‹ Leçons sur le chancreChapitre 16 sur 99 · A. F01H»MER · texte numérisé non relu

A. F01H»MER

Ion, M. Lalbn-Gouzy à Toulouse, M. Thiry à Bruxelles, et tant d'autres encore, ont répété et varié à Tinfini rinoculation des produits morbides de la syphilis constitutionnelle, pour arriver tous au même résultat négatif! M. Lindmann, le célèbre expérimentateur, s'est inoculé plusieurs milliers de fois tous les pus secondaires cl tertiaires, et toujours avec le même insuccès! La démonstration est donc aussi complète que possible, et doit satisfaire les plus incrédules. Sur ce point, la question est véritablement é|)uisée , et je ne doute pas que, pour voire |)art, les expériences dont vous venez d'être témoins cette année dans notre service, aient pu vous laisser la moindre incertitude sur ce grave sujet (1).

Aussi ne m'arrêterai-je pas à discuter ici devant vous, messieurs, des objections dont j'ai montré mille fois le

(I) Je pense qu'il ne sera pas sans intérêt de reproduire ici ces expériences pour les personnes qui n'ont pas suivi les cliniques de N. Ricord. — En voici donc le résumé que j'extrais de mes notes.

Je dois faire remarquer que toutes les inoculations qui vont suivre ooC été pratiquées sur les malades mêmes auxquels appartenait le put qid •en ait à l'cxpériencr. Jamais le pus syphilitique n'a été transporté d*«i sujet »ur un autre, quoique de semblables inoculations crohéet ne dusseut ufirir aucun danger pour les malades.

1 . Inoculation avec la sérosité purulente d'une plaque muqueum àê l'anus. — Résultat négatif.

2. Inoculation avec le pus d'une plaque muqueuse de l'anut, hypertrophique, élevée, végétante, datant de deux mois environ — Résultat négatif.

3. Inoculation avec la sérosité louche d'une plaque muqueu$ê labiato, datant de huit jours, rn voie de prugrès. — Résultat négatif.

4. Ri'pu. — Inoculation avec le pus d'une large ulcération, de foroM rupialc, siégeant sur la cyisie. — Résultat négatif.

peu de valeur. Une seule d'entre elles, fort spécieuse il est vrai, mérite votre attention. La voici :

€ Voyez, dit-on, ce qui se produit souvent quand une papule muqueuse occupe la vulve, l'anus ou tout autre point sur lequel deux surfaces muqueuses sont accolées.

5. Inoculation avec le pus d'une plaque muqueiUe de Tanus, d'origine remontant à quelques semaines. — Résultat négatif.

6. Inoculation avec la sérosité purulente d'une plaqite muqueuse labiale, datant d'un mois. — Résultat négatif.

7. EcTHYMA. — Inoculation de la sérosité purulente et visqueuse recueillie tous la croûte d'un ecthyma du bras. — Résultat négatif.

8. Inoculation avec le pus d'une plaque muqueuse végétante et mamelonnée de la région géoito-crurale, fournissant une suppuration abondante. — Résultat négatif.

9. Inoculation avec le pus de plaques muqueuses anales, datant d'un mois. — Résultat négatif.

10. RopiA. — Inoculation avec pus recueilli sous la croûte d'un rupia de la face dorsale du pied. — Résultat négatif.

1 1 . Inoculation avec la sérosité lactescente d'une plaque muqueuse de la lèvre. — Résultat négatif.

12. Inoculation avec le pus de plaques muqueuses anales d'origine récente Résultat négatif.

13. Inoculation avec la sérosité louche d'une plaque muqueuse labiale. - RésulUt négatif.

li. Inoculation avec la sérosité purulente d'une plaque muqueuse Ubiale à forme ulcéreuse. — Résultat négatif.

15. Inoculation avec la sérosité purulente d'une plaque muqueuse très récente de la lèvre. — Résultat négatif.

16.. Stpbilide pustdlo-crcstacée. — Inoculation avec 1h pus de cette syphilide, recueilli sous la croûte légèrement soulevée. — Résultat négatif.

17. Inoculation avec pus phlegmoneux fourni par des plaques muqueuses interdigitalea, datant de cinq à huit jours. — Résultat négatif.

18. Inoculation avec la sérosité purulente d'une plaque muqueuse labiale, en Toie de progrès. ~ Résultat négatif.

19. Inoculation avec le pus de plaques muqueuses anales, hypertropbiques et confluentes. — Résultat négatif.

20. Inoculation avec le pus d'une balano-posthite secondaire datant de dix à treixe jours. — Résultat négatif.

21. Inoculation aTec la sérosité louche et semi-purulente d'une plaque Muqueuse labiale. <— Résultat négatif.

Du côté opposé à celui où siégo celte papule» un acddent semblable se développe. N'est-ce pas là un fait d'tnofti/ation de voisinage ^ d^inoculation par coniact ? >

Ou bien encore, sous une autre forme :

t Appliquez un vésicatoire sur un sujet syphilitique.

2S. Inoculation avec la sérofité lacteteente d'une ptaf«t labiale, ulcérée. ~ Résultat négatif.

23. Inoculation avec pus pMegmonêuao fourni par dee plafm$ fmigueuses inlerdigitales confluentes. — Résultat négatif.

Si. Inoculation avec le pus de plaques muqueuses de la réfiiNi féiiitocrurale. — Résultat négatif.

25. ECTHTMA. <— Inoculation aTec la sérosité purulente, épalttft et visqueuse d'un ecthyma secondaire de la jambe. — Résultat négaUf.

26. Inoculation avec le pus d'une p/açtie muqueuse du terotum, datant de quelques jours. — Résultat négatif.

27. Inoculation avec le pus d'une BALANO-POSTliTt SBCONbAllB, datant de quatre à cinq jours seulement. — Résultat négatif.

28. Inoculation avec le pus d'une plaque muqueuse récente de la lètré. — Résultat négatif.

29. Syphilidc tuberculeuse ilcérée, a forib SERPifiiittDSB. — Inoenlation négative.

30. Inoculation avec la sérosité purulente d'one pfaque muqueuse ém scrotum, déjà ancienne. — Résultat négatif.

31. Inoculation avec la sérosité purulente d'une plaque m^qieeuse do scrotum, à surface diplilhéritique. — - Résultat négatif.

32. Inoculation avec le pus d'une plaque muqueuse de li région génitecrurale, datant de quelques jours. — Résultat négatif.

S.'l. Inoculation avec le pus de plaques muqueuses serolales d'nrigino récente. — Résultat négatif.

31. Inoculation avec la sérosité purulente d'une plaque muqueum récente de la lèvre. — Résultat négatif.

35. Inoculation avec le pus phlegmoneux d'une BAiJtiiO-PomiTfi SCe9!l- DAiRE, datant de quatre jours. — Résultat négatif.

36. Syphii.ide TritERcui.ErsE victtLÈt. — Inoculation atee le pns reme* sâtre et sanieut d'une sypliilide tuberculeuse ulcérée. — Résnltat négatif.

37. Inoculation avpc le pus d'une filaque muqueuse de la région gMtocrurale, lécente. — U«'sullat négatif.

3H. Tumeur gommeuse. — Inoculation avec le pas d'une tumenr gom« meuse récemment ulcérée. — Résultat négatif.

à. fovmm.

pois pansez la plaie avec un plumasseau de charpie imbibée de la sécrétion d'un accident secondaire, d'une papule muqueuse par exemple. Il pourra se faire que la surface vésiquée se convertisse en une vaste plaque muqueuse ou en une lésion de caractère syphilitique incontestable. — Encore un résultat de l'inoculation ! » A cela je réponds et vous répondrez avec moi : Non, il n'y a pas dans ces deux faits la preuve qu'oii s'efforce d'y chercher. Une interprétation toute différente et plus juste peut leur être donnée. C'est la suivante :

Lorsqu'une diathése est en puissance, toute cause occasionnelle suffit pour qu'elle entre en action. Et celte action, dans ce cas, se produit sur le point même ou l'irritation la sollicite. C'est ainsi, pour prendre un etemple, que nous Voyons la papule muqueuse se produire de préférence sur la bouche du fumeur ou sur le sein des nourrices. Eh bien, cela connu » serait-il donc étonnant que la sécrétion purulente d'un accident de syphilis consécutive agit comme une cause d'irritation, comme un stimulus, pour provoquer sur un sujet diathése une manifestation de la diathése^ et cela au point même où l'irritation s'est exercée? Nullement; et c'est en effet ce qui a lieu. Une papule muqueuse en contact avec un tissu sain ou avec la surface dénudée d'un vésicatoire, y développe une papule muqueuse ou tout autre accident spécifique, en raison même de l'irritation locale quelle y appelle. C'est la diathése en puissance qui se manifeste sur le point où une stimulation la sollicite. Il n'y a que faire de l'inoculation ou du caractère contagieux du liquide, pour expliquer le phénomène. Et la preuve, preuve convaincante s'il en fût, c'est que l'on voit parfois les vésicatoires placés sur des

sujets syphilitiques devenir spontanément le siège de lésions constitutionnelles, sans qu'il soit besoin de les arroser d'un \u\\x\i\Q prétendu inoculable.

Si donc les pus secondaires ou tertiaires ont pu quelquefois provoquer sur des sujets infectés rapparition d'accidents constitutionnels, ce n'est qu'au titre d'irritants sans spécificité. La véritable cause spécifique de ces accidents, c'est la diathése préexistante ; l'inoculation n'y a aucune part, et n'intervient que pour appeler sur un point l'action du principe syphilitique répandu dans tout l'organisme.

[Uu des points de doctrine développés dans ce paragraphe, la question de contagion de la syphilis secondaire^ a donné naissance, dans ces derniers temps, à de nombreux travaux et à des discussions nouvelles (1).

Prenant en considération les résultats d'expériences et d'études récentes. M, Hicord a dû modiûer sur ce sujet la doctrine exposée précédemment.

« J'accepte, disait tout récemment notre maître (2), quelquesuns des faits qui ont été produits dans ces derniers temps i Tappui du pou\oir contagieux de certaines formes d'accideots propres à la syphilis secondaire. Je les accepte parce qu'ils me semblent pn>bants.

• dette concession me coûte d'autant moins que je n'ai jamais nié d'une façon absolue — quoi qu'on ait voulu me faire dire — le |H)uvoir contagieux de la syphilis secondaire. J'ai contesté des faits coutestahles qu'on invo(|uait en faveur de la doctrine coniagionniste; j'ai discuté et re|)oussc des observations incomplètes, insuflisantes, empreintes d'un esprit évident de partialité ; j'ai dit, en manifestant mes tendances |)ei sonnelles, mais sans vouloir arrêter les progrés de la science, que la contagion des accidents se-

(1) Voy. noie XIV.

(2) Communication orale.

condaires ne reposait sur aucune preuve solide, propre à fixer des convictions désintéressées. Je n*ai rien prétendu de pins (1). Sur ce point mes opinions n*ont pas varié, et ce que j*ai attaqué autrefois, je l'attaquerais encore aujourd'hui.

» Mais (les faits nouveaux ont été observés ; des expériences, dont je n'ai jamais osé prendre la responsabilité, ont été entreprises. Je dois tenir compte des uns et des autres.

• Cequi semble résulter des recherches les plus récentes, cVst que certaines formes d'accidents secondaires (et entre autres, en premier lieu, l'accident le plus rapproché du chancre et le plus facile à confondre avec lui, la plaque muqueuse] peuvent se transmettre, soit par les rapports physiologiques, soit par voie d'inoculation artificielle. Il suivrait de 15 que le virus, en pénétrant l'économie, ne subit pas — au moins dans les accidents secondaires précoces — des modifications aussi profondes que je l'avais cru d'après les résultats de mes premiers travaux.

v (le point doctrinal, toutefois, réclame encore de nouvelles étndes. Car un fait me frappe, sans parler des çombreuses dissidences qui séparent mes contradicteurs : c'est que les observateurs qui ont expérimenté sans esprit préconçu, sont arrivés tous ou presque tous à des résultats négatifs; tandis que ceux, au contraire, qui croyaient au préalable au succès de l'expérience, n'ont pas manqué de la voir réussir à leur gré.

• En admettant même comme démontrée la possibilité de la transmission, il n'en est pas moins incontestable pour moi que cette transmission est exceptionnelle. Trop de faits ont été observés, non pas seulement par moi, mais par une foule de praticiens, trop d'expériences ont été tentées pour que je ne persiste pas dans cette croyance. Non et mille fois non, l'accident secondaire n'est pas contagieux au même degré que le chancre ; on s'expose bien pins impunément à son virus qu'à celui de l'accident primitif. Le fait le plus fréquent, celui qu'on observe chaque jour, c est la non- Cùntagioa des symptômes de syphilis consécutive; le fait exceptimneif mais possible, c'est la contagion.

•i Si la plaque muqueuse était transmissible au même degré que le chancre, la syphilis serait plus fréquente qu'elle ne l'est réelle-

(1) Voy. AddUioni à Hunter, p. 789 (édition de 1859).

22â LEÇONS StJR LE CttANCIIË.

mont. Car la pla(|ue niuqueiiso est rnrcident que les STphilHiqaas portent le plus longieni|>s, celui qui ne répète le plus souTeut et sur Idi poinif les plus divers, celui surtout dont les malades se méfient le moins et qu1ls s'exposent le plus à transmettre. »

1^ diathèso typhilitique ne se doubla pit. — Quettion de U récidivé in chancre induré. — La clinique et la théorie en présence. — Pesl-os f uérir de la vérole ? — Recherche méthodique du chancre induré de récidive.— Multiplicité des causes d'erreur. — Indurations d'emprunt, etc.

Le chancre induré, créant une diaihèsey doit subir la loi des affections virulentes, c'est-à-dire placer récononiie sous une influence qui ne pcimet plus au virus de développer les mêmes [ihênonièiies sur les malades infectés. C'est ainsi que le vaccin enlève aux sujets inoculés la faculté de subir une inoculation nouvelle, au moins dans un laps de temps que Ton s'efforce aujourd'hui de déterminer d'une façon précise ; c'est ainsi que la variole préserve de la variole^ que la rougeole, la scarlatine, etc., ne se reproduisent |>as, à part de très rares exceptions, sur les individus qui en ont été atteints une fois. Bref, les diathcses ne se doublent pas, d'une façon générale. C'est une loi tellement vraie, tellement acceptée, que, daas les cas où des récidives incontestables se sont produites, les pathologistes sérieux ont cherché l'explication de ces faits exceptionnels «hms une sorte iVexlhiclion du tempérament morbide, plutôt (lue d'admettre une accumulation et une superfétation des diathèses.

€t!ÀNCtlE INt^CtANT. â^S

Cest parce que Ton a supposé que Tinfluence vaccinale pouvait ftprès un certain temps ^affaiblir et s^éleindre^ que Von a cherché dans une inoculation consécutive du virus une préservation nouvelle.

Eh bien, ce que fait le vaccin pour la vaccine, ce que font la plupart des affections virulentes pour elles-mêmes, le chancre induré le produit également po.ur la syphilis. En donnant la vérole, il préserve d'une infection nouvelle. C'est, en effet, une règle générale que le chancre induré ne se produise qu'une fois sur le n^ême sujet. Le chancre itxduré ne récidive pas, eila diaihèse syphilitique fée se double pas plus que les autres diathèses.

Que l'on interroge l'énorme quantité de malades qui se pressent dans nos salles et aux consultations du Midi ; que l'on recherche, que l'on dépouille soigneusement leurs antécédents ; je vous prédis en toute sûreté quels seront les résultats de cette statistique. C'est par milliers qu'il faudra compter les récidives pour la blennorrhagie \ par centaines pour le chancre simple ; mais pour les récidives du chancre ipduré, je prévois à coup sur des colonnes vides et muettes.

C'est qu'en effet, il ne m'a pas été donné de rencontrer im seul malade sur lequel le chancre infectant se soit ma^ nifesté à deux reprises, et se soit accompagné deux fois de l évolution normale des accidents constitutionnels.

Je ne sache pas, d'ailleurs, que personne ait été plus heureux que moi. Sans doute l'on a cité et l'on cite encore quelques observations éparses et recueillies à grand'peine, dans lesquelles le chancre Infectant parait s'être produit

22& LEÇONS SUR LE CnANCRB.

à deux reprises, civec son cachet d'induration spécifique. Mais à toutes ces observations il manque, comme je l'ai dit ailleurs, soit un pied, soit une aile. Il s'agit moins, en effet, de prouver que les chancres développés sur un même individu aient pu, à des époques différentes,- revêtir pour des raisons que j'examinerai plus loin les caractères propres au chancre induré, que de trouver des cas bien authentiques où la syphilis ait présenté à deux reprises son ordre de développement naturel, oii la vérole se soit réellement doublée^ à la fois dans son accident initial et dans ses manifestations consécutives. — Or, de semblables observations manquent encore à la science.

11 est donc faux que Ton puisse entasser vérole sur vérole.

II est plus faux encore qu'une première infection prédispose à une nouvelle.

Ce n'est pas, messieurs, que je nie la possibilité d'une récidive pour le chancre induré. Bien au contraire, /y ercwi, et j'y crois fermement, quoiiiue l'étude clinique m'en ait jusiiu'à ce jour refusé les preuves. Les grandes lois de la pathologie grnéralo, en effet, qui dominent Tobservation particulière, nous montrent l'extinction des diathèses, même de celles qui semblent influencer le plus profondément l'organisme, comme un fait sinon fréquent, au moins POSSIBLE. C'est ainsi que la fièvre typhoïde, que la variole et les «lifférentes fièvres éruplives peuvent récidiver. C'est ainsi que Tinfluence vaccinale s'épuise et s'éteint après un certain temps, cédant à laclion perturbatrice du

mouvement vîtal, et que le succès des revaccinalions témoigne d'une réceptivité nouvelle de l'organisme.

Eh bien, pourquoi la dialbèse syphilitique serait-elle la seule qui résistât aux modifications que la vie imprime à notre être ? Pourquoi ce mouvement vital incessant, en vertu duquel les molécules assimilées hier seront expulsées demain, n'entrainerait-il pas hors de notre économie le virus de la vérole et ne purgerait-il pas notre sang de ce fatal poison? Évidemment l'analogie nous force à croire que l'influence syphilitique peut s'éteindre, au moins sur certains sujets privilégiés, et dés \orSj poiwafit s'éteindre ^ elle peut se reproduire.

Une logique rigoureuse conduit donc à admettre la possibilité des récidives pour la vérole (1). Mais si l'on «ort du domaine de l'analogie, si l'on abandonne la théo-

(1) Cette doctrine a paru nouvelle à quelques personnes ; on Ta consi- «lérée comme une modification apportée par M. Ricord aux idées qu'il professait autrefois .

Je retrouve cependant cette môme idée dans le passage suivant, extrait ^*ttne note que mon maître communiqua aux auteurs du Compendium de mtédecine {iSAU) :

9 Cette loi de Vunicité de la diathèse est-elle absolue ? Probablement

non. On doU Iroùver pour la syphilis^ quoique bien plus rarement^ ce qu'on trouve pour la variole et pour la vaccine. La disposition acquise peut s* al" iénuer et finir par s'éteindre. Dans le premier cas, une nouvelle infection générale, devenue possible, produira des accidents constitutionnels modifiés, ce qui expliquerait les affections sj/pAi/oides qu*ont admises quelques auteurs, et qui seraient à la syphilis ce que la varioloïde est à la variole. Dans le second cas, une infection nouvelle donnera lieu à la reproduction d*acci« dents constitutionnels à forme et à succession régulières.... u

Quefle différence existe-t-il donc entre le langage d'autrefois et la doctrine actuelle ? A- F.

220 LEÇONS SUR LE CllANCKE.

rie consolatrice pour ne consulter que rinexorable clinique, on se trouve en face d'une négation absolue. Jusqu'alors la diathèse syphilitique ne s'est pas doublée^ et la science ne possède pas encore, je vous le répète, un seul fait bien avéré d'une syphilis de récidive.

Pour ma part, j'ai appelé de tous mes vœux et J'ai recherché ardemment ces cas de récidive. Car, voyez l'énorme portée qu'auraient de semblables faits. Si la syphilis peut se produire deux fois, c'est donc que Tinflueuce d'une première infection peut s'éteindre, qu'une preniiére dialhése peut s'épuiser; c'est donc que la véralt peut (juériry et guérir non-seulement dans ses mauiieslations, mais encore en Uuit que disposition morbide imprimée à récononiie. Ur, vous savez que, jusqu'à ce jour, on a regardé c^tte terrible maladie comme curable dtnis ses formes^ mais commis iiidestructible dans swi fond. Quelle consolation, messieui^s, ce serait donner à l'bumanilé ijue de lui annoncer qu'elle a acquis enfin le droit de guérir radicalement de la vérole I

Vidus Vidius qui disait que la vérole accorde des trêves sans jamais faire la paix (tnagis inducias facit quampa^ cem); Hunier (^1), M. Cazenave (2), et beaucoup d'autres

(1) « Il est prubtible que le mercure ne peut guérir que l'actiou syphilitique €l non la dupi'Sttto» Il prévient IWecUon, mais il ne détrmi

point la dispoiUioH une fut» formée. » (Sixième partie, ch. I, |} 7.)

(U) Voici eu quel» terme* s'exprimait M. Caxenave dans ses leçons cliniques de l'année 1 85U :

« tn malade atteint de s\plii1i!( primitive peut-il guérir? £videmmeol oui. r.ertaiiis ti'mpfTumriii^ ()ui r('M^i^^clll trôs fort contre le \irUA peuvent s'i-u di>baria>M'r tout x'ub et san» traitemnit ; et cliex d'autre» uu IrailCment rationnel peut arii\er au même lébultat. 11 n'eu est plusda mèmt&t

CflANCHE INPECTANT. 227

encore, pensent que la diathèse, une fois établie, ne se détruit plus. Quant à moi, pour avoir à mon tour constaté cette triste vérité, yV n^en conclus pas cependant à rincurabilité absolue de la vérole^ comme on a voulu me le faire dire. Je me demande si la vérole ne pourrait pas guérir, en ne laissant après elle, comme la variole, qu'une modification préservatrice.

Ce n'est là, à vrai dire, qu'une hypothèse, ou, si vous le voulez, qu'une espérance. Car aucun fait n'est venu jusqu'à ce jour nous démontrer l'extinction de la diathése.

Bien au contraire, les observations abondent pour prouver que la disposition morbide peut snhsisier pendant un iaps de temps considérable^ et résister à ce mouvement continu de composition et de décomposition , d'où résulte la rénovation incessante de l'organisme. Je pourrais vous citer, pour ma part, sans parler de la syphilis héréditaire, des exemples de manifestations spécifiques non

la syphilis secondaire ; de eei/e-d on ne guérit pas. On a œquis le tempérament eyphilUique; il faut vivre aimif comme d'autres vivent avec un tempéramenl lymphatique, etc. On peut aller jusqu'au buut de sa carrière, la continuer très loin, et s'il ne se montre pas quelque nouvelle manifestation de l'état intérieur, on sera exactement dans la même situation qu'un homme qui aurait un tempérament lymphatique exagéré, qui en aurait souffert pendant un temps, et chez lequel la disposition morbide sommeillerait. Cet homme ne semble plus malade ; mais rien ne dit qu'un nouveau symptôme ne va pas surgir, et il est sans cesse sous le coup de cette menace. Tous les jours nous voyons à Saint-Louis des individus, les uns ayant suivi des traitements complets, les autres ne s'élant jamais traités, qui ont eu des syphilides dix, vingt, trente ans auparavant, qui se croyaient guéris, et qui, après cet intervalle, sont repris de nouveaux symptômes. 9 — [Mamlewr des hôpitaux^ 19 août 1856.)

228 LEÇONS sun le chancre.

douteuses produites à plus de quarante années de distance de raccident originel (1).

Et néanmoins, — pardonnez-moi d'insister ainsi sur cette palpitante question, — néanmoins, dis-je, en dépit de cette efTroyable ténacité de rinfluence diathésique, je persiste à ne pas vouloir conclure de ces faits aliligeants à rincurabilité fatale et absolue de la vérole.

Aussi ne saurais-je assez vous engager, messieurs, à rechercher lés faits qui peuvent porter la lumière sur le pronostic définitif de la syphilis, et surtout à les rechercher avec toute la rigueur d'appréciation, toute la sévérité de diagnostic nécessaire à la solution d'un des plus graves problèmes de la pathologie. Mille causes d'erreurs se présenteront sur votre chemin dans cette laborieuse investigati(m ; permettez- moi de vous en signaler briévevement quelques-unes des plus insidieuses.

(I) « Je me rappelle un individu à qui des cliirurgiens voulaient extirper une tumeur prétendue cancéreuse de la joue. C'était une tumeur gommcusc qui disparut par un traitement antisyphilitique ; ce malade était dans mon service en 1848 ou IKi9, et il n'avait eu d'autre antécédent vénérien qu'un chancre datant de 1804. C'était donc quakàktf.-QL'atrc ANS après les ai'cidcnls primitifs que de nouvelles manifestations s'étaient produites... m (UicoRb, Discours à l'Académie de médecine, séance da Il octobre 1853)

On pourrait multiplier les faits et les citations de ce genre. Ainsi, j€ trouve dans Kernel le pnssaj^e suivant : « Recurrit interdum lues venerea post trigcsimum quintum annum, tantoque intervalle morbi foroes quasi sepultus delitoscit. » — Voilà donc un réveil de la syphilis après trentecinq ans, pendant lesquels la diatliése c«t restée muette !

Guidi, Baglivi, Uosen et tant d'autres encore, ont formulé la même opinion sur la persistance de la diathèsc. — On voit que la doctrine de la syphilis larvée a de bons et vieux quartiers de noblesse. A. F.

Je ne vous parlerai pas des cas, hélas ! trop nombreux, 011 vous n'aurez pour tout témoignage d*une infection antérieure que les assertions toujours incertaines et les souvenirs plus ou moins confus des malades. Évidemment, ce seront là pour vous autant d'observations non avenues.

Acc^pterez-vous davantage comme preuve d'une infection antérieure un témoignage médical, ab ore medico ? Mais vous savez que, pour tel praticien, tout accident vénérien constitue la vérole, la blennorrhagie comme les végétations, et les végétations comme le chancre simple ; que, pour tel autre, il n'y a point de diagnostic à établir entre une éruption syphilitique et cette éruption dite résineuse^ qui succède à l'emploi du cubcbe ou du copahu. Et ainsi de tant d'autres doctrines étranges, contre lesquelles il faudra toujours vous tenir en garde.

Je suppose enfin que vous-mêmes^ avec les idées que vous avez puisées à cette école, vous soyez appelés à deux reprises à consulter le même malade, et qu'à deux époques différentes vous croyiez reconnaître un chancre induré. Voyons encore les causes d'erreurs possibles dans ce cas tout exceptionnel.

La première infection est-elle bien certaine ? — S'il s'est produit des accidents constitutionnels, nul doute à cet égard.

Mais si le chancre seiil a été constaté, et qu'un traitement mercuriel ait été administré dès le début, la certitude diminue. U se peut, en effet, que la nature du chancre souvent si difficile à bien déterminer exactement,

S80 LEÇONS SUR LK CnAlVCRE.

ail été mal jugée, et que le traitement ait été administre en pure perle contre une diathése qui n'eiistail point, contre des accidents qui n'avaient pas à se produire.

Autre cause d'erreur. Un chancre induré se produit , puis à quelques mois et même à quelques années d'intervalle (vous savez quelle peut être la persistance de Tinduration), un second chancre se manifeste sur la cieatriee du premier. Ls nouveau venu prend là rase de son PRÉDÉCESSEUR, cu sortc que sous Tulcération actoelle vous retrouvez l'ancienne induration. C'est un chancre simple, avec une base itidurée d'emprtmt. Voyet quelle •ource de confusion !

Mais il y a plus, et ceci ressort d'une observation rigoureuse, c'est que, lorsqu'un nouveau chancre se produit sur une «incienne cicatrice indurée, il réveille, pour ainsi dire, le travail spécifique qui avait donné naissance à Tengorgement initial, et, pardonnez-moi cette expression, exhume en quelque sorte Nfuluratioti primitive !

Puis, ajoutez ce surcroit de complication. Des accidents conslilulionriels se produisent, je suppose , après chacun des deux chancres. Les rapporterez - vous également à l'un et à l'autre comme à deux sources d'infection diiïérentes? Pour de certaines écoles, il n'y aurait ici aucun embarras. Chacun des chancres serait l'origine des symptômes qui Font suivi.

Mais vous, pathologistes plus sérieux, vous ne ferez pas ce singulier partage. Dans le plus grand nombre des cas, la nature même des accidents vous éclairera sur leur véritable source, car les symptômes que vous verrez succé**

der au second chancre appartiendront en général par leur caractère à une époque plus avancée de la diathèse, à une vérole plus âgée. — Voici cependant une condition toute spéciale qui pourrait encore ici troubler vos convictions. Admettez que les deux chancres se soient produits à une courte distance Pun de l'autre, par exemple à une ou deux années d'intervalle. Chacun d'eux est suivi, après quelques semaines, de ces formes d'éruptions super- Gcielles, érythémateuses, qui caractérisent d'une façon tellement significative le débuts Pexonle de la diathèse. Ne semhle-t-il pas qu'il y ait là entre chacun de ces chancres et l'éruption qui l'accompagne une relation de cause à effet ? Rien de plus rigoureux, en apparence, rien de plus acceptable. Et partant, yoWk deux chancres également infectantSy produits à une ou deux années Tun de l'autre, et suivis tous deux des accidents propres à la diathèse, dans Tordre de manifestation classique, avec les caractères d'âge et de forme les mieux déterminés; conséquemment, voilà deux véroles surajoutées.

Eh bien, non, il n'y a pas là de supcrfélation; il n'y a qu'un simple fait de coïncidence. Ce qui s'est produit après le second chancre se serait produit sans lui, et n'est en somme qu'une conséquence du premier. 11 faut bien savoir, en effet, qu'en certains cas qui sont loin d'être rares, les éruptions précoces de la vérole récidivent, avec ou sans traitement, dans le cours des premières années. La roséole peut renaître ainsi deux et trois fois dans les quinze, vingt et vingt-cinq premiers mois ; les papules muqueuses se reproduisent même au delà, et très souvent d'une façon fort rebelle. Or, vous comprenez cjuc si, dans cette é\o\\xX\oxï normale delà diathèso, un accident véné-

rien quelconque, soit par exemple un second chancre, vient à se manifester, il ne constitue qu'une coïncidence et demeure sans action sur le développement des phénomènes. C'est un symptôme surajouté, intercalé, et rien de plus. Ce n'est point une source d'infection nouvelle, ce n'est pas un second germe de diathèse.

Voilà, sans doute, bien des causes d'erreurs; voilà matière à bien des diagnostics erronés! Et cependant, messieurs, je suis loin de vous avoir signalé toutes les condiliions qui peuvent égarer sur ce point le jugement des praticiens les plus expérimentés.

[La question dévelop))ée dans ce paragraphe a beaucoup occupé M. Ricord depuis quelques années. Une longue et patiente ifiTettigation lui a fourni sur ce \yo\ui des résultats nouveaux que je dois faire connaître. Ces résultats ont besoin encore cependant d*ôtre rx)nririnés par une étude consécutive. Je ne les énoncerai donc que sous toute réserve.

1*^ Sur quelques sujets syphilitiques on a observé de nouveiox chancres à hase indurée. Le plus souvent, il est vrai, cette îndoration pouvait être rapportée à quelques-unes des causes signalées précédemment comme susceptibles de produire artificiellement ce caracl^re ; mais d'autres fois aussi, indépendamment de toute influence étrangère , Tinduration pathognomonique parut s'être produite une seconde fois chez des malades préalablement infectés. Elle ne s'accompagna sur ces malades ni d'adénopathîe spédfiqae ni d'accidents constitutionnels. Tout se borna à V induration ckan^ creuse. — Ajoutez que, dans ces quelques cas, un intervalle de temps considérable (8, 10, 20 années) séparait les deux époques où l'induration s'était successivement montrée.

2" Sur un malade syphilitique on a observé, cinq ans ap^^s ne premier chancre induré sui\i d'accidents constitutionnels, on se*

cond chancre induré accompagné de son adénopathie spécifique. Ce chancre fut à dessein laissé sans traitement, et, malgré l'absence de toute médication préventive, aucun symptôme nouveau d'infection constitutionnelle ne se manifesta.

3"* Sur deux malades syphilitiques, M. Ricord a constaté de seconds chancres indurés, accompagnés de leur adénopathie spécifique et suivis d'accidents constitutionnels qui, par leur forme et leur caractère, se rattachaient évidemment à une infection nou- Telle. Ici donc la vérole paraissait réellement s'être doublée. — Un intervalle de temps considérable séparait les deux époques où les chancres s'étaient manifestés.

Il paraîtrait donc résulter de là :

1"* que la diathèse — probablement à une époque voisine de son «extinction — peut permettre à un second chancre de s'indurer, mais sans le laisser s'accompagner de l'adénopathie spécifique ni des symptômes constitutionnels.

2"" A un second degré, la diathèse, s'épuisant de plus en plus pour ainsi dire, laisse le chancre s'indurer et l'adénopathie se produire à sa suite; mais elle ne permet pas encore aux accidents constitutionnels de se manifester.

y Enfin, s'épuisant tout à fait, s'éteignant, elle restitue Técosiomie dans son aptitude primitive à contracter l'infection tout entière, c'est-à-dire à présenter à la fois l'induration chancreuse, l'adénopathie spécifique et les symptômes constitutionnels. Une seconde infection |)eut alors succéder à la première.

Les quelques faits que je viens de citer ont été recueillis au milieu de plusieurs milliers d'observations minutieusement compalsées. A consulter le rapport numérique, ce sont des faits véritablement exceptionnels,

La règle générale persiste donc, à savoir : que la diathèse syphilitique ne se double pas.

Les faits précédents toutefois ne doivent pas être perdus de vue. Il sera intéressant sans doute de continuer l'enquête que nous avons commencée, pour rechercher les conditions, les influences diverses qui président à l'atténuation, à l'extinction' de la diathèse, et pour apprendre, une fois connues^ à les provoquer.

Il y a dans cette recherche plus qu'un intérêt scientifique à sa*

SS& LEÇONS SUR LE CHillfCRE.

tisfiire, plus qu'vneétudedoctHnilpà approfondir: il y i des Indicalioni pratiques h consulter, et |)eut être auvst des éléments d'une saine thérapeutique âi recueillir.

A. FoutnmL]

Que produit rinsertion du pus de chaocre induré tur les si^eU

ques? — Résultats fournis par la lancette. — Difficulté de rinoculation. — Caractères du chancre développé dans cet conditiont. — RétultaU fimrnis par la contagion. — Deux observations de chancres ibase molle développés sur des sujets syphilitiques et provenant de la contagion de chancres indurés.

Le chancre indur<^, vous ai-je dit, ne récidive pas, c*esl lace qu'enseigne robservalion la plus rigoureuse.

Mais je prévois la question qui surgit en votre esprit. Que se produira-t-il dans le ras où un individu hien el dûment vérole se trouvera au contact d'un chancre induré, dans les conditions favorables à la contagion ?

Nous pouvons invoquer ici deux ordres de faits pour résoudre le problème : les faits d'inoculation artificielle et ceux de cont^igion physiologique.

Jus(|u'à ces derniers temps on s'était borné aux résultats fournis par la lancette, préjugeant par voie d'analogie ceux que devait foui*nir la contagion. Mais aujourd'hui des recherches rérentes entreprises sur les rapports de forme entre les symplomt*s orif/ine/s et les symptômes trmtsmis^ nous permettent d'aborder directement la question par ses deux faces.

CHANCRE INFECTAHT. 886

Eh bien, interrogeons en premier lieu Finoculation.

Voici, je suppose, un sujet syphilitique. 11 a contracté un chancre infectant, puis il a présenté consécutivement différents symptômes non équivoques de syphilis constitutionnelle. Dans ces conditions, vous venez à lui inoculer le pus d'un chancre induré. Que va-t-il se produire?

De deux choses Tune : ou bien votre inoculation restera stérile, sans résultat; ou bien elle développera un chancre à base molle, analogue, du moins comme aspect et comme forme, au chancre simple.

Je m'explique, et je développe cette double proposition.

C'est un fait d'observation que, dans la majorité des cas, les inoculations faites avec le pus du chancre infectant sur les malades véroles ne donnent lieu à aucun résultat. L'insertion du pus syphilitique sur des sujets syphilitiques ne produit que rarement la pustule et l'ulcération chancreu8e(l).

En général, ces sortes d'inoculations ne provoquent d'autre phénomène local qu'une légère inflammation, te-^ oant d'une part au traumatisme produit par la lancette, et, d'autre part, à l'introduction sous l'épiderme d'un liquide irritant. C'est tout au plus si cette inflammation s'accompagne quelquefois de la production de fausses pustules qui avortent en naissant.

Mais il n'en est pas ainsi dans tous les cas. Il se peut

(i) V. U Mte YH (fiècet jusUAcatif es) .

qu'un véritable chancre se développe. C'est l'olcération produile dans ces conditions toutes spéciales dont il nous faut apprécier rigoureusement le caractère.

Or, l'observation clinique la plus attentive a démontré le fait suivant : c'est que le chancre d'inoculation, développé sur les sujets syphilitiques par l'insertion d'un pus recueilli sur un chancre induré, se présente sous l'aspect d'une ULCÉRATION PRiMinVE A BASE MOLLE, ulcération analogue au chancre simple^ comme je vous le disais plus haut, du moins pour les caractères extérieurs.

Et j'ajoute:

Si vous suivez ce chancre dans ses différentes périodes, depuis son origine jusqu'au moment de sa cicatrisation, jamais, à aucune (époque, vous ne parviendrez à saisir sous la base de T ulcération quohpie chose d'analogue à l'induration spécifique du chancre infectant.

Ce n'est pas tout encore : si vous explorez les ganglions correspondant à la région sur laquelle le chancre s'est développé, vous n\ constaterez pas d'altération analogue à celle qu'y développerait un accident primitif de nature infectieuse. C'est vous dire que vous ne retrouverez avec ce chancre ni les pléiades spécifiques, ni cette adénopatbie dure et indolente qui accompagne d'une façon si constante l'ulcère induré. — Voilà, du^moins, la règle générale.

L^absence de ce double signe, induration de la base et retentissement ganglionnaire, différencie de la façon

la phis absolue ruicération ainsi produite du chancre qui lui sert d'origine en fournissant le virus qui la développe. Elle la rapproche, d'autre part, à ne consulter que l'aspect et la forme, de la variété molle de l'accident primitif.

Ainsi, messieurs, l'inoculation itérative du pus d'un chancre induré sur un sujet syphilitique ne produit pas un second chancre induré ; elle ne développe qu'une ulcération à base molle.

Ce chancre, produit dégénéré d'un chancre infectant sur un organisme préalablement infecté, a été comparé dans ces derniers temps soit à la varioloïde, soit à la fausse vaccine. L'on a tenté d'établir que la syphilis pouvait modifier son propre virus, alors qu'elle affecte pour la seconde fois un sujet déjà contaminé ; que, se bornant dans cette inoculation itérative à un simple effet local, elle se métamorphosait sur place en une nouvelle entité morbide susceptible de se reproduire et de se propager dans son espèce (1). A l'appui de cette théorie, l'on a invoqué, comme je viens de vous le dire, l'exemple de la variole ou de la vaccine se modifiant sur les sujets varioles ou vaccinés en de nouveaux types pathologiques, qui, sortes de germes hybrides, prennent une existence indépendante et des formes spéciales. En un mot, l'on a fait du chancre produit par l'inoculation d'un chancre infectant sur un sujet syphilitique, l'analogue de la varioloïde

(i) V. page 6, note 2. « Le cluincre simple est l'aualogue de la vano< loide ou de la finisse Taecine, etc. ... »

SS8 LEÇONS SUll LE CHAtfCAe.

et de la fausse vaccine : d'où la dénomiiuiUon de cfatAeroîde que lui a donnée Tauteur de cette doctrine, aotre élève et ami, le docteur Clerc (1).

Quelle que soit la valeur de ces vues théoriques, le fait est constant et reste acquis à la science. Non plus que la

(!) • Ce qui constitue Ve$»eniialUé pour une affection vinriente, c*etl k propriété que possède cette affection de se reproduire falatemeMî tiam§ espèce, soit par contagion, M>it par inoculation artîflcielle.» ~0r, è de vue, l'assimilation du cliancre simple à la varioloiMlc est an ment malheureux, surtout dans la thèse que soutient N. le docteur Clere.

Il est vrai que, dans sou mémoire, M. Clerc considère la varioloïde comme m coMlltvaat une vériiable espèce paikologiqmê^ ayant yua wmrektt^ mme durée 91 une terntinaison propres^ sts iransmHlant dams ton espèce pmr inoculation. » Il cite même, à l'appui de cette opinion, les expériences de M le docteur Ouillou, de Saint-Pol-de-Léon. Mais, d'une part, cesdemiéret expériences sont rurmellement contredites par les résultats contraires d*«i très graud nombre de médecins qui ont vu le pus de la varioloïde reproduire la variole par in<Kulation, Je ne citerai pour exemples que les fiUls relatés par M. le docteur Gittermann {Journal de Oufeland^ 1821), par to médecin italien Sacco (1825), par Heim et Stosch (Journal de HmfH land, I82d), par M. Dugat, etc., qui tous ont produit la variole ckê2 des sujets non vaccines ^ en leur inoculant la variokÀde. NN. Bourgcels, Hosorai, Lafont, Bousquet, Tuefferd, etc., ont vu les mêmes échafes d'éruptions entre Its vaccinés et ceux qui ne l'étaient pas. M. No\ne Hevua médicale, 18S5) a cité l'exemple d'une mère qui, donnant à teter i on enfant vacciné et atteint d'une varioloïde, prit une variole très grave, ba même, M. Slcinbrenncr a rapporté le fait d'une sagc-fenime qui inocula la varioloïde à rinq enfant» non vaccinés, et produi>it sur quatre d'entre eux une éruption de variole vraie, bien rararlèri^re MM. Dubois, Casenave ol Schedel admettent également que l'inociilatiun de la varioloïde produit m«* vent la variole, eU*., etc.. — L'on voit, d'après tous ces témoignages, que la transmission do ta varioloïde dans son espèce est une doctrine plétement Inacceptable et iiiacceptée.

D'autre |»art, la varioloïde ronstitue-t-elle une rérilablê espèce gique, comiiic le dit .M. C.lerr ? ('.rite assertion se trouve encore en tradiction formelle avec les opinions les plus généralement adoptées. « C'est à tort , suivant nous, disent NM. Guersant et Blaehe, que Voa voiidnit faire de cette variété (la varioloïde) une espèce partieulière. Il n'y a fin

CâANCBË INfECtANT. 230

diathése, Vinduralion ne se répète pas — comme règle générale — sur le même sujet. Un vérole peut prendre de nouveaux chancres : mais ces chancres ne seront pas une fois sur mille semblables à rulcération première qui a servi d'origine à la vérole. — - Voilà le résultat brut de

et constant dans les earactères que l'on donne comme la dtstin^ant de la Tariole, et la variole elle-même est si^jette à des modifleations infinies, suivsnt les dispositions individuelles.... Les diflférences que l'on a signalées entre ces deux affections tiennent à ce que la forme de la maladie dépend plutôt du corps qui la reçoit que de celui qui la donne, comme sembleraient le prouver les exemples de variole conflueiite produite par la eontafion d*une variole discrète, et vice versd.,. » — «La variole et la varioloïde, dit M. Steinbrenner dans son intéressant Traité de la vaccine^ jie seBtque des degréi diffe»enis d'une seule et même maladie^ comme le dénootreot leur mode de propagation, l'observatiou de leur production réciproque et l'étude des épidémies. »

ie pourrais citer encore, comme adhérents à cette doctrine, la plupart de nos classiques modernes. J'ajouterai seulement que l'opinion de M. Ho* reiu de Jonnès, qui considère la varioloïde comme une maladie nouvelle et éiitimctêde ta variole ^ a été très vivement attaquée par un grand nombre d'auteurs du plus grand poitls, et repousséi* par la commission de vaccine de Paris, qui proclama, en 182G et en 1828, Videntité de la variolvkdv et d$ la varMê, -»■ (Steinbrenner.)

A ces différents litres, tout rapprochement entre la varioldide et le ckancre simple est (condamné par l'observation clinique. — Cela est tellemeut vraî que l'exemple de U variole et de la varioloïde se trouve précisé* ment invoqué par les partisans de l'unicité du virus en syphilis, pour expliquer par les influences individuelles la diversité des manifestations d'une même maladie et la possibilité d'une transformation, d'une contagion- réciproque.

Ce qui, d*apK*s M. Ricord, pourrait ètru plus justement rapproché de la nrioloïde, ce serait cette variété de l'accident primitif confondue par if. Clerc uvec le véritable chancre simple^ laquelle, résultant de l'inoculalion d'un chancre infectant sur un sujet dialhèséy transmet à son tour sur ua f^iet vierge an ehancre infectant. — Il en sera question plus loin, dant le cours de ces leçons. A. Fotaiiifa,

la clinique, isolé de toutes les interprétations doctrinales qu'il peut recevoir.

Ce résultat, messieurs, nous le devons à rinoculationi cette arme puissante qui, depuis Hunter, a ouvert à notre science tant de voies jusqu'alors inabordables.^^Examinons maintenant si les données qu'elle nous fournit sont conformes à ce que nous apprend la contagion.

Les difficultés inséparables de toutes les recherches sur la contagion augmentent encore et se multiplient par les exigences des questions doctrinales. Voyez, en eflet, que de conditions réunies doivent présenter les observations de ce genre pour servir à élucider le grave problème que nous étudions actuellement. Il ne s'agit plus seulement ici de rencontrer deux sujets qui tiennent la contagion Tun de l'autre; il faut de plus que ces deux sujets satisfassent à certaines conditions toutes particulières. Il faut que l'un d'eux, antérieurement à la contagion actuelle, ail éprouvé différents accidents de syphilis, et cela d'une fa^on non équivoque ; que l'autre, au contraire, vierge de tout antécédent suspect, porte actuellement un cliancre bien et dûment induré .

Aussi, HK'Ssinui's, est-il extrêmement rare de trouver un couple infecté qui se présente à l'observation avec cet ensemble de circonstances. Et comme les recherches sur la contagion,* (ommc les confrontations des malades infectés Tun par Tautre sont de date toute récente, vous comprendrez facilement que la science soit encore pauvre

tHÀNCïlE INFECTANT. 2hi

sur ce point. Pour ma part, je n'ai, jusqu'à ce jour, que deux faits à vous citer, deux faits observés cette année même, et que MM. A. Fournier et Caby, attachés à cette question de la contagion du chancre, ont eu l'heureuse chance de rencontrer.

Voici ces deux observations :

L'un de mes anciens malades, que j'avais traité pendant plusieurs mois dans mon service, en 18A3, pour un chancre induré suivi d'accidents constitutionnels (roséole, plaques muqueuses buccales ; adénopathie cervicale postérieure, alopécie), eut des rapports avec une CUe publique dans le courant de mai 1856. 11 y avait, au minimum, deux mois à cette époque que ce malade n'avait vu d'autre femme.

Quelques jours après le coït, deux chancres se manifestèrent sur le prépuce, l'un sur la face cutanée et l'autre sur la face muqueuse de cet organe.

Le malade ne fit pas de traitement dans les premiers jours. — Lorsqu'il vint à notre consultation, les chancres dataient de dix jours environ. Ils présentaient la largeur d'une pièce de cinquante centimes; leur base était exempte de toute durçté; elle était même remarquablement souple, dépourvue de toute rénitence inflammatoire.

Les glandes de l'aine gauche étaient légèrement tuméfiées et douloureuses.

Le diagnostic ne fut douteux pour personne. Il s'agissait bien ici de chancres simples, au moins pour les caractères extérieurs f restriction que je ne me lasse pas de répéter, et dont vous comprendrez bientôt toute l'impor* tance.

si.

2i2 LfiÇONS SUR Lfi CHANCRE.

Ces chancres se cicatrisèrent sans accidents sous Pinfluence de simples pansements au vin aromatique. L'adénite céda rapidement. — Aucune médication générale ne fut prescrite. Le malade, attentivement suivi, n'a présenté jusqu'à ce jour aucun accident nouveau de syphilis.

Pendant que nous guérissions notre malade au Midi, mon interne, M. Fouinier, recherchait et trouvait la femme qui lui avait été indiquée comme ayant transmis la contiigion. Or, savez-vous ce qu il constatait sur cette femme? Un chancre induré type de la grande lèvre, avec une induration énorme, chondroïde. Ce chancre, au dire de la malade, remontait déjà à plusieurs semaines. 11 s'accompagnait d'une adénopathie spécilique des mieux caractérisées ; il fut suivi d'accidents constitutionnels.

Voilà donC| en résumé, un sujet syphilitique qui reçoit un chancre à ba^c molle d'une femme alîectée d'un chaoè' cre induré; voilà, en d autres ternies, une inoculation de chancre induié produisant un chancre mou sur un sujet préalablement vérole.

Ce fait confirme, comme vous le voyez, ce que je vous disais, il y a quelques instants, des résultats de l'inoculation artificielle.

Passons à la seconde observation.

La fille L..., âgée de dix-sept ans, futaflectée, en juin 185(5, d'un chancre induré^ qui s*accompagna d'une adénopathie inguinale à ganglions multiples, durs et indolents. Elle ne suivit que pendant quelques semaines le

traitement mercuriel. — En septembre, une roséole confluente lui couvrit le corps ; les cheveux commencèrent à tomber, et une double adénopathie cervicale se manifesta (1).

L'infection n'était donc pas douteuse de ce côté.

Or, dans les derniers jours de juin, l'un de mes anciens malades, que j'avais traité en 18/Ï2 pour un chancre infectant suivi d'accidents constitutionnels, avait des rapports avec cette fille L.... Il contracta deux chancres de la verge, siégeant l'un sur le frein, l'autre sur le prépuce. Ces deux chancres restèrent absolument dépourvus d'indttraiion; leur base demeura souple. Les gangUons in- ^inaux ne furent point affectés ; et, en l'absence de toute médication spécifique, aucun accident constitutionnel ne se manifesta.

Ce deuxième fait est l'analogue du précédent. C'est encore un chancre à base molle que produit sur un sujet vérole la contagion d'un chancre induré (2). — Notez,

(1) Celte malade a été observée à Saint-Lazare, dans le service de M. Delamorlière.

(2) En faisant quelques recherches sur ce sujet, j'ai rencontré dans une thèse de Paris (1854) une très remarquable observation qui vient non-seulement s'ajouter aux deux faits cités par M. Ricord, mais encore fournir une confirmation nouvelle à la doctrine avancée précédemment par notre maître.

Voici le résumé de cette observation véritablement exceptionnelle :

Deux jeunes gens ont commerce le même jour avec une femme aflectée de CHARCRE iiiDURÉ, et ches laquelle se développèrent, consécutivement des accidents de syphi'is ctmstitutionnelle.

L'un d'eux se trouvait, à cette époque, sous le coup d'une infection antérieure; c'était un sujet syphilitique. Il contracta avec cette femme un CHANCRE 4 BÂftC MOLLE, qui lObit la déviation phagédéuique.

s Ai LEÇONS Sun LE CHANCAE.

de plus, cette particularité curieuse qui a bien aussi sa signification : c'est que, ni dans Tune, ni dans Tautre de ces deux observations, nous ne voyons les chancress'accompâgner de ce bubon si caractéristique, qui, vous le savei, se produit fatalement à la suite de Taccident primitif infectieux, et annonce au même titre que Tinduration chancreuse Tirradiation du virus dans Téconomie.

Non-seulement ces deux faits sont conformes entre eux et parlent dans le même sens ; mais, de plus, ils s'accordent avec les données de l'expérimentation. En sorte c|ue ces deux ordres de recherches , inoculation et confrontation des malades, aboutissent en définitive à des résultats, qui, se prêtant une confirmation réciproque, permettent d'établir d une façon certaine la proposition suivante :

Le pus du chancre infectant ne produit — comme règle générale — sur un organisme préalablement infecté guun chancre à hase molle y analogue d'aspect et de forme au chancre simple.

Mais re chancre à hase molle, produit hybride d'une diathéso préexistante ot d'un chancre induré, est-il d<ins sa nature intime y aussi bien que dans ses caractères extéricui's, Tanaloij^ue du chancre simple dont je vous ai entretenus au conunencoment de ces lerons? Celte question,

Le second, vierije di? tout accident syphilitique antérieur, prit ua CHANCRE INDURÉ, lequel s'accoiiipagiia de pléiades ganglioiinairei caraclé* risliqucSfCl fui suivi des aciiienls conslilutionnels lïe la «yiihilis.

Ce fait apparlieiit à M. le docteur L. Maratray (de Nevers).

A. FovMmi.

messieurs, m'amène à vous parler au préalable de l'origine et de la transmission du chancre induré.

[Les observations que j*ai présentées à la suite du paragraphe VII contiennent implicitement les quelques remarques qu*il me reste à signaler ici comme résultant d'études et de recherches récentes.

Le fait le plus fréquent, le fait général, c'est, comme nous rayons TU, que la dialhèse syphilitique ne se double pas, que le chancre induré ne puisse se reproduire sur un sujet soumis à une première infection.

Toutefois, dans les cas — malheureusement trop rares encore — où la diathèsc a paru s'être épuisée à des degrés divei-s, on a vu résulter de la contagion d'un chancre induré des accidents différents du chancre décrit dans ce dernier paragraphe.

Les observations relatives à cette intéressante question sont encore trop peu nombreuses pour qu'on puisse en tirer des conclusions certaines. Voici simplement ce qu'ont fourni quelques faits dans lesquels des sujets syphilitiques s'étaient exposés, à une époque fort éloignée du début de l'infection première, à la contagion de chancres indurés :

i'^ En deux cas, un chancre induré s'est manifesté de nouveau, accompagné de son adénopathie spécifique et suivi de manifestations syphilitiques nouvelles.

2'' Sur un malade, le chancre induré s'est produit avec le bubon spécifique ; mais, en l'absence même de toute médication préventive, aucun accident constitutionnel n'est apparu.

3"^ Sur d'autres malades, l'induration seule s'est manifestée, sans adénopathie, sans accidents consécutifs.

Ce sujet appelle des recherches nouvelles.

Contagion du chancre mouAt.

Doctrine ancienne. — Recherches nouvelles. — Dissidences. — NéceiMte d'un retour à Tobscrvalion. — Nouveaux faits de la clinique du Midi. — Cinquante-neuf exemples de conta|^iou du chancre induré.

Vous savez; messieurs, quelles étaient mes premières croyances au sujet de la transmission du chancre en général. Je plaçais dans les réactions individuelles dépen* danl des tempéraments, des conslitulinns et des idiosyncrasies, la raison des modalités différentes de la maladie, la cause de Tinfection ou de la non-infection générale. Considérant le chancre comme une graine unique, j'aitrihuais à des conditions de terrain les différences de ces manifestations.

C'était là, du reste, l'opinion de Ilunter. c L'expérience nous apprend, disait ce grand maître» que le pus vénérien ne présente pas des espèces diverses^ et qu'aucune diffé^ rencc 7)e peut être produite dans la manifestation de la maladie par une différence de force dans la matière purulente. Le mémlî pus exerce sur divers sujets des actions complètement dissemblables, dont la diversité même dépend de la constitution et de Vétat général de réconomie au moment de l infection (1). »

(1) Da virit% syphUiU'iU(y ch. I, 5 lY. (De l'acrimonie plus ou moins grande du virus.)

CHANCRE INFECTAÏIT. 247

Padoptai et je soutins longtemps cette doctrine. Je dois avouer qu'aujourd'hui le temps et l'observation ont ébranlé sur ce point mes opinions premières. Après avoir trop accordé h la puissance modificatrice du terrain, j'en suis venu à cette conviction qu'il faut également faire à la graine sa part d'influence. En d'autres termes, je serais volontiers disposé à admettre (sans vouloir néanmoins m'engager sur ce point d'une façon absolue) qu'un chancre prend telle ou telle forme, non pas seulement à cause de certaines dispositions particulières à l'individu qui le contracte, mais encore en raison de la source à laquelle il a été puisé, en raison, si vous voulez me permettre le mot, du chancre qui lui sert A^ ascendant ,

Ce rapport entre les accidents présentés par les sujets qui tiennent la contagion l'un de l'autre, je l'avais sans doute remarqué depuis longtemps (1). Dans un certain

(I) PeuUêtre serait-ce à Bell qu'il faudrait rapporter l'honneur d'avoir sif^nalé le premier, d'une façon très expresse, le rapport qui unit l'accident originel à l'accident transmis. C'est à propos du phagcdénisme que le célèbre chirurgien d'Edimbourg a émis celte idée. — Je citerai if» extenso ce remarquable passage, qui semble contenir le germe de la doctrine moderne sur la contagion du chancre.

a Ces progrès rapides des chancres (à forme phagédénique) dépendent en général, à ce que l'on croit, de la constitution particulière des malades ; néanmoins, je soupçonne, d'après les faits suivants, que ces variétés sont QUELQUEFOIS l'effet DU VIRUS. Los chancres de ce genre sont bien plus communs dans certains temps que dans d'autres, et je les ai observés dans le même temps sur différents individus infectés par la même femme. Il y a deux ans environ, j'ai rencontré beaucoup plus de ces chancres phagédéniqucs en trois ou quatre mois que je n'en avais vu auparavant dans le cours de plusieurs années. Quatre malades les nvaictit gagnés de la même femme. Chei tous, les chancres parurent de bonne lieure ; ils tirent des progrès extrêmement rapides ; trois ou quatre jours niéme après qu'ils 9e

2i8 LEÇONS SUR LE CHANCRE.

nombre de cas, en effet, où j'avais eu l'occasion d'examiner conjointement les couples co/î^ami/iés, j'avais toujours constaté une singulière analogie de forme entre les sym* ptômes des malades infectés et de ceux qui leur avaient transmis la contagion. Mais il est si rare, à moins de re* cherches spéciales, d'avoir à consulter des malades qui se trouvent dans ces conditions, il est si rare surtout d'obtenir une certitude complète sur les circonstances précises et rigoureuses dans lesquelles la contagion s'est produitei que je n'attachai qu'un minime intérêt à mes premières observations. Je ne m'y arrêtai donc point tout d'abord, mais survint plus tard l'épidémie de syphilisation, qui me montra (résultat bien éloigné sans doute du but et des intentions des syphilisateurs) qui me montra, dis-je, expérimentalement cette relation constante , presque fatale, entre l'accident transmis par la lancette et Tulcération sur laquelle était recueilli le pus servant à Tinoculation. Les exemples ne furent alors que trop nombreux ; en sorle que, dès cette époque, j*érais cette opinion c que les différentes formes de la maladie pourraient bien ne pas tenir seulement aux conditions de l'individu sur lequel la cause agit, mais à des différences de causes et de virus (1).

furent manifestés, il en résulta des hcmorrhagies fort embamstantet ; tt dans une petite ville où je fus appelé dernièrement pour une hémorrhtfie de ce genre, le chirurgien ordinaire me dit que depuis peu de semaiiMt il avait vu îrois malade* attaqués des m&mes symptômes, également m/ae- 'tés par la même femme. » — {Traité de la gonorrhée virulente eiéê Im maladie vénérienne, trad. de Bosquillon, tome U, section 3, J 2. Dm chancres.) A. F.

(Ij Cette opinion se truuve du reste exprimée en des termes pres4|ve identiques dans les LeUres de M. Ilicord (lettre XXXIII).

CHANCRE INFECTANT. 2i9

L'intérêt doctrinal qui s'attachait à cette question ne manqua pas de provoquer des recherches spéciales sur la contagion et la propagation du chancre dans chacune de ses variétés. M. Bassereau s'engagea l'un des premiers sur cette voie encore inexplorée, et vous savez déjà quels lurent les résultats de ses laborieuses investigations. Seulement, il eut plutôt en vue d'établir dans son travail Tinfection ou l'immunité parallèle des sujets contagionnés l'un par l'autre, que de comparer dai^s leur forme initiale les chancres des sujets contaminés. Aussi tout un côté de la question lui a-t*i! échappé (1). Mais je réserve actuellement ce point difficile et litigieux ; j'y reviendrai bientôt à propos des caractères du chancre à base molle des sujets syphilitiques.

M. Clerc admet, comme M. Bassereau, la transmission du chancre infectant dans son espèce. Mais je crains qu'il n'ait cité à l'appui de son opinion qu'un nombre d'observations trop restreint pour porter une entière conviction dans l'esprit de ses lecteurs (2).

L'école de Lyon a mis également cette question à l'étude.

(1) M. Bassereau a relaté dans son livre sur les Affections de la peau 9ympUmatiques de la syphilis douze observations dans lesqueUes il a eu l'occasion de confronter des malades infectés l'un par l'autre.

De cet douze observations, il en est sepl dans lesquelles la forme de Taccident initial (choncre induré) est déterminée rigoureusement ,de part et fl*autre ; — il en est une dans laquelle l'existence d'un chancre antérieur à l'infection est seulement signalée, sans que l'auteur insiste sur la forme de l'accident initial ; — enfin dans les quatre dernières, M . Bassereau n'a eu l'occasion que de constater parallèlement les accidents constitutionnels développés sur ses malades, sans assister au développjpment du chancre.

(2) Le mémoire de M. Clerc sur le chancroïde ne contient, en effet, que

MM. Diday, Rodet et Rollet sont enclins à condure, d'après les résultats de leur expérience personneUe, que chacune des variétés du chancre se transmet isolémeni dans son espèce (1).

Jusqu'ici raccord est parfait. Mais voici qu'à Marseille l'un de mes anciens élevés, aujourd'hui chirurgien distingué de cette ville, proteste contre cette division de la syphilis en deux espèces nosologiques indépendantes. Champion zélé de Tunicité du virus, M. Melchior Robert nie cette relation forcée du chancre avec le chancre qui l'a fourni. D'après lui, les deux espèces se croisent fréquemment, et, en somme, les diflcrentes variétés de l'accident primitif doivent être considérées simplement « comme les manifestations d'un même principe dont les effets variés tiennent à des cimditions étrangères au virus I — et par conséquent à la contagion (2).

Au milieu de ces dissidences, presque inévitables dans

sijr obsenations relatives à la Iraiisinissioii ilu chancre infectant. — Encore, dans ces >ix cas, M. Clerc n'a-t-il pas toujours assisté au développement de ra«:cident primitir.

(1) l^s opinions de l'Ecole de Lyon ont été rrproduitei par N. Ach. Dii05, dans une Ihése n^cente d'un grand int^rdt. (Du double \^iru9 syffhibiique^ Paris, IHnCi.)

(2) Dans un mémoire |N)8térieur è ces cliniques {Faits et considereUiomi cUniqnes à rap}iui de VunicUé du virut ckancretu-)^ M. le docteur llel* chior Hubert relate quatre observations relatives à la transmission du cImacre, qui tendent à établir le croisement de» deux espèces de l'accident primitif comme un fait ^i^on fréquent, au moins ftossible.

Dans l'td». n* I, c'c^l un sujet «ifTecté d'un chancre induré de la verfpe, suivi d'accidents conslitutionneU, qui transnirt à sa maîtresse plusirart chancn^s serpigincux de l'anus, lesquels n'entraînent après eux aucun syMpldme d'infection générale.

t'ulN). n^ i est beaucoup plus orif inale et soulève un poiot de doctrine

une question aussi complexe et aussi difficile que celle dont nous nous occupons actuellement, j'ai voulu, de mon côté, recourir de nouveau à l'observation et soumettre

tout nouveau, je veux parler de l'influence du siège sur l'induration. Voici le fait en abrégé. - Un malade aflecté d'un chancre du frein et d'un bubon spécifiquement suppuré (chancre ganglionnaire) s'inocule accidentellement le pus de son chancre sur la lèvre supérieure. Survient un chancre labial qui s'indure, et est suivi, à un mois d'intervalle , d'une roséole syphilitique.

La troisième observation est relative à un malade syphilitique, qui reçoit n ehanere simple d'une femme affectée d'un chancre infectant, et qui Irammet à son tour un chancre infectant à une seconde maîtresse.

Enfin, dans la quatrième observation, M. Mclchior Robert rapporte l'histoire de trois jeunes gens qui contractèrent des chancres avec la même femme. Sur deux d'entre eux, les chancres s'iadurèrent et furent suivis de vérole ; sur le troisième, le chancre devint phagédénique, et se cicatrisa sans laisser de trace d'iuduration.

D'après ces faits, et d'après d'autres considérations exposées in extenso dans son travail, M.Melchior Robert arrive aux conclusions suivantes:

1** Le chancre infectant reconnaît ordinairement comme origine un chancre infectant, de même que la variole remonte à une variole ; mais il se peut qu'un chancre infectant détermine par exception un chancre simple sur un individu sain, et cela en vertu de conditions individuelles «qu'il n'est pas possible de préciser ; de môme que la variole peut se borner o développer la varioloïde sur un individu non vacciné.

2" Le chancre simple peut se communiquer dans son espèce pathologique pendant un temps variable qui dépend des conditions individuelles et du siège de l'inoculation ; mais les conditions et le siège aidant, il recouvre la propriété d'infection et se comporte conmie le chancre induré. En d'autres termes, la propriété infectante n'est pas interdite au virus du chancre aimple.

Telle est. en résumé, l'opinion développée par M. M. Robert, opinion qui n'est, en définitive, que la doctrine ancienne mitigée, pour ainsi dire, par quelques amendements de- conciliation. ^D'une part, en effet, celte théorie reconnaît l'influence du chancre ascendant sur le chancre transmis (doctrine nouvelle); et d'autre part, elle invoque rinfluencc modificatrice du terrain et de^» coii>lition8 individuelles pour expliquer la modalité variable de la maladie sur les différents sujets (doctrine ancieime). — C'est donc là, je le répète avec mon maître, une véritable théorie de conciliation.

262 LEÇONS SUR LE CnANCRE.

toutes les théories au contrôle rigoureux des faits cliniques. Dans le courant de cette année, j'ai donc fait entreprendre une série de recherches sur la contagion, recherches dont je vous ai entretenus précédemment et dont vous connaissez déjà les résultats pour la partie relative à la transmission du chancre simple. Il me reste à vous apprendre ce qu'elles nous ont fourni au sujet du chancre infectant.

11 y a, comme vous le savez, deux modes différents pour étudier la propagation des chancres : l'on peut remonter du sujet infecté au sujet infectant, c'est-à-dire réunir les couples contaminés, ou bien, ce qui n'est pas moins intéressant ni moins démonstratif, suivre la transmission sur plusieurs sujets ayant puisé l'infection à la même source.

Nous avons pris la question sous ces deux faces, et voici les résultats que nous a fournis cette double investigation.

Cinquante-neuf observations rassemblées par mon interne actuel M. A. Fournier (1), et la plupart contrôlées et confirmées soit par vous et par moi, soit par ceux de nos collègues qui ont bien voulu nous prêter assistance dans ces recherches, nous montrent la similitude des accidents développés de part et d'autre chez les sujets qui reçoivent l'infection et chez ceux qui la transmettent. Dans tous les cas où nous avons pu remonter à l'origine d'un chancre in-

(f ) Des recherches ultérieures ont de beaucoup accru ce chiffre et firme lue» premiers résultats. — L'on trouvera à la note \ le résumé fret sommaire de ces obser^-ations. A. F.

CHÀNCHE INFECTANT. 258

duré, nous avons toujours rencontré un accident de même nature, au moins lorsque la contagion était transmise par un sujet vierge d'infection antérieure. Dans tous les cas ou nous avons suivi la transmission du chancre sur plusieurs malades ayant puisé rinfection à la même source , nous avons toujours constaté le même symptôme sur les diflerents individus contaminés, c'est-à-dire le chancre infectant, suivi chez tous des accidents de la syphilis constitutionnelle. — Jamais cette loi de relation n'a trouvé UD seul démenti ; pas une exception ne s'est produite ; pas un fait contradictoire n'est venu jeter le doute sur cette doctrine nouvelle de la transmission du chancre infectant dofis son espèce.

Quelques-unes de ces observations , que vous avez pu suivre dans mon service, sont véritablement de nature à commander la conviction. Je vous les rappellerai succinctement.

La fille C... contracte un chancre de la vulve en janvier 1856; ce chancre s' induré et s'accompagne d'une adénopathic bi-inguinale, dure, multiple, indolente; surviennent à quelques mois d'intervalle des accidents constitutionnels : adénopathie cervicale; roséole; plaques muqueuses de la vulve, de la langue et des lèvres.

Cette fille, qui vivait avec un nommé D... R... lui communique un chancre. Ce chancre s^iîidure également et provoque le développement d'une adénopathie inguinale spécifique. Puis, des accidents secondaires éclatent : roséole, alopécie, éruption croùteuse du cuir chevelu, adénopathie cervicale postérieure, plaques muqueuses labiales, etc.,

26A LEÇONS StJR LE CfiAltCIiE.

Presque à la même époque (janvier 1866), la même fille a de nouveaux rapports avec deux autres individus, Tun jeune homme de vingl-neuf ans, l'autre vieillard de soixante-treize ans, père du précédent.

Ces deux nouveaux-venus contractent des chancres. Ces chancres s'indurent encore, et sont suivis tout d'abord de Tadénopathie spécifique, puis, plus tard, des accidents constitutionnels, à savoir :

Pour le jeune homme : syphilide papuleuse ; — alopécie ;— adénopathie cervicale ; - céphalée; — angine; — plaques muqueuses de la bouche.

Pour le vieillard : roséole papuleuse ; — plaques muqueuses amygdaliennes; — plaques muqueuses des bourses; — éruption ecthymateuse du cuir- chevelu ; — céphalée.

En résumé , voilà un cliancre induré suivi de svmptômes généraux, qui se Iransmel à trois sujets vierges d'infeclion antérieure, sous forme de chancre induré^ également suivi, chez ces trois malades, d'accidents constitutionnels.

L'observation suivante n'est pas moins concluante.

La femme P. . . prend des chnncren indurés en novembre 1855. Survient presque immédiatement une adénopathie bi-inguinale h gros ganglions durs et indolents. Puis, suivant la régie, apparaît dans les mois qui suivent la série des accidents constitutionnels : roséole, plaques muqueuses, alopécie, adénopathie cervirale postérieure, angine spécifique, et enfin, rhorér de nature probablement syphilitique.

GttANCHË INFECTANT. 255

En décembre, cette femme communique un chancre à son amant R..., lequel, pour le dire en passant, avait été aflecté plusieurs années auparavant de chancres simples qui n'avaient entraîné à leur suite aucun accident de syphilis. Le nouveau chancre s'indure et le malade est bientôt amené au Midi par les symptômes suivants : roséole papuleuse, plaques muqueuses labiales et linguales, balano-posthite secondaire, éruption croûleuse du cuirche** velu, adénopathie bi-cervicale, angine spécifique.

Mais ce n'est pas tout : le 25 et 2o janvier, la même femme avait encore doté de ses dangereuses faveurs les nommés F... et V..., vierges jusqu alors de tout accident syphilitique. — Or, voici ce qui advint :

F... prit trois chancres ùidur es accompagnés d'un double bubon inguinal spécifique. Â ces chancres succédèrent dans le délai normal les manifestations constitutionnelles suivantes : roséole papulcuse; plaques muqueuses de l'anus, du scrotum et de la bouche; angine ; éruption croùteusc du cuir chevelu, confluente; alopécie; adénopathie cervicale très caractérisée; céphalée noc^ turne ; douleurs rhumatoïdes ; papules granulées des ailes du nez, etc..

V... contracta également des chancres indurés ^ accom* pagnes de même d'une adénopathie bi-inguinale spéci* fique. A quelques mois d'intervalle, la vérole se confirma par les accidents conslitulionnels : roséole, plaques muqueuses buccales, céphalée, douleur sous-sternale, etc.

Autre fait semblable.

Une fille publi(|ue contracte en août un chancre induré de la vulvei avec adénopathie spécifique ; ce chancre est

suivi d'accidents constitutionnels dans le cours des mois suivants.

Deux jeunes gens ont des rapports avec cette fille, i quatre jours d'intervalle l'un de Tautre, dans le mois d'août ; tous deux subissent la contagion, et M. Foumier constate :

Sur l'un, chancre itiduré de la rainure glando-prépu" iiale. — Âdénopathie spéciûque, puis, consécutivement, roséole, plaques muqueuses buccales.

Sur l'autre, doux chancres indurés de la rainure et du frein ; âdénopathie spécifique. Puis, après quelques mois, plaques muqueuses gutturales, alopécie, croûtes du cuir chevelu, âdénopathie bi-cervicale postérieure.

Quatrième fait encore semblable.

Un jeune homme, vierge de tout antécédent syphilitique, se marie en juillet 185(5. Il avait eu, environ une semaine auparavant, des rapports avec une fille publique. Deux ou trois jours avant les noces, il se déclare, sur le fourreau delà verge, une petite ulcération qui est prise pour une écorchure insignifiante. Quoique cette écorchure ait un peu grandi, le jeune mari ne croit pas devoir s*abstenir de rapports avec sa femme. Quelques jours après, le couple nous arrive, et, examen fait, voici ce que nous observons :

Sur le mari, large chancre parcheminé du fourreau ; pléiades inguinales spécifiques;

Sur la dame, chancre induré de la grande lèvre droite ; âdénopathie inguinale droite, à ganglions multiples, durs et indolents.

La syphilis suivit son cours chez les deux époux, et

ciUNcni: iNFrx.TANT. 257

iiiaiîil»'<la par 1rs acciileiils suivanls : sur le mari, ro- >cole , papules ulcérées des lèvres et de la langue , adénopathie cervicale, syphilide eclhjtnateuse ; — sur la femme, roséole, érytbème guttural, papules furfuracées du tronc, alopécie, adénopathie cervicale, plaques muqueuses vulvaires.

Cinquième fait, doublement curieux, au point de vue de la contagion et du siège insolite de l'accident communiqué.

Une jeune femtne était traitée par moi pour un chancre induré de la vulve. Privée de son amant auquel elle avait transmis le mal, elle fit servir à ses plaisirs une fille de seize ans, encore vierge. Cette dernière contracta un chancre du doigt vtédius; ce chancre reposait sur une base fortement indurée et s'accompagnait d'un bubon axillaire k ganglions durs et indolents.

Chez ces deux malades, les accidents constitutionnels éclatèrent presque simultanément : sur l'une, roséole, plaques muqueuses vulvaires; sur l'autre, roséole, plaques muqueuses gutturales, alopécie.

Voici encore une observation des plus intéressantes et des plus rares :

M. Fournier a été assez heureux pour réunir, sous nos yeux, SIX individus ayant puisé l'infection à la même sourcCy et cela dans des conditions telles qu'il était impossible de mettre en doute l'origine identique de la contagion. La femme, il est vrai, nous a échappé; mais les six victimes nous restaient pour nous permettre d'étudier la relation des accidents.

S68 LEÇONS Stm le CHÀNCftE.

Eh bien, encore ici, nous voyons Tidentité d'origine té traduire par Tidentité du symptôme initiai et des manifestations consécutives.

Écoutez, en eflfét, ce qui a été observé sur chacun de ces six malades :

Sur le premier (l'on a eu soin oe les classer par ordre chronologique de contagion) double chancre induré de la rainure glando-préputiale; adénopathie bi-inguinale spécifique, multiple et indolente; roséole érythémateuse, plaques nmqueuses du gland et du prépyce, plaques muqueuses des amygdales; adénopathie cervicale postérieure; céphalée.

Sur le second, chancre induré du prépuce ; adénopathie bi-inguinale, dure , multiple et indolente ; roséole ; plaques muqueuses.

Sur le troisième, qui fut traité par mon collègue, H. CuUerieri chancre induré de la rainure glando-préputiale; bubon spécifique; roséole; adénopathie cervicale postérieure.

Sur le qualrième, chancre induré A\x prépuce ; lymphangite dorsale de la verge, indurée ; adénopathie bi-inguinale multiple, dure, indolente. — Plaques muqueuses buccales. — Éruptions croùteuses du cuir chevelu. — Céphalée.

Sur le cinquième, double chancre induré du prépuce ; adénopathie inguinale dure et indolente. — Roséole. — Plaques nmqueuses buccales.

Sur le sixième, enfin, large clumcre induré àixfnm^ -*

GttAfICIlË INPECTAfIT. 259

Àdénopathie bi-inguinale spéciiSque très caractérisée. — Syphilide papulo- squameuse du tronc. — Psoriasis palmaire et plantaire. — Syphilide impétigineuse de la face et du cuir chevelu ; plaques muqueuses, céphalée, àdénopathie cervicale, etc...

Et ainsi, messieurs, de tant d'autres observations qui vous sont déjà connues pour en avoir déjà entendu la lecture dans nos salles, et qu'il serait superflu de vous répéter ici I

En somme, dans tous les faits recueillis cette année, comme dans tous ceux dont j'ai conservé le souvenir, le chancre induré a toujours donné naissance (sur les sujets sains, bien entendu) à un chancre de même nature^ et toujours, dans ces conditions, la vérole s'est produite de part et d'autre. Voilà un fait qui paraît aujourd'hui complètement établi par la clinique.

[Voici, en détail, les observatioos citées par M. Ricord dans ce parafrapbe. L'importance des questions doctrinales auxqueller elles se rattachent en fera. Je Fespére, excuser l'étendue.

Observation I. — Triple contagior de crarcrbs indurAs.

La fille P... (Clémence) contracte un chancre vers la fln de janvier 1856. Elle le communique presque immédiatement à deux jeunes gens qui se partageaient ses faveurs, les nommés D... R... (Etienne) et V. . (Auguste). Le père de ce dernier, vieillard de soixante-treite ans, a des rapports avec cette flUe dans le courant de février; il prend également des chancres.

J'ai pu obtenir des aveux complets de ces quatre malades et suivre sur chacun d'eux le développement de la syphilis, comme il suit :

1. p... (dite Clémence), vingt-trois ans. — Constitution robuste. «- Tempérament sanfnin.

Première affection vénérienne, au dire de la malade.

Vers les derniers jours de janvier, cette fille reconnut rexistence d*n « grot boulon dur et ulcéré» siégeant sur la grande lèvre gauche. — Cette ulcération ne se cicatrisa que vers le milieu d*avril environ. — Quelque temps après l'apparition de ce bouton, de grosses glandes s'étaient manifestées dans l'aine gauche. — Ia malade ne s'est soumise à aucun traitement.

Je constale sur elle, dans le courant de mai :

Cicatrice brunâtre, arrondie, et véritablement spécifique, sur li fkcecnUnée de la grande lèvre gauche. La base de cette cicatrice est encore don* blée d'une induration très appréciable.

Adéuopathie bi-inguinalc, dure, multiple, indolente, peu caractémée à droite, très bien formulée a gauche.

Plaques mtiqueuses des grandes et des petites lèvres.

Roséole érythématcuse, au déclin.

Adénopathie cervicale postérieure.

II. — D... R... (Etienne), vingt-sept ans. — Constitution moyenne. — Sujet lymphatique.

Pas d'antécédent vénérien.

D... vivait avec la fille Clémence depuis trois semaines, sans avoir en de rapports avec d'autre femme depuis un mois, lorsque, dans la première semaine de f»':vrier , il s'aperçut d'une petite ulcération siéfeant aur la verge, au niveau de la rainure glaiido préputiale. - Il s'abstint de tontcéïl depuis cette époque. — L'ulcération grandit en restant indolente.

Le malade ne se présenta qu'en mars à la consultation du Midi, où je constatai, avec M. Ricord, l'état suivant :

Chancre induré type de la rainure glando-préputiale.

Adénopathie hi-inguinale, multi(>le, dure, indolente, bien caractériaée dans les deux aines.

In traitement mercuriel Tut immédiatement prescrit. Mais le malade ne s'y soumit que p«tndant quelques semaines.

Le 23 mai, il entra au Midi dans l'ctat suivant :

Cicatrice indurée du chancre. — Adénopathie bi-inguinale peraittânte.

Hoséote populeuse conflucnte, datant de quelques semaines.

Céphalée. — Plaques muqueuses gutturales.

Éruption croûteuse du cuir chevelu. ~ Alopécie. — Adénopathie bicervicale.

Le traitement mercuHel fut suivi, sans nouvel accident, du 24 mai an tO aoOt.

Depuis cette époque, je revis le malade à plusieurs reprises à la contnU tation du Midi, et je constatai sur lui sucessîvement : en septembre, pla-

ghângre infectant. 261

(pies muqueuses labiales ; — en octobre, plaques muqueuses labiales et linguales ; — enfin, en décembre, syphylide ecthymateuse.

ni, — V... (Auguste), vingt ans. — Lymphatique.

Blennorrbagie en 1855, sans accident.

Rapports avec la fille Clémence dans la dernière semaine de janvier. Coït antérieur datant du 1'^ janvier. — Pas de coït consécutif.

Chancre reconnu par le malade dans les premiers jours de février. ^- Pour traitement, quelques lotions d'eau de guimauve.

En mars, traitement mercuriel prescrit par M. Hicord à la consultation. — En mai, état actuel : Cicatrice indurée du chancre, sur la rainure glaodo-préputiale — Adénopathie bi-inguinale , multiple, dure et indolent.

SyphUide populeuse^ dont le début remonte à un mois.

Plaquês muqueuses buccales conduentes, datant de cinq semaines.

Alopécie. — Adénopathie cervicale postérieure.

Angine. — Céphalée.

Traitement mercuriel. — Guérison rapide des accidents.

Pas d'accident nouveau jusqu'à la date du 35 août.

IV. — V... âgé de soixante-treize ans, père du malade précédent.

V... eut un seul rapport en février avec la maîtresse de son fils. (Il y avait plusieurs années qu'il n'avait pas vu de femme.)

Quelques jours après apparurent plusieurs boulons sur la face inférieure du fourreau de la verge. Ces boutons se recouvrirent de croûtes à plusieurs reprises, en tardant beaucoup à se cicatriser.

Dans le courant d'avril, éruption cutanée généralisée ; angine; céphalée ; violente inflammation çculaire. — Pas de traitement.

Je vis le malade dans le cours de mai seulement, et je constatai l'état suivant :

Perte absolue des forces ; prostration. — Intelligence très nette.

Chancres parrheminés du fourreau (face inférieure), en voie de cicatrilalion. Base nettement indurée.

Quelques ganglions petits, durs et indolents dans les aines ; je remarque toutefois que radénopatlûe est faiblement accusée.

lioséole populeuse confluente du tronc et des membres.

Plaques muqueuses des bourses.

Plaques muqueuses des amygdales. — Angine violente.

Éruption ecthymateuse du cuir chevelu. — Alopécie par louquets des parties de la tète que l'âge a respectées.

Pas dTadénopathie cervicale.

Ophthalmie violente. — Globes oculaires très rouges, très vascularisés.

— Vue presque abolie. — (Le malade est daat va t«l itat éê que je ne puis prolonger cet examen.) Mort dans le mois suivant.

Obsertation II. — Triple contagioh fts ciAiiciif msitÉt.

I. — La Allé P..., âgée de dix-neuf ans, lymphatique, contracte, en «o- ▼embre 1 855, deux chahcres a base inbueéc, siéfeant pris de la IbvrelieCle. Ces chancres s'accompagnent è quelques jours d'hiterraHe d'une adéiio|«thie bi-inguinale dure, multiple et indolente i — Ras de traitement sérieux.

Les chancres se cicatrisèrent très lentement, cette fille n'ayint point îêh terrompu sa vie de débaucha

En décembre, roêéole érjthémateuse.

1 5 janvier. Chancres persistants (période d'état). ^ Adénopatlila M>iaguinale spéciflque. — Plaquet muqueuiet gutturales. ^ Alopécie.

Eu février, chancres toujours persistants, mais en voie de réparatleii. — — Plaguêt my^ueuâm labiales. — Plaquei muqueuiet de la vulre.

En mai, chorée.

(Obs. comm. par M. Poisson, interne des hôpitaux.)

II. — R... (Emile), vingt-quatre ans. — TempéraoïentbiUevi. -^-Cooetitution moyenne.

Antécédents vénériens: Eo 1851, plusieurt chanerea, avee bvboa f«ppuré, traités par M. Ricord comme chancret simplet, e'eat-à-dire sane médication mercurielle. — Nul accident consécutif.

Ce jeune homme vivait depuis plusieurs mois avee U fille P..., aans mwrir de rapports avec d*autres femmes, lorsqu'il contracta ua chanere et wm blennorrhagie en décembre 1855. — Ce chancre fut d'alierd traHé esaaie chancre indurA par M. Clerc, qui prescrivit la médicalUm mereuriêUe; — puis de même en janvier par M. Ricord, qui ordonna la eontinnatM du même traitement.

Je vis le malade seulement à la date du 8 avril, époque à laquelle je constatai Tétat suivant :

Cicatrice du chancre, sans induration. — Adénopathie bi-ingaiBate bmI* tiple, dure et indolente.

Roséole populeuse, datant de plusieurs samaines.

Plaques muqueuses des lèvres. — Angine. — Balaa^-poetlitla aaeondaire.

Eruption croûteuse du cuir chevelu. ^ Adénopathie eervieala paaté l'ieurc.

Traitement mercuriel suivi jusque vers les premiers jours de aiai. -«

CHANCRE IHFECTAirr. 26S

A la fin du même mois, apparition de plaquei mtiqtteuset confluentes à

Le 25 et le 26 janvier, la fille P. . . eut de nouveaux rapports avec les nommés F... et V.. ., qui, è cette époque, n'avaient pas vu de femmes, l'un depuis six semaines, et l'autre depuis deux mois et demi. L'un et l'autre contractèfent des chancres. Voici leur histoire en quelques mots :

ni. — F..., dix-huit ans; — constitution robuste.

Aucun accident vénérien antérieur.

Rapport avec la fille P... le 25 janvier. — Pas de coît consécutif. — Le 30, M. Puche constate l'existence de plusieurs chancres à basé résisiantê^ siégeant sur le prépuce et le gland. Dans les jours qui suivent, l'induration de la base se formule davantage , et les pléiades inguinales se déclarent.

Le malade entre dans le service de M. Ricord le 22 avril.

État actuel : Trois chancres indurés en voie de réparation. — Adénopalhie bi-ioguinale spécifique.

Plaqy^ muqueu$e9 amygdaliennes. — Angine.

SyphUide populeuse. — Papules granulées des ailes du nez. — Céphalée nocturne. — Douleurs rhumatoïdes. — Alopécie.

Traitement mercuriel. — (Le malade quitte prématurément l'hôpital.)

En août : Plaques muqueuses confluentes du fourreau de la verge et du scrotum. — Plaques muqueuses hyperlrophiques de l'anus.

Plaques muqueuses confluentes des lèvres, de la langue et de l'isthme du gosier. — Angine. — Éruption croûteuse du cuir chevelu, conflnente. Adénopathie cervicale très caractérisée.

Pf^ — V... (Victor), vingt ans. — Lymphatique. — Constitution très cbétîve.

Bleonorrhagie il y a deux ans, sans accident.

Rapport avec la fille P... le 26 janvier. — Apparition de deux chancres à quelques jours d'intervalle. — Pas de coït consécutif.

Ces chancres furent* d'abord traités par M . Puche , qui prescrivit le traitement mercuriel. Je ne vis le malade que quelques jours après M. Puche, k la consultation, et je constatai l'état suivant :

Chancres indurés de la rainure glando-préputiale. - Adénopathie biinguinale dure, indolente, multiple.

Le 16 avril, roséole érythémaieuse confluente.

12 mai. Plaques muqueuses buccales. — Adénopathie cervicale posté* rieure. — Céphalée- — Douleur sous-stemale .

2dA LEÇONS SUR LE CHANCRE.

OBSERVATlOlf 111. — DorBLE CONTAGION DE CHANCBCS UfDOBÉS.

J... vingt-trois ans. — Siget robuste, sanguin.

Aucun antécédent vénérien.

Rapports le 16 août avec la (Ule J... (Marie). — (Coit antérieur remontant à un mois.) — Chancre reconnu vers le 25 août. — Aueun traitement.

Ëtat actuel, 9 septembre : Chancre induré type de la rainure, lifoe médiane et supérieurement. — Adénopathie bi-inguinale multiple» dure, indolente. — Traitement mercuriel.

Accidents consécutif : En octobre, roséolû, -— En novembre, pl&^mn muqueuses buccales.

G..., vingt-cinq ans. Lymphatique.

Antécédents : Chancres en 1854, avec adénite aiguë. — Kat de traîlement mercuriel ; aucun accident consécutif.

Rapport le 20 août avec la flUe J... (Marie). — (Coït antérieur reoMNitant a quatre semaines ; pas de coït consécutif). — Chancres recooims le 26.

État actuel, 5 septembre : Deix chancres iNorRÉs, l'un de la rainure, l'autre du frein. — Adénopathie bi-inguinale spécifique, bien caractérisée à gauche. — > Traitement mercuriel.

Accidents consécutifs : En décembre, plaques muqueuses gutturalea; alopécie ; croûtes du cuir chevelu ; adénopathie cervicale postérieure.

J... (Maria), vingt-cinq ans. Tempérament sanguin.

Antécédents : Chancre simple en 1854. — Nul accident consécutif.

État actuel, 26 août ( Saint- Laiare] : Large chancre induré de la tclvi, à base résistante, datant d'une quinzaine , au dire de la malade. — Adénopathie inguinale à ganglions multiples, durs et indolents. CautérisatioB. — Traitement mercuriel.

Accidents consécutifs : Sypliilide érythémateuse générale.— Plaques muqueuses vulvaircs.

Observation IV. — Six individus contagionnés par la même femme. MÉai

FORME d'accident PRIMITIF ET INFECTION CONSTITUTIONNELLE CBCZ Ctt DIFFÉRENTS SUJETS.

Dans le cours de quelques mois , il nous est arrivé à l'hûpital du Midi» pour des chancres indurés suivis d'accidents de syphilis constitutiounelle, huit individus qui diraient tenir l'infeclion de la même femme. — De

CUÂNGRE INFECTANT. 265

huit malades, il en est su; seulement sur lesquels l'origine de la contagion ne pouvait être mise en doute, comme on le verra dans le courant de cette observation. Les deux autres ont dû être exclus, et je n'en dirai qu*un mot, en terminant.

Quant à la femme, dont Thistoire aurait complété celle intéressante observation, j'at le regret de dire qu'elle nous a échappé, malgré d'activés recherches et malgré les démarches de mon collègue de Saint-Lazare près des médecins du Dispensaire.

Voici seulement ce qui m'a été permis de constater sur nos malades du Hidi.

I. — D... Henri, dix-huit ans. — Tempérament lymphatique. — Constitution fisible.

Aucun antécédent vénérien.

Rapport avec la ftlle Blanche à la date du 20 juin environ. (CoU anté- •Hrar remoÊUant à un a». — Pas de cent consécutif.)

Double chancre apparu quelques jours après. — Pour traitement, simples Notions émoUienles.

État actuel, 12 août :

Double chancre indubé de la rainure glando-préputiale, inférieurement. ^dénopathie bi-inguinale, multiple, dure et indolente, bien caractérisée ^ans les deux aines.

Traitement mercuriel continué pendant deux mois, sans accident. — Le snalade quitte Thûpital, et nous ne le revoyons plus qu'à la consultation, «ù nous constatons :

Le 27 octobre : Roséole érythémcUeuse confluente. — Plaques muqueuses ^es amygdales. — Plaque muqueuse développée sur la base de l'un des <hancres ; balano-posthile secondaire. — Adénopathie cervicale.

Le 17 novembre, plaques muqueuses buccales. — Céphalée.

Et enfin, le 1*' décembre, plaques muqueuses du prépuce et du gland.

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