‹ Leçons sur le chancre (volume 2)Chapitre 8 sur 53 · Guérison du bubon · texte numérisé non relu

Guérison du bubon

Pas de nouvel accident constitutionnel jusqu'à la sortie.

jn. L..., âgé de 20 ans. Sujet lymphatique.

Blennorrhagie en 1855, traitée par le copahu, guérie en deux mois. Nul accident consécutif.

Rapport avec la fdle C... le 31 décembre. Coït antérieur remontant aux derniers jours de novembre.

Chancres reconnus à la date du h janvier.

10 janvier. Deux chancres sim-ples, à base molle, siégeant l'un sur le limbe du prépuce, l'autre sur la rainure glando-préputiale. Aucun retentissement ganghonnaire. Traitement : Vin aromatique. '

Guérison des chancres à la fin de février. Nul accident constitutionnel. (J'ai revu ce malade à plusieurs reprises jusqu'en août 1856: il n'a jamais présenté le moindre accident de syphilis.)

IV. C..., âgé de 20 ans. Constitution très robuste. Tempérament sanguin.

Aucun antécédent vénérien.

Rapports le 29 décembre 1855 avec la fdle C... Coït antérieur remontant à quatre mois.

Chancres reconnus le 2 janvier.

État actuel, 7 janvier:

Chancres simples, h base molle, du prépuce et du frein, Aucun retentissement ganglionnaire. Traitement: Vin aromatique. Cicatrisation des chancres dans les derniers jours dé janvier. Aucun accident consécutif.

Alfred FouRNiER. E. Caby,

Interne de St-Lazarc.

Adénite aiguë de l'aine gauche; dégénérescence strumeuse; suppuration.

Sur le second, chancres simples à base molle, siégeant sur le prépuce.

Adénite aiguë de l'aine gauche, ne tardant pas à suppurer.

Sur le troisième, chancres simples, à base molle, de la rainure glando-préputiale. Bubon suppuré.

Aucun symptôme constitutionnel ne se développa sur ces trois individus.

La femme dont ils tenaient ces accidents portait elle-même un large chancre simple de l'anus et du périnée, à base parfaitement molle, qui ne fut suivi d'aucun symptôme constitutionnel.

Permettez encore que je vous cite le fait suivant, qui, bien qu'analogue à ceux qui précèdent, présente de plus une particularité remarquable sur laquelle je veux appeler toute votre attention. C'est le développement d'une wieme variété de chancre sur plusieurs individus se trouvant, par leurs antécédents au point de vue de la diathèse, dans des conditions de réceptivité différentes.

La fille C. . . a des rapports, dans la dernière semaine de décembre 1855, avec quatre individus.

De ces quatre individus, deux étaient sous le coup, à cette époque, d'une diathèse syphilitique, dont l'origine remontait à plusieurs mois; le troisième n'accusait, comme antécédent, qu'une hlennorrhagie ; le quatrième éi^ii vierge de tout accident vénérien.

Or, ces quatre individus contractent à la même époque des chancres de nature exactement semblable, chancres simples, sans aucune induration à la base.

Chez les deux premiers, il se produit des bubons inguinaux qui suppurent ; les accidents constitutionnels de la diathèse antérieure suivent leur marche.

Chez les deux derniers, il ne se produit aucun symptôme d'infection constitutionnelle.

Mais je m'arrête, car il serait inutile de prolonger davantage cette énumération, et je termine en résumant, sous une formule générale, tous les faits précédents : Le chancre simple paraît naître du chancre simple et se propager uniquement dans son espèce.

Voilà, Messieurs, ce que j'avais à vous dire sur ce point d'étude nouveau, X origine du chancre et le rapport du symptôme transmis à l'accident originel.

J'aborderai bientôt ce qui a trait à l'autre variété d'ulcération primitive, le chancre infectant, ou chancre induré.

CHAi\CRE IINFECTANT, CH4NCRE lINDURÉ.

Messieurs,

Avec le chancre induré, nous entrons aujourd'hui dans le domaine de la syphilis.

Ce qu'a de spécial la variété du chancre dont nous allons nous entretenir, ce n'est pas seulement l'induration qui l'accompagne, c'est, surtout et avant tout, l'influence générale qu'elle exerce sur l'économie, c'est son retentissement sur l'organisme, c'est la diathèse qu'elle établit.

Nous abordons ici l'histoire d'une affection constitutionnelle.

La syphilis n'appartient qu'à l'iiomme. Immunité des espèces animales. — Du chancre infectant. — Question du siège. — Développement. — Remarquable indolence du début. — Formes initiales. — Aspect de l'ulcération. — Parallèle, de visu, des deux variétés du chancre.

La description générale du chancre que je vous ai donnée au commencement de ces leçons vous a déjà fait connaître en partie le chancre induré. Il ne me reste donc plus qu'à insister sur ce que son histoire offre de spécial.

Vous savez déjà que c'est une variété du. chancre exclusivement propre à l'homme. Si la transmission du chancre simple aux animaux avait pu soulever quelque doute, ici toute incertitude disparaît. Il est péremptoirement et définitivement établi que, des innombrables tentatives faites jusqu'à ce jour pour inoculer sur les espèces animales le chancre infectant, aucune n'a fourni la pustule spécifique, aucune n'est devenue l'origine d'une syphiUs bien et dûment caractérisée.

Je répète donc avec tous les syphiliographes sérieux du passé, je proclame avec mes deux savants collègues du Midi, MM. Puche et CuUerier, que les animaux sont réfractaires au virus infectant, et que la syphilis ne leur est pas transmissible : en sorte que la vérole nous reste ainsi en toute propriété et sans partage (1).

Je vous ai dit encore que le chancre induré ^omdM se manifester partout, depuis le sinciput jusqu'aux pieds. Tandis qu'en vous parlant du chancre simple, j'étais obligé de faire des restrictions et de tracer les Umites du terrain où il peut se produire , ici, au contraire, il n'est besoin ni de restrictions ni de limites. Le chancre infectant se développe partout, sur les membres, sur le tronc, sur le col et sur la tête même, ce domaine inaccessible au chancre simple. Pour lui, toute région est bonne, il germe sur tout terrain (2).

Les muqueuses n'en sont pas plus exemptes que la peau. Vous savez quelle est sa fréquence à la vulve, sur le gland, surla muqueuse préputiale, etc. Je l'ai rencontré sur les lèvres, sur la langue, sur

(1) Il ne faut pas, comme l'a fait l'école physiologique, confondre les tilcérations simples et, les affeclions catarrhales dont les animaux peuvent être affectés comme l'homme, avec la véritable syphiiis. Celle-ci ne se retrouve pas sur les espèces animales. — R,

(2) Voyez la note V.

la conjonctive, sur la pituitaire, sur le col utérin, au vagin, à l'anus, dans le rectum, etc., etc.. Peut-être la muqueuse du tube digestif, au delà du pharynx et en deçà du rectum, est-elle également apte à le recevoir; mais on n'a pas, que je sache, tenté d'inoculation directe en mettant à découvert une portion de la muqueuse intestinale. En tout cas, c'est vainement qu'on a essayé jusqu'à ce jour de produire des inoculations sur l'estomac, en faisant avaler du pus de chancre incorporé à quelque pilule (1). Vous sentez bien, du reste, que ce mode d'expérimentation était loin de remplir toutes les conditions nécessaires à la contagion.

(1) Hunier rapporte un fait semblable observé sur l'homme. L'ingestion du pus chancreux dans l'estomac ne fut suivi d'aucun accident. Voici ce fait, tel qu'il est raconté par Hunter :

« Un homme atteint de chancres qui suppuraient abondamment, avait l'habitude de se laver les parties malades dans une tasse à thé, avec du lait dont il imbibait un peu de charpie, et il laissait ordinairement la charpie avec le lait dans la tasse. Un petit garçon de la maison déroba le lait, et le but : mais on ne put savoir si la charpie avait été avalée ou non. Le malade ne fit connaître ce qu'il en était ni à l'enfant ni a sa famille ; mais, à l'insu de celle-ci, il surveilla très attentivement la santé de cet enfant pendant plusieurs années. 11 ne survint rien qui pût donner le moindre soupçon que l'enfant eût été affecté de la syphilis, soit localement dans l'estomac, soit constilutionnellement. » — (Hunter, trad. de Richelot. De la syphilis constitulionnelle, chap. I, S L)

On lit encore dans Petit-Radel (Cours de maladies syphilitiques , tome I, page 20) :

« Le virus syphilitique n'ayH pas sur les muqueuses des premières voies, à en juger d'après les faits rapportés par quelques auteurs. Ainsi, l'expérience a constaté que ce même délétère a été avalé, et même en assez grande quantité, sans cependant qu'il en soit survenu le moindre symptôme d'infection chez celui qui s'était exposé au hasard d'une pareille tentative. Arriverait-il ici la même chose qu'k Rcdi, qui avalait impunément le venin de la vipère, et qu'à d'autres qui vainement ont tenté de s'inoculer en mêlant delà matière varioliqueà des pilules de mie de pain, k savoir une véritable coction du virus qui en détruirait toutes les mauvaises qualités? Il suffit de réfléchir sur l'étendue du pouvoir de la faculté peptique, sur ses moyens de transmutation supérieurs à ceux d'une chimie ordinaire, pour se rendre raison d'une pareille impuissance du délétère, lorsqu'il est ainsi soumis aux actions organiques des premières voies. »

A. FounNiEii.

Mais j'ai hâte d'aborder l'histoire du développement du chancre induré et l'exposé de ses caractères.

Le chancre qui doit s'indurer, ou autrement le chancre infecfant, se développe, en général, d'une façon lente et insidieuse. Il faut au pus d'inoculation un certain temps pour se préparer le terrain en quelque sorte, et s'y développer. C'est donc ici qu'on pourrait admettre une véritable incubation, si l'on s'en rapportait exclusivement au dire des malades; mais l'expérimentation directe démontre surabondamment que cette incubation n'existe pas, dans la véritable acception du mot. Les phénomènes produits par l'insertion du virus sont, en effet, presque immédiats ; seulement les symptômes initiaux sont très minimes et difûcilement appréciables, si ce n'est pour un œil attentif et expérimenté. Aussi, le véritable début du chancre induré passe-t-il, en général, complètement inaperçu des malades. Cette prétendue période d'incubation qui sépare le moment de la contagion de l'époque à laquelle le chaucre est reconnu par le sujet contagionné, n'est donc, à vrai dire, qu'une période d'inobservation.

Ajoutez encore que le chancre infectant est une ulcération essentiellement indolente dans son développement. Le plus souvent, il naît, s'étend, se creuse et s'établit sans provoquer la moindre réaction douloureuse. Aussi, pour les malades, enclins à juger de la gravité du mal par la douleur qu'ils en éprouvent, cette ulcération n'est-elle, la plupart du temps, qu'une excoriation insignifiante, qu'une « écorchuren à laquelle ils n'accordent aucune importance. Souvent même, chez les sujets inattentifs et peu soigneux, elle passe absolument inaperçue, et il n'est pas rare de voir arriver à la consultation du Midi des individus porteurs de très larges chancres indurés dont ils ne soupçonnent pas même l'existence (1).

(1) Il nous arrive ainsi fort souvent, lorsque des malades se présentent à

S'il peut en être ainsi pour l'iiomme, jugez, pour le dire en passant, si le chancre en général, et, en particulier, le chancre infectant, court le risque d'être ignoré ou méconnu chez la femme! Et que penser alors des doctrines de ces praticiens qui nient le chancre comme exorde obligé de la syphiUs, pour cette seule raison qu'il n'est point exactement accusé par les malades dans tous les cas !

Les formes que prend au début le chancre induré, sont les mêmes que celles du chancre simple. Tantôt, c'est une pustule qui précède l'ulcération ; tantôt cette dernière s'établit d'emblée.

Primitive ou consécutive à la pustule, l'ulcération se présente généralement avec la forme arrondie, forme caractéristique des ulcères vénériens primitifs et déjà signalée à propos du chancre simple.

Son aspect cependant, pour un œil exercé, diffère à plus d'un titre de celui qu'offre le précédent. Ainsi, la surface de l'ulcération est plus hsse, moins vermoulue, moins déchiquetée que celle du chancre simple, qui, vous le savez, offre ordinairement un fond irrégulier, chagriné et comme aréolaire. A la période de progrès, l'ulcération devient grise et lardacée, mais en conservant toujours un aspect plus uni, quelquefois même brillant et irisé. Les bords sont généralement lisses, luisants et comme vernis, tandis que le centre présente une teinte plus sombre, et d'un gris uniforme.

Voici encore un signe différentiel que je signale à votre atten-

nous pour des symptômes secondaires, je suppose, de leur découvrir sur la verge ou ailleurs, de larges cicatrices indurées ou mémo de vastes ulcérations encore persistantes, qui, sans nous, seraient passées complètement inaperçues. Si vous n'aviez été témoins de faits semblables à nos consultations , j'exciterais certainement un sourire d'incrédulité sur vos lèvres, en vous disant que certains individus nous avouent, fort naïvement et de la meilleure foi du monde, n'avoir pas remarqué sur eux-mêmes des ulcérations de la largeur d'une pièce d'un franc, et au delà ! — R.

tion : le chancre mou est, pour ainsi dire, creusé à l'emportepièce; le chancre induré est fait à Yévidoir ; sur l'un, les bords sont abrupts et comme taillés à pic; sur l'autre, les bords fuient vers le fond par une pente insensible, de façon que l'ulcère prend un aspect véritablement cupuliforme.

Les bords du chancre mou sont le plus souvent décollés; ceux du chancre induré sont au contraire adhérents.

Ce sont là, sans doute, des caractères minutieux, des caractères qui reposent sur des détails d'aspect et de forme, variables suivant le siège , la période , la durée de l'ulcération, etc. Néanmoins, j'y attache une grande valeur, car ce sont des signes essentiellement pratiques, qui, dans les cas où ils sont nettement accusés, donnent à telle ou telle variété du chancre une physionomie, une allure tellement particulière , qu'ils suffiraient amplement au diagnostic, je ne crains pas de le dire, à défaut de tout autre élément séméiologique.

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