‹ Leçons sur le chancre (volume 2)Chapitre 13 sur 53 · INFAILLIBLEMENT MONTRE LE MALADE AVOIR LA VAIROLE · texte numérisé non relu

INFAILLIBLEMENT MONTRE LE MALADE AVOIR LA VAIROLE

Qu'a dit de plus l'école du Midi, à laquelle on a tant reproché l'absolutisme de ses doctrines sur l'induration? A. F,

Le chancre induré, Messieurs, est donc le prélude d'une diathèse, et cette diathèse, grosse de malheurs et d'orages, c'est la vérole, la syphilis , lues venerea.

Eh bien, j'ai dit depuis longemps, et je soutiens encore que V induration est un prodrome qui annonce une explosion infaillible des accidents constitutionnels. Lorsqu'elle s'est produite, elle est nécessairement et fatalement suivie de symptômes propres à la syphilis, et cela dans un délai qu'une patiente et longue observation m'a permis de préciser avec rigueur.

Soit un chancre bien et nettement induré; le malade — et je parle d'un malade de Paris, soumis aux conditions chmatériques que nous connaissons (1), — le malade, dis-je, est laissé sans traitement. J'affirme, avec toute certitude, que six mois ne se passeront pas sans qu'il survienne des manifestations de l'intoxication sîjphilitique. Avant le délai prescrit, ce regrettable pronostic se trouvera vérifié.

L'apparition d'accidents constitutionnels à la suite de l'indura-

(1) « Je dis à Paris , et à dessein , car lorsqu'il s'agit de préciser les phénomènes de révolution syphilitique, il ne faut pas tenir seulement compte de l'infection, de l'empoisonnement, mais encore des causes adjuvantes qui peuvent en modifier les allures. Ainsi, dans le climat de Paris, il n'y a pas un accident infectant qui passe la période de six mois sans manifestation constitutionnelle....

» Quand j'ai établi cette règle générale, dans un accès de générosité , j'ai agrandi cette espèce de cercle de Popilius dans lequel j'avais enfermé l'accident primitif infectant, et j'ai reculé à un an cette limite de six mois. J'ai encouru, par là, le blâme de mon savant confrère et ami, M. Poche, qui m'en a voulu de cette générosité, suivant lui, mal fondée. Aussi, à quiconque voudra se donner la peine de suivre l'évolution syphilitique, de faire de la science par soi-même, il est facile d'acquérir en peu de temps, sur ce point, une conviction entière, Je convie les incrédules et les appelle sur le champ de bataille, à la clinique de l'hôpital du Midi; qu'ils viennent, et ils verront que pour tout accident primitif bien déterminé, bien diagnostiqué, et, de plus, vierge de tout traitement, six MOIS ne se passent pas sans manifestation constitutionnelle. » — (Ricoud, DiV ceurs à l'Académie de médecine, séance du 11 octobre 1853.)

tion, dans une période fixe, dans un terme infranchissable, constitue donc. Messieurs, une véritable loi, une loi que les errements de l'école physiologique nous ont donné l'occasion de vérifier mille fois, et que l'incurie des malades vient chaque jour confirmer!

Ainsi, la syphilis est contenue tout entière dans la gouttelette de pus virulent qui produit par inoculation le chancre induré; et ce chancre n'est qu'une manifestation diathésique initiale, à laquelle succède fatalement, dans la libre évolution de la maladie, cette série d'accidents qui constitue la vérole confirmée des anciens auteurs, la syphilis constitutionnelle de notre époque.

Ces accidents peuvent même être déterminés par avance. La syphilis, en effet, que l'on accuse bien à tort d'être vagabonde, est au contraire de toutes les affections du cadre nosologique la plus réguhère et la plus méthodique dans son développement. Rien dans son empire n'est livré au hasard : elle ne connaît pas l'anarchie.

Elle a ses formes de début, comme elle a ses symptômes éloignés. Elle prend pour chacun de ses âges une physionomie particulière.

La syphilis (pardonnez-moi cette comparaison qui vous fera, je pense, bien saisir ma pensée), la syphilis est un ruban qui se déroule et dont les couleurs varient après un certain nombre de tours, sans que jamais les teintes de l'un des bouts rappellent les nuances du bout opposé.

Eh bien, dans l'évolution de cette maladie, il est un groupe d'accidents qui caractérisent l'explosion première de la diathèse : lassitude générale; douleurs ncvralgiformes ou rhumatoïdes ; adénopathie cervicale; chute des cheveux; éruptions cutanées et muqueuses de forme exanthématique, etc. Tels sont. Messieurs, les;

accidents déjà bien connus de vous , qui constituent le groupe initial des symptômes dits secondaires : symptômes multiples, épars, disséminés, qui annoncent bien une infection généralisée et envahissant tout l'organisme ; mais symptômes toujours superficiels; n'affectant que la surface des tissus sans en atteindre la profondeur; accidents à forme sèche pour la plupart; et en somme, accidents à pronostic local sans gravité.

Voilà, Messieurs, les symptômes que je vous annonce comme devant, en totalité ou en partie, constituer le cortège du chancre induré, dans le délai fatal des six premiers mois, à moins qu'un traitement spécifique ne vienne troubler l'ordre d'évolution naturelle de la diathèse.

Et je puis ajouter : ce sont là les seuls accidents que vous aurez à redouter dans cette période, car les autres manifestations de la syphilis appartiennent à un âge plus avancé de la maladie. En dépit de l'obscurantisme, les tubercules, les gommes, lesexostoses, bref, tous les symptômes dits tertiaires, qui envahissent l'épaisseur de la peau et des muqueuses, le tissu cellulaire, les viscères et les os, ne se produisent pas à quelques semaines du chancre : ce sont là des accidents de la vérole vieillie. Et je vous prédis à coup sûr que vous ne les verrez jamais prendre la place du groupe symptomatologique que je vous décrivais tout à l'heure comme ouvrant la scène de la syphihs.

C'est qu'en effet (et je reviens à dessein sur cet important sujet), la syphihs, dans le plus grand nombre des cas, parcourt son orbite, pour ainsi dire, avec la régularité que mettent les mondes célestes à fournir leur carrière. Chaque accident, chaque phase, chaque groupe, a son époque et son heure fixée d'avance, presque invariable. Telle manifestation paraît aujourd'hui, je suppose; mais il faut encore plusieurs mois, plusieurs années peut-être, pour que

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telle autre se produise. — Et ainsi pour l'évolution de toute la syphilis 1

Je ne connais, comme exception à cette règle, que quelques cas fort rares de ces véroles dites galopantes, oii des accidents de toute nature et de toute forme, mais toujours des plus graves, éclatent peu de temps après le chancre, et se succèdent avec cette incroyable rapidité , cette formidable confluence qûi rappelle les néfastes récits du xve siècle (1).

Aussi, les divisions que j'ai depuis longtemps établies, les stades dans lesquels j'ai rangé les différents accidents de la diathèse, en un mot, les classifications que j'ai formulées, sont-elles adoptées aujourd'hui et presque populaires, pour cette seule raison qu'elles sont NATURELLES et Conformes à la vérité clinique. Je ne les retrouve pas seulement dans le langage et les écrits de mes élèves ; je les surprends dans la bouche même de mes opposants. Que de fois ces mots, si simples et si terriblement attaqués, d'accidents primitifs, secondaires et tertiaires, n'ont point échappé à ceux de mes contradicteurs qui se montraient les plus ardents à repousser mes doctrines !

Cependant, comme je l'ai dit ailleurs, si j'ai su étudier la vérole,

(1) Jl paraît du reste que cette gravité, avec laquelle se présenta tout d'abord la vérole, s'épuisa rapidement; car, dès les premières années du xYi-^ siècle, les auteurs affirment que la maladie s'adoucit de jour en jour. D'une part les manifestations ne lardèrent pas à devenir plus discrètes et moins intenses; d'autre part, les symptômes se succédèrent dans un ordre moins précipité. C'est au moins ce qui paraît résulter de plusieurs passages qu'il serait trop long de relater ici. Je dirai simplement que dès les premières années du xvi' siècle, Jean de Vigo, Jacques Catanée et d'autres encore, signalaient déjà la possibilité d'une période mtennédiaire au symptôme primitif et aux manifestations consécutives, période exempte de tout accident. « Evenit in hoc morbo quod in morsu canis rabidi; in aliquibus enim cito apparet quid noceat, in aiiquibus vero occullaiur et menses et annos. » - (J. Catanée, De morbo gaUico.)

je ne l'ai point, à coup sûr inventée. Je n'ai fait que suivre la nature dans ses manifestations et reproduire les divisions qu'elle y apporte. Aussi, n'est-il pas étonnant qu'avec Thierry de Hery (l), qu'avec Hunter (2), qu'avec mes deux collègues que je ne saurais

(1) L'on trouve, en effet, dans Thierry de Hery, le remarquable passage suivant :

« Les symptômes ou accidents communs de cette maladie sont plusieurs desquels les uns précèdent, les autres suivent, les autres surviennent.

» Ceux qui précèdent font ulcèi^e de diverse nature — Les autres

que nous appelons suivants ou consécutifs, font pustules et ulcères naissant par tout le corps, principalement aux parties honteuses, au siège, à la bouche, à la gorge, à la tête, au front. Pareillement cheute de poils, communément dite pelade, douleurs articulaires, souvent mobiles aussi, mais peu souvent toplies ou nodositez. — Les derniers, que nous appelons survenans ou extraordinaires , sont douleurs fixes de toute la teste ou d'une partie d'icelle, des bras, des jambes, principalement avec nodositez ou souvent sont les os cariez et corrompus, ulcères virulens et phagédéniques communément dits ambulatifs , scissures ou dartres aux mains, pieds et autres parties du corps, vice provenant de chacune des concoctions avec marasmation et amaigrissement d'iceluy. » — (Méthode curaiive de la maladie vénérienne, p. 133.)

Jean de Vigo, au commencement du xvi° siècle, divisait déjà les accidents du mal français en deux époques : morbus non confirmaius, c'està-dire le chancre, l'accident primitif; morbus confirmatus, c'est-à-dire l'infection constitutionnelle, les accidents consécutifs. A. F,

(2) « L'époque d'apparition des symptômes syphilitiques constitutionnels varie suivant les parties qui en sont le siège Les parties

PROFONDÉMENT SITUÉES MANIFESTENT l'ACTION SYPHILITIQUE PLUS TARD QUE LES PARTIES SUPERFICIELLES

» Les parties qui sont affectées par la syphilis constitutionnelle, quand elle est dans sa première période, et que j'appelle parties du premier ordre, sont la peau, les amygdales, le nez, la gorge, la surface interne de la bouche, et quelquefois la langue.— Quand la maladie est dans sa seconde période, le périoste, les aponévroses et les os contractent l'action syphilitique : ce sont les parties du second ordre. »

Hunter était môme tellement frappé de celte « susceptibilité des parties extérieures à conlracler l'irritation syphilitique plus tôt que les par-

vous citer trop souvent, MM. Puche et Cullerier (1;, qu'avec tous les syphiliographes en un mot qui ont étudié la question sans esprit de système ou d'opposition, je me sois rencontré pour admettre . les mêmes, phases dans la maladie et circonscrire les mêmes groupes d'accidents (2).

Permettez-moi donc de vous esquisser à grands traits le tableau de l'affection, tel que la clinique nous le présente.

Le drame de la syphilis se divise naturellement en trois actes ou périodes :

Première période : ACCIDENT PRIMITIF, le chancre, source obligée de la syphilis acquise; — le chancre, avec son compagnon fidèle, LE BUBON, que vous connaissez.

lies profondes, » qu'il avait cherché à en donner une explication physiologique. « Le FROID, disait-il, paraît avoir une grande influence pour disposer le corps de l'homme à recevoir l'irritation vénérienne et à en

manifester promptement les phénomènes morbides La surface

externe du corps est soumise h cette influence, tandis que les parties internes y sont soustraites; la peau est continuellement exposée à une température plus froide que les organes internes. Or, il est à remarquer que les parties les plus rapprochées du contact de l'air extérieur sont celles qui sont le plus facilement affectées par la syphilis et qui contractent le plus promptement l'action vénérienne. »

Tant il est vrai que Hunter avait reconnu des âges et des périodes, dans l'évolution de la syphilis! A. F.

(Ij « .... 11 y a dans les symptômes de la syphilis une marche déterminée, je pourrais dire certaine et prévue à l'avance, qui est toujours la même.... L'ordre d'apparition de ces symptômes est soumis à une régularité semblable à celle que l'on observe dans toute autre évolution morbide, et bien connaître cette succession est le seul moyen d'arriver à une thérapeutique rationnelle

» La division des symptômes de la syphilis en trois périodes est un fait aujourd'hui acquis à la science, et mes observations viennent encore à l'appui de cette opinion. » (Cullerier, Mémoire sur l'évoluiion du la syphilis, lu à la Société (le chirurgie, en décembre iSii.)

(2) V. note XL

Deuxième période : ACCIDENTS SECONDAIRES, ouvrant la

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