevin l'a trouvé à 0™,50 de profondeur. Par contre, ce même auteur l'a infructueusement recherché dans le sol d'une foret, malgré l'emploi d'acide lactique qui facilite beaucoup le succès des inoculations.

Le vibrion septique se trouve également dans les eaux. Toutefois sa recherche est alors rendue difficile par la dilution et par les causes d'atténuation qu'il rencontre dans ce milieu.

Néanmoins, plusieurs auteurs ont démontré son existence dans les eaux ou mieux dans les vases agitées ou déposées au sein de ces dernières.

M. Cornevin l'a rencontré dans les eaux troubles et boueuses do la Saône en temps de crue.

M. G. Roux (de Lyon) a montré que le dépôt vaseux des bassins de Saint-Clair destinés à l'alimentation de la ville, inoculé à des cobayes, les tue souvent par septicémie gangreneuse si on se sert d'une dose suffisante.

M. Lortet a trouvé le vibrion septique dans le même lieu et dans le mince dépôt formé par les eaux de Lyon à la surface d'un filtre Chamberland.

J'ai fait, de mon côté, les mêmes constatations.

Ce microbe est répandu sur toute la surface du globe. M. Lortet l'a même isolé des vases du fond de la mer Morte, où il est apporté par les eaux du Jourdain.

L'observation de M. Lortet emprunte un caractère particulier à la nature du milieu où il a rencontré les spores du vibrion septique, car il ne faut pas oublier que pour des raisons diverses la mer Morte ne renferme aucun être vivant. Les spores du vibrion septique triompheraient donc des qualités nocives des eaux de la mer Morte.

M. Lortet a obtenu de ces spores des cultures luxuriantes sur les propriétés desquelles on ne peut avoir aucun doute. En effet, inoculées, elles ont tué le cobaye et l'âne avec tous les symptômes de la gangrène gazeuse, tandis qu'elles ont respecté le bœuf.

Le vibrion septique existant en abondance dans la couche superficielle du sol où il donne des spores doit exister dans Vah' mêlé aux poussières. On comprend néanmoins que la démonstration directe de sa présence soit difficile à fournir. M. Cornevin, après plusieurs essais infructueux entrepris à différentes altitudes, a réussi, à l'Ecole vétérinaii'e de Lyon, à le retrouver dans l'air, un jour d'été, pendant lequel régnait un vent violent. Il l'a retrouvé aussi parmi la poussière soulevée par le balayage dans son laboratoire.

Ces faits justifient d'une manière suffisante les causes jadis invoquées dans Tétiologie de la septicémie gangréneuse. C'est à juste titre que l'on regardait les vastes plaies contuses, par écrasement, souillées de terre, comme très sujettes à cette infection. On a raison également d'accuser rarement les eaux non stérilisées et l'air de propager la septicémie gangréneuse.

On a faiblement incriminé les objets de pansement et les instruments que l'on met en rapport avec les plaies, pourtant ceux sur lesquels des poussières peuvent s'accumuler pendant longtemps doivent être redoutés au premier chef. Il n'est pas

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douteux que, clans plusieurs cas, l'inoculation à Thomme ait été faite par l'intermédiaire des instruments ou des objets de pansement.

Le vibrion septique enfin peut exister sur la peau et spécialement dans les régions poilues où les poussières de l'atmosphère s'accumulent. J'ai vu, en effet, dans une série de cobayes, tous inoculés successivement avec la même seringue, un seul animal, un des derniers inoculés, mourir de septicémie gangréneuse. J'ai supposé que la canule avait dû recueillir à la surface des poils ou de l'épiderme des premiers cobayes quelques spores du vibrion septique.

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