‹ Leçons sur la tuberculose et certaines septicémies [electronic resource]Chapitre 7 sur 48 · CINQUIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

CINQUIÈME LEÇON

DÉCOUVERTE DE LA TRANS3IISSI0N EXPÉRIMENTALE DE LA TUBERCULOSE [fîîl)

Inoculation par les voies digestives. — Expériences de M. Ghauveau. — Objections présentées par M. Colin. — Nouveaux faits positifs apportés par MM. Ghauveau, Saint-Gyr, Viseur, etc., etc. — Dernières expériences de M. Ghauveau. — Rapport d'une commission lyonnaise.

Après le vote de l'Académie et la publication de l'ouvrage de M. Villemin en réponse à ses contradicteurs, on aurait pu croire que le débat allait s'éteindre et l'accord se faire progressivement; il n'en fut rien. Une nouvelle discussion s'engagea quelques mois plus tard entre les partisans de l'inoculabilité et de la virulence de la tuberculose et les adversaires ou mieux l'adversaire de M. Villemin. Ce fut M. Ghauveau qui l'occasionna en apportant le premier à M. Villemin l'appui de ses expériences sur la tuberculisatio7i par ingestion.

Vous vous souvenez que M. Colin admettait bien l'inoculabilité de la matière tuberculeuse, mais repoussait l'idée de sa nature virulente. Il s'appuyait sur deux considérations qui ne manquaient pas d'importance : l'inoculation pratiquée par M. Villemin était une introduction violente, et, en second lieu, les lymphatiques attaqués de proche en proche à partir du point inoculé révélaient la migration de la matière tuberculeuse. Ces motifs avaient vivement impressionné les esprits indécis; la migration de la matière tuberculeuse surtout semblait faire différer la tuberculose des autres affections virulentes. Il importait donc de faire disparaître ce motif d'indécision en produisant une affection tuberculeuse sans insérer le

virus profondément dans le tissu conjonctif par effraction.

M. Chauveau songea à se servir des voies digestives comme porte d'entrée. Il fallait, bien entendu, pour que cette expérience eût quelque chance de succès, s'adresser à des animaux contractant spontanément la tuberculose par les voies naturelles. M. Chauveau choisit le bœuf.

Sa première communication à l'Académie de médecine fut faite le 17 novembre 1868, trois mois après la fin de la discussion du rapport de M. Colin.

M. Chauveau commence par faire remarquer que l'on a démontré la transmissibilité par les voies digestives saines de maladies incontestablement virulentes, telles que le charbon (Renault et Davaine), la morve (Renault), la clavelée (Roche- Lubin et Belliol). Lui-même était parvenu à produire chez le cheval une éruption vaccinale par ingestion du vaccin, bien que le vaccin, virus pauvre en éléments actifs, ne parût devoir agir qu'après son introducion violente dans Tépiderme.

Si on peut produire la tuberculisation en introduisant la matière tuberculeuse par la voie digestive, on échappe à l'objection de M. Colin et à celle qui prétendrait que le poumon s'est directement infecté par l'intermédiaire de la trachée; alors la virulence de la tuberculose ne pourra plus être niée.

M. Chauveau avait fait acheter, pour réaliser ce programme, quatre génisses âgées seulement de six à douze mois (on sait que la tuberculose est très rare chez les veaux), et maintenues aux environs d'Aix-les-Bains dans un local très sain. Les trois plus belles furent destinées à être infectées ; la quatrième servit de témoin. Le 10 septembre, chacune des trois premières avala 30 grammes de substance tuberculeuse, provenant d'une vieille vache phtisique. La matière tuberculeuse avait été raclée, exprimée et délayée dans du lait, de façon à former une bouillie renfermant les formes diverses des lésions tuberculeuses. Le mélange mis dans une bouteille fut introduit lentement dans

l'arrière-bouche des trois g-énisses, avec toutes les précautions nécessaires pour que la muqueuse bucale des animaux ne fut pas écorchée.

Quatre jours après cette opération, une des trois génisses fut atteinte de diarrhée fétide persistante; le 28 septembre, une autre présenta une accélération notable de la respiration et se tenait souvent couchée. Le 5 et le 7 octobre on administra encore aux mêmes animaux et par le même procédé un peu de matière tuberculeuse, fournie par des lésions récentes. Le 9 octobre, vingt jours après la première administration, M. Chauveau n'eut plus de doute sur le succès final; les trois génisses maigrissaient, avaient le poil hérissé, terne, s'affaiblissaient graduellement et faisaient entendre une toux quinteuse le matin et le soir et après l'ingestion des boissons. Deux d'entre elles présentaient en outre du cornage déterminé par la compression de leur larynx par les ganglions rétro-pharyngiens tuméfiés. Le 10 nvembre, cinquante-quatre jours après l'ingestion, la génisse témoin était superbe, tandis que les trois autres avaient un aspect misérable. On sacrifia les deux plus malades et on conserva la troisième pour étudier les lésions à une période plus avancée.

L'autopsie révéla une tuberculose généralisée '( avec prédominance extrêmement marquée du côté du mésentère et de l'intestin ». Celui-ci, depuis le duodénum jusqu'à la terminaison du côlon, était le siège d'une éruption tuberculeuse manifeste. Les ganglions mésentériques étaient tuméfiés, au point que quelques-uns atteignaient le volume du poing; leur masse totale pesait 1650 grammes. Le foie, la rate, les reins étaient normaux. Les poumons présentaient quelques masses tuberculeuses à l'état cru. Les ganglions bronchiques et médiastinaux étaient pris; enfin la muqueuse respiratoire périglottique était assez altérée pour expliquer la tuméfaction des ganglions rétro pharyngiens*

M. Chauveau conclut de cette expérience :

1° Qu'il n'est plus possible de conserver des doutes sur la virulence de la tuberculose ;

2° Que la conséquence que M. Yillemîn a tirée de ses faits a bien la valeur qu'il lui a attribuée et que les travaux de cet auteur n'ont pas été récompensés comme ils le méritaient;

3° Que la contagion naturelle et spontanée de la tuberculose ne saurait plus être attribuée exclusivement à l'infection du milieu aérien, comme tendait à le croire M. Villemin ;

4° Que si la tuberculose bovine appartient à la même espèce que la tuberculose humaine, il y a dans l'alimentation avec la viande de boucherie des animaux phtisiques un danger permanent pour la santé publique.

M. Chauveau avait en somme démontré que la matière tuberculeuse se comporte comme toutes les matières qui contiennent des virus : claveau, pus morveux, vaccin.

Quelle fut alors l'attitude de M. Colin? Le rapporteur des travaux de M. Yillemin persista dans ses conclusions antérieures et engagea une lutte identique contre le travail de M. Chauveau. Il commença par nier la transmission du charbon par les voies digestives, puis nia celle de la tuberculose en rappelant des tentatives malheureuses qu'il avait faites sur le chien.

11 ne put admettre que M. Chauveau ait rendu des vaches tuberculeuses en leur faisant ingérer de la matière tuberculeuse, et avança témérairement comme un fait bien connu « que les trois quarts des animaux herbivores sont tuberculeux ». M. Chauveau avait dù naturellement tomber sur des vaches phtisiques.

M. Chauveau ne se laissa pas décourager par ces dénégations ; il s'efforça, au contraire, de rassembler un faisceau de preuves inattaquables. Il entreprit alors toute une série d'expériences dont il fit successivement connaître les résultats à la

Société de médecine de Lyon, le 17 janvier 1870, et à M. Villemin, dans une lettre qu'il lui adressa et qui fut publiée par la Gazette hebdomadaire et le Recueil de médecine vétérinaire du premier trimestre de 1872.

Ces expériences portèrent sur onze animaux de l'espèce bovine, dont quelques-uns étaient des veaux de lait, à qui on fit ingérer de la matière tuberculeuse. Celle-ci fut empruntée soit à des vaches phtisiques, soit à des poumons humains atteints de g-ranulie pure ou associée à des îlots de pneumonie caséeuse.

Au bout de un à trois mois les animaux sacrifiés présentèrent tous des lésions tuberculeuses analogues à celles qu'on avait constatées chez les trois génisses de la première expérience. De plus, on obtint de la bronchite tuberculeuse, deux cas de pleurésie tuberculeuse, trois de tuberculose péritonéale.

La tuberculose était donc bien transmissible par ingestion. Ces résultats démontraient encore que la tuberculose humaine était identique à la tuberculose bovine, que la pneumonie caséeuse humaine était bien de nature tuberculeuse, résultat que M. Lépine enregistra dans sa thèse d'agrégation.

M. Chauveau se préoccupa beaucoup de conserver à ses expériences toute leur valeur, en les entourant d'une ceinture de preuves secondaires, qui pussent prévenir à l'avance toutes les objections habituelles.

C'est ainsi qu'il commença par démontrer que la matière tuberculeuse bien filtrée et étendue ne se comporte pas sous la peau comme un produit pyogène. Pour cela, il divisa de la matière tuberculeuse en particules fines, l'additionna d'eau, et la filtra à travers plusieurs doubles de mousseline ; ce liquide inoculé à un animal ne produisit localement aucune trace de phlegmon, ni d'abcès, comme cela aurait dû arriver si on eut introduit des substances pyogènes, mais détermina dix-huit ou vingt jours plus tard un tubercule local, tuméfaction dure, noueuse, n'ayant aucune tendance à rétrocéder. Il était impos-

sible de trouver la moindre analogie entre ce tubercule local survenant silencieusement vingt jours après l'inoculation et un abcès qui aurait immédiatement et bruyamment envahi la région inoculée.

M. Chauveau fit ensuite des inoculations cutanées à la lancette, et obtint tantôt un résultat négatif, tantôt des ulcérations qui mirent plusieurs semaines à se cicatriser.

Une autre expérience, beaucoup plus importante au point de vue des idées théoriques qui s'étaient fait jour pendant la discussion à l'Académie sur le travail de M. Yillemin, eut pour but de démontrer que la virulence de la matière tuberculeuse siège non pas dans les gros éléments, mais bien dans de très fines granulations microscopiques, absolument comme dans le virus vaccin ou dans le virus morveux. C'était porter une grave atteinte aux idées de MM. Colin et Chauffard. Pour faire cette démonstration, M. Chauveau, ayant écrasé des tubercules et les ayant délayés dans de l'eau, recueillit le liquide à peine trouble qui occupait la partie supérieure du mélange après un repos prolongé, lequel ne renfermait ni cellules ni leucocytes, et l'inocula : le résultat fut la production de belles généralisations tuberculeuses. On ne pouvait pas démontrer plus élégamment et plus sûrement à la fois que la virulence du tubercule ne siège pas dans les cellules mêmes de la lésion, mais bien qu'elle est constituée, comme le disait M. Villemin, par quelque chose de subtil qui pouvait se séparer de son habitat : le tubercule. Pour des esprits impartiaux, cette seule' expérience, facile d'ailleurs à répéter^ aurait dù faire rendre justice à M. Yillemin et confondre ses adversaires.

M. Chauveau, enfin, inocula dans le derme, sous la peau, dans le sang, dans l'appareil digestif, sur des animaux des espèces bovine et chevaline, du pus caséeux de provenance non tuberculeuse, et jamais il ne fit naître le moindre processus tuberculeux.

En somme, Messieurs, vous voyez que M. Chauveau apportait une nouvelle et importante série d'expériences absolument concluantes et qu'il avait en outre répondu d'avance à toutes les objections qu'il prévoyait pour les avoir entendu opposer à M. Yillemin. Il en résulte que la tuberculose se comporte comme toutes les maladies virulentes, qu'elle pénètre par les voies dig-estives saines, que son principe actif est quelque chose de plus petit que les leucocytes, qu'on peut isoler ce principe et produire avec lui de belles lésions, c'est-à-dire sans aucune parcelle de ces cellules du tubercule que MM. Colin et Chauffard voulaient voir se greffer sur différents points de l'organisme récepteur.

Il semblait que la question fût définitivement jugée et que M. Yillemin, grâce à l'appoint considérable que venait de lui donner M. Chauveau, dut jouir enfin d'un triomphe péniblement conquis. Il n'en fut rien.

Le 27 mai 1873, M. Colin reparut à la tribune de l'Académie pour apporter de nouveaux arguments à ses négations persistantes. Il pensait être en droit de « publier avec assurance » des résultats expérimentaux lui permettant de soutenir :

1° Que la tuberculose n'est pas transmissible par les voies digestives ;

2° Que cet état morbide n'est nullement virulent, bien que l'insertion de son produit dans le tissu cellulaire sous-cutané provoque la formation de tubercules pulmonaires.

Il s'appuie sur une trentaine d'expériences d'ingestion faites sur deux taureaux, deux béliers, quatre porcs, plusieurs chiens, une série de lapins, plusieurs cochons d'Inde, des rats, un canard et un pigeon. Tous les résultats ont été absolument négatifs et il ajoute : a Je suis convaincu que ces résultats seront ceux de tous les expérimentateurs qui auront soin de ne pas opérer sur des sujets tuberculeux et qui s'abstiendront de faire avaler par force la matière tuberculeuse écrasée et

délayée, laquelle en tombant dans les voies aériennes peut donner lieu à des pneumonies caséeuses plus ou moins étendues. »

A la suite de cette communication de M. Colin, l'Académie fut très perplexe; quelques membres voulaient ouvrir une discussion; néanmoins on s'abstint.

Le 3 juin 1873, c'est-à-dire à la séance suivante, M. Chauveau riposta par une lettre adressée à M, le secrétaire perpétuel. Il fait remarquer en premier lieu que les expériences de Renault ont été positives, contrairement à l'affirmation de M. Colin ; quant aux siennes, elles ne peuvent être en rien infirmées par les résultats négatifs du rapporteur. Tout d'abord, M. Chauveau ne veut retenir que les deux expériences faites par M. Colin sur des taureaux, car ce sont les deux seules qu'on puisse comparer aux siennes; lorsqu'on parle bœuf, il ne faut pas répondre cobayes, moutons, lapins, canards, pigeons, etc. Dans quelles conditions ont été faites les expériences sur les deux taureaux? Tandis que M. Chauveau faisait avaler par petites gorgées de la matière tuberculeuse broyée et délayée, sans toutefois en laisser pénétrer dans la trachée, M. Colin fait ingérer de gros morceaux, voulant laisser prendre aux animaux la matière tuberculeuse naturellement.

Or, que deviennent les gros morceaux dans le tube digestif des ruminants? M. Colin en sa qualité de physiologiste aurait du le savoir mieux que personne. Les matières introduites en petite quantité dans l'œsophage des ruminants passent par la gouttière œsophagienne qui les conduit directement dans la caillette et de là dans l'intestin. Toutes les fois qu'on veut faire pénétrer un médicament dans l'intestin du bœuf on le lui fait prendre en petite quantité. Les gros morceaux au contraire tombent dans la panse et, arrêtés par l'étroitesse des orifices, ne peuvent aller au delà, que lorsqu'ils sont réduits en bouillie ; or, avant que ce résultat soit atteint, le liquide alcalin

de la panse détruit probablement le virus. Il n'y a donc rien d'étonnant à ce que les gros morceaux que M. Colin a fait ingérer à ses deux taureaux n'aient pas infecté l'intestin de ces animaux.

Quant à l'objection de M. Colin tendant à faire croire que de la matière tuberculeuse a pu tomber directement dans le poumon par la trachée, outre que cet accident se serait immédiatement manifesté, M. Chauveau fait remarquer qu'à l'autopsie de ses animaux infectés il a toujours constaté la prédominance considérable des lésions intestinales, qui étaient incontestablement primitives , tandis que les lésions pulmonaires étaient jeunes et secondaires. C'est donc bien par l'intestin sain que la matière tuberculeuse a pénétré dans l'organisme du bœuf.

M. Chauveau maintint donc ses conclusions et ajouta qu'il n'était pas le seul à avoir réussi à tuberculiser par ingestion; il cite : 1° deux expériences positives de M. Saint-Cyr sur des veaux (ingestion de 30 grammes de matière tuberculeuse) ; 2° plusieurs expériences de MM. Villemin, Chatin, Parrot et Klebsqui sont parvenus à tuberculiser des lapins, animaux non tuberculisables spontanément, par les voies digestives ; 3° les résultats de M. Yiseur qui a rendu quatre chats tuberculeux en les nourrissant de viscères tuberculeux à l'abattoir d'Arras.

H. Bouley ajouta que des résultats identiques avaient été obtenus à l'étranger. Harus et Gunther, de l'école vétérinaire de Hanovre, ont rendu dix lapins tuberculeux sur douze en les nourrissant avec des matières tuberculeuses, tandis que dix autres lapins nourris avec des matières animales de diverses provenances mais saines n'ont pas contracté la tuberculose. Leisering, de Dresde (1870), a infecté deux moutons et plusieurs lapins en leur faisant ingérer une quantité plus ou moins grande d'organes tuberculeux. Ziirn, professeur à la station agronomique d'Iéna, a rendu tuberculeux des porcs et des lapins par ingestion de lait et de viande de vache tuberculeuse.

M. Reynal appuya au contraire M. Colin en apportant quelques faits négatifs.

M. Gliauveau ne vit qu'un moyen de sortir de ce conflit entre faits positifs et faits négatifs. Il proposa à M. Colin de faire en commun une grande expérience sous les yeux d'une commission académique, ajoutant qu'il payerait tous les frais ainsi occasionnés si les deux tiers des animaux en expérience ne contractaient pas la tuberculose.

Le 10 juin 1873, M. Colin repoussa la proposition de M. Chauveau et déclara persister plus que jamais dans sa manière de voir. Voici ses conclusions :

1° Au point de vue de la contagion, le tubercule n'est ni spécifique, ni virulent.

2° La matière tuberculeuse ne peut entrer dans le système vasculaire autrement que par de larges solutions de continuité aux vaisseaux sanguins et aux lymphatiques.

3° Les effets observés à la suite de son insertion violente dans les mailles du tissu cellulaire sous-cutané sont très complexes, et résultent en grande partie de la résorption et de la dissémination des produits purulents ou caséeux engendrés à l'endroit du traumatisme.

4° L'inoculation régulière du tubercule soit à la surface de la peau dépouillée d'épiderme et de corps muqueux, soit dans des incisions ou des piqûres à la lancette n'intéressant pas le tissu conjonctif sous-jacent, demeurent sans effet sur les animaux les plus aptes à la tuberculisation.

5" Enfin, la matière tuberculeuse de toute provenance et sous toutes ses formes, déposée sur la conjonctive ou introduite dans les voies digestives, est d'une complète innocuité.

Dans son amour de la négation, M. Colin s'oublia jusqu'à nier la virulence des mucosités pulmonaires des phtisiques! Qu'en pense-t-il aujourd'hui?

M. Chauveau n'avait plus qu'un parti à prendre : chercher

ailleurs des témoins de ses résultats. Il profita de la réunion de l'Association française pour Tavancement des sciences, qui eut lieu à Lyon en 1873. Dans la séance du 22 août, la section médicale de TAssociation nomma une commission composée de MM. Bondet, Colrat, Leudet, Muron, Perroud, L. Tripier, Yerneuil, qui fut chargée de constater la réalité des faits avancés par M. Chauveau. Le 24 août, cette commission se réunit à l'École vétérinaire, et M. Chauveau fit sacrifier devant elle et plusieurs membres du Congrès, quatre génisses ou veaux de lait qui étaient en expérience depuis six semaines à deux mois. Deux avaient ingéré de la matière tuberculeuse, deux servaient de témoins. Les deux premières bêtes, très maigres, présentèrent une tuberculose ganglionnaire avancée, des lésions peu nombreuses et peu développées de l'intestin, des tubercules bronchiques et des granulations dans les muqueuses trachéale et laryngée. Les deux témoins présentèrent aussi quelques lésions tuberculeuses discrètes : deux ou trois granulations jaunâtres dans un ganglion médiastinal, et une granulation grise dans un poumon ; en somme, une tuberculose au début de l'appareil respiratoire.

En présence des lésions offertes par les témoins, la conclusion était embarrassante. Trois hypothèses pouvaient se soutenir : la tuberculose des témoins provenait du voisinage des deux bêtes malades, de l'hérédité ou d'une ingestion accidentelle. Une enquête minutieuse établit que, pendant une absence de M. Chauveau, les palefreniers s'étaient servis des mêmes bouteilles et des mêmes baquets pour donner des boissons aux quatre animaux indistinctement. Aussi, après un mùr examen des différentes hypothèses plausibles et des faits, la commission conclut de la manière suivante :

(( 1° Il est extrêmement probable que la tuberculose des animaux soumis à l'examen de la commission n'était pas de provenance héréditaire.

î>8 LEÇONS SUR LA TUBERCULOSE.

« 2° Il paraît incontestable que les ingestions de matière tuberculeuse ont eu une influence déterminante sur les lésions si nombreuses et si considérables des animaux soumis à Texpérimentation.

« 3° Il est très probable que les animaux gardés comme témoins ont été infectés, eux aussi, par les voies digestives, consécutivement à leurs voisins malades et par eux, en mangeant dans les mêmes baquets qu'eux et en ingérant des boissons ou des aliments contaminés par eux. »

Cette expérience était donc doublement instructive; il est fâcheux néanmoins qu'elle n'ait pas donné des résultats plus schématiques, par suite d'une faute d'exécution. Mais les faits démonstratifs se multiplièrent bientôt à un tel point, en Allemagne surtout, que l'accord se fit tacitement sur la virulence de la tuberculose, et que les contradicteurs de M. Yillemin furent réduits au silence.

Il n'en est pas moins vrai qu'il a fallu huit ans de lutte constante pour introduire dans la science une vérité, que l'expérimentation avait démontrée incontestable dès le premier jour.

Page 1