TRAITEMENT
Traitement du chancre. Méthode abortive; sa haute importance préservatrice. — Traitement de la diathèse. - A quelle époque faut-il administrer le mercure ? — Nécessité de ne le prescrire que dans les cas où l'infection constitutionnelle est absolument démontrée. — Question de la salivation. Le mercure n'agit pas sur la syphilis par les'effets pathogéniques qu'il produit. — Des doses mercurielies. — Comment il faut les subordonner k un effet sensible du médicament. — Impuissance du mercure contre les accidents tardifs de la diathèse ; spécificité de l'iodure de potassium. — Conditions et durée d'un traitement rationnel de la vérole.
Après toutes ces questions doctrinales, abordons enfin, Messieurs, la partie thérapeutique de l'histoire de la vérole.
En tant que lésion locale, le chancre induré ne réclame pas une thérapeutique bien différente de celle du chancre simple. Desseins hygiéniques, des pansements réguhers avec la pommade au calomel ou le vin aromatique, voilà de quoi suffire amplement au travail de réparation de l'accident primitif. Vous savez, d'ailleurs,
que cette variété offre ce caractère remarquable de parcourir rapidement ses périodes et d'arriver spontanément à la cicatrisation, pour peu que l'on n'en contrarie pas la marche naturelle par une intervention malencontreuse.
Mais c'est ici surtout que la cautérisation pratiquée dès le début se présente avec une importance capitale.
Le chancre, en effet, quelle qu'en soit la nature, n'est jamais en naissant qu'une lésion locale. Alors même qu'il doit infecter, son influence est primitivement bornée à la région qu'il affecte. L'infection générale n'est pas, comme je l'ai dit tant de fois, un résultat immédiat et instantané ; c'est un accident consécutif au développement du chancre, et qui demande un certain temps pour se produire (1). Eh bien, que ne profitez-vous de cet intervalle qui sépare l'apparition du chancre du moment où naît l'infection pour éteindre le foyer d'où elle va surgir? Pourquoi ne pas faire ici ce que tout le monde est d'accord de faire lorsqu'il s'agit de la piqûre de la vipère ou de la morsure du chien enragé, c'est-à-dire détruire l'accident local le plus tôt possible, afin de prévenir l'absorption et les phénomènes consécutifs? Si la cautérisation du chancre simple présente tant d'avantages, en faisant d'une ulcération spécifique une plaie simple et dépourvue de toute virulence, jugez quel bénéfice vous pourrez en attendre, lorsque détruisant un chancre qui va s'indurer, vous tarirez du même coup la source d'une infection constitutionnelle (2) !
(1) C'est ce que disait Hunter : « Le chancre est une maladie locale.. Il y a peu de danger d'infection pour l'économie , si le chancre a été détruit presque aussitôt après son apparition et à une époque où l'on peut raisonnablement supposer que l'absorption n'a pas eu le temps de se faire. .. - {Du chancre, cha- P'fe m, SI.) A. F.
(2) L'on retrouve le germe de la médication abortive dans les plnis anciens auteurs qui ont écrit sur la syphilis. Dès les premiers temps
Sans doute, l'époque précise à laquelle se fait l'infection, c'està-dire le transport du virus dans l'économie, nous a échappé jusqu'à ce jour et demeurera sans doute longtemps inconnue. Mais il est un fait pratique, d'observation rigoureuse, qui peut jusqu'à un certain point nous consoler de notre ignorance à ce sujet. C'est le suivant : de tous les chancres que j'ai vu cautériser ou que j'ai cautérisés moi-même du premier au quatrième jour de la contagion, aucun n'a été suivi des symptômes propres à l'infection constitutionnelle. Il semblerait donc résulter de là que, dans les quatre premiers jours qui suivent la contagion, la graine syphilitique n'a point encore poussé de racines dans l'économie, et que si vous arrivez à temps pour la détruire, vous prévenez à coup sûr l'intoxication générale, vous tuez la vérole dans son germe (1).
de rapparilion de la vérole en Europe, l'on avait compris la possibilité de prévenir l'infection constitutionnelle par la destruction immédiate de l'accident primitif. Celte idée, pour ne citer qu'un exemple, se trouve formellement exprimée dans le passage suivant que j'emprunte à Jean de Vigo (1508).
« In primis veniendo ad originem morbi , videlicet ad puslulas quîe soient accidere in virgâ, sine aliquâ iemporis intermissionc, protiniis medicamine acuio malignitatem earum interficiente sunt delendae,