‹ Leçons sur le chancre (volume 2)Chapitre 24 sur 53 · CONSTATÉ HUIT CENT QUINZE FOIS COMME PRÉLUDE DES ACCIDENTS · texte numérisé non relu

CONSTATÉ HUIT CENT QUINZE FOIS COMME PRÉLUDE DES ACCIDENTS

constitutionnels; — et cela, soit d'après les rapports des malades, soit d'après les résultats de notre propre investigation.

Onze cas seulement ont paru faire exception à la loi, c'est-à-dire que sur onze malades affectés de syphilis, le chancre n'a pu être retrouvé comme origine d'une façon certaine, ou bien que les malades donnaient une autre origine aux accidents qu'ils présentaient.

Mais analysons attentivement ces onze cas exceptionnels.

1 et II. — Deux malades , âgés l'un de 18 et l'autre de 25 ans, n'ayant jamais éprouvé d'accident vénérien d'aucune sorte , se présentent avec des symptômes presque identiques, à savoir : sur le premier, tumeur gommeuse du voile du palais et tubercule ulcéré de la paroi postérieure du pharynx;— sur le second, tumeur gommeuse du voile.

Malgré l'absence de renseignement précis sur la génération ascendante , M. Ricord n'hésita pas à attribuer les accidents présentés par ces deux malades à une diathèse héréditaire.

Ces deux faits ne sauraient donc constituer d'exception à la loi de M. Ricord, simplement relative à la syphilis acquise.

m. — Il s'agit ici d'un malade qui fut admis à l'hôpital avec les symptômes suivants : plaques muqueuses anales confluentes et hypertrophiques ; balano-posthite secondaire; adénopathie biinguinale spécifique; bubon cervical; alopécie; céphalée, etc. — Ce malade niait formellement tout antécédent vénérien. — Un examen minutieux fit découvrir sur le scrotum la présence d'une cicatrice arrondie, blanche, gaufrée, indice non douteux d'une ulcération ancienne et profonde, dont l'origine pouvait bien être spécifique. Le malade nous avoua qu'en effet, il avait été affecté, quatre ou cinq mois auparavant, d'un large « bouton » développé sur le siège de la cicatrice actuelle, et qui avait persisté pendant plusieurs semaines. — La base de la cicatrice ne i:résenlait pas

d'induration, mais l'existence de l'adénopathie inguinale donnait à cette ulcération son véritable caractère, pour en faire l'origine de la diathèse.

IV. — Dans ce quatrième cas, il s'agit d'un enfant qui subit des approches à prœposterd venere, dans le courant d'octobre 1855. Il entra au Midi en 1856, pour des symptômes de syphilis seco7idaire. — L'accident primitif ne put être retrouvé.

L'enfant avait éprouvé, dans les mois de novembre et de décembre, quelques douleurs anales avec légères hémorrhagies au moment de la défécation ; mais jamais il ne constata de plaie extérieure.

V et VL — Ces deux faits sont relatifs à des malades affectés de syphilis secondaire, qui nous avouèrent avoir servi à des rapports anti-physiques. — Ils niaient tous deux l'existence d'un chancre antérieur aux accidents qu'ils présentaient actuellement ; l'un d'eux accusait une blennorrhagie remontant à dix-huit mois. — Sur ce dernier, nous trouvâmes une cicatrice occupant la marge de l'anus ; mais sur le premier, il nous fut impossible de découvrir la moindre trace de chancre.

VII. — Ici, le malade, affecté de syphilidepapuleuse, d'alopécie, de céphalée, etc., rapportait l'origine de ces accidents à une ulcération voisine de l'anus, qui, d'après son dire, aurait été traitée pour un chancre dans l'un des hôpitaux de la capitale. — Cette ulcération ne laissait absolument aucune trace lors de l'entrée du malade au Midi.

VIII. — Malade affecté de syphilidc papuleuse; double adcnopathie inguinale dure, multiple et indolente. — Phimosis d'une extrême étroitesse, ne permettant de voir que le sommet du gland. — Négation de tout antécédent vénérien : le malade disait seulement qu'environ six semaines à deux mois avant les accidents actuels, il avait contracté un léger écoulement venant sourdre entre le gland elle prépuce, écoulement qu'il attribuait à sa difformité congéniale.

L'exploration ne permettait pas de sentir sous le prépuce d'induration bien manifeste ; le doigt s'arrêtait toutefois sur un point de

LEÇONS SUR l,E CHANCRE.

la rainure qui présentait une rénitcnce exagérée. Mais la présence de l'adénopathie inguinale, bien nettement caractérisée, accusait suffisamment un chancre.

IX. — Malade affecté de syphilide tuberculeuse. — Comme antécédents, trois blennorrhagies, l'une en 1846, la seconde en 1853, la dernière en 1855. — Jamais de chancre, au dire du malade.

Mais nous trouvons une cicatrice arrondie, bronzée, sur la commissure labiale gauche et un ganglion induré sous le maxillaire du même côté. — D'après le malade, le « bouton » de la lèvre remonterait à dix-huit mois. — Le diagnostic chancre labial n'était-il pas permis en toute assurance, dans ces conditions ?

X. — L... entre au Midi le 20 juin, affecté d'une syphilide érythémateuse confluente, de papules muqueuses du scrotum et de la verge, de bubon cervical, etc. Il présente de plus une adénopathie bi-inguinale multiple, dure et indolente, extrêmement caractérisée.

Comme antécédents, htiit blennorrhagies, dans le cours de ces dix dernières années. — La dernière chaude-pisse daterait de mars 1856; elle n'aurait duré que quelques jours, au dire du malade, qui a été fort surpris de sa bénignité ; elle ne fournissait de plus qu'un très léger suintement, foncé en couleur et souvent mêlé de sang. — Les douleurs dans la miction ne se sont jamais fait sentir qu'à r extrémité du canal.

Ces derniers caractères, qui appartiennent précisément, comme on le sait, à la blennorrhagie chancreuse, autorisaient à admettre un chancre urétral comme antécédent des symptômes présentés actuellement par notre malade. Ce qui contribuait encore à rendre ce diagnostic plus acceptable, c'était l'existence d'une lymphangite dorsale indurée et d'une double pléiade inguinale spécifique.

XI. — Le dernier fait qui me reste à signaler est exactement l'analogue du précédent.' — Le malade n'accusait qu'une blennorrhagie comme origine des accidents de syphihs constitutionnelle qui l'amenaient à l'hôpital. Mais cette blennorrhagie avait offert des caractères complètement semblables à celle du malade précédent ; de plus, il restait sur l'une des lèvres du méat urinaire une

dureté remarquable qui ajoutait encore à la probabilité d'un chancre urétral.

Que reste-t-il donc, en résumé, des onze faits que nous venons d'énumérer comme offrant autant d'exceptions à la loi d'origine formulée par M. Ricord?

Dans les deux premiers il s'agit bien évidemment d'une syphilis héréditaire ; — dans le sixième et le septième, l'origine de la diatbèse peut légitimement être attribuée à des chancres méconnus ou dissimulés, dont les cicatrices ont été constatées par nous (chancre anal, chancre périnéal) ; — de même pour le troisième, où l'existence d'un chancre scrotal semble fort probable; — de même encore pour le neuvième, où la macule labiale sert de témoignage accusateur (chancre labial). — Pour le huitième fait, l'impossibilité d'une exploration directe doit rendre le diagnostic réservé dans un sens comme dans l'autre, et cependant l'existence d'un chancre est rendue «?< moins probable, 1» par les résultats du toucher extérieur; 2» par la présence de l'adénopathie inguinale. — Les dixième et onzième faits sont sans doute les plus sujets à controverse, car l'existence d'un chancre urétral n'y peut être rigoureusement démontrée : mais, en tout cas, elle y réunit toutes les pirobabilités rationnelles. Qu'on admette pour un instant que nos deux malades aient été bien réellement affectés d'ulcérations intra-urétrales ou larvées, et je demande si, à l'époque où ils se sont présentés à notre examen, ils pouvaient ou devaient offrir d'autres symptômes que ceux dont nous avons fait mention précédemment.

Resteraient, en définitive, comme exceptions véritables, les faits IVet V. où l'existence du chancre n'a pu être démontrée. Mais si l'on se rappelle les conditions toutes spéciales inhérentes à ces deux observations, si l'on prend en considération soit le siège particulier qu'a dû affecter l'accident initial, soit l'époque éloignée du début à laquelle se sont présentés les deux malades, il est impossible qu'on place en ligne de compte pour une sérieuse appréciation doctrinale ces faits d'ailleurs incomplets,.et qu'on les oppose comme deux exceptions formelles à la loi de M. Ricord.

De cette rapide analyse, il résulte donc qu'aucune des observa-

tions précédentes ne saurait constituer d'objection véritable à ce grand principe doctrinal : la vérole naît du chancre et ne reconnaît pas d'autre origine.

Sur un total de 826 malades, pas une exception sérieuse ne s'est produite !

A. FOURNIER

NOTES ET l'IÈCES JUSTIFICATIVES.

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