ÉVOLUTION DE LA DIATHÈSE
Les premières manifestations de la syphilis apparaissent dans un délai précis. — Évolution naturelle de la diathèse. — ClasMflcation. - Trois périodes. -> Accidents PRIMITIFS; ~ accidents SECONDAIRES; -> accidents- TERTIAIRES. — Véroles galopantes. — Caractères de chacune des Iroi» périodes de la syphilis. — De quelques influences qui peuvent modiiler Tordre d'évolution naturel de la diathèse.
Je VOUS ai présenté, messieurs, rinduration connue un prodrome qui oiivre une maladie constitutionnelle et annonce Texplosion infaillible de manifestations consécutives.
Je voudrais maintenant mieux préciser celte proposition. Il me reste donc à vous fixer le délai dans lequel doivent se produire les manifestations que je vous ai annoncées, et à vous donner quelques notions générales sur Tordre d'évolution que suit la diathèse.
Lorsque Tinduration s'est produite, Tinfeclion est accomplie. Si aucun traitement spécifique n'est prescrit, si la maladie est abandonnée à elle-même, ce premier accident est nécessairement et fatalement suivi de symptômes prqpres à la syphilis, et cela dans un délai qu'une patiente etlongue observation m'a permis de préciser avec rigueur.
La vérole, en effet, a son échéance fixe. Soit un chancre bien et nettement induré ; le malade, — et je parle d'un
malade de Paris, soumis aux conditions climatériques que nous connaissons (1), — le malade, dis-je, est laissé sans trailemenl. J'alTirme, avec toute certitude, que six mois ne se passeront pas sans qu'il survienne des manifesta' tions de l'intoxication syphilitique. Avant le dékii prescrit, ce regrettable pronostic se trouvera vérifié.
Six mois, oui six mois, et c'est là encore un temps très long, car le plus souvent c'est du (|uatriéme au sixième septénaire que surviennent les accidents secondaires, fréquemment du second au troisième mois, et bien plus rarement du cinquième au sixième.
L'a|)parilion d'accidents constitutionnels à la suite de l'induration, dans une période fixe, dans un terme infranchissable, constitue donc, messieurs, une véritable /oi, une loi que les errements de l'école physiologique
(I) « Je dis à Paris, et ù dessein, car lorsqu'il s'agit de préciser les phénomènes de l'évolution syphilitique, il ne faut pas tenir seulement compte de rinfectiun, de l'empoisonnement, mais encore des causes adjuvaiilefi qai peuvent en modifier les allures. Ainsi, dans le climat de Paris ^ il n'y a pat un accident infectant qui passe la période de six mois sans manifestation constitutionnelle...
M Quand j'ai établi cette règle g«'*néralc, dans un accès de générosité, j'ai agrandi cette espèce de cercle de Popilius dans lequel j'avais enfermé l'accident primitif infoctant, et j'ai reculé à uu an cette limite de six mois. J*ai encouiu, par là, h* blâme de mou savant confrère et ami, M. Prciic, qai m'en a voulu de cette générosité, suivant lui, mal fondée. Aussi, à quiconque vou Ira se donner la peine de siii>re l'évolution syphilitique, de faire de la science par sii-niénie, il est facile d'acquérir en |>eu de temps, sur ce point, une conviction eiitièro. Je convie les incrédules et les appelle sur le champ de bataille, à la clinique de l'hôpital du Midi ; qu'ils viennent, et ils verront que pour tout accident primitif bion déleriiiiiié, bien diagnostiqué, et, de plus, vierge de tout trailempiit, six mois ne se paissent ^a^ sans manifestû» lions consti'ntionnelles, » Hicord, l)i\couis à l'Académie de méderine, séance du 11 octobre 1853.)
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nous ont donné roccasion de vérifier mille fois, et que rincurie des maladies vient chaque jour confirmer (1).
Ainsi, la syphilis est contenue tout entière dans la gouttelette de pus virulent qui produit par inoculation le chancre induré; et ce chancre n'est qu'une manifestation diathésique initiale, à laquelle succède fatalement ^ dans la libre évolution de la maladie, cette série d'accidents qui constitue la vérole confirmée des anciens auteurs, la syphilis constitutionnelle de notre époque.
Ces accidents peuvent même être déterminés par avance, et il faut en vérité que la maladie ait une essentialité bien forte pour résister aux mille influences qui tendent à la transformer, à la défigurer, à modifier l'uniformité de son type d'évolution.
La syphilis, en effet, que l'on accuse bien à tort d'être vagabonde, est, au contraire, de toutes les affections du cadre nosologique la plus régulière et la plus méthodique dans son développement. Rien dans son empire n'est livré au hasard ; elle ne connaît pas l'anarchie.
Elle a ses formes de début, comme elle a ses symptômes éloignés. Elle prend pour chacun de ses âges une physionomie particulière.
La syphilis (pardonnez-moi cette comparaison qui vous aidera, je pense, à saisir ma pensée), la syphilis est un ruban qui se déroule et dont les couleurs varient* apn'*s
(1) Voy. note \U.
IPA leçons StIR LE CUANCRË.
un certain nombre de tours, sans que jamais les teinles de Tun des bouts rappellent les nuances du bout opposé.
Eh bien! dans l'évolution de cette maladie, il est un groupe d'accidents qui caractérisent l'explosion première de la diathése : lassitude générale ; douleurs névralgiformes ou rhumatoïdes; adénopathie cervicale ; chute des cheveux ; et surtout, éruptions cutanées et muqueuses de forme superficielle, etc. Tels sont, messieurs, les accidents déjà bien connus de vous, qui constituent en partie le fjroupe initial des symptômes dits secondaires : symptômes multiples, épars, disséminés, qui annoncent bien une infection généralisée et envahissant tout l'organisme, mais symptômes toujours super ficielsy n'aflectant que la surface des tissus sans en atteindre la profondeur ; et en somme, accidents à pronostic local sans grande gravité.
Voilà, messieurs, les symptômes que je vous annonce comme pouvant, en totalité ou en partie, constituer le cortège du chancre induré, dans le délai fatal des six premiers mois, à moins (|u'un traitement spécifique ne vienne troubler révolution naturelle de la diathése.
Et je puis ajouter: ce sont sont là les seuls accidents que vous aurez à redouter dans cette période, car les autres maiiiri.'stalions de la sypliilis appartiennent à un âge plus avancé de la maladie. En dépit de Tobscurantisme , les tubercultîs, les gommes, les exostoses (I), bref, tous les symptômes dits tertiaires, qui envahissent l'épaisseur de
(I y Elles ne paraissent qu'au troiMèmed(*);ré de la vérole, ditait J.-L. Petit. {Jraité des maladies des os, Paris, 1*735, t. U.)
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la peau et des muqueuses, le tissu cellulaire, les viscères et les 08, ne se produisent pas à quelques semaines du chancre; ce sont là des accidents de la vérole vieillie. Et je vous prédis à coup sûr que vous ne les verrez jamais prendre la place du groupe symptomatologique que je vous décrivais tout à l'heure comme ouvrant la scène de la syphilis.
C*est qu'en effet (et je reviens à dessein sur cet important sujet), la syphilis, dans le plus grand nombre des cas, parcourt son orbite, pour ainsi dire, avec la régularité que mettent les mondes célestes à fournir leur carrière. Chaque accident, chaque phase, chaque groupe, a son époque et son heure fixée d'avance, presque invariable. Telle manifestation parait aujourd'hui, je suppose ; mais il faut encore plusieurs mois, plusieurs années peut-être, pour que telle autre se produise. — Et ainsi pour l'évolution de toute la syphilis 1
Je ne connais, comme exception à cette règle, que quelques cas fort rares de . ces véroles dites galopantes, où des accidents de toute nature et de toute forme, mais toujours des plus graves, éclatent peu de temps après le chancre et se succèdent avec cette incroyable rapidité, cette formidable confluence qui rappelle les néfastes récits du XV* siècle (1).
Aussi, messieurs, les divisions que j'ai depuis longtemps établies, les stades dans lesquels j'ai rangé les dif-
(1) U parait, du reste, que cette gravité avec laquelle se présenta tout d'abord la vérole s'épuisa rapidement ; car, dés les premières années du
férents accidents de la diathèse, en un mol, les classifications que j'ai formulées, sont-elles adoptées aujourd'hui et presque populaires, pour cette seule raison qu'elles sont naturelles et conformes à la vérité clinique. Je ne les retrouve pas seulement dans le langage et les écrits de mes élèves, je les surprends dans la bouche même de mes opposants. Que de fois ces mots, si simples et si terriblement attaqués, A' accidents primitif s , secondaires et tertiaires^ n'ont point échappé à ceux de mes contradicteurs qui se montraient les plus ardents à repousser mes doctrines I
Cependant, comme je l'ai dit ailleurs, si j'ai su étudier la vérole, je ne Fai point, à coup sûr, inventée. Je n'ai fait que suivre la nature dans ses manifestations et reproduire les divisions qu'elle y apporte. Aussi, n'estil pas étonnant qu'avec Thierry de Hery (1), qu'avec
XVI* liècle, les auteurs adlrment que la maladie 8*adoucil de jour en jour. D'une part, les manifestations ne tardèrent pas à devenir de plus en plus discrètes et moins intenses ; d'autre part, les symptômes se succédèrent dans un ordre moins précipité. C*est au moins ce qui parait résulter de plusieurs passages qu*il serait trop long de relater ici. Je dirai simplement que dèt les premières années du \vi* sièdet Jean de Vigo, Jacques Catanée et d'autres encore, signalaient déjà la possibilité d'une période intermédiaire au symptôme primitif et aux manifestations consécutives, période exempte de tout accident. « Evenit in hoc morbo quod in morsu canis rabidi; in altquibus enim citu apparet quid noceat, in aliquibus vero occultcUur et tnenses et annos, » (J. Catanée, De morbo gallico.) A. F.
(1) On trouve, en effet, dans Thierry de Hery, le remarquable passage suivant :
1 Les symptômes ou accidents communs de cette maladie sont plusieurs desquels les uns précèdent^ les autres suii^nt, les autres surviennent.
» (-eux qui pri''c»>dcnt font ulcère de diverse nature... — Les autres, que nous appelons suivants ou cnnséculifs, font pu>liil«'sct ulcères naissants par tjut le rorp^, principalement aux parties honteuses, au siège, à la bouche.
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Hunter (1), qu'avec mes deux collègues que je ne saurais vous cUer trop souvent, MM. Puche et Cullerier (2),
à la gorge, à la tète, au front. Pareillement clieute de poils, communément dite pelade, douleurs articulaires, souvent mobiles aussi, mais peu souvent lophesou nodositez. — Les derniers, que nous appelons survenans ou extraordinaires, sont douleurs flxes de toute la teste ou «i*une partie d*icelle, des bras, des jambes, principalement avec nodo^itez, ou souvent sont les os cariez et corrompus, ulcères virulents et pbagédéniques communément dits am~ bulatifs, scissures ou dartres aux mains, pieds et autres parties du corps, vice provenant de chacune des concoctions avec marasmation et amaigrissement d'icehiy. » (Méthode curatoirede la maladie vénérienne, p. 133.)
Jean de Vigo, au commencement du xvi* siècle, divisait déjà les accidents du mal françmis en deux époques : morbus non confirmalus, c'est-à-dire le cbancre, l'accident primitif; morbus confirmatus, c'est-à-dire l'infection constitutionnelle, les accidents consécutifs. A. F.
(1) L'époque d'apparition des symptômes syphilitiques constitutionnels varie suivant les parties qui en sont le siège.... Les parties
PIOFONDÉMENT SITUÉES MANIFESTENT L'ACTION SYPHILITIQUE PLUS TARD QOE LES PARTIES SUPERFICIELLES
» Les parties qui sont affectées par la syphilis constitutionnelle, quand elle est dans sa première période, et que j'appelle parties du premier ordre, sont la peau, les amygdales, le nez, la gorge, la surface interne de la booclie, et quelquefois la langue. — Quand la maladie est dans sa seconde FÉtiuDE, le périoste, les aponévroses et les os contractent l'action syphilitique : ce sont les parties du second ordre, *>
Hunter était même tellement frappé de cette « susceptibilité des parties eilérieures à contracter l'irritation syphilitique plutôt que les parties profondes,» qu'il avait cherché à en donner une explication piiysiologique. n Le FKoiD, disait-il, parait avoir une grande influence pour disposer le corps de l'homme a recevoir l'irritation vénérienne et à en manifester promptement
les phénomènes morbides La surface externe du corps est soumise à
cette influence, tandis que les parties internes y sont soustraites ; la peau est continuellement exposée à une température plus froide que les organes internes. Or, il est à remarquer que les parties les plus rapprochées du contact de Vair extérieur sont celles qui sont le plus favi'ement affectées par la syphilis et qui contractent le plus promptement Vaction vénérienne. »
Tant il est vrai que Hunier avait reconnu des âges et des périodes dans l'évolution de la syphilis* A. F.
(2) « Il y a dans les symptômes de la syphilis une marche déterminée
qu'avec tous les syphiliogruphes en un mot qui ont étudié la question sans esprit de système ou d'opposition, je me sois rencontre pour admettre les mêmes phases dani la maladie et circonscrire les mêmes groupes d'accidents (I).
Permettez-moi donc de vous esquisser à grands traits le tableau de rafTcction, tel que la clinique nous le présente.
Le drame de la syphilis se divise naturellement en trois actes ou périodes :
Première période : ACCIDENT PRIMITIF, le ghangrs, source obligée de la syphilis acquise; — le chancre, avec son compagnon fidèle, le bubon, que vous connaissez.
Deuxième période : ACCIDENTS SECONDAIRES, ou-