UT EXINDE EARUM MALITIA PER TOTUM CORPUS NON EXTENDATUR
— (Ap/i?-., page /i52.) ^ ^
(1) M. le professeur Sigraund (de Vienne) a émis, sur les résultats du ti-aitement aborlif , une opinion absolument semblable. Il est curieux de rapprocher son texle de celui de M. Ricord :
« L'observation de plus de mille cas , dans une période de onze ans, m'a démontré que jamais il ne se déclarait d'accidents secondaires lorsque le chancre avait été complètement détruit dans les quatre premiers jours. Je ne connais que deux cas, et encore ils me^ laissent des doutes, où la cautérisation pratiquée le cinquième jour n'ait pas empêché les accidents, de sorte que si je ne voulais rester plutôt en deçà des limites et parler avec une assurance parfaite, j'ajouterais encore le
CHANCnE INFECTANT. 207
Vous comprenez, sans que j'aie besoin de vous le dire, que Vexcision du chancre, pratiquée dans le même délai, fournirait une égale préservation; seulement cette méthode est rarement applicable.
Qu'on y songe bien : c'est dans le traitement abortif du chancre qu'est tout l'avenir de la vérole, et la possibilité d'éteindre cet épouvantable fléau. Prêchez donc. Messieurs, cette vérité aux gens qui s'exposent ; dites-leur que jamais on n'a vu l'infection survenir à la suite des chancres détruits avant le cinquième jour. Obligezles, par intérêt, à une attention minutieuse, et par une destruction hâtive de toute ulcération suspecte, sauvez à la fois de l'empoisonnement général les sujets déjà souillés et ceux qu'ils pourraient infecter à leur tour !
Mais si vous avez tardé à détruire l'ulcération, ou bien si le malade ne s'est présenté à vous qu'à une époque plus avancée, la
cinquième jour comme terme fatal. » — ( Wiener med. Wochenschrift 1855.)
M. Sigmund donne la préférence, comme caustique, à la paie de Vienne. — Il pratique la cautérisation même après le cinquième jour, car, dit-il, quoique les chances de préservation d'accidents secondaires soient diminuées, elles ne sont pas totalement abolies; de plus, la cautérisation présente encore cet avantage d'empêcher que le chancre ne se communique à d'autres régions et à d'autres individus.
M, liicord, au contraire, ne cautérise plus le chancre dès qu'il s'est induré, car, l'induration est pour lui le signe d'une infection déjà faite ; dès qu'elle s'est produite, la vérole est acquise, et la cautérisation devient dès lors inutile, en tant que médication préventive. — -Notre maître recommande, pour les cautérisations abortives, l'emploi d'un caustique profond et véritablement destructeur. Il s'est anêlé depuis quelques années à la pâle carbo-sulfiirique , qui fournit d'excellents résultats dans ces conditions comme dans le traitement curalif. —(V. snprà, pages 61 et suivantes.)
cautérisation n'est plus utile, au moins comme méthode prophylactique de l'infection constitutionnelle. Dès que l'induration s'est produite, la vérole est acquise, et dès lors, que vous cautérisiez ou que vous excisiez le chancre, vous ne faites plus que détruire un sijmptôme, sans prévenir la diathèse.
Donc, si l'infection est produite (et l'induration en sera pour vous l'indice), la médication locale passe au second plan, et Je traitement de la diathèse devient l'indication capitale à satisfaire. — Je vais vous en dire quelques mots.
L'agent spécifique de la vérole naissante, vous le connaissez tous, Messieurs : c'est le mercure.
Je n'ai point dessein de vous donner ici les règles qui doivent présider à la direction du traitement mercuriel (1). Je me bornerai
(1) Voici les règles formulées ailleurs par M. Ricord sur la direction du traitement mercuriel :
« 1" Administrer le mercure à Tin térieur, toutes les fois que Télat des
voies digeslives le permet.
» 2° L'appliquer sur la peau dans les cas contraires.
» 3° Chez les sujets dont les muqueuses s'irrilent facilement et dont la peau, également sensible, ne saurait permettre de conduire un traitement à terme par celte voie , il convient d'alterner à propos ces deux modes d'administration.
» h" Il est des malades inaccessibles par la peau et les muqueuses digestives et chez lesquels on peut encore tirer parti de l'inspiration des vapeurs mercurielles.
» 5» Quoique le mercure agisse foncièrement et d'une manière indépendante des formes sous lesquelles on peut l'administrer, il n'en est pas moins vrai que le choix de ces formes n'est pas une chose indifférente. Tel individu qui reste réfractaire à l'une d'elles est fortement impressionné par une autre, et ne subit d'effet médicamenteux ou curatif que de celle qui est le mieux appropriée à sa constitution. Ainsi, chez tous les malades, la peau ne subit pas la même inûuence de la part de toutes les pommades mercurielles. J'ai souvent montré des sujets à l'hô-
simplement à discuter devant vous les deux questions suivantes, qui seules rentrent dans le cadre que je me suis tracé.
pital des vénériens, chez lesquels des friclions faites avec l'onguent mercuriel double, à forles doses et pendant longtemps, n'avaient absolument rien produit, et qui avaient ensuite ou éprouvé des effets curatifs ou souffert de salivation après quatre ou cinq jours d'application de sparadrap de Vigo cum mercurio sur une certaine étendue des téguments, sur les deux cuisses, par exemple. Il en est de même pour le mercure administré à l'intérieur : telle préparation reste sans effet sur un malade, telle autre guérit rapidement ou produit sur lui des effets pathogéniques exagérés. »
Des différentes préparations mercurielles, il en est une qui, réussissant presque à coup sûr à influencer les malades, trouve son application dans le plus grand nombre des cas. M. Ricord lui a donné depuis longtemps la préférence. La formule de notre maître est devenue tellement populaire que j'ai à peine besoin de la reproduire ici :
F. s. a. soixante pilules.
De 1 à 3 par jour et au delà, suivant les indications.
(M. Ricord commence par administrer une de ces pilules, chaque soir, quelques heures après le dernier repas. — Lorsque la dose doit être aug- , mentée, il fait prendre une pilule le matin et l'autre le soir, etc..)
» 6" Les effets sensibles du mercure, comme agent morbide ou comme agent curatif, se font rarement attendre plus de huit joins; aussi tant qu'aucun accident ne se manifeste, tant que l'on n'obtient aucun changement favorable dans la maladie, la dose journalière du médicament doit être augmentée tous les huit jours.
» 7° Dès qu'on obtient une amélioration, il faut s'arrêter à la dose qui l'a produite et n'augmenter qu'autant qu'on arrive à un statu quo.
» 8" Si le mercure pi'oduit des accidents, il faut en modifier l'emploi ou le suspendre complètement, l'observation ayant rigoureusement appris, à part quelques rares exceptions, que si les symptômes syphilitiques n'étaient pas toujours aggravés dans ces cas, la guérison au moins était presque constamment enrayée.
Lorsque les accidents mercuriels ont cédé et que les symptômes
Pr. Proto-iodure d'hydrargyre Thridace
aa à grammes.
Extrait thébaïque.
Conserve de roses.
1 gramme.
6 grammes.
Le traitement mei'curiel doit-il être commencé dès le début du cliancre inlectant ; doit-il être dilïéré jusqu'à l'apparition des accidents constitutionnels ?
Ce que je vous ai dit précédemment de l'induration vous fait prévoir ma réponse. Pour moi, l'induration est le commencement de la diathèse; le chancre induré n'est, en quelque sorte, que le premier des accidents secondaires. Eh bien, dans cette opinion, je dois administrer, et j'administre en effet le mercure dès le début. Une induration bien nettement formulée me suffit pour prescrire le traitement général, et, du premierjour où je puis la constater, j'attaque de front la diathèse.
Certains médecins, tout en accordant à l'induration la valeur pronostique que nous lui donnons nous-même, préfèrent néanmoins attendre le développement des manifestations constitutionnelles pour administrer le mercure. J'avoue que je ne comprends pas, pour ma part, les avantages que peut offrir cette pratique. Si la diathèse existe dès le début, pourquoi ne pas la combattre tout d'abord ? Si elle doit fatalement, et dans un terme prochain, révéler son existence par une série de symptômes plus ou moins pénibles et douloureux, pourquoi ne pas essayer de mettre un frein à ces manifestations ? Vaut-il donc mieux attendre qu'une lésion se produise pour la guérir que la prévenir dans son développesyphilitiques persistent, on reprend l'usage du mercure, avec les modifications exigées par la nature particulière des accidents relatifs soit à la surface sur laquelle avait été appliqué le médicament, soit à la forme sous laquelle il avait été donné, soit à sa dose.
» 10° Les mêmes inconvénients ne se reproduisent pas toujours en reprenant le remède après l'avoir sagement suspendu ou simplement modifié. Il arrive cependant qu'on est quelquefois obligé de suspendre et de reprendre le mercure dans le cours de certaines affections syphilitiques. »
ment ? Je serais curieux de savoir, en vérité, si les malades se trouvent satisfaits de celte expectation, et s'ils applaudissent bien sincèrement à cette sage lenteur , alors qu'ils commencent soit à sentir l'aiguillon nocturne de la syphilis, soit à voir leur peau se couvrir de macules, leur front ceindre la couronne de Vénus, ou leur crâne se dégarnir de cheveux.
Toutefois, bien qu'une prompte intervention du traitement général soit avantageuse, ainsi que je viens de le démontrer, il ne suit pas de là qu'il faille recourir immédiatement à la médication mercurielle dans tous les cas et indistinctement. S'il est utile de prescrire le mercure contre la vérole, il n'est pas moins important de ne l'appliquer qu'à la vérole. Or, vous savez que le diagnostic du chancre présente assez de difficultés pour tenir souvent en échec le jugement des praticiens les plus exercés. Quelle sera donc voire conduite dans ces cas, hélas! trop nombreux, où le caractère ambigu, équivoque, de l'accident primitif ne vous permettra que de soupçonner une syphilis naissante ?
Je ne saurais trop insister sur ce point, Messieurs, je ne saurais assez vous recommander de ne prescrire le traitement mercuriel que dans les cas où l'infection constitutionnelle est absolument démontrée. Si le moindre doute reste dans votre esprit sur la nature du chancre , si l'incertitude la plus légère retient votre diagnostic, je vous adjure de différer toute médication spécifique et de savoir attendre. C'est qu'en effet, il ne s'agit pas ici d'une simple question thérapeutique ; ce sont de véritables intérêts sociaux qui se trouvent en jeu.
Il n'est pas indifférent pour un homme de savoir s'il a ou s'il n'a pas la vérole. Une maladie qui s'attache pour toujours au corps de sa victime; une diathèse qui poursuit le sujet inlecté au delà
de son existence propre , et peut s'étendre comme une macule ineffaçable sur sa postérité ; un vice constitutionnel transmissible, héréditaire ; ce ne sont pas là, je pense, choses vaines et considérations frivoles. Les gens du monde ne se trompent pas sur les conséquences possibles d'un chancre, et sachez-le bien, Messieurs, plus d'un client pour sa conscience, pour son honneur, pour la sécurité d'une famille, exigera de vous sur cette question délicate une satisfaction complète, c'est-à-dire un diagnostic absolu et certain, contenant un pronostic d'avenir irrévocable. — Ces quelques mots vous feront comprendre, sans que j'aie besoin d'insister sur ce point, que la vérole a véritablement ses conséquences sociales.
Eh bien, si pour un accident primitif douteux, vous administrez le mercure dès le début, voyez dans quelles conditions vous allez vous placer. Vous vous privez, et vous privez pour longtemps votre malade d'une notion exacte de son état ; vous le laissez en face d'un fantôme, ou vous lui donnez une sécurité qui peut devenir regrettable.
Le mercure, en effet, comnje vous le savez, a pour résultat de prévenir ou de retarder les manifestations constitutionnelles. Or, je vous le demande, avec la médication spécifique commencée dès le début, dans ces conditions, quelle sera pour vous la signification de l'absence de tout accident dans les premiers mois qui suivront le chancre? Devrez -vous considérer la préservation actuelle comme le témoignage d'une imùiunité corfiplète, absolue, ou simplement comme un effet temporaire du traitement? Vous l'ignorerez ; vous ne saurez s'il faut l'attribuer à la nature même de l'accident primitif ou bien à l'intervention prophylactique du remède. Et plusieurs mois, plusieurs années s'écouleront que votre diagnostic ne sera pas plus avancé qu'au premier jour.
Supposez, au contraire, qu'incertains sur la nature des chancres.
VOUS laissiez simplement agir la nature, abandonnant la maladie à son développement spontané. Si la diathèse existe, soyez sûrs qu'au bout de quelques semaines, elle se traduira par des manifestations non douteuses ; et dès lors la lumière sera faite, le diagnostic sera trop nettement établi.
D'autre part, que rien ne se produise dans les deux, trois, quatre premiers mois : voilà déjà quelques présomptions d'immunité; mais que le cinquième mois s'écoule à son tour sans accidents; puis que le sixième s'achève, sans que vous ayez pu constater sur votre malade, attentivement et assidûment observé, aucun des symptômes propres à la syphilis : dès lors, le diagnostic est fait, et, avec lui, votre pronostic se trouve étaWi. La non-infection est certaine, et vous pouvez sans crainte (je vous l'affirme avec une expérience vieille d'un quart de siècle), vous pouvez donner à votre client l'assurance formelle d'une immunité absolue pour le présent et pour l'avenir.
Le second point que je me propose de développer est relatif à la salivation.
Le temps n'est pas encore bien loin de nous, où l'on regardait la salivation comme utile, comme indispensable-k la curation de la vérole, où le médecin la consultait « comme la boussole du traitement (1), » la provoquait pour l'entretenir et la renouvelait à peine éteinte. Ces croyances. Messieurs, ces pratiques que nous ont laissées nos pères, funeste héritage trop complaisamment recueilli par quelques modernes, ont certainement contribué à semer dans le peuple cette terreur du mercure qu'ont exploitée et qu'ex-ploiteront encore, aux dépens des malades, les charlatans de tous . les siècles. Il faut donc attaquer de front ces vieilles doctrines.
(I) Aslruc, liv. IV.
21i4 LEÇONS SUR LE CHAN'CRE.
Sacliez-le bien, Messieurs , et retenez ceci pour le répéter hautement et partout : Le mercure n'agit pas sur la vérole par les désordres qu'on peut lui faire produire sur la constitution ; son influence médicatrice ne se mesure pas à ses effets pathogéniques. Loin de là, la proportion inverse serait plus près de la vérité. Il est d'observation, en effet, et d'observation rigoureuse, que l'action curaiive du mercure est généralement suspendue dès que les symptômes morbides qui appartiennent en propre au médicament commencent à se p)'roduire.
Quelle que soit la théorie qu'on adopte sur l'action curative du mercure (et chaque école l'a expUquée à sa façon) (Ij, il est incontestable que son influence spécifique sur la syphilis ne saurait jamais être attribuée à l'exagération de certains de ses effets, tels que la fièvre, l'augmentation de la sécrétion urinaire, les évacuations alvines, les irritations cutanées, la salivation, etc.. Hunter a proclamé cette vérité depuis longtemps (2). Que n'a-t-elle passé , pour le bien des malades et l'honneur de notre art, dans l'esprit et la pratique des médecins qui sont venus après lui (3)!
l\) V. Hunter, ch. 111, S 12; de Horne {Observations sur les différentes méthodes d'administrer le mercure, Introduction, p. 1 et suivantes), etc.
(2) « Gomme le mercure produit généralement des évacuations, par la bouclie, par l'intestin, par les sueurs, etc...., l'on a été porté naturellement à supposer que c'est par ce moyeu qu'il guérit la maladie vénérienne; mais l'expérience a appris que, pour cette maladie, ces évacuations, de quelque nature qu'elles soient, ne sont nullement nécessaires.... Au contraire, elles retardent la guérison... « — « C'estdans le cas où le mercure est donné de manière à produire des évacuations considérables que ses effets sur l'action morbide sont le moins prononcés; et les mêmes évacuations produites par d'autres agents thérapeutiques n'exercent pas la moindre influence sur la maladie. » (Hunter, Syphilis constitutionnelle, chap. IH, S 3 et 12.)
(3) Il est remarquable que les auteurs qui ont présenté la salivation comme indispensable au traitement de la syphilis, n'aient pu cependant se dissimuler qu'on peut guérir sans provoquer le flux de bouche. Pour n'en citer qu'un seul, Astruc, après avoir écrit «qu'on ne saurait se
CHANCRK INFECTANT. 215
Vous guérirez donc vos malades, Messieurs, sans leur imposer le supplice de la salivation ; et vous les guérirez d'autant mieux que vous leur épargnerez les effets pénibles et douloureux du mercure. — Que si, malgré vos soins, ces effets venaient à se produire, vous les combattriez aussitôt par une médication appropriée, surtout aujourd'hui que la thérapeutique vous a mis en main, contre le plus fréquent des accidents mercuriels, un agent nouveau, presque digne d'être élevé au rang d'un véritable spécifique, le chlorate de potasse (1).
flatter de détruire la vérole sans un flux de bouche fournissant une ou deux livres de salive dans les vingt-quatre heures, » dit ailleurs de la façon la plus formelle que « le mercure peut facilement guérir sans salivation. »
Voici du reste le texte même de ce savant auteur :
« Sans un flux de bouche qui fournisse une livre ou deux de salive dans les vingt-quatre heures, l'on ne saurait presque jamais se flatter de
détruire la vérole, et surtout la vérole invétérée ; et avec un pareil
flux de bouche, le malade ne peut jamais être dans le moindre dangei-. » (Livre IV, ch. 7.)
Et ailleurs ;
« L'expérience, qui est au-dessus de tous les raisonnements, a depuis longtemps appris aux médecins que le mercure, lors même qu'il ne fait point saliver, produit néanmoins dans le sang les mêmes effets que s'il avait excité une salivation régulière, et qu'il ne laisse pas d'extirper radicalement la vérole. » (Livre II, ch. 10.)
L'on pourrait multiplier ces citations A l'infini pour démontrer que les auteurs qui ont le plus insisté sur la nécessité du flux de bouche, ont néanmoms été forcés de reconnaître que l'on guérissait de leur temps et sous es yeux, et qu'eux-mêmes, contre leur volonté, guérissaient ouvent la vérole sans salivation.
melÏÏll'etnrr''' T '''''''' contre la salivation
; , •^"^^'-'^"'«^ '^«'"'^ '■•"1 s'était placé
de c s 0X0 rlîrr ''''''' "'^^P'^"^*^"^ H «st ressorti, je mis.
de ces expériences, avec une connaissance plus exacte de l'ellicacité réelle du
Toutefois, Messieurs, puisqu'il n'est pas de mauvaises choses dont on ne puisse tirer parti, il est un des effets morbides du mercure- dont vous pourrez profiter, et, je dis plus, que vous devrez consulter en quelques circonstances pour diriger votre conduite. — Je m'explique.
Il n'est certainement pas, pour le mercure, non plus que pour tout autre médicament, de dose fixe, invariable, absolue, qui influence toutes les constitutions et qui guérisse dans tous les cas.
Or, sur quelles indications établirez-vous , dans le traitement d'une' syphilis, la dose du spécifique à administrer ?- Nul doute que s'il existe quelque manifestation de la diathèse, l'influence exercée sur le symptôme actuel vous servira- de guide. Dans ces conditions, il est tout naturel de s'en tenir à la première dose prescrite, si elle guérit, de l'augmenter si elle paraît insuffisante. Ici, vous avez une mesure. Mais songez bien que cette mesure vous fait souvent défaut. Vous ne donnez pas seulement le mercure comme curatif, contre des accidents que vous avez sous les yeux; vous le prescrivez aussi comme préventif. Eh bien, dans ce dernier cas, alors que vous n'aurez aucune manifestation de la diathèse sur laquelle vous puissiez juger l'influence du remède, comment saurez-vous si la constitution de votre malade est ou non influencée par la médication ; quelle sera votre règle pour la direction des doses? -Cette règle, Messieurs, c'est à l'un des effets pathogéniques du mercure, le plus fréquent et le premier a se produire, que vous pouvez la demander. Â la légère irritation buccale qui accompagne le plus souvent l'une des premières doses administrées, vous reconnaissez d'une façon évidente que
TZoie . son mémoire (V. note X.l. Pièces ,us„Bca.,ves.t ^^^^^^^
la constitution est touchée par le remède ; vous lisez en quelque sorte sur les gencives de votre malade la dose de médicament qui suffît à l'influencer, dose qui d'ailleurs est sujette à varier dans des proportions quelquefois considérables suivant les sujets, suivant le sexe, l'état de santé et ces mille idiosyncrasies toujours impénétrables. Dès lors, dès que vous avez constaté ce symptôme (1), votre mesure est connue, votre conduite est tracée. Baissez quelque peu la proportion du remède, pour vous tenir toujours en deçà de l'effet pathogénique, et continuez à l'administrer sur le même pied, en ayant soin toutefois d'interroger de temps à autre , de tâter en quelque sorte la constitution de votre malade par une légère augmentation du médicament, afin déjuger par là si votre dose actuelle est toujours suffisante (2j.
Voilà, Messieufs, comment vous pouvez tirer un utile parti pour la médication de l'un des accidents même qui en dérivent.
(1) L'on notera que je parle seulement ici d'une légère irritation Jwcca/e.Ce n'est pas la salivation que je prescris de consulter comme mesure des doses mercurielles qu'il convient d'administrer aux différents malades. La moindre irritation gingivale est suffisante pour le but que je poursuis. Si bien que, du jour où je l'ai constatée, je baisse la dose du médicament, ou bien j'administre le chlorate de potasse.
RiCORD.
(2) Hunier a exprimé les mêmes idées et prescrit des règles analogues dans l'un de ses plus remarquables chapitres sur le traitement de la syphilis :
« Afin d'obtenir du mercure la plus grande action possible avec sécurité et de la manière la plus efficace, il faut l'administrer jusqu'à ce qu'il produise des effets locaux quelque part Ses effets locaux sont les indices de ses effets spécifiques sur la constitution ; la susceptibilité des parties malades a être affectées par le médicament est en proportion de ses effets sur la bouche C'est
pourquoi il faut donner le mercure, s'il est possible, de manière à produire des effets sensibles sur quelques parties du corps, et à la dose la plus élevée qui puisse être donnée pour produire ces effets dans certaines limites; ces effets sensibles sont le moyen de déterminer jusqu'où l'emploi du médicament peut être poussé, afin d'en obtenir les meilleurs effets possibles sur la maladie, sans danger pour la constitution. » {SyphiUs const., cli. 111, S ■''■) A. V.
Si le mercure est le spécifique de la vérole, comme on le dit d'une façon trop générale, c'est surtoutcontre les formes initiales de la diatlièse qu'il exerce sa toute puissante influence. C'est contre les accidents secondaires francs qu'il est le plus actif. Au delà, contre les manifestations plus tardives, il perd, à n'en pas douter, de ses effets thérapeutiques. Si je pouvais suivre avec vous l'évolution de la syphilis dans chacune de ses phases, je vous montrerais que l'énergie du mercure diminue et s'épuise à mesure que l'on s'éloigne du début de l'infection ; je vous le montrerais, merveilleusement efficace dans le premier stade de la vérole, déjà moins puissant contre les symptômes d'un âge plus avancé, puis devenant presque inerte, quelquefois même nuisible en présence des formes ultimes de la diathèse. En sorte que le médecin resterait véritablement désarmé contre ces accidents tardifs ou tertiaires, regardés autrefois et à juste titre comme incurables, s'il n'avait pour les combattre un autre agent, nouveau-venu dans l'arsenal thérapeutique de la syphilis, mais non moins admirable que son frère aîné le mercure : j'ai nommé l'iodure de potassium.
Si le mercure trouve sa vérftable application dans le traitement des symptômes précoces de la syphilis, c'est au contraire contre les formes plus tardives qu'il convient de réserver l'usage de l'iodure de potassium (1) . De très nombreuses expériences comparatives
(1) Voici sous quelle forme M. Ricord administre ce médicament :
Pr. Sirop de gentiane. ... 500 grammes, lodure de potassium . . 30 grammes.
Prendre chaque jour trois cuillerées à bouche de ce sirop.
D'après notre maître, la close moyenne de l'iodure de potassium varie de 2 à 3 grammes par jour. Une dose moindre est presque toujours insuffisante.
11 est des cas où cette dose moyenne doit être de beaucoup dépassée. Tels sont ces accidens qui compromellenl en quelques jours
CHANCBE INFECTANT. 2i9
m'ont en effet démontré, qu'exerçant une médiocre influence sur les accidents secondaires, ce médicament constitue en revanche l'agent le plus héroïque contre les manifestations d'une époque ultérieure : à ce point qu'on peut aujourd'hui le considérer, sans crainte d'exagération , comme le spécifique de la vérole tertiaire (1).
l'intégrité d'un organe, et réclament une médication répressive des plus énergiques. (Tumeur gommeuse du voile du palais, exostoses intracrâniennes, etc.) — Dans ces circonstances, M. Ricord prescrit d'emblée, dès le premier jour, trois ou quatre grammes d'iodure de potassium; puis, les jours suivants, il élève encore cette dose suivant les indications, à cinq, six, huit grammes, et viême au delà. — Cette thérapeutique hardie est couronnée de merveilleux succès.
L'on sait que l'administration de l'iodure de potassium a été portée expérimentalement à des doses beaucoup plus élevées (vingt, quarante, cinquante et jusqu'à soixante grammes par jour). Mais l'observation a démontré que, dans ces cas, l'influence thérapeutique du médicament n'était point augmentée proportionnellement aux quantités absorbées par les malades; les effets pathogéniques seuls se trouvaient exagérés.
(1) Quelques médecins ne prescrivent le traitement ioduré contre les accidents tertiaires qu'après l'avoir fait précéder d'un traitement mercuriel, comme si l'iodure ne pouvait agir qu'au prix de cette médication préalable. M. Ricord proteste contre cette pratique. D'après lui, l'iodure agit d'mè/ee sur les accidents tertiaires. Non seulement le mercure est inutile dans ces conditions, mais il peut même devenir nuisible, en retardant l'emploi du seul médicament qui jouisse d'une spécificité incontestable contre les manifestations tardives de la diathèse.
Il ne serait pas rare, d'après notre maître, de voir des accidents tertiaires se produire dans le cours même d'un traitement mercuriel. — S'il en est ainsi, comment espérer une action curative du mercure sur des lésions qu'il est impuissant à prévenir ?
Il est des cas où les mercuriaux doivent être prescrits en même temps que l'iodure de potassium : c'est lorsqu'il existe des accidents de transition de la période secondaire à la période tertiaire, tels que les sypliilides à forme profonde, ou bien encore lorsque des symptômes secondaires accompagnent des manifestations d'une époque plus tardive. Dans ces
L'iodurc de potassium n'est pas seulement un merveilleux agent curatif ; c'est encore un médicament préventif par excellence. Aussi ne devrez-vous jamais terminer le traitement d'une syphilis sans faire succéder à l'emploi du mercure la médication iodurée. C'est à ce prix seulement que vous pourrez, sinon éteindre la diathèse, au moins l'arrêter dans ses manifestations éloignées ; c'est à ce prix, qu'après avoir assuré le présent, vous pourrez sauvegarder l'avenir.
Il me resterait, après vous avoir indiqué les médications applicables aux différentes périodes de la syphilis, à déterminer les conditions et la durée d'un traitement complet, suffisant à la préservation la plus efficace et la mieux assurée que notre art puisse fournir aux malades. Mais, hélas! Messieurs, j'ai le regret de vous dire que toute règle absolue sur ce point est d'avance entachée d'erreur, par cela seul qu'elle est absolue.
Il n'y a ni dose, ni forme pharmaceutique, ni durée de traitement qui donne toujours et, à coup sûr l'immunité, quelles que soient d'ailleurs l'attention du médecin à diriger la médication et la docilité du malade à l'observer. Il faut ici, comme je l'ai écrit ailleurs, que la profession respecte la science : la science ne promet qu'une immunité probable, au prix du meilleur traitement ; le médecin ne doit pas s'engager au delà. Seulement, c'est à lui, dans ce calcul de probabilités, à mettre du côté de son malade le plus de chances favorables.
conditions toutes spéciales, Piodure de polcassium seul ne saurait suffire, et M. nicord a coutume de lui adjoindre le mercure. C'est rassocialion de ces deux médicaments qui constitue ce que l'on a appelé le trailevienl mixte de la sypliilis.
Eh bien, quelles sont, dans ce but, les conditions à remplir?
Ne faire le traitement que jusqu'à la disparition des accidents, est sans contredit la méthode qui expose le plus le malade aux manifestations consécutives de la diathèse. Insister sur la médication, après la guérison des symptômes, autant de temps qu'il en a fallu pour l'obtenir, ne conduit pas à des résultats plus satisfaisants : c'est trop ou pas assez, suivant les cas (l).Il serait également dangereux de se confler aux indications mathématiques de Hunter, qui mesurait les doses et la quantité totale de mercure nécessaire au malade d'après le nombre , l'étendue et la durée des ulcérations, d'après l'intensité des symptômes, etc. (2).
Mais il faut, en fin de compte, une mesure pratique. Eh bien, la clinique seule peut la fournir, et c'est à la clinique que nous l'emprunterons.
Six mois de traitement mercuriel, à une dose journalière qui influence les accidents à combattre et qui indique, après qu'ils ont été détruits, que le médicament agit encore par ses effets physiologiques connus ; puis, trois mois d'un traitement ioduré, destiné à prévenir les accidents éloignés de la diathèse, telle est. Messieurs, la médication qui donne les cures les plus soutenues, qui réussit, dans l'énorme majorité des cas, à neutraliser véritatablement le virus toxique, je dirais presque à guérir la vérole au moins dans la généralité de ses manifestations.
Voilà, Messieurs, la seule règle expérimentale que je puisse vous donner. Vous comprenez qu'elle devra subir entre vos mains
(1) Dupiiytrcn faisait continuer le traitement, au delà de l'extinction des acciflcnls, pendanl un temps éi/al à celui qu'avait nécessité la guérison.
(2) V, ch. m, considérations générales sur le traitement du chancre.
des modifjcaUons de toute sorte suivant les indications et les exigences variables des cas particuliers. Je ne fais, du reste, que vous la formuler ici dans sa plus grande généralité.
Cette règle, je vous le répète, Messieurs, c'est l'observation des faits, patiente et attentive , qui me l'a fournie. Puissiez-vous à votre tour, par l'observation, l'étendre et la parfaire si elle est juste, l'amender si elle est fausse, de façon à créer pour un avenir prochain ce qui nous manque encore aujourd'hui, un traitement sûr et complet de la vérole!
CHANCRE IM'ECTANT.