‹ Leçons sur le chancreChapitre 15 sur 99 · VRANT LA SCÈNE DES SYMPTÔMES CONSTITUTIONNELS DE LA · texte numérisé non relu

VRANT LA SCÈNE DES SYMPTÔMES CONSTITUTIONNELS DE LA

SYPHILIS, c/est-à-dirc succédant au chancre dmis les premiers mois.

Accidents des tissus superficiels; — je vous en ai dê-

je pourrais dire certain f et jtrévue à l'avance, qui est toujours la même.,. L'ordre d'apparition de ces sympt(>mes est soumis i une régularité semblable à celle que l'on ot>5er\e dans toute autre (évolution morbide, et bien connaître cette succession est le seul moyen d'arriver i une thérapeutique rationnelle

> La division des symptdmes de la syphilis en trois périodes est vu /W aujourd'hui acquis a la science, et mes observations viennent encore à Tappui de cette opiiiiim. ^ (Cullcrier, Mcrnoire sur VévoluiiOH d$ la typkâk^ lu à la So<!iété de chirurgie, en décembre 1844.)

(I) Voy. note \\\\.

terminé plus haut d'une Taçon très sommaire la nature et le siège; je n'y reviendrai pas.

Troisième période : ACCIDENTS TERTIAIRES, ne se manifestant qu'à une époque déjà assez éloignée de l'accident originel, rarement avant le terme d'une demiannée; pouvant apparaître au delà, dans un espace presque illimité ; — accidents affectant , comme vous le savez, les tissus profonds ; — accidents enfin tellement différents de ceux qui se produisent sur les parties externes, qu'ils semblent, comme le disait Hunter, consti* tuer une autre maladie (1).

C'est dans ce dernier groupe qu'il faut ranger les syphilides à forme profonde, les tubercules, le sarcocèle, les tumeurs gommeuses du tissu cellulaire, des muscles, des viscères, etc., les lésions des systèmes fibreux et osseux, Texosfose, la périostose, les caries, les nécroses, et d'autres affections internes encore mal définies.

Si vous m'excusez de sortir un peu de mon sujet, je pourrai, messieurs, vous signaler encore d'autres différences qui séparent profondément ces trois groupes d'accidents.

Ce n'est que dans la première période que vous rencontrez le virus inoculable. Au delà du chancre, pour ainsi dire, la spécificité virulente s'éteint.

(I) Hunter, Syphilis constituiionneUey ch. II.

Vaccident primitif est le seul qui soit incontestablement contagieux (1).

L'accident primitif, une fois guéri, ne peut se reproduire à moins d'une nouvelle contagion. Les accidents secondaires et tertiaires peuvent se montrer & plusieurs reprises et à des temps différents, pendant des périodes qu'on ne saurait limiter. ^^

L'accident primitif est toujours le résultat d'une contagion. Les accidents secondaires et tertiaires sont les conséquences de 'l'absorption du virus, c'est-à-dire de l'infection.

La sypivilis secondaire se transmet par HÉRÉDrrË, non pas fatalement^ comme on me l'a fait dire, mais généralement.

Cette influence héréditaire semble s'éteindre à mesure que la diathése vieillit, et dans la période tertiaire bien confirmée, il est probable qu'elle se perd complètement, pour ne devenir, comme le croyait Lugol (2) et comme

(1) C'est encore là une opinion qui m'est commune ■\'ec mes deux collègues du Midi. ^- Écoutez en effet la déllnition que donne M. CuUerier de l'accident secondaire :

« L'accident secondaire, dit-il, consiste dans la mouifestation sur la peau ou les muqueuses de lésions qui ont un caractère spécial, qui wt lieot nécessairement à Taccidont primitif, qui n'ont lieu que quand celui-ci a existé ; lésions dont \.f. contact n'est pas contagieh et qui ne sont Iransmissibles que |»ar hérédité. » (Mém. cité, Ârchivet générales de medécine, 1815, p. 206.) ^ RICOMD.

(2) 1 La syphilis primitive ne peut engendrer que la syphilis.... Dans les cas de scrofule transmise par des sujet» syphilitiques, la condilûm de (a transmission est un état c tnsccutff^ constititionnel, de la syphilis ; c'est la CACHEXIE STPHiLiTioi E qui peut seule donner naissance à la maladie xiofuleu^c.... La rarhexie >yphi!itique, qui, le plus ordinairement, n'est

j'incline moi-même à le penser, qu'une cause prédisposante à la scrofule.

Ces grandes divisions que je viens de vous signaler, messieurs, c'est la nature, croyez-le bien, qui les a tracées dans révolution de la syphilis. Elles ne sont pas le produit de mon imagination personnelle, et vous les observerez comme moi. Vous reconnaîtrez dans la vérole cette régularité de développement et de marche que vous êtes habitués à rencontrer dans la plupart des maladies virulentes, et vous jugerez si la classification que je viens de vous soumettre mérite d'être rangée au nombre de celles — trop peu nombreuses, malheureusement — auxquelles le langage de la science donne le nom de classifications naturelles.

J'ai souvent entendu mes collègues en médecine, devant une scarlatine ou une variole, par exemple, énoncer immédiatement, de visu^ la date exacte de l'origine des accidents et le jour précis où l'éruption était parvenue. Telle était la certitude de leur jugement que le témoignage des malades venait toujours confirmer leur appréciation. — Eh bien, il ne faut pas, en syphilis, de grands efforts ni de longues méditations pour acquérir une précision semblable, sinon égale, dans la détermination des périodes de la maladie. Je vous le répète, chacun des accidents de la vérole porte la physionomie du groupe

plus contagieuse par le coït, peut ôtre transmise à l'état scroAileux, ou même sous funne d'autres espèces pathologiques, par la voie de la génération. » — (LuGOL, Recherches et observations sur les causes des maladies fcrofuleuses, page 123.)

auquel il appartient. A tel acridenl superficiel, comme on exanthème, vous diagnostiquerez facilement une syphilis tncovQ jeune, à peine âgée de quelques mois, tandis que vous reconnaîtrez une vérole déjà vieillie k tel autre symptôme affectant les parenchymes viscéraux.

Et je m'empresse d'ajouter que celte appréciation sur l'âge de la maladie ne restera pas pratiquement stérile. Voijs pourrez tirer de cette connaissance d'utiles indications pour le traitement. De plus, au point de vue doctrinal, elle vous servira plus d'une fois à découvrir, au milieu d'une série d'accidents, l'origine véritable de la diathèse, en vous permettant d'établir entre les formes actuelles de la syphilis et le symptôme initial le rapport chronolo* gitjue qui les doit réunir.

Quoique rapide, l'énuinération précédente des accidenU propres à la syphilis, a suffi pour vous montrer que les différents tissus de Téconoinie, superficiels ou profonds, peuvent subir ralleinle et porter le stigmate delà vérole. Peau, muciueuses, trame cellulaire, périoste, os, muscles» viscères, <»tc., tous les organes sont susceptibles d*étre affectés par le poison ; tous payent à la syphilis le tribut qu'elle a le droit iriniposer, tôt ou lard, aux différentes parties d'un organisme contaminé.

C'est donc bien là, messieurs, une affection générale, dans la plus large acception du mot, puisqu'elle atteint tous les tissus ol frappe tous les organes. C'est là véritablement ixiutdiai/tèse, ou, si vous le voulez, une disposition intime qui domine l'économie, pour lui imprimer à

diiïéreDtes époques dillërcntes modifications pathogénique». Incorporée en quelque sorte à ses victimes, la syphilis leur crée, comme je l'ai dit tant de fois, un tempérament nouveau, une constitution morbide. Aussi, depuis longtemps, Hunier avait-il baptisé la maladie syphilitique du nom d'infection constitutionnelle , c parce que, disait-il, la matière virulente qui lui sert d*origine est emportée dans la circulation commune, de façon que toutes les parties de l'organisme puisseiTl en être imprégnées. »

La syphilis, en un mot, fait circuler dans le sang un principe toxique. Si les dogmes de la médecine Immorale étaient jamais perdus, l'histoire de la vérole suffirait à les réhabiliter.

Je viens, messieurs, de vous tracer en quelques mots l'ordre d'évolution de la dialhèse. Permettez-moi maintenant de vous signaler au moins quelques-unes des influences qui peuvent en modifier le développement naturel et troubler la succession normale des accidents.

Mais un mot, au préalable. Quelque tranchées, quelque distinctes que soient les périodes de la syphilis, il ne faudrait pas croire qu'elles dussent invariablement se succéder, comme autant de scènes indépendantes et isolées; que tel symptôme, par exemple, ne put se montrer qu'après la disparition de tel autre d'un ordre précédent. Non. Sans se confondre, les différents groupes d'accidents, s'associent parfois. Le chancre par exemple, — cela est Irèsfréquenl, — peut persister encore à l'époque où débutent

les manifestations secondaires. Et de même, quoique cela soilplus rare, la période tertiaire empiète quelquefois sur la précédente.

Il n'est donc pas nécessaire que tel groupe d'accidents se soit épuisé pour que ceux de Tordre suivant se manifestent. 11 n'y a pas Ih de confusion cependant, et cela estsi vrai que dans les cas où les symptômes de deux époques s'associent pour un instant, vous voyez bientôt, si peu que vous suiviez révolution de la diathése, le caractère de la période précédente s'atténuer, s'effacer et s'éteindre, pour laisser prédominer ceux de la période qui doit suivre.

Cela posé, revenons à notre sujet.

Les conditions divei*ses de la constitution, les dispositions variables des tissus, les particularités innombrables U'uimi au sexe, à Tàge, à l'hygiène, au climat, au tempérament des sujets, les traitements suivis par les malades, etc., voilà, messieurs, autant d'influences dont il faut tenir un compte sérieux, comme pouvant exereer une action considérable sur le développement prompt ou tardif des manifestations morbides et sur le caractère ^'énéral de la maladie : toutes considérations de la plus haute importance, qui n'avaient point échappé i l'esprit pénétrant du grand llunter (1), et que l'on a trop oubliées dans les critiques contemporaines dirigées rontre les divisions naturelles de la vérole.

(1) « Les conditions diiïércntes où se trouvent soit la constitution, toti les parties, aux diverses ^*po«{ues, peuvent exercer une influence considérable sur Tapparition prompte ou tardive de la maladie, etc.. • {SyphiUi coiulftuiionnelle, cti. 11.)

Voici, en effet, quelles peuvent être les conséquences de ces différentes conditions.

Lorsqu'une diathése est en puissance, il suffit de causes occasionnelles, souvent les plus légères, pour qu elle entre en action, c'est-à-dire pour qu'une manifestation se produise dans la spécificité de l'étal morbide. Eh bien, ces causes peuvent exister ou faire défaut, se présenter plus ou moins tardivement, persister dans une durée variable. De là, autant de différences dans le développement de la maladie : absence ou apparition de certains accidents, évolution précoce ou tardive de la diathése, reproduction des mêmes symptômes au delà du terme normal de leur manifestation habituelle, etc., etc....

C'est ainsi, pour prendre l'un de ces accidents comme exemple, que vous pourrez voir la plaque muqueuse se montrer de très bonne heure au mamelon chez les femmes qui allaitent, c'est-à-dire sur un point où l'excitation, déterminée par l'application des lèvres de l'enfant, sollicite l'action du principe syphilitique répandu dans tout l'organisme.

C'est ainsi, d'autre part, que vous verrez ce même accident, la plaque muqueuse, se produire et se reproduire dans la bouche des fumeurs avec une invincible opiniâtreté, et toujours entretenue par la même cause d'irritation, récidiver sur place bien au delà du terme ordinaire dans lequel la syphilis a coutume de se traduire par celte forme de manifestation.

Celle dernière particularité des récidives en syphilis est devenue plus d'une fois l'occasion d'erreui's et d'attaques

contre la doctrine que je défends. 11 n*est pas rare , en effet, que certains symptômes de la dialhésey après s'élre montrés dans la période classhpte à laipielle les rattache leur caractère, reparaiss('nt à une ép(H|U(î plus ou moins éloignée, et dans un stade de Taffection où il nVst pas ordinaire de les voir figurer. Voilà, certes, pour qui n'a pas assisté à la manifestation première et ne connaît point la possibilité de ces curieuses récidives que j*ai depuis longtemps indiquées, voilà, dis-je, une exception capitale * aux lois d'évolution de la syphilis, un fait qui doit détruire toutes les classifications ! — Kl cependant, vous voyez, messieurs, (|u'il n'y a rien là que de très conforme à la régie.

Autre souice d'cTreui^s, autre origine de semblables exceptions apparenl<'s. — C'est le irai iementy à coup sur, qui jette le plus de trouble dans le développement de la diathése, et qui semble le mieux la soustraire à toute division méthodique.

D'une façon générah^ , l'on peut dire que le mercure retarde les accidents constitutionnels, alors qu'il ne parvient pas à en prévenir l'explosion (t). Je n'ai point à vous

(I) Le mercure peut affîatbtr à ce |ioiiit rinfluenee de Xa dnUiéfle qu'aucun des sjrinptOiiies tt|)|>artenant à l«i période Mcondaire ne m prodoiie. Mais il u'exerce, roiiiiiie un le sait, qu'une action médiocre sur les ipaaifetlations plus tardives qui peuvent se montrer sans avoir tlt précrdees d'aucun auire a'cuienL De la sorte, l'un dei aries de la syphilit m IrMvt supprimé; il > a, pour ainsi dire, un chainun da fompu dans l'évoluttM d<'s syniptOnie» iiiurbides. — Mais ce l'ait est des plus rares. D'aprt^ notre inaitie, il est \ériuil.>lemeiit exieptiuiiuel qu'un «-lianrre induré ne soit suivi d'uu' un<? niauile^tatioii <-oii>titutiunnelle à forme dite secondoirt^ et cela malgré rintervenlion du traitement mercuriel le plus rifouretix. Dans i'éoorme majorité des cas, et même sur les sujets les plus éparfoét fu

CÔANCRÈ INF'ECtANT. 207

parler de l'influence qu'il exerce pour en modifier la forme, non plus que pour en diminuer l'intensité ; je ne traite ici que la question d'époque. Eh bien! il est certain, je le répète, que les mercuriaux éloignent les manifestations delà dialhèse. Tel symptôme qui serait apparu, je suppose, dès les premiers mois de l'infection, si le malade avait été abandonné à lui-même, pourra ne se montrer qu'à une époque beaucoup plus reculée, si vous avez fait intervenir la médication spécifique : de sorte qu'une lésion secondaire de forme et de caractère, se développera dans une période où vous croiriez le malade à l'abri de cette fvrme d'accidents. Ce sera là, comme on l'a dit, un symptôme déclassée qui compromettrait fort la doctrine de

!• syphilis, il se produit quelque symptôme y si léger qu'il soit, qui, pour un Qb\\ exercé, trahit l'existence de la diathése à une époque voisine de la contagion.

Si, d'ailleurs, avec MM. Ricord et CuUerier, Ton considère l'induration spécifique comme un accident constitutionnel, comme une manifestation déjà secondaire, le chaînon moyen entre l'ulcère primitif et les symptômes tertiaires, fle fera défaut dans aucun cas.

M. Cullerier a même avancé, dans un très remarquable mémoire sur l'évolution de la syphilis {Archive* génér. de fnédeciney décembre iS44), que si la vérole n'est pas arrêtée et détruite à sa première période par le traitement mercuriel, c'est toujours avec le même ordre do swiceision dans /et symplômeé qu'elle reparaît. « Ou bien, dit l'éminent syphiliographe, le mercure guérit toutes les manifestations d'emblée et met le malade à l'abri de tout accident constitutionnel ; ou bien s'il ne guérit pas, s'il ne lue pas la vérole, il la laisse se produire en suivant ses phases naturelles,

OXE AFrECTlON TERTIA1BE EST TOUJOURS SÉPARÉE DU CHANCRE PAR UN SYM-

rrôVE INTERMÉDIAIRE (syphilide cutanée, ulcération des muqueuses, etc.).» En un mot, d'après M. Cullerier, il ne saurait y avoir ni lacune, ni interruption dans la marche de la syphilis, et il serait absolument contraire i robsenration qu'un malade pût traverser sans accident la période secondaire, pour éprouver quelque symptdme tertiaire è une époque plus recalée.

Telle n'est pat cependant Topinion de notre maître. Il peut se faire, d'à-

révolution méthodique et régulière, si l'on ne tenait compte de Tinfluence exercée par le traitement pour modifier la marche de l'affection.

Mais voici une interversion plus curieuse encore que produit quelquefois la thérapeutique.

Le même traitement qui agit sur les accidents secondaires de façon à en maîtriser l'explosion, peut être sans effets préventifs contre d'autres formes plus tardives de la syphilis, et laisser développer, pendant son emploi, des symptômes à caractère tertiaire non équivoque. Puis, ce traitement venant à être suspendu d'une façon prématurée, la bride est lâchée, en quelque sorte, aux manifestations secondaires, qui éclatent alors après un certain

près M. Rirord, ainsi que je le disais dans les premières lignes de cette note, qu'un malade traverse sans aucun accident la période secondaire pour subir quelque manifestation plus tardive. C'est là, sans doute, un fait exceptioonel, c'est une rare modiflcatioii apportée par lo traitement à l'évoiutioo normale de la syphilis ; mais il n'y a rien là qui soit, comme le dit M. Collerier, absolument contraire à l'observation clinique.

Ce qui constituerait véritablement une erreur, ce serait d'admettre qu'entre l'ulcération primitive et une manife5tation constitutionnelle, de forme et de caractère quelconques, il ne se place un chaînon moyen, un symptôme intermédiaire; ce serait de méconnaître cette lésion toute spéciale qui sépare nécessairement l'accident d'origine des symptômes contécutifs, je veux dire Vinduration, et l'induration se manifestant i la foU dam la base du chancre et dans le parenchyme des ganglions.

Kn un mot (que Ton me passe ici cette expression par laquelle j'ai souvent entendu notie maître traduire librement sa pensée dans set instructions famiUères), la syphilis ne saute jamais par-dessus Vinduration. A\ee le chancre qui doit infecter l'organisme, on rencontre à coup sûr et le disque induré qui sous-tend l'ulcération initiale et le bubon spécifique décrit pi écédemmenl. Voilà la dtMible lésion es^sentielle de la vérole, celle qui ne fait jamais drfjut, au moins ihn«( l'infection acquise. A cette exceptiou pn**, il n*eil pas, d'après )l. llirord, de vtantfestaiion qui ne puiiS0 qutr a son rang dans l'f'V lulion de li di -Ihèie. A. Foirmcm.

temps, c'est-à-dire consécutivement à des lésions qu'elles auraient dû précéder dans Y ordre de développement régulier de la diathése. — Ce n'est là du reste qu'un fait très rare, exceptionnel.

Je m'arrête, car mon but est rempli si les quelques exemples qui précèdent, et que j'aurais pu multiplier, vous ont fait comprendre que certaines influences peuvent modiGer l'évolution de la syphilis sans porter atteinte aux lois que je vous ai formulées sur la succession régulière des symptômes et l'époque de leur apparition respective.

Ce qui est étonnant, je vous le répète, ce n'est pas que ces influences s'exercent sur la syphilis, c'est qu'elles ne s'exercent pas plus souvent et d'une façon plus marquée ; c'est qu'elles ne modifient pas la diathése à un degré plus profond ; c'est qu'elles n'en altèrent, n'en compromettent pas davantage l'uniformité.

lue fois entratDé par la circulation sanguine et absorbé, le virus inoculable est modifié dans ses caractères. — Il ne se trouve ni dans le sang, ni dans les sécrétions physiologiques. — Existe-t-il dans les sécrétions d'orifine spécifique ? — Question de la non-inoculabilité des accidents consécutifs de la syphilis. — Les accidents secondaires et tertiaires ne sont pas inoculables aux sujets syphilitiques. — Expériences. ^ Une cause d'erreur ; réfutation.

Le principe virulent qui engendre la syphilis n'a été saisi jusqu'à ce jour — je n'ai pas besoin de vous le dire, — ni par l'analyse chimique, ni par le microscope. Quel

210 LEÇONS SUR LE CItANGRË.

est ce principe? nous l'ignorons, quoique nous en parlions beaucoup, mais nous ne le connaissons que trop, malheusement, par ses effets.

Ce principe est sécrété par le chancre, il pénètre, il imprègne l'organisme.

Eh bien, chose remarquable, le virus une fois introdiiit dans récouomie, vous- le rechercheriez vainement avec les caractères (|ue vous lui connaissez. Dès qu'il est entrainé par la circulation sanguine, il subit une modifica* tion complète. 11 perd sa propriété spécifique, celle de reproduire un accident analogue à celui dont il est né, ce qui, vous le savez, est le propre du virus chancre ux.

Ainsi, c'est vainement que vous le chercheriez dans le sang, dans le sang lui-même qui en est le véhicule naturel. Je vous ai déjà dit en eflet que l'on ne rencontrait pas de principe inoculable dans les vaisseaux (1).

Vainement encore l'on , s'attendrait à ce que, saturant l'organisme, ce virus manifestât sa présence par la production sur divers points du corps d'accidents semblaUts

V I ) Hunier »'cUil de niènie exprimé dans le« termes les plut formels tor le (léfkut U'iuoculubiiiltj du saug comme des diflerenies sécrélioasdet typhililiquG» : • Le iamj d'un sujet irru/tf, dil-il, n'a aucune gitalUê comiagmuf; il ne peut |>ar l'inocnhition donner la maladie à un sujvl sain. Si ce liBf pouvait faire nuitre danh une plaie saine rinnaniniatiou 8}phililique, aucon sujet ayaiii la inalMTC vtMU'rienne on circulation, c'v»t-a*dire ayaai la 8}pliili» cousiituliottiicUe, ne pourrait éviter un ulcère \éDénen toutca kt Tôt» qu'il kciait fraignc ou qu'il se ferait une égratignurc ; les petites aini>i pr<>dui(i"i se transformeraient en autant de chancres... » (SUièi partie, cbap. 1,^1.) A. T,

à cetix qui ront fourni^ c'esl-»Vdire par de véritables chancres. Un sujet syphilitique n'est pas exposé à de nouveaux chancres par le fait même du premier. Si le virus agit sur le malade, c'est d'une autre façon, c'est soûs une forme différente. — En un mot, le chancre produit ladiathèse, mais la diathése ne reproduit pas le chancre. Si le virus absorbé n'était pas modifie dans sa nature, un syphilitique ne pourrait se faire la moindre plaie, la moindre égratignure, sans que la solution de continuité fût inoculée par le virus mêlé au sang et convertie aussitôt en un véritable chancre. Vous savez qu'il n'en est rien.

Ce virus que vous ne trouvez pas dans le sang, vous ne le rencontrerez pas davantage dans les liquides provenant des différentes sécrétions physiologiques. Ainsi, comme Ta très bien démontré Hunter, ni la salive, ni le lait (1),

(t) « On croit, disait Hunter, que le lait des mamelles peut contenir le poison Téoérien et affecter l'enfant qui le suce. Il n'en est rien : l'observation apprend qu'AUCONE ségrétion n'est affectée par ce poison. » (7r. de ia lypMiis, sixième partie, ch. I.)

M. le docteur Venot Me Bordeaux), qui a traité longuement la question «Je rallaitement par des nourrices infectées, a rapporté, dans I'Umon Mtoi- CALt du 8 avril 1 85S, plusieurs faits qui démontrent que des femmes atteintes de la diatbète syphilitique, présentant même des accidents secondaires et tertiaires, ont pu allaiter longtemps sans communiquer la maladie à leurs nourrissons. — L'une de ces nourrices portait même des ti/ci-ra/tonj tecomdairet au mamelon.

Enfin, dans une leçon toute récente sur la stpbims congénitale, leçon reproduite dans TUnion médicale du 21 avril 1857, M. le professeur Tbocsscau t'exprimait en ces termes sur la transmission de la syphilis par l'allaitement :

' Jusqu'il Hanter, le fait de la iransmmion par VallaHemeni était admis. Une femme atteinte de vérole, neurriiiant un enfant, l'iofectait uécestai*

ni le sperme, ni les sueurs d'un sujet infecté ne peuvent contaminer les tissus sur lesquels on les dépose. Et aux excellentes raisons, aux observations de Hunter, j'ajouterai les résultats encore plus significatifs de l'expérimentation. L'inoculation dans tous ces cas a toujours été négative.

Il y a plus : c'est que si vous cherchez ce virus dans les sécrétions même d'origine syphilitique j c'est-à-dire dans la sérosité ou le pus d'un accident consécutif quelconque, secondaire ou tertiaire, là même il vous échappe. L'on savait déjà à l'époque de Hunter, et l'on sait encore de nos joui*s , en dépit dos confusionnistes contemporains, que c les symptômes constitutionnels de la syphilis ne produisent pas un pus semblable à celui d'où ils tirent leur origine (1). »

Et en ofTet, si vous interrogez à la lancette l'une ou

rement. Hunier le nia ; son école adopta la manière de voir Depuis

Hunter, aucun fait authentique ne s'est présenté pour prouver la trantmis- •ion de la vérole à l'enfant par le lait de sa nourrice. Je dis par le lail^ car il serait absurde de croire que la nourrice ne peut communiquer la Hyphil» à l'enfant qu'elle allaite, lt»rsqu'ellc porte un chancre sur le mamelon

M l'.H KNFANT INFKCTÉ APRKS SA KAISSANCK EST INFECTÉ PAR UR CHAXCBC,

absolument comme l'est un adulte.... Je dis et je répète qu'i4 n^existepms un sntl exemple authentique de transmission de la vérole de la nourrice à l'enfant par le seul fait de la lactation.,,, n A. F.

(I) Voici le tcxle même de Hunter :

n Le sang étant iiiroclé par son contact avec du pus syphilitique véritable, on pourrait naturollcinenl supposer que les effets locaux qui fool le résultat de cette infection, doivent être de même nature que les elTeU locaux primitifs d'où ils tirent leur origine. Mais d'après robsenratîoa M

l'expérienre, j'ai tout li'*u de cr(/irc qu'il n'en est rien tj9t symplôme$

constitutionnels de la syphilis ne produisent pas un pus MinMaMf à celui d'où ils tirent leur origine. » (Sixième partie, ch. ft, 1 1.)

CnANGRE INFECTANT. 21S

Tautre de ces suppurations secondaires ou tertiaires, nonseulement vous ne reproduisez rien qui ressemble au chancre, mais de plus votre inoculation reste absolument stérile, soit comme origine d'un symptôme local, soit comme source d'une infection constitutionnelle.

C'est Ihf messieurs, la grande question de la non-inoculabilité des accidents consécutifs de la syphilis, question qui souleva tant d'orages dans notre siècle. Mon dessein n'est pas de la reprendre aujourd'hui et de discuter les dijjTérentes opinions auxquelles ce point de doctrine a donné naissance. Je ne veux que vous rappeler, à propos de notre sujet actuel, ce que vous savez déjà et ce que vous avez vu dans nos salles. Les deux propositions suivantes résumeront, sur ce sujet, les résultats d'une observation rigoureuse :

1" Dans tous les cas (et ils sont déjà nombreux) où l'inoculation d'accidents secondaires ou tertiaires a pu être pratiquée sur des sujets sains (1), dans les conditions

(\] l\ existe déjà un assez grand nombre d'expériences entreprises sur ee grave sujet par des hommes savants et dévoués qui n*ont pas craint de porter la lancette sur eux-mêmes.

M. le docteur G. Sarrbos en a cité dans sa thèse quelques exemples qu*il ne sera pas sans utilité de rappeler ici :

« M. le docteur Ratticr qui n*avait jamais eu la syphilis, s'est fait inoculer plusieurs fois la sécrétion morbide de toutes les formes des accidents secondaires, sans pouvoir faire naître chez lui le moindre symptôme spécial, et cela, il y a aujourd'hui (juillet 1853) déjà plus de quinze ans ; de sorte que ceux qui admettent une longue incubation ne sauraient l'invoquer ici pour expliquer en faveur de leur doctrine les résultats négatifs de ers expériences.

» l/aunée dernière (1852), on a vu à l'hôpital de Lourcine M. Cullk-

(l'une expérimenUitiou sérieuse^ elle n'a donné lieu qu*i des résultats absolumeut négatifs. Jamais on ne fa vue reproduire soit une ulcération analogue à l'ulcère primitif, soit telle forme d'accident semblable à celui dont la pus servait à l'expérience.

2* Si la contagion dite physiologique semble avoir quelquefois donné un démenti à cette proposition, si l'on a pu croire au succès très contestable d'inoculations artificielles d'accidents secondaires sur des sujets sains, du moins la

RiER lui-mâme, qui n'avait jamais eu la syphilis , s'inoculer sur ravtnlbras, un très grand nombre de fois et toujours impunément^ la sécrétiM morbide d'arcidenti secondaires.

u Nous aussi, qui n'avons jamais eu la syphilis, nous nous sommes lirré, depuis le mois de juillet 1852, à «luelques expériences de même nalwt que les précé.ientef. Nous nous sommes inoculé une trentaine de fois ^ in»' qu'à présent, avec le liquide provenant de plusieurs formes d'accidents secondaires, diagnostiqué^ tels par M. Ricord, par ses élèves et par moi. Ces inoculations sont restées srrriW . et Jusqu'au mois de juin 18KS, oà nous écrivons ces lignes, nout ne sommes atteint d'aucun sffmpl&me eypki- /i/iguc, quoique nous n'ayons rien fait pour empêcher la manifestation de la dia thèse. »

Voici quelques -unes de ces expériences, que M. Sarrhos a relatées t«

extenso àiM sa thèse (Thrse de Parts, 1853):

I. RcTHYVA SECONDAIRE. — Inoculation sur Tavant-bras de N. Sarrhos a\ec la sécri'tion morbide de cet ecthyma. — Tne très légère inflammatioa se développe sur le point piqué, pour disparaître complètement eu quelqoes jours. Aucun autre accident.

II. KtJPiA. — M tn sujet syphilitique présentait h la lèvre supérieure m large rupia, couvert d'une croûte «'paisse, noirâtre et récemment l^dîQée. C'est de la gerçun* qu'offrait cette croûte que la matière a été prise poor être inoculée : l**' sur le nuilmlc lui-même ; 2* sur un médecin qui avait eu la syphilui ; 3" enfm, sur inoi-m^me. Je me suis fait sur moi troi% inocm' l4Uiom$ avec une épingle, à différentes profandeurs, sur la partie aatMevre

proposition suivante est inattaquable et reste dans toute son intégrité :

Vinoadation des produits morbides de la syphilis secondaire ou tertiaire sur les sujets syphilitiques demeure invariablement stérile.

Ici, ce n'est point par centaines, c'est par milliers qu'il faudrait compter les expériences. Que de lancettes a tentées cette question doctrinale I MM. Puche et GuUerier à Paris, MM. Baumes et Diday à Lyon, M. Renault à Ton-

de l'aTant-bras gauche. — Le résultat fut négatif sur le malade^ sur te médecin qui avait eu la syphilis j et sur ntoi-méme. »

ni. PLàQDE8 MUQUEUSES. — M. Sarrhos s'inocule avec du pus recueilli lur des plaques muqueuses anales. — Une rougeur très peu étendue se dé- Teloppe autour de la piqûre ; elle disparaît quelques jours après, sans laisser le moindre accident, tant local que général.

IV. Plaques muquelses. — Inoculation scmbluble avec la sécrétion morbide de papules muqueuses anales. — Inflammation légère avec démangeaison, mais absence de toute suppuration, de toute ulcération du derme, d'induration, d'adénopathie, etc.

V. Double inoculation avec la sécrétion morbide d'une ulcération syphilitique DES amygdales et d'un ulcère spécifique de la jambe.— Double résultat négatif.

VI. Clcératiox syphilitique de la jambe. — M. Sarrhos se fait six pitres sur l'avant-bras, à différentes profondeurs, avec une lancette chargée de la sécrétion morbide de cette uloération. — Innamniation légère due à l'action traumatique de la lancette ; quelques jours après, disparition de tout symptôme local.

Et ainsi de vingt-quatre autres expériences.

Je répète qu'à la suite de ces différentes inoculations, le courageux expiTimentateur n'a éprouvé aucun symptôme de syphilis.

Page 1