‹ Leçons sur le chancreChapitre 2 sur 99 · DU CHANCRE SIMPLE, CHANCRE MOU, CHANCRE NON INFECTANT · texte numérisé non relu

DU CHANCRE SIMPLE, CHANCRE MOU, CHANCRE NON INFECTANT

Fréquence relative du chancre simple et du chancre infectant. — Existe-t-il quelque immunité contre le chancre simple ? — Sujets prétendus réfrac-

taires. — Les deux mille deux cents chancres du docteur L —

De rinoculation du chancre sur les espèces animales.

Des deux variétés du chancre, c'est, sans contredit, la variété non infectante que Ton rencontre le plus souvent (1). Il et't donc vrai de dire que, dans Fénorme ma* jorité des cas^ le chancre ne donne pas la vérole.

(1) Voici une statistique que j'ai dressée pour M. Ricord sur les chancres observés en un trimestre à la consultation du Midi ;

Nombre de chancres observés 341

Chancres indurés ou infectants 1 26

Chancres simples, non infectants 215

Ce dernier chiffre, 215, est évidemment bien au-dessous de la proportion véritable. Il faudrait Tau^enter, en effet : V d'un très grand nombre de chancres simples qui, cicatrisés plus ou moins rapidement et n'entratnant à leur suite aucun accident constitutionnel, n'amènent point les malades à nos consultations ; — 2" d'un nombre au moins égal de baUmoposthitest dans lesquelles la tuméfaction du prépuce et le phimosis inflammatoire empêchent de reconnaître l'existence simultanée d*un chancre simple, etc.

En sorte que sur trois chancres donnés, dzvjl au minimum appartien*

Cet excès de fréquence relative du chancre simple trouve son explication dans ce double fait :

1*" Le chancre simple est la source la plus féconde du virus chancreux ; c'est la forme d'ulcération qui sécrète le pus le mieux doué de propriété contagieuse, et qui conserve le plus longtemps la faculté d'inoculation.

2* Il ne crée aucune immunité contre la nouvelle contagion d'un chancre de même espèce, c'est-à-dire contre sa reproduction sur un même individu. On sait qu'au contredire (et j'aurai bientôt l'occasion d'insister longuement sur ce point) le chancre induré ne se produit, comme règle générale, qu'une seule fois sur le même sujet.

C'est vainemenl, messieurs, qu'on chercherait dans telle ou telle disposition de l'organisme des conditions prophylactiques contre cette variété du chancre. Je ne connais pas, je n'ai jamais rencontré de sujet réfractaire à son virus. Devant une bonne lancette, chargée do pus re-

draient k la variété simple ou molle, uii seul à la variété infectieuse. C*est dire qu'tin seul chancre sur Irois donnerait la vérole.

M. Puche est arrivé à une pro|>ortion bien plus rassurante encore.

La statistique établie par ce savant médecin repose sur le nombre formidable de DIX MILLE chancres observés de 1840 h 1852, tant à ^h«^pital du Midi qu*à sa consultation particulière. Or, ces dix mille chancres sont ainsi répartit :

Chancres indurés 1 ,955

Chancres simplet 8,045

ToUl 10,000

C'ett-à-dire, en chiffres ronds, 2,000 chancres indurés contre 8,000 chancres mous, ou, plus simplement encore, quatre chancres mous contre im chaocre infectant : proportion Inen supérieure à la nôtre. A. Fovbhicb.

cueilli sur un chancre simple, à la période de spécificité virulenle, il n'existe pas d'immunité.

Cette proposition, que j'ai formulée depuis longtemps, et que les folles tentatives de la syphilisation n'ont pas infirmée, je la formule encore aujourd'hui, avec la conviction d'une expérience vieiUie de vingt-cinq» ans I

Ni l'âge, ni le sexe, ni les idiosyncrasies, ni les conditions pathologiques antérieures ne s'opposent à la contagion du chancre mou.

Les syphiUsateurs ont cru me donner un démenti, ils ont cru produire des individus réfractaires. Vous savez, messieurs, ce qu'est devenue l'immunité prétendue de ces sujets invulnérables, devant une lancette chargée d'un bon pus chancreux. Où sont donc aujourd'hui les sujets syphilisés ? Est-ce le fameux M. L... qn'on avait donné pour exemple, et qui, de son propre dire, n'avait paru réfractaire que « grâce à Timpuissance du pus qu'on avait enïployé pour l'inoculation? » Est-ce cet intrépide expérimentateur, M. Lindmann, qui s'est inoculé deux mille DEUX CENTS CHANCRES ET PLUS, saus avoir cucore mérité cette bienheureuse saturation , dernier vœu des syphilisateurs (1) ?

Non, messieurs, je vous le répète, il n'existe pas d'im-munité contre le chancre simple. Dans tous les cas, personne encore n'a été réfractaire à une première inoculation. Le chancre simple est une graine qui germe sur tout terrain et qui, sur le même sol, se reproduit à l'infini. Le tout est que la graine soit bonne et propre à germer.

(1) Voy. note ni.

a LEÇONS SUR LE CHANCriE.

A défaut de Thomme, les animaux sont-ils réfractaires à ce virus ? Notez, messieurs, que je ne parle ici que d'une seule variété de l'ulcère vénérien primitif, le chancre simple.

Eh bien, de toutes les expériences entreprises jusqu'à ce jour sur ce sujet, il résulte ceci : c'est que l'on n'est jamais parvenu à produire sur les animaux, par l'inoculation directe, une ulcération à développement extensif et continu^ ce qui est le propre du chancre chez l'homme. Tout se borne à une petite plaie, résultat de la piqûre, et cette plaie présente ce caractère remarquable, de tendre d'une façon presque iiTésistible à la guérison. (1)

Il est vrai que si l'on recueille le pus déposé à la surface de cette ulcération et qu'on le reporte sur l'homme, on peut parfois reproduire un chancre. Mais peut-être bien le virus qui sert à cette seconde inoculation n'est-il que le virus humain transporté sur l'animal et conservé sur lui

(I) « Daos toute tentative d'inoculation fur rbomme, soit de la variole el du vaccin, soit de la syphilis ou de tout autre virus reconnu pour être inoculable, il suffit de placer une gouttelette du liquide virulent sous Tépiderme ; et dès lors, quoi qu'on fasse, à moins qu'on ne se hâte de détruire les tissus par la cautérisation ou de les enlever avec l'instrument tranchant, on voit se développer nécessairement les phénomènes de l'inoculation, lorsque l'opération a été faite dans les conditions convenables. Pour rinoculation du pus syphilitique aux animaux, il n'en est pas de même, fion-seulement il importe d'éviter avec soin la détersion des plaies, nais encore il fout y ajouter incessamment du pus syphilitique nou" veau. Malgré ce soin, la piqûre d'inoculaUon a une tendance incessante à la guérison, et celle-ci arrive avec une étonnante rapidité. Ou ne voit pas dans les inoculations du singe ce progrès ulcérant, continu, croissant, qui est le caractère du chancre de l'homme, surtout du chancre qui ne s'indure pas. On n'y trouve pas même ce stade de statu quo spéciflque si tenace, si long, que la nature maintient chez l'homme et que Tart a ordinairement tant de peine à détruire... On voit que c'est là pour le chancre un terrain réfrac taire et étranger. « RicoRD.

CUÂNCRE SIMPLE. ii

comme en dépôts à la façon d'une graine sur un terrain de transplantation (1).

Ce qu'il y a de certain, c'est que, transplanté sur les animaux, le chancre s'y éteint rapidement. Une piqûre, une gouttelette de pus, une croûte, puis une cicatrisation rapide, voilà ce qui succède à l'insertion du pus virulent. Au lieu de germer et de s'étendre comme sur l'homme, le chancre végète et meurt sur l'animal, comme fait une graine sur un sol étranger.

Peut-on croire, d'après cela, que le chancre (notez encore que je parle du chancre en généraly me réservant de revenir plus tard sur ce qui a trait au chancre infectant), peut-on croire, dis-je, que le chancre soit réellement

(I) Voir, à ce sujet, la remarquable lettre de M. Cullerier à M. le docteur Âm. Latour, lettre qui se termine par ces mots :

« Eb bien! que fait-on donc? Qu'a donc fait M. Ausias? — Une solution de continuité qui t'est enflammée, qui a produit du pus parfaitement innocent d'abord, mais qui ensuite et promptemcnt est devenu virulent par son mélange avec le pus dont on recouvrait incessamment la plaie, ou avec celui qui, déposé sous répiderme ou dans le tissu cellulaire sous-cutané, y a fait épine, y a déterminé une inflammation phlegmoneuse, non comme pus spécifique, mais comme corps étranger.. .

»... n y a eu tout simplement, comme d'ailleurs M .Ricord paraît disposé i l'admettre, un dép6l de matière virulente sur l'animal, qui a servi de véhicule entre le malade de l'hôpital du Midi et le courageux confrère aile- Diand qui s'est soumis à l'expérience. En un mot,' c'est encore l'histoire de la CORTÀ€ION médute. Le pus virulent, au lieu d'être déposé sur un corps inerte, comme dans les expériences de M. Ricord, et comme dans quelquesunes des miennes sur l'inocul&tion médiate, le pus virulent, dis-je, a été déposé, maintenu au chaud dans la peau et sous la peau du singe... Pour moi, il n'y aura de véritable inoculation de la syphilis primitive de l'homme au singe que lorsqu'on aura déterminé une ulcération suppurante, qu'on pourra laver à plusieurs reprises, afin de la débarrasser complètement du pus qui l'aura produite et qu'on transportera ensuite, soit sur le singe luimême, soit sur l'homme. Jusque-là, il ne me sera pas possible de voir autre chose qu'un éép6l avec ou sans production d'inflanmiation suppurative. « — Cullerier.

^h LEÇONS SUR LB CHANCRE.

transmisstble aux animaux ? C'est ce qui reste en doute pour moi, et ce que mes collègues du Midi, MM. Puche (1) et Cullerier, se refusent absolument à admettre.

Siège.-* Particularilé relative êu chancre céphalique; importance doctrinale

de cette question.

Venons maintenant, messieurs, à une autre question du plus haut intérêt, celle du siège que peut occuper la variété du chancre que nous étudions actuellement.

Lorsque je nn faisais qu'une même unité pathologique des deux variétés de chancres, je disais, sans distinction : Le chancre peut se produire partout. Mais, aujourd'hui que de nouvelles études m'ont amené à séparer plus complètement ces deux variétés (je pourrais presque dire ces deux espèces), '}e modifie ma proposition et je fais mes réserves.

Le chancre induré, messieurs, peut se montrer /)firr/oM/. La surface du corps lui appartient de la têle aux pieds. Son domaine est univei^l.

Mais en est-il de mémo du chancre mou? Permettezmoi, messieurs, d'arrêter ici votre attention sur un fait bien singulier dont le secret m* échappe, et dont je vous appelle à méditer longuement l'inexplicable mystère.

(f ) « J'ai tenté l'inoculation du chancre sur un nombre considérable d'aninriaux (lapins, chats, cochons d'Inde, poules, etc..) et je n'ai jamais obtenu un seul résultat poiUif. J'affirme que la piqûre ne produit même pas d'irritation locale, lorsqu'elle est abandonnée à elle-même, u M. Pucis, Comm. orale» A« F.

Je VOUS ai présenté, dans mes salles, de nombreux exemples de chancres mous développés sur les régions du corps les plus différentes, sur les organes génitaux, sur les cuisses, sur les jambes, les bras, l'abdomen, le dos, le thorax, etc. Je vous en ai moDtré partout^ — partout, sauf en un point, la région céphalique.

C'est qu'en effet, messieurs, durant vingt-cinq ans de pratique, il ne m'a pas été donné de rencontrer un seul cas bien authentique de chancre mou développé sur la face ou sur le crâne. Et pourtant, c'est par centaines qu'il me faudrait compter les exemples de chancres céphaHques qui se sont présentés à mon observation. J'en ai rencontré sur toutes les régions de la tête, soit aux lèvres, soit à la langue, soit aux paupières, soit au front, soit aux narines, soit enfin sur des points où leur présence parait le plus inexplicable, comme au milieu du cuir chevelu, comme au sinciput !

Eh bien, messieurs, tous ces chancres appartenaient toujours, et comme fatalement, à une seule et même espèce de chancre, à l'espèce indurée. Ils s'accompagnèrent tous des symptômes propres à la vérole constitutionnelle. Pas un ne resta exempt d'induration, pas un ne se borna aux limites d'une lésion locale, sans retentissement sur l'économie, sans phénomène d'infection générale (1).

(1) Je ne parle pas d'un feit gue j'ai publié autreMs. Cette observation, relative à un chancre non induré de la gencive, paraîtrait devoir constituer tue exception des plus concluantes, si je n'étais devenu, depuis l'époque déjà très éloignée où je l'ai recueillie, beaucoup plus exigeant. Je dis bien, dans cette observation, qu'il s'agit d'un chancre non induré d« la gencive, contracté avec une femme ayant des chancres, et non suivi, après le temps voulu, d'accidents codkUtutionnelt ; mais j'aurais dû ajouter que je n'avaii poM VU la femme fjui avaiU communiqué cette ukératùm^ et que les chan-

Une fois, pourtant, j'ai cru mes recherches couronnées de succès. C'était sur un malade qui m'avait été adressé de Bordeaux par mon excellent collègue, M. le docteur Yenot. Ce malade présentait à la lèvre une ulcération de forme phagédénique, simulant, au premier aspect, un chancre parfait. La base sur laquelle reposait celle ulcération n'offrait qu'un très léger épaississemenl inflammatoire, mais était absolument exempte de l'induration spécifique du chancre infectant. Je crus tout d'abord à un chancre mou de la lèvre subissant la déviation phagédénique. Mais un examen plus rigoureux ne tarda pas h me faire revenir sur ce premier diagnostic un peu précipité. Ce fut vainement, en effet, que j'explorai la région sousmaxillaire, pour y chercher le bubon symptomatique de l'accident primilif à forme molle ; je n'y pus constater le moindre retentissement ganglionnaire. De plus , lorsque je vins à analyser plus attentivement l'ulcération que j'avais sous les yeux, j'y reconnus plutôt les caractères d'une variété de lupus que ceux d'un véritable chancre. Le malade refusa l'inoculation , et la nature de l'aff'ection demeura au moins incertaine.

Depuis cette époque, messieurs, il ne s'est jamais présenté & mon ol)servation un second fait analogue. Mes collègues du Midi n'ont pas été plus heureux (|ue moi. MM. Puche et CuUerier m'affirmaient encore, dans ces derniers jours, qu'il ne leur était jamais arrivé de ren-

cret dont il était question pour elle n'avaient été coi.statcs que par le malade lui-même! Il est également imp'Ortanl de faire observer que je n*avQi% pas eu recourt à Vitiocuialion artificielle, comme dernier criteriuw, et que, par conséquent, il est permis de douter de la précision du diagno9tic et de la valeur absolue de l'obsenration. Ricord.

contrer un seul chancre mou, non infectant, de la région céphalique (1).

Dépassons Tonceinte de cet hôpital. Interrogeons les annales de la science ; fouillons les recueils français et étrangers. Savez-vous ce que nous fournira ce laborieux inventaire ? Deux observations de chancres labiaux non infectants, non suivis de vérole constitutionnelle.

Mais ces deux observations, dont la première appartient à mon élève et ami le docteur Bassereau, et la seconde à l'un de nos estimables collègues des hôpitaux, ne sont peut-être pas assez complètes pour être prises en sérieuse considération et constituer une exception à cette règle qui, jusqu'à présent, semble être générale : Tinduration constante, le caractère fatalement infectieux du chancre céphalique.

Pardonnez -moi, messieurs , celte rigueur envers les autres comme envers moi-même, car on ne saurait s'entourer de trop de garanties contre Terreur dans une question de ce genre, dont la solution se rattache aux doctrines les plus graves de la syphilis.

Je ne nie point le chancre ;?20j/ céphalique, je n'en conteste pas la possibilité. Bien au contraire, je crois qu'il doit exisler et je l'appelle de tous mes vœux, car, je le

(i) Les auteurs du Compeniium de chirurgie ne sont pas moins affirmatifs. « C'est un fail remarquable, disent-ils dans leur dernière livraison (p. 539, t. 111), que cette coïncidence constante de la syphilis constilutionnelle avec le chancre labial, et la différence qui existe sous ce rapport entre les lèvres et les organes génitaux, où, comme on le sait, le chancre sans infection n'est pas très rare. M. Fournier, sur quarante cas de chancre labial, n'en a pas trouvé un seul qui ne fût induré. Nous-mêmes, nous avons vu la syphilis constitutionnelle accompagner toujours les chancres que nous avons eu l'occasion d'observer sur les lèvres à l'iiOpital de Lourcine. «

48 LEÇONS StJR LB CHANCRE.

répète, j*en ai besoin pour un nouveau point de doctrine. Mais je ne puis que vous parler d'après les faits observés, et je maintiens, en conséquence, cette proposition: c'est que, jusqu'à ce jour, il n'existe pas un fait bien établi de chancre mou développé sur la face, ou, d'une façon plus générale encore, de chancrp mou céphalique.

Et cependant, messieurs, c'est le chancre mou qui produit la source la plus féconde de pus vurulent ; c'est le chancre mou dont le pus est le plus facilement et le plus longtemps contagieux ; c'est celui qui répond le mieux à l'inoculation.

Pourquoi la région céphalique serait-elle réfractaire à son puissant virus?

C'est là, messi^un, une (|uestion du plus haut intérêt et dont vous comprendrez mieux encore l'importance lorsque j'aurai discuté devant vous le mode de traiismissien des ditîérentes variétés du chancre. L'immunité apparente de la région céphalique contre la contagion du chancre mou est un fait dont il faut tenir un compte sérieux, et que je vois à regret éluder par de puériles excuses ou des interprétations inacceptables (1).

Mais, à part cette exception encore inexplicable, l'une et l'autre variété d'ulcération primilive peuvent, je vous le répèle , se rencontrer partout, sur toute l'étendue des téguments. Et si le chancre, quel qu'il soit, affecte plus souvent certains organes, comme le gland et la vulve, et certains points particuliers dans ces organes, cela ne dépend, vous l(i comprenez facilement, que de la manière

(l)VoyeiUiioto IV.

CHANCRE snn>Le. iO

dont il est contracté, et non d'une tendance spéciale de ces parties à se laisser inoculer de préférence (1).

[Depuis l'époque où ces leçons ont été publiées, la question du chancre céphallqne a préoccupé vivement Tattention des syphiliographes. Elle a fait naître plusieurs travaux, servi de texte à deux thèses récentes et provoqué même plusieurs expériences dont je dois rendre compte ici pour tenir ce livre au niveau des connaissances actuelles.

Sur rinviU|ion de M. Ricord, je m'occupai, en 1856 et 1857, de réunir sur cet intéressant sujet une série de documents puisés à différentes sources. Je fus assez heureux pour rassembler un nombre considérable d'observatiuns (126), soit empruntées à plusieurs de mes maîtres et de mes collègues, soit personnelles.

Dans tous ces faits, le croirait-on, je ne trouvai aucun exemple de chancre simple développé sur la région céphalique (2).

Cette sorte d'immunité de la tête contre l'une des variétés de Taccident primitif était un fait trop singulier pour ne pas éveiller la curiosité des syphiliograpbes. L'inoculation se présentait pour élucider le probièùie ; on y eut recours. Ce sont les résultats de ces hardies expériences que je dois faire connaître au lecteur.

En septembi*e 1857, M. Rollet inocule un vieillard cancéreux à f apophyse roastoîde avec le pus de chancre simple.* Deux inoculations sont pratiquées; elles donnent naissance à deux chancres qui offrent tous les caractères des chancres simples. On les laisse marcher jusqu'au septième jour, pour plus de certitude; puis on les détruit avec la pâte de Canquoin. — > Aucun accident ultérieur ne se produit (3).

En 1858, une expérience semblable est tentée par le docteur

(1) Voyci la note V.

(2) Voy. Étude sur le chancre céphalique {Union nu-dicale, février et mars 1858). — Cne partie des documents qui composent ce travail est reproduite dam la note IV.

(3) GazeM médkaie de Lyon, 31 décembre 1857.

De Hucrenet, professeur h KiilT. Le pus d*un chaucre simple est inoculé ^ la joue sur un sujet vierge de syphilis. Cette inoculation donne naissance à une ulcération parfaiteinent molle qui s'accompagne d'un bubon sous-maxillaire suppuré (1).

La même année, la question du chancre céphalique sert de texte ^ deux th(*scs inaugurales (2).

La première, due à M. Buzenet, élève de M. Ricord, contient un document de la plus haute importance. C'est le récit de six tentatives d'inoculation du chancre simple sur les lèvres, pratiquées par un syphiliographe éminent, iM. le doctour Bassereau. Dans ces sic cas, l'inoculation a produit des chancres simples. On trouvera le récit détaillé de ces expériences dans les notes ajoutées à ces leçons {vot/. note lY].

n Kn présence de tels faits, dit M. Buzenet, il n'est plus permis de nier le chancre simple de la face. La variété molle de l'accident primitif s'e>t reproduite sur la face toutes les {fois que Vexpéri^ mental ion l'y a transportée. »

L'intéressante thèse de M. Nadau contient également le récit d'une série d'expériences entreprises sur le même sujet par Bl. le docteur Ptciii':. Des inoculations ont été pratiquées sur différentes régions de la tête avec le pus de chancres simples, et ces inoculations, en grand nombre, faites soit sur des sujets syphilitiques, soit sur des sujets uerges de syphilis, ont invariablement produit de véritables chancres simplcF. Dans plusieurs de ces expériences, par excès de rigueur, le pus des chancres céphaliqaes ainsi produits a été trans)H)rté de nouveau sur le flanc et y a reproduit de nouveaux chancres de même nature.

I^ démonstration est donc aussi complète que possible. C'est un fait désonnais acquis h la science que le chancre SIMPLE

PKUT SE DÉ\ELOPi'ER SUIÎ DtFFÉRtNTES ItÉCIOXS DE LA TÊTE PAR VOIE n'iXOCI LATION.

Biais, s'il e;) est ain>i, comment se fait il qu'on ne rencontre

(I) Gazette médicale de Paris, 1885.

' (2) A. Ruzenet, Du chancre de la Louche; son diagnostic di/férenliel. -*» NAduu (Ici IMels, De VinooulcUion du chancre mou à la région céphalique.

jamais sur les mêmes points le chancre simple développé par voie de contagion? Plusieurs explications ont été proposées. Je ne puis les reproduire ici, mais je crois aller au-devant de la curiosité du lecteur en leur donnant place dans une note spéciale. [Voy. note IV, du chancre céphalique.) — A. F.]

Mode de propagation et conditions de développeiBcnl du chancre. — De rincculation et du chancre d'inoculation. — De Tecthyma primitif.

Après cette question de sicgc, éludions, messieurs, le mode de propagation et les condilions de développement de rulcère vénérien primitif.

Est-il besoin d'un acte vital pour que le chancre se transmette? L'orgasme vénérien, le spasme cynique, sontils nécessaires à la propagation du virus? Vaines croyances, messieurs, doctrines délaissées. Les condilions physiologiques de Facte génital ne sont pour rien dans la contagion. Il sufiit de l'application du pus virulent sur les tissus, de quelque façon qu'elle se produise. Mais il faut que ces tissus soient dans des condilions de réceptivité qui les rendent propres à subir l'iniluence du pus contagieux.

La condition la plus favorable à la contagion est une solution de continuité, une éraillure, une plaie d'origine quelconque, surlout récente, siégeant sur les organes qui se trouvent exposés. C'esl, en effet, sur les parties les plus

susceptibles de se laisser déchirer, en raison soit de la finesse des tissus, soit de dispositions anatomiques spéciales, que nous voyons le chancre se développer le plus souvent. Cela explique, par exemple, sa prédilection pour la commissure inférieure de la vulve, pour le frein, pour la muqueuse préputiale, etc..

Supposez, au contraire, qu'une partie des téguments, bien intacte et recouverte d'un bon épiderme, soit exposée, durant un temps plus ou moins long , au contact du pus virulent : ce contact restera presque à coup sûr sans résultat, et la contagion ne se produira pas. C'est grâce à rimmunilé des surfaces exemptes de toute érosion et pounues d'une doublure épidermique résistante, qu'il nous est permis de toucher et de manier chaque jour plusieurs centaines de chancres, sans subir nous-mêmes la contagion.

La même raison vous explique encore comment l'on peut échapper à la contagion dans un rapport avec une femme aflactée de chancres.

Cette immunité s'étend même aux muqueuses que. recouvre seulement un épithélîum beaucoup moins épais et plus facilement vulnérable. M. Cullerier, notre savant et laborieux confrère, a prouvé, par deux expériences mémorables, qu'on pouvait déposer du pus vimlent sur une mucfueuse intacte et l'y abandonner un certain temps, sans déterminer la production d'un chancre (1).

Toutefois, messieurs, il ne faudrait pas croire que la

(I) Cullerier, De quelques pointx relatifs à la contagion médiate de la 9yphili$, — Voy. la note f\, où cen expériences se trouvent relatées en déUU

CHANCRE SIMPI.E. 28

pénétration du pus virulent ne se fît que par des solutions de continuité ou, pour ainsi dire, par des portes d'entrée préparées à ravance. Le pus du chancre peul lui-même se préparer ses voies et s'ouvrir la tranchée. Mais alors voici ce qui se produit : déposé à la surface des téguments, ce pus, très acre, très irritant, développe une excitation analogue à celle que produit l'application sur la peau de toute substance irritante ; survient un éi-y thème. Puis la cause d'irritation subsistant, une ulcération superficielle se manifeste ; l'épiderme s'érode et le derme se dénude. Dès lors, la solution de continuité se trouve établie, la tranchée est ouverte et le pus virulent pénètre dans l'organisme (1).

Donc, double mécanisme pour la production du chancre : 1° contact du pus virulent avec des surfaces ulcérées ; contagion immédiate, instantanée; 2" dépôt du pus sur des surfaces saines qui se laissent éroder et ulcérer ; inoculation consécutive, retardée par la résistance des tissus.

• Voilà, messieurs, pour les conditions qui tienaent au tissu, étudions maintenant celles qui dépendent de la matière virulente.

(1) On conçoit r apparition tardive de quelques chancres et ces longues incubations dont on a tant parlé et tant abusé, lorsqu'on tient compte des deux circonstances suivantes, à savoir : l*,le pus virulent peut rester longtemps séparél de l'ulcère qui Ta produit, sans que ses propriétés contagieuses se perdent et s'anéantissent ; — 2° il peut séjourner sans action sur les tissus, jusqu'à ce que ceux-ci, irrités et dénudés consécutivement à l'application de la matière virulente, lui offrent une voie de pénétratioiu

24 LEÇONS SUK LE CIIANCHE.

11 suflît à la conlagion que le pus n'ait pas subi d'alléralion. Point nVst besoin qu'il soit versé par Torganisme infecté dans rorg:anisme qui va subir rinl'eclion ; point n'est besoin qu'il soit cbaud et rérenl. J'ai pu con- 8er\'er le pus virulent dans des tubes birn fermés pendant huit, dix, quinze et même dix-sepl jours, sans lui rien enlever de ses propriétés virulentes (1).

Mais, si ce pus vient à élre modifié d'une façon quelconque par des réactifs chiraicfues ou par xin altérant organique, tel que la gangrène (2), il perd des lors sa propriété essentielle. C'est ainsi que, mélangé à un acide ou à un alcali un peu concentré, il n'agit plus par inoculation. Et de mém<î pour la gangrène qui semble tuerie virus et s'v substituer.

Celle action neutralisante ne se retrouve pas malheureusement dans les liquides de sécrétion physiologique. Mélangé à l'urine, au mucus vaginal, à la salive, à la sueur, au sperme, etc., le pus virulent ne subit aucune modification qui Tallère dans sa nature ou le décompose. Il en est de même de quelques liquides de sécrétion pathologique, tels que le muco-pus de l'urélhrite, de la balanite

(1) J'ai remarqué à ce propos, dans le livre de M. Spérino sur la syphilisation, un fait très curieux que je tiens à mentionner ici. Ce fait prouve que le pus du chancre f»eut conserver pendant uu temps très long la pro« prictû contagieuse, lors m^mc qu'il est desséché.

m Une lancette, dit M. Spérino, dont je m'étais servi pour une inocula* lion, n'avait pas été bien essuyée, et se trouvait encore couverte vert la pointe d*une couche légrrc de pus concret ; sept mois après, je rhumectai avec de l'eau, et je As trois piqûres qui ont donné lieu ù trois chancres dont on reconnut la \irulence. » (l^age 8i, trad. de A. Tressai.) A. F.

(2) Dans le cours de cette année, se|>t inoculations ont été pratiquées avec du pus provenant de chancres à forme gangreneuse, et dans les sept ctt riooculation est restée négative. A. F.

et de la vaginite, qui laissent au pus chancreux toute sa virulence.

Ce n'est pas dans la quantité, mais bien dans la qualité du pus virulent que réside la propriété contagieuse. Mon collègue, M. Puche, a pu produire des chancres avec une goutte de pus mélangé à un demi-verre d'eau.

Quant au mode de transport , je n'ai pas besoin de vous dire qu'il est essentiellement multiple et variable. Tous les contacts possibles, imaginables, peuvent devenir l'origine du chancre. 11 n'y a rien dans la contagion qui exige des conditions vitales particulières, un état spécial de l'organisme et l'exercice d'une fonction quelconque. Tout se réduit à un phénomène traumalique et mécanique. C'est ainsi que les observations de Fallope et de llunter, relatives à des chancres contractés en touchant à des lunettes de lieux d'aisances, que celles de Fabrice de Hilden sur des accidents pris en couchant dans des draps où des personnes infectées avaient déjà couché, et tant d'autres que je ne puis citer, sont rigoureusement acceptables.

Aussi vous arrivera-t-il souvent, messieurs, de rencontrer le chancre sur les régions qui paraissent le moins destinées à le recevoir. Les anciens ont été nos maîtres sur ce point (1), et c'est dans notre siècle seulement

( 1 ) Ce n'est pas toujours dans les rapports sexuels que se transmet la maladie. Tout contact suffit, et c*est ce qu'avait déjà remarqué, en 1532, Nicolas Massa dans son ouvrage dédié à saint Charles^ Borromée. Le passage suivant est véritablement remarquable : « De ce que beaucoup de malades prennent la maladie par le coït, il ne faut pas inférer que tous

qu'on avait fait un pas en arrière en récusant, sinon la possibilité, du moins la fréquence réelle des chancres extra-génitaux.

Des difiërents modes de contapion il en est un que Tart peut instituer, et auquel vous me voyez souvent recourir : c'e^iV inoculation.

L'inoculation, messieurs, c'est une contagion artificielle, médicale ; c'est, comme on l'a dit, l'art imitant la nature. Voyez ce que fait le praticien qui veut inoculer un chancre : une petite plaie sur laquelle il dépose une gouttelette de pus virulent. Or, je vous le demande, la nature a-t-elle d'autre procédé pour semer la même graine ?

Il n'existe donc aucune différence entre l'inoculation dite physiologique et l'inoculation artificielle. Le chancre ainsi produit, à la pointe de la lancette, est l'analogue du chancre ordinaire, contracté dans les rapports sexuels.

Au point de vue de la pathogénie du chancre, l'inoculation va nous fournir un précieux moyen pour produire à volonté l'espèce pathologique dont nous désirons étudier les caractères, et nous permettre d'en suivre les développements dès les premiers instants de son apparition.

Vous venez, je suppose, de pratiquer une légère pi-

reçoivenl de même la contagion. J'ai vu beaucoup de malades affectés du mal français qui n'avaient jamais présenté aucun accident, soit sur la ^erfe, soit à la vulve, « quorum pudendum nihil patiebatur ». J'ai •oifné, entre autres, un de mes amis qui prit le mal dans des draps où avait couché un malade porteur d'un chancre >lcus gallicum) sur la cuisse.... • (Nicolai Masse, De inorto gaUico, liber ad Carolum Borromeum, cardina- Itn MDpUiMBUun.) A* f •

qùre sous l'épiderine avec une lancette chargée de pus virulent.

Que va-f-il se produire ?

Remarquez, je vous prie, que les phénomènes vont être immédiats, surtout pour le chancre simple, et que \e travail morbide s'établit à dater du moment où l'agent spécifique est mis en contact avec les tissus.

Dans les premières vingt-quatre heures, le point piqué commence par rougir et s'entourer d'une légère auréole inflammatoire; du deuxième au troisième jour, il se tuméfie, tandis que l'auréole s'élargit, et bientôt on voit naître une p^uie. Au sommet de cette papule, vers le troisième ou le quatrième jour, Tépiderme se soulève ; une petite véhicule apparaît, pleine de sérosité ; elle s'accroit ; son liquide se trouble, devient purulent, et une véritable pustule lui succède du quatrième au cinquième jour. Cette pustule s'ombilique à son centre ; puis, après un certain teiops, elle s'affaisse et s'aplatit. Alors de deux choses l'une : ou biei^la pustule se compt, en laissant à découvert une ulcération d'égale étendue qui constitue le véritable chancre; ou bien elle reste intacte, se desséche nr place, et se recouvre d'une croûte brunâtre, qui peut s'accroître avec l'ulcération qu'atte recouvre. A ce moment. Si vous i^eniez à soulever celte croûte, vous trouveriez au^essous l'ulcération sfiécifique dont je viens de vous parler.

Eh bien, supposons l'ulcération découverte, et voyons quels en sont les caractères.

Pour le chancre simple, c'est une ulcération qui se

présente avec un aspect tout spécial et sous une forme qui lui est propre. Sa circonférence est régulièrement arrondie, pourvu toutefois que la pustule se soit développée sur des tissus homogènes (1). Ses bords sontwe/tement taillés^ comme si la perte de substance avait été produite par un emporte- pièce; ils sont, de plus, un peu renversés en dehors et légèrement décollés. A la loupe, on peut constater qu'ils offrent de légères dentelures. Le fond de l'ulcère, le plus souvent irrégulier, comme vermoulu, présente en général une coloration légèrement grisâtre^ il semble recouvert d'une matière lardacée, sorte de pseudo-membrane 1res adhérente qu'on ne peut détacher par le lavage. La base sur laquelle repose l'ulcère est en général quelque peu épaissie et engorgée; elle est circonscrite par une auréole de coloration rouge, quelquefois violacée, plus ou moins étendue en dehors delà circonférence de l'ulcération.

Cet ulcère s'agrandit et s'étend. 11 sécrète un pus en général mal lié, séreux, rouss;\tre, chargé de détritus organiques, quelquefois cependant crémeux, épais et véritablement phlegmoneux : pus assez analogue, par ses caractères extérieurs, à la sécrélion des plaies ordinaires,

(f ) Quand tous les points de ruicèrc ne portent pas sur des tissus homogènc5, comme cela arrive lorsqu'une partie est placée sur la face intérieure de la base du prépuce, et l'autre sur la couronne du gland, le chancre perd sa forme circulaire. Il en est de même lorsque le chancfe s'établit dans une solution de continuité préalable et à forme déjà déterminée, comme dans les Assures du prépuce, de la fourchette, de l'anus, etc...., et lorsqu'il se développe dans des replis et des enfoncements qui permettent aux parties voisines de se toucher.

Ajoutez encore que plusieurs cliancrcs empiétant plus ou moins l'un sur rautre peuvent perdre ainsi, en apparence, leur forme circulaire. (Sçtet à Hunier, — Ricont».)

mais pus spécifique par le virus qu*il tient en suspension.

Après avoir progresse un certain temps, Tulcération peut rester sUttionnaire. C'est la période de statu quo spécifique, pendant laquelle riiumeur sécrétée conserve les caractères du pus virulent.

Puis, sous la seule influence de la nature, ou par les secours de Tari, un travail de cicatrisation s'établit. Le fond de Tulcère se déterge et prend une coloration rosce, analogue à celle des plaies qui bourgeonnent; les bords s'affaissent ; Tauréole disparaît ; Tengorgeinent de la base diminue. La cicatrisation envahit la circonférence de la plaie , puis s'étend vers le centre et finit par se compléter.

A cette dernière période, la spécificité est éteinte; le pus sécrété n'est plus que l'analogue du pus des plaies simples. Il a perdu toute propriété virulente. C'est ce que savait déjà Ilunter lorsqu'il disait : « Le pus qui est sécrété le dernier par un chancre n'est pas vénérien. » (1).

Voilà, messieurs, le chancre d'inoculation; voilà la forme modèle du chancre.

Comme vous le voyez, le chancre d'inoculation est un accident pustuleux. C'est une pustule qui recouvre une ulcération, et rien de plus. C'est un ecthyma à tendance destructive et à pus contagieux, spécifique (2).

(I) Du huhon^ ch. I.

(S) Hunier connaissait ceUe forme initiale ; il a décrit le cliaiicre eclliy* mateiix : < Lorsqae le virus est appliqué sur un point de la peau où l'épiderme est plus dcnic que celui du gland ou du frein, par exemple sur la

SÔ LEÇONS SUR LE GHÀlICRE.

Le chancre de conta^non naturelle se produit-il également sous cette forme ? Oui, messieurs, et je n'hésite pas à dire qu'il est le plus souvent l'analogue du chancre produit artificiellement à la pointe do la lancette. C'est, au df'»but, une pustule d'eclhyma. Seulement, nous sommes appelés rarement à le constater sous celle forme es- •entiellenient initiale, parce cju'il ne se trouve pas dans des conditions aussi favorables pour son complet et régulier développement que la pustule arlificiello, éclose et suneillée sous un vern» de montre, à l'abri des froissements et des déchirures.

Mais cette forme pustuleuse n'est pas la seule sous laquelle se présent»? le chancre de contajrion. 11 en esl une autre qu'il affecte souvent, (»t voici dans cpielles conditions on l'obsene : c'est lorscpie le pus virulent est déposé sur une snriace dénudée, sm* une plaie, sur une écorchure. La pustule «^sl pliysit|uement impossible sin*

peau (lu curpA de la verge ou sur la face antérieure du scrotum, parties qui ■ont très expotées à rapplicatiuii du pus vénérien, le chancre apparaît ordinairement sous /a forme il'une Misicn.i:, qui le plus trouvent >c recouvre d'une CRorTF, à canse dr l'évaporatiuii du liquide qui y est contenu. La croûte est géiUTalenient enlevée par le rndtenient ou arrachée « et il s'en forme une nouvelle pIu^ large que la picuuére, olc » A. F.

\\ est curii-nx de voir M. ('ibert, qui nie le début pustuleux du chancre, écrire, |>age 328 de son Manuel des mulaUtes lie in peau (édit. 1839) : ■ L'iiii culation parla l.incclte du >irus >énérieu est suivie d'une PISTULE, à bquelle tucrédo un ulrêre qui a tous les caractères du chancre. »

U me sendde qu'une fni'^ « e ptiint adini.s, mon savant confrère aurait bien pu convenir qu'il ire>t p:i> ddlirile (|ue d;ins le» rapports sexuel:^, ou aulrei, il pttis^e »e reiiitnitrer une nrc(in»taiice analogue à celle que fait naître la lueette, c'est -à (lire rin>iiiualion du pus sous lepiderme ou répitbêliuin.

CfiÂNC^ SIMPLE. 31

des régions où l'épiderme n'existe plus. Aussi, Fulcération se produit-elle d'emblée.

Pustule ectbymateuse, ulcération d'emblée, voilà, messieui*s, les deux formes sous lesquelles vous rencontrerez le plus souvent le chancre au début. 11 en est d'autres encore que Je pourrais vous signaler, telles que la forme furonculeuse qu'on voit fréquemment succéder dans l'aine à l'inoculation des piqûres de sangsues ; la forme par abcès, beaucoup plus rare, etc.. Mais je passe rapidement sur ces faits exceptionnels, pour aborder des questions d'un intérêt plus pressant.

Ce que je viens de dire, messieurs, de l'inoculation et des développements du chancre, se rapporte, sur la plupari des points, presque aussi bien à l'une qu'à l'autre de ses variétés. H me faut maintenant aborder plus spécialement l'histoire du chancre simple et l'étude des signes pathologiques qui doivent le faire distinguer de son congénère.

Caractères propres mehaucre simple. — État de la base.

Le caractère capital du chancre simple, celui que vou» me voyez interroger Fun des premiers, lorsque j'examine un malade, c'est Vé$^ ^' ' ^^ sur laquelle repose rokération. Cette I '^^ d«

tout engorgement indainniatoire ; elle peut offrir au doigt une souplesse presque égale à celle des tissus sains. Dans ce cas, le diagnostic se trouve établi sans difficulté. Mais il peut arriver aussi (pie les lissus qui supportent le chancre soient le siège d'un épaississenient plus ou moins considérable et présentent une résistance insolite. Si vous vrnrz alors à saisir celte base entre les doigts et à la presser légèrement, de façon à bien apprécier le degré de résistance des parties, vous percevrez exactement la même sensation que si vous pressiez la base engorgé*' d'un furoncle. C'est un tissu dur, dense, résistant que vous tenez sous les doigts ; mais cette dureté, que j'appellerai avec sous (hoeié p/i/cf/mofteusc, est bien distincte de l'induration spécifupie qui appartient à 'autre variété du ebancre et que j'aurai bientôt à vous faire connaître.

iJureié y iwlurtUion^ voilà, messieurs, des mots qui doivent vous sembler ct)Hq)létement synonymes, et qui, cependant, expriment pour nous convenlionnellement des (Imses bien différentes. C'est qu'en effet, le langage est souvent iuqmissant à traduire et à différencier toutes les nuances de nos sensations. Mais rassurez-vous, derrière celte subtilité de langage, il ne se cacbe point de finesse palliologique. Les mots seuls se ressemblent, et les cboses qu'ils exi)riment sont à la fois très dissemblables «q très faciles à distinguer. — Je reviendrai du reste sur ce point.

Le caractère de la base (»st le premier signe et le plus important qu'il faille interroger dans l'examen mclliodi-

GfiANCRE SIMPLE. 33

que d'un chancre. Seul, je ne crains pas de le dire, il suffirait le plus souveni à une dislinclion rigoureuse des deux variétés de l'ulcère vénérien primitif.

Telle est, toutefois la richesse séméiologique de la vérole, qu'elle nous fournit d'autres éléments complémentaires de ce diagnostic.

Caractères propres au chancre simple. — Forme de Tulcération. — Multî* pUcité. — Persislance de la spécificité virulente et de Tinoculabilité. — Durée. — Tendance destnictive. — Phagédénisme.

Par l'aspect seul, de visu y le chancre simple peut être souvent distingué de l'espèce opposée. Un œil exercé le reconnaît à ses bords nettement découpés et taiiiés à pic, comme si la plaie eût été creusée à l'emporle-pièce ; à son fond remarquablement irrégulier, vermoulu^ chagriné, etc. Mais je passe sur ces détails de forme et d'aspect, n'ayant point encore eu l'occasion de vous faire connaître l'autre variété de l'accident primitif. — Nous y reviendrons.

Le chancre simple est l'ulcération qui présente au plus haut degré le caractère de virulence spécifique. 11 contagionne, il inocule tout ce qu'il touche. Aussi, rencontrezvous, en général, plusieurs chancres mous sur le même sujet (l) ; aussi le voyez- vous trop souvent se multiplier

(1) Voici, à ce si^el, les résultats très significatifs d'une statisli lue qu*a

SA LEÇONS SUR LE GHÀMGRfi.

sur place avec une désespérante fécondité, par une série d'vioculcUions successives et de voisinage.

11 est beaucoup moins fréquent de rencontrer un seul chancre simple qu'une série, qu'une pléiade, pour ainsi dire, de chancres de cette nature. Et je dois ajouter que cette multiplicité des ulcérations n'est pas sans importance pour le diagnostic.

C'est le chancre simple qui fournit la source la plus féconde du pus virulent ; Fulcération qu'il produit sécrète à flots le virus spécifique.

C'est encore lui qui conserve le plus longtemps les caractères de la virulence.

Vous savez, messieurs, que l'existence totale de l'ulcère vénérien primitif se compose de deux périodes essentiellement distinctes : l'une de progrès et d'état, période

dressée mon interne actuel sur les malaiies reçus cette année dans mou senrice :

« Malades affectés de chancres simples 25i

— d'un chancre simple unique. . . 48

— de chancres simples multiples. 206

Ces 20G malades sont, de plus, répartis en difTérents groupes, comme il suit :

Malades présentant deux chancres simples .^2

— de trois à six chancres simples... . 116

— de six à dix * 41

de dix à quinxe 8

— de quinze i vingt 4

vingt chancres simples et au delà. . 5

ToUl 206 >

A. Fouuhkb.

pendant laquelle le chancre conserve sa faculté caractéristique, c'est-à-dire Tinoculabilité du pus sécrété; l'autre, période de déclin ou de réparation, ou la virulence s'éteint pour ne laisser au pus d'autre caractère que celui d'une suppuration phlegmoneuse , en dehors de toute spécificité.

Eh bi^n, de ces deux périodes, la première constitue l'existence presque totale du chancre simple. Consultez, en effet, les résultats fournis par l'inoculation, et vous verrez le pus virulent reproduire la pustule spécifique, c'est-à-dire conserver son caractère de virulence presque jusqu'à l'époque de la cicatrisation.

A la période ultime, alors qu'à l'aspect de l'ulcération vous jugeriez le chancre éteint, le virus peut persister encore, assez actif dans quelques points pour se transmettre et se reproduire. La spéciiîcité persiste souvent au centre, alors que le travail de réparation envahit déjà les bords de l'ulcère ; le chancre vit encore à côté de la cicatrice qui tend à le recouvrir, et ce n'est que dans le dernier instant de son existence qu'il perd enfin toute faculté virulente (1).

Aussi bien, l'on peut dire que presque à toute période le chancre simple fournit un pus inoculable.

Le pus du chancre mou, c'est, messieurs, le pus fort des syphilisateurs, c'est le virus qui réussit à coup sûr, le virus qui ne trouve pas de réfractaires.

Vous saurez plus tard si le pus du chancre induré se prête aussi facilement à l'inoculation.

(1) Voy. note vil.

Sd LEÇONS SdR LE CHANCRE.

Le chancre simple n'a pas de durée limitée. Sans doute, dans l'énorme majorité des cas, il se cicatrise dans le courant de quelques septénaires, mais il n'est pas rare de voir la période de réparation se faire attendre bien au delà de ce terme.

C'est la forme du chancre qui persiste le plus longtemps^ et qui persiste en conservant, comme je viens de vous le dire, sa spécificité virulente prescjuc jusqu'aux derniers instants de son existence.

Le chancre simple produit une ulcération à tendance destructive. Il s'étale, en général, sur de plus larges surfaces que le chancre induré, et laboure sur une bien plus grande étendue les régions où il se développe.

En outre, c'est la forme qui subit le plus souvent la terrible complicalion Aw phagédcnisme.

Ce sont, sachez-le bien, messieui'S, ce s^oniAes chancres simpleSy des chancres non infectants, non suivis de syphilis constitutionnelle, qui, le plus souvent, ont produit ces horribles délabrements, ces destructions épouvantables dont vous avez pu lire les néfastes histoires. Ce sont des chancres simples qui, dans un grand nombre de cas, ont amputé la vorgo, creusé de vastes cavernes dans les régions inguinales, détruit des portions considérables de tissusetd'organes; c'est un chancre simple, d'origine ganglionnaire, qui, sur un des malades actuellement traités dans le service a successivement parcouru et labouré, depuis huit ans, Taine, le flanc, les lombes, la fesse, la cuisse tout entière, et qui, maintenant, occupe encore toute la région du genou.

Ne croyez pas cependant que le phagédçnisme soit une

complication qui appartienne en propre à cette variété du chancre; l'autre variété n'en est point exempte. Mais, comme j'aurai bientôt l'occasion de vous le dire, d'une part, le phagédénisme e^ une déviation rare pour le chancre induré ; d'autre part, lorsqu'il se développe dans ces conditions, il est bien loin d'offrir alors une puissance d'extension et une résistance égales à celles que vous lui connaissez, loi^scju'il sévit sur le chancre simple.

Caractères propres au chancre simple : BDBON. — Le bubon ne se produit que sur les ganglions superflciels ; il ne dépasse jamais le premier groupe de ganglions où aboutissent les lymphatiques de la paitie malade. — Bubon symptomatique du chancre simple. — Le bubon est il obligé, nécessaire, avec cette forme de l'accident primitif? — Deux variétés : Adénite simple; adénite spécifique ou bubon d'absorption, chancre ganglionnaire. — Bubon phagédénique. — Époque d'apparition. — Bubon spécifique, à trois ans de date de l'origine du chancre. — Lymphangite.

Le chancre peut ou rfoiV, suivant sa nature, exercer un rayonnement d'influence sur les ganglions, ()ui sont les aboutissants des vaisseaux lymphatiques delà région qu'il occupe.

Un fait bien remarquable tout d'abord, c'est que ce retentissement symptomatique ne se produit jamais, comme l'avait déjà signalé Hunter, que sur les ganylions super-ficiels; qu'il se bonie toujours au premier groupe de glandes où viennent se retidre les lymphatiffues de la pnrlie malade.

Jamais dans les ganglions profonds, jamais dans les lymphatiques qui viennent y aboutir ou qui en émanent, vous ne rencontrerez ce qui caractérise le bubon spécifique, je veux dire le pus virulent, inoculable, primitif. 11 y a donc, comme je l'ai écrit ailleurs, une sorte de barrière que le pus chancreux ne peut franchir, et cette barrière, c'est le premier groupe de ganglions qui se trouve en rapport direct avec le chancre.

Mais, chose plus remarquable encore, alors même que Tune des glandes superficielles suppure spécifiquement à la suite d'un chancre, c'est-à-dire se trouve convertie en un véritable /byer chancreux^ l'absorption qui doit s'exercer sur lo pus de ce bubon n'infecte point les vaisseaux lymphatiques qui en émergent, non plus que la glande qui leur fait suite. Comme si l'infection virulente ne pouvait se transmettre d'un ganglion à un autre par la voie des lymphatiques inter-gangUonnaires.

Ce résultat singulier de l'observation clinique la plus rigoureuse, la théorie n'a pu, jusqu'à nos jours, en rendre un compte sérieux. Hunter, qui l'interprétait ou croyait l'interpréter par une t inaptitude des glandes profondes à devenir le siège de l'irritation vénérienne (1),»

(1) Je crois que c'est la situation profonde des autres glandes qui les em* pêche de devenir le siège de rirritition vénérienne, et cette opinion est fortifiée par ce fait que lorsqu'une des glandes superflcielles suppure et forme un bubon qui n'est autre chose qu'un vaste chancre, l'absorption qui s'exerce sur le pus de re bubon et qui doit <^trc considérable n'infecte point les vaisseaux lymphatiques et los glandes qui font suite à la glande malade, bi*»" quo la matière vénérienne les traverse directement. (Hunter, D^ bonbon ^ ch. 2.)

n'a fait en réalité que reculer la question sans la résoudre. A cette hypothèse, j'en préférerais peut-être une autre que repousse cependant le même auleur : c'est que la matière vénérienne se trouve modifiée et altérée dans son trajet à travers les premières glandes, ce qui expliquerait pourquoi elle n'infecte pas une seconde ou une troisième série de ganglions. Mais ce n'est là, je le répète, qu'une hypothèse dont je suis loin de m'exagérer la valeur.

Quelle qu'en soit l'interprétation, le fait subsiste, et je puis vous donner comme incontestable cette proposition : le rayonnement morbide du chancre se limite au premier groupe de ganglions le plus voisin de la surface ulcérée ; il ne le dépasse jamais; il ne s'étend jamais au delà (1).

Je puis ajouter que vous ne le constaterez jamais ailleurs.

Voici, toutefois, un fait d'observation qui semblerait donner un démenti à la proposition précédente. 11 arrive fort souvent qu'un individu portant un chancre sur la verge, du côté droite je suppose, présente une adénite de l'aine gauche. Le rapport obligé du chancre et du bubort parait ici faire défaut. Eh bien, il n'en est rien, car l'anatomie nous explique celte exception apparente par l'entrecroisement des lymphatiques sur la ligne médiane.

Le fait capital, dans l'histoire du bubon, c'est que chacnne des deux variétés de chancre a son retentissement ganglionnaire spécial.

(1) Je ne parle pas ici, bien entendu, du bubon secondaire^ adénopathié

hO LEÇONS SUR LE CHANCHE.

Le chancre simple, le chancre non induré, n'exerce pas sur les ganglions une action fatale et nécessaire. Souvent, le plus souvent même, avec celle forme de l'accident primitif, les ganglions restent calmes et froids (1). Mais viennent-ils à ressentir rinfluencc du chancre, une adénopathie se produit avec des caractères fort tranchés, très différente de celle qui accompagne l'autre variété du chancre. C'est un bubon aigu qui se déclare, bubon inflammatoire, douloureux dès le début, marchant rapidement et le plus souvent d'une façon nécessaire à la suppuration, et pouvant quelquefois reproduire, dans ce dernier cas, un accident analogue à celui dont il est né, c'est-à-dire un véritable chancre. De plus, ce bubon n'affecte en général qu'une seule des glandes de la région où il se produit : c'est une adénite essentiellement mono-ganglionnaire (2).

Aussi, ai-je proposé pour elle, depuis longtemps, la dénomination de monadénite aiguë, pour en rappeler

constitutionnelle se produisant à une époque plus reculée, sous l'influence de la diaihèse et sans relation anatomique avec le siège de l'ulcération priinitive.

(1) Voici quelques chiflres à ce sujet recueillis celte année même par mon interne :

Malades afTectét de chancres simples 207

Chancres simples avec bubon 65

Chancres simples tant bubon 1 42

(2) On conçoit cependant qu'un chancre qui aurait acquit une large étendue pourrait avoir des rapports avec des bouches lymphatiques d'on ordre différent, et qu'ainsi plusieurs ganglions fussent infectés à la fois.

Cette même exception, je n'ai pas besoin de vous le dire, se reprodidl dans le casi e chancres multiples. Chacun de ces chancres peut avoir son bubon spécial.

CHANCRE SIMPLE. àl

conjointement à l'esprit les deux caractères les plus saillants.

Le bubon symptoraatique du chancre simple offre, messieurs, deux variétés que je voudrais vous faire distinguer avec soin, et qui correspondent précisément à la double influence que peut exercer le chancre sur les ganglions.

Le chancre , en effet, est à la fois une cause d'vrttailon commune et une source de virulence spécifique. 11 peut agir sur les ganglions à la façon d'une plaie simple, d'un cxcilanl quelconque : c'est alors une simple épine inflammatoire déposée dans les tissus. Ou bien il agit par le pus qu'il sécrète et qui, transporté dans les ganglions, les inocule directement : c'est, dans ce cas, une graine virulente.

Si le chancre ne retentit sur les ganglions qu'au titre d'un irritant vulgaire, le bubon qu'il produit est une adénite simple^ qui présente, dans son développement et dans sa marche, les caractères propres aux adénites non spécifiques; c'est une phlegmasie ganglionnaire qui suit les phases de toutes les phlegmasies, qui peut se terminer par résolution, qui peut suppurer, mais dont le pus ne présente jamais aucun caractère de spécificité virulente.

Telle n'est pas la seconde variété du bubon, celle qui reconnaît pour origine un autre élément qu'une irritation simple. Ici, c'est bien encore un bubon aigu, inflammîiloire, qui se manifeste; mais la terminaison en est toute différente. La résolution est impossible; la suppuration se produit d'une façon fatale et nécessaire. De

plus, ce n'est pas un pus simple que sécrète le ganglion affecté, c'est un pus virulent par excellence^ lequel par inoculation reproduit la pustule chancreuse. Enfin, la plaie (|ui succède à l'ouverture de bubon, inoculée directement par le pus ganglionnaire, revêt fatalement les caractères des ulcérations spécifiques et peut en subir les différentes déviations.

Que s'est-il donc passé dans ce dernier cas, messieurs, et quelles conditions peuvent ainsi donner au pus ganglionnaire des propriétés analogues à celui du chancre même?

Voici l'explication de ce phénomène : le pus virulent qui baigne la surface de l'ulcération primitive pénètre les extrémités ulcérées et béantes des vaisseaux lymphatiques ; ce pus traverse rapidement les canaux d'absorption qu'il laisse intacts en général, probablement en raison de la grande rapidité avec laquelle s'effectue la circulation dans ces conduits; puis il arrive aux ganglions. Retenu à l'intérieur de ces organes dont l'action, comme vous le save?, est de ralentir le cours de la lymphe qu'ils doivent élaborer, le pus virulent y exerce son action spécifique, c'est-à-dire y produit une inocidaiion véritable, bientôt suivie de la formation d'un chancre.

C'est donc, messieui^, un véritable chancre qui se développe dans le ganglion, et qui s'y développe avec les caractères qui lui sont propres : ulcération, sécrétion d'un pus virulent, inoculabilité du pus sécrété (1).

(I) « C'est un véritable abcès vénérien, exactement sembtabte au chancre dans sa nature et dans ses effets^ et n'en différant que par la grandeur. Les taiMMux a^sertonii et Umn fflandei étant irrités imoiéfKatdawiit pir la

Et maintenant vous comprenez pourquoi, dans cette variété de bubon, la suppuration est fatale et nécessaire ; c'est qu'en effet, elle est Texorde même de l'affection ; c'est qu'elle en constitue la première manifestation, le symptôme essentiel.

Telle est, messieurs, la variété d'adénite spécifique à laquelle on a donné le nom très expressif de bubon d'ab* scrpiion.

Mais les faits pathologiques ne sont pas toujoui*s aussi simples que le besoin des divisions didactiques les représente. Nous ayons décrit séparément le bubon inflammatoire et le bubon d'absorption comme deux maladies bien distinctes, bien tranchées, se produisant isolément. Or, il faut bien savoir que souvent, et le plus souvent, ces deux éléments, inflammation et spécificité virulente, se trouvent réunis et associés. Les deux bubons se produisent parallèlement, côte à côte, en conservant chacun les caractères qui lui sont propres : l'un fo'urnissant un pus phlegmoneux, simple; l'autre un pus virulent, inoculable. Voici quelle est, en effet, la succession des phénomènes : le chancre ganglionnaire se produit et ne tarde pas à déterminer la fonte purulente du ganglion. Cet accident provoque à son tour une réaction inflammatoire de voisinage dans l'atmosphère cellulo-adipeuse qui enveloppe la glande, et y détermine une fluxion morbide, bientôt sui-

pos fpéciAque qui n'a subi aucun changement dans son trajet, l'inflammation consécutive doit avoir la ménrn qualité ^pédfiquc^ et le pus sécrété par ces organes doit être vénérien. » (Hunter, bu 6u6on,§ 1.)

hh LEÇONS SLK LE CIIANCHE.

vie (le suppuration. De là, deux lésions différenles, deux foyers distincts.

A cette époque donc, deux collections purulentes se trouvent formées : Tune enkyslée dans la coque ganglionnaire ; Taulre, libre, diffuse, à Textérieur de celte coque.

Eh bien, vous pouvez à cette é[)oque instituer Texpérience suivante : attaquez prudemment le bubon en divisant les tissus couche par couche ; recueillez une gouttelette de la première nappe purulente que vous rencontrerez sous le bistouri et pratiquez l'inoculation avec le pus au foyei* le plus superficiel; puis plongez profondément le bistouri dans la tumeur, de façon à ouvrir la coque ganglionnaire, et pratiquez une seconde inoculation avec le ^xi?^ sortant du ganglion. Si l'expérience a été bien conduite et si les deux pus n'ont pas été mélangés, je vous prédis sans crainte que la première de vos inoculations restera stérile, et que la seconde vous fournira la pustule caractéristique du chancre.

Ces différences sont capitales sans doute; cependant j'ai à vous signaler encore un fait plus important qui vous fera mieux sentir quelle distance sépare l'adénite purement inflammatoire du véritable bubon d'absorption. Ce fait, le voici :

La plaie qui succède à l'ouverture de l'adénite phlegmoneuse est une plaie simple, qui se cicatrise rapidement sans subir de complication.

Savez-vous au contraire, messieurs, ce qui succède à l'ouverture du bubon d'absorption? La plaie faite par le bistouri est immédiatement inoculée par le pus ganglionnaire et transformée en un véritable chancre. 11 suffit de

CHANCRE SIMRE. A5

quelques jours pour qu'elle prenne les caractères d'un ulcère vénérien : bords renversés, fond grisâtre, suppuration spécifique, pus inoculable, tendance progressive, envahissante, etc. Ajoutez qu'elle peut subir tous les accidénis, toutes les déviations du chancre, et, entre toutes, la plus terrible, hphagédé?nsme.

Vous connaissez tous le malade de mon service qui porte aujourd'hui au genou droit un énorme chancre de la largeur des deux mains. Or, voici en quelques mots l'histoire de son long martyre : 11 y a huit ans, il contracta un chancre sur la verge, chancre simple, qui s'accompagna d'un bubon aigu. Le chancre se cicatrisa en quelques semaines ; de son côté, le bubon entra en suppuration; la plaie consécutive ne tarda pas a revêtir l'aspect d'un chancre, puis subit la déviation phagédénique. Dès lors, malgré tous nos efforts, malgré l'intcrvenlion de l'art la plus énergiquement répressive, l'ulcération envahit toute la région inguinale correspondante, remonta vers les lombes, et s'étendit à la fois sur la fesse et sur le flanc ; puis, toujours rebelle, redescendit sur la cuisse, dont elle laboura la face externe dans toute la longueur du membre, parvint au genou, le dépassa, et s'étala finalement à ce niveau, sur l'énorme surface qu'elle occupe encore aujourd'hui.

Voilà, messieurs, le bubon d'absorption , le chancre ganglionnaire !

En résumé, une double espèce de bubon peut accompagner le chancre simple : l'une, adénite inflammatoire simple, bubon sympathique, susceptible de résolution ou suppurant sans spécificité virulente ; l'autre, bubon spéci^^

id LEÇONS Sun LE CRAMCRE.

fique^ véritable chancre gangUonDuire, suppurant faia^ lementy sécrétant un pus inoculable et transformant en chancre la plaie consécutive à l'ouverture du foyer.

C'est surtout, uiessieui's, lorsque vous connaîtrez Tadénopathie symploinatique de Tautre variété du chancre, que vous apprécierez mieux encore la valeur des caractères que je viens de vous signaler, et que vous pourrez mieux établir dans votre» esprit le rapport nécessaire du bubon avec chaque variété correspondante de l'ulcère vénérien primitif.

Il n'est pas jusqu'à Tépoque d'apparition de l'adénopathie symptomatique du chancre qui ne puisse fournir un signe diagnostique d'une certaine importance. Tandis qu'avec le chancre induré, l'apparilion de l'adénopalhie est presque immédiate et suit de près en général l'époque de l'induration, ici, au contraire, ii n'y a pas d'époque fixe pour le retentissement ganglionnaire du chancre simple. L'adénite d'absorption, coumie l'adénile sympathique, peut être lardive ; elle t\e se manifeste pas toujoui^, connue le bubon induré, dans le cours du premirr au second septénaire , elle peut ne se déclarer que beaucoup plus lard et parfois même à une époque considérableni«*nl éloignée du début de l'accident primitif. C'est ainsi (|ue mon très cher collègue, M. Puche, a vu se produire une adénite virulente après trois uns de durée d'un chancre mou, à forme serpigineuse. Celte adénite s'abcéda, et le pus, interrogé par l'inoculation, fournit la pustule caiaclériblique du chancre. C'était bien

là un bubon d'absorption, un bubon spécifique, produit à trois années de date du début de l'accident (1).

Une remarque en finissant. La plupart des chancres I siègent sur la verge , c'est-à-dire que' le bubon occupe généralement les régions inguinales. Mais sachez bien qu'il peut se produire partout. Il se développe dans toutes les glandes où aboutissent les lymphatiques de la surface spécifiquement ulcérée, quelle que soit d'ailleurs la partie qu'affecte l'accident contagieux. Il n'est aucune glande qui soit à l'abri de l'inQammation simple ou virulente que peut exciter l'ulcération chancreuse dans le système lymphatique.

Voilà, messieurs, ce que j'avais à vous dire du bubon symptomatique de la variété du chancre dont nous nous occupons actuellement.

A côté du bubon se place naturellement la lymphangxie^ accident beaucoup moins fréquent, dont il faut que je vous dise quelques mots.

Comme le bubon, la lymphangite est tantôt simplement inflammatoire et tantôt virulente^ c'est-à-dire qu'elle est déterminée, soit par irritation sympathique, soit par absorption du pus chancreui.

Vous en connaissez les symptômes: traînées rougeàtres étendues de la surface ulcérée à la base de la verge ; sensation de cordons durs, noueux, moniliformes, rendant les érections douloureuses ; œdème concomitant du pré-

(I) Voj. la noie 1( oè ea lait curieux ett relaté en détail».

puce et qn»*lquefois de tout le fourreau de la verge, etr.

Los tr^miiuaisons sunt variables/ Quelquefois la résolution se fait, surtout quaml elle ost favorisée par un IrailiMiient approprié. Souvent aussi la suppuration se déolaiv. 11 se forme alors sur la verge de petites tumeurs qui ilovieiinent bientôt fluctuantes, s'ouvrent et épanobent un pus pblegmoneux uu virulent, suivant la nature (le la maladie.

IV même encore que pour le bubon, la suppuration est fatalt\ s'il s'agit d'une lymphangite par absorption. l/abi »*»s ouvert, le fo\er prtMiil les caractères du ch.incre; l 'f'sl enoiuv un cbancre.

La Ixinpbauiiile, p.mr le simple chancre du moins, est \ih\< rare quo 1»^ bubi^n. (^*la tient sans doute â ce que la ciriMdation hmplialiqui* se faisant plus rapidement dans les \aiss«MU\ ipie dans Ifs ganj:lions, il y a moins de chances pour rinoeulalion à s»» produire dans les premiers.

Iîrsum«*

Je viiMis, njessieurs , de vous exposer en détail les différcMils caracléres du ebancre simple. Si vous désirez maintenant que je vous les préseule résumés dans un rouri aperru synoptique, je vous dirai :

Lr ebancre siuqde e^t un chancre dont bi. base reste niolb*, ow n«' présenle (pi'un épaississemenl inflanmiatoire;

Qui w réagit pas sur les ganglions ou qui les influence

CBANCRE SIMPLE. A9

d'une façon toute spéciale, en produisant une adénite inflammatoire y aiguë, monoganglionnaire, aboutissant presque fatalement à la suppuration, et fournissant le plus souvent un pus inoculable ;

Chancre à bords nettement découpés et taillés à pic ; à fond irrégulier et vermoulu ; à suppuration abondante ;

Chancre le plus ordinairement multiple d'emblée, ou se multipliant après coup, par une série d'inoculations de voisinage ;

Chancre à pus viinilent et contagieux par excellence, conservant le plus longtemps les caractères qui en constituent la spécificité;

Chancre pouvant se reproduire plusieurs fois, je pourrais dire presque indéfiniment^ sur le même individu (1);

Enfin, chancre à tendance destructive et envahissante; forme d'ulcération la plus apte à subir la déviation phagédénique.

vm.

Diagnostic. — Un seul signe absolu : YinoculahilUé, — Le chancre est

tout entier dans le pus qu'il sécrète.

Quelque tranchés , quelque spéciaux que puissent être les caractères extérieurs du chancre, ils ne suffisent pas à

(1) Voy. note 111.

50 LEÇONS SUR LB CHANCRE i

établir, d'une façon péremptoire et absolue^ le diagnostic de celte affection.

Le siège de Taccident, la forme arrondie de rulcéraiion le fond grisâtre, rugueux, vermoulu et couvert d'une couche pseudo-membraneuse adhérente, les bords découpés, décollés et taillés à pic, la sécrétion rouillée et sanieuse, l'auréole violacée du pourtour, les progrès et la marche de l'affection, etc., constituent sans doute des signes d'une haute importance, et qui prennent surtout une grande valeur par leur ensemble. Mais tous ces caractères, isolés ou groupés , ne constituent jamais que des présomptions pour le diagnostic, et ne fournissent pas de certitude absolue.

D'une part, en effet, ils peuvent faire défaut au véritable chancre ; d'autre part, il n'est pas rare de les rencontrer sur des ulcérations non spécifiques. Et de plus, le chancre présente souvent des variétés telles dans son aspect, sa forme, son étendue, sa iiiarclic, etc., qu'il semble constituer des maladies différentes.

Mais il est un signe qui suffit à lui seul à établir le diagnostic de la faron la plus solide, et qui, je n'hésite pas à le dire, constitue le seul caractère pathognomonique du chancre.

De toutes les ulcérations d'origine vulgaire, vénérienne ou même syphilitique, il n'en est qu'une seule dont le pus soit susceptible de reproduire par Vinoculation une ulcération semblable à celle qui l'a fourni : c'est le chancre.

l,'iTwci(/ff/n/i(fl (ht pus sikrété est le seul signe absolu de la spécificité virulente.

Voilà, messieurs , le véritable cachet de Taffection qui nous occupe actuellement ; voilà le caractère pathognomonique du chancre, et le seul qu'on puisse invoquer pour un diagnostic rigoureux.

Ainsi, quelle que soit sa forme, quels que soient son siège, son étendue, son aspect extérieur, le clwncre fournit toujours un pus spécial. Interrogez ce pus à la lancette, et pour peu que l'inoculation ait été bien faite et que l'ulcération n'ait pas dépassé la période de spécificité virulente, vous obtiendrez un nouveau chancre.

Le chancre, comme je l'ai dit tant de fois, n'est ni dans sa forme, ni dans son fond, ni d'une manière absolue dans aucun de ses caractères extérieurs. // est totu entier dans le pus quil sécrète.

Mais le caractère virulent et spécifique de l'ulcération étant reconnu, la question diagnostique n'est pas épuisée. Reste un problème capital à résoudre : c'est d'assigner au chancre son espèce , et par là son pronostic et son traitement.

Je réserve actuellement cette question de diagnostic différentiel, #ur laquelle j'insisterai longuement après vous avoir entretenus du chancre infectant.

52 LECO.NS SUn LE CIIANCHE.

l'ronostic : le chancre simple n*iiifecte pas, ne crée pas de diatlicse : c'est

un chancre sans vérole.

J*ai hâte d'aborder la plus haute question relative à la variété de l'accident primitif dont nous avons traité jusqu'à présent : je veux parler du pronostic.

Ilunter avait reconnu que le chancre reste, pour certains sujets, une aflFeclion purement locale. On peut, disait-il, empêcher i infection par une intervention thérapeutique hàtivc et bien dirigée (I).

Celte vérité, que le grand lluntcr formulait en embrassant dans une généralisation imprudente toutes les va-

(I) Celte croyance est netlemcnt formulée par Hunter dans plusieurs chapitres de son Traité de la syphilis :

• Le traitement mercuriel pose, en général, une barrière à l'infeC' lion » (Sixième partie, chap. I.)

El ailleurs :

0 II est nécessaire de donner les préparations mercurielles à l'intérieur, tant pour concourir à la guérison des chancres que pour prévenir une syphilis constitutionnelle ; et l'on peut raisonnablement affirmer que la disposi' tion syphilitique d'un chancre ne peut guère résister à l'action des mercu' riaux donm's à ta fois localement et à l'intérieur, »

Ailleurs encore :

« (Aimme il e5t didlcile que des chancres existent sans qu'il y ait tb* ^o^ption du virus, il est absolument nécessaire de faire agir intérieurement le mercure, alln f/>/)i/>c'< lier que la di^tposilion syphili'ique ne se forme, » (Du ilamrCy chap. 111, § V|.) A. F.

CnANCRE SIMPLE. 53

riélés du chancre, je la reproduis, à mon tour, aujourd'hui ; mais ce qu'il attribuait à une influence médicatrice, je Tattribuc, moi, à la formé spéciale de l'ulcération primitive, et peut-être à une différence dans la nature et rorigine du pus virulent.

De plus, en même temps que je crée des espèces nosologiques distinctes , j'assigne à chacune d'elles ses caractères et son pronostic particuliers.

Oui, et mille fois oui, il y a des chancres qui infectent l'économie, tandis qu'il en est d'autres qui ne V infectent pas, et cela, bien entendu, indépendamment de toute influence thérapeutique. Les uns créent une diathèse, un tempérament morbide ; les autres se bornent à une simple lésion locale.

Et j'ajoute :

Des caractères très précis, des signes matériels, palpables, évidents, qu'on peut interroger de l'œil et explorer du doigt, permettent de distinguer ces deux ulcérations l'une de l'autre presque dès le début.

Ces divers signes, je viens, messieurs, de vous les faire connaître en partie en traitanfl'histoire clinique du chancre simple ; j'en achèverai l'exposition en vous entretenant du chancre induré.

Voilà bientôt vingt-cinq ans que je travaille à signaler, à établir, à caractériser ces différences ! C'est donc avec l'autorité d'une vieille expérience que je puis aujourd'hui formuler ce pronostic :

Le chancre simple, à base molle, est une affection />?(rement locale^ qui borne ses effets à la réyion quelle attaque; qui ri a jamais de retentissement général, qui

bk LEÇONS SUR LE CHANCRE.

ne s'accompagne jamais (V accidents constitutionnels. En d'autres termes, c'est un chancre qui n'infecte pas Téconomie, un chancre sans vérole.

Vous, messieurs, qui venez de parcourir nos salles el d'assister au lugubre tableau que présente la vérole, vous seiUez, sans doute, toute l'importance de ce pronostic d'avenir. Vous comprenez s'il est indifférent pour le malade et le praticien de savoir, un chancre étant donné, quelles doivent en être les conséquences; de savoir si ce chancre se bornera à une simple lésion de la partie affectée, ou si l'économie tout entière doit en conserver, à jamais peut-être, l'ineffaçable souillure.

Eh bien, messieurs, cette question de pronostic, j'ai la prétention de maintenir quelle peut Hre résolue dès le principe, dans l'énorme majorité des cas^ en tenant compte des caractères que je vous ai signalés précédemment el de ceux dont je vous parlerai bientôt. Je prétends que les signes à l'aide desquels on peut distinguer l'une de l'autre les deux variétés du chancre sont tellement tranchés, tellement nets, tellement absolus, que la certitude diagnostique peut se faire le plus sou\enl dès le pronier examen, (|u'elle se complète en quelques jours pour les cas restés primitivement douteux, et que bien rares, bien exceptionnels sont ces faits ambigus et complexes qui peuvent suspendre le jugement d'un médecin expérimenté.

C'est là une conviction que vous partagerez bientôt, je l'espère.

Voilà pour les conséquences générales. J'aborderai, dans quelques instants, ce qui a trait au pronostic /oco/.

CH4MCRB SIMPLE. 55

Pronostic local. — Complications. — Du PH^fiéoÉMisiiE ; ses différentes formes ; ses caractères ; ses dangers. — Causes qui président à son développement.

Si je n'avais dessein dans ces leçons de vous faire ressortir principalement les difTérences qui séparent les deux variétés de Taccidcnt primitif, j'insisterais longuement ici, à propos du pronostic local du chancre, sur quelques accidents qui peuvent le compliquer.

De ces accidents, les uns sont particuliers au chancre simple, les autres n'ont rien de spécial, rien qui les rat* tache plutôt à telle variété qu'à telle autre.

Parlons surtout des premiers.

Si le chancre simple respecte l'économie, il peut, en revanche, présenter des complications locales assez sérieuses, qui résultent soit de sa tendance à s'accroître et à se multiplier, soit des adénites virulentes qui se produisent à sa suite.

Le chancre simple est une ulcération généralement creuse, qui entame profondément les tissus, qui laisse des cicatrices souvent indélébiles et quelquefois des cicatrices vicieuses, qui peut détruire certains organes ou des parties d'organes, tels que le' frein, le prépure, etc.

C'est un chancre qui s'accompagne toujours d'une cer-

56 LEÇONS Sun LE CHANCRE.

taino innammalionpériphériqiio; de là, dangers miiUipIes d'une réaction inflammatoire trop violente.

C'est un cliancrc à suppuration abondante et à pus contagieux par excellence. De là, dangei's d'inoculations accidentelles, qui multiplient les ulcérations et les sources de la virulence.

Puis, viennent les bubons, et spécialement le bubon d'absorption, nouveau chancre implanté dans les glandes lympliatiffues et présentant, avec tous les dangers du chancre en général, ceux qui résultent de sa situation plus profonde.

Indépendamment de ces complications, particulières pour la plupart au chancre simple, il en est d'autres qui peuvent se produire avec lui et n'ont rien de spécial. Citons, par exemple, le phimosis inflammatoire; — le phimosis consécutif résultant de cicatrices vicieuses ou d'œdème des tissus ; — le paraphimosis qui nécessite souvent l'intervention chirurgicale ; — les adhérences consécutives à la cicatrisation ; — la rupture du frein et les hémorrhagies qui l'accompagnent; — le rétrécissement inodulaire du méat produit par un chancre uréthral; — la perforation de l'urèthre succédant à un chancre développé sur le trajet du canal, etc., etc.

Tels sont, messieurs, les principaux accidents qui peuvent compliquer le chancre. Je ne fais que vous les signaler ici, car tous ces détails ne sauraient trouver leur place dans une rapide exposition doctrinale. Je ne puis,

CfiÀNGBE SIMPLE. 67

toutefois, abandonner ce sujet sans vous dire encore quelques mots de la plus grave des complications du chancre, dont je vous ai déjà entretenus incidemment, le phagédénisme.

Qu'est-ce donc qu'un chancre phagédénique ?

Tout chancre est rongeur de sa nature. Il n'est pas de chancre possible sans une perte de substance, sans une ulcération qu'une sorte de gangrène moléculaire tend à accroître. Mais cette ulcération a sa durée et ses limites, limites et durée qu'on ne saurait exactement définir pour tous les cas, non plus que comprendre dans une moyenne invariable, et dont cependant chacun acquiert une appréciation assez exacte par l'observation journalière.

Où commence le phagédénisme? c'est ce qu'on ne saurait préciser rigoureusement. Tout ce qu'on peut dire, c'est que lorsque le chancre, après avoir acquis ses limites et sa durée habituelles, tend à les dépasser et persiste avec son caractère de virulence exiensive , il y a phagédénisme.

Le phagédénisme se montre sous plusieurs formes.

Ainsi, tantôt vous verrez le chancre s'étendre en présentant un aspect qui vous rappellera la pourriture d'hôpital. Son fond, ordinairement inégal, se recouvre soit d'une couche grisâtre, espèce de fausse membrane mol' lasse qu'on prendrait volontiers pour une eschare gangreneuse, mais qui n'est en réalité que le résultat d'une sécrétion diphthéritique particuUère, soit d'une sorte de matière pultacée répartie par ilôts sur la surface de l'ul-

céralion. Ses bords sont irrégulièrement découpés, décollés surcertains points et privés de leur doublure celluleuse, renversés, d'autres fois au contraire adhérents et épaissis par rœdéme. Une aréole diffuse les circonscrit et doit bientôt être envahie elle-même par le travail ulcéralif.

Cette variété d'ulcère est très irritable ; elle s'accompagne souvent de douleurs très vives et d'inflammation.

C'est là la forme diphthéritiqtœ du phagédénisme.

Tantôt, au contraire, l'ulcère phagédénique s'étend par les progrès rapides de la gangrène ; ses bords sont envahis de proche en proche par le sphacèle ; chaque jour tombe un lambeau mortifié qui est remplacé le lendemain par une nouvelle eschare, dont la chute augmente d'autant la surface ulcérée. Son fond présente également des portions sphacélées qui se détachent successivement en creusant des cavités anfraclueuses et produisant d'horribles délabrements. — C'est là le phagédénisme gangreneux.

D'aulres fois, au lieu de s'étendre en surface, le chancre phagédénique creuse en profondeur {chancre téréhrant). C'est ainsi qu'il peut pénétrer jusqu'à l'urèthre, jusqu'aux corps caverneux en produisant des hémorrhagies très abondantes, ou sur d'autres régions jusqu'aux muscles et aux vaisseaux !

Dans des cas plus graves encore, il creuse et s'étend à la fois.

Enfin y dans une forme très curieuse^ le chancre pha«

gédénique progresse sur un point, en même temps que sur un point opposé il se cicatrise. Ce qu'il perd d'un côlé, il le regagne de l'autre , en sorte que l'ulcération peut cheminer sur une étendue de téguments considérable tout en conservant à peu près la même surface pendant toute sa durée. C'est là le phagédénisme serpi^ gitietiœ.

Le pus de ces divers chancres à forme phagédénique est en général gris, ténu, mal lié, chargé de détritus organiques.

Chroniciues dans leur marche et leur durée, ces chancres conservent par leur sécrétion le caractère de l'état aigu. Le pus qu'ils sécrètent reste inoculable tant que l'ulcération progresse, comme je l'ai observé sur une ulcération semblable qui avait plus de sept ans de durée.

Quant au pronostic, ai-je besoin, messieurs, de vous dire qu'il est toujours grave, quelquefois très grave?

Comme conséquences locales, c'est la possibilité de destructions considérables, de délabrements affreux, dont il faut avoir été témoin pour y croire. Quelques-uns de ces chancres ont détruit d'énormes portions de la verge, le gland , le prépuce ou même la verge tout entière ; d'autres ont rongé l'une des grandes lèvres, labouré la vulve, dépouillé le périnée, perforé l'urèthre ou les cloisons vaginales ; d'autres ont creusé de vastes cavités dans les régions inguinales, dénudé les muscles de la cuisse, les vaisseaux ai les n^s du iriaogla de Scarpa, cheminé de là sur la

60 LEÇONS SVn LE CHANCRE.

cuisse et la jambe, ou Lien envahi Tabdoinen, le flanc et les lombes !

Ajoutez à ces désordres locaux les dangers qui résultent pour le malade de l'abondance de la suppuration, des douleurs excessives et continues, des hémorrhagies, du repos prolongé, des troubles de la nutrition, etc. Joignez à tout cela le désespoir I Et vous comprendrez comment le phagédénisme c^ pu altérer la constitution de certains malades, au point de les jeter dans le marasme et de leur ouvrir les portes du tombeau.

Mais, j'ai hâte de le dire, ces cas sont très rares. Ils deviendront plus rares encore avec les progrès de notre science et les moyens dont dispose aujourd'hui notre thérapeutique.

Le chancre phagédénique n'est pas un chancre spécial ; il ne forme pas une espèce à part. Le phagédénisme n'est qu'un des accidents qui peuvent compliquer le chancre, quelh» qu'en soit la variété. Vous savez déjà cependant ([u'il sévit bien plus fréiiuemment sur telle variété que sur telle autre.

11 y a plus : c'est que ce n'est pas un accident propre exclusivement au chancre. On le rencontre sur des ulcérations de syphilis coméculive^ ou même en dehors de la syphilis, comme par exemple sur des ulcérations de nature scrofuleuse.

Vous me demanderez quelles sont les causes qui peuvent donner naissance a cette complication. Kh bien, de ces causes, il en est que nous connaissons et que nous

accusons à juste litre ; mais il en est d'autres aussi qui nous échappent. Je m'explique.

Il est bien certain que toutes les causes qui influencent la constitution de façon à l'altérer ou à Taflaiblir, sont autant de prédispositions au phagédénisme. C'est à ce titre que les auteurs de tous les temps ont rangé dans Tétiologie des ulcérations de cette nature la misère, les privations, l'alimentation insuffisante, les habitations malsaines et humides, le scorbut, la scrofule, les maladies antérieures, les excès et notamment l'abus des alcooliques ^ les aflbctions morales tristes, etc., etc.

Je reconnais de même une semblable influence à diverses causes locales, telles que des pansements excitants ou mal faits, le défaut de pansements, l'abus des topiques mercuriels (je reviendrai plus tard sur ce point), le passage de l'urine sur les plaies, l'étranglement des parties ulcérées, toutes causes, en un mot, d'irritation.

Mais cette étiologie ne suffit pas à tous les cas. Quelquefois, en eflet, nous voyons le phagédénisme sévir indépendamment de toutes ces causes sur des sujets dont la constitution et l'hygiène ne laissent rien à désirer, dont les chancres ont été soigneusement et méthodiquement traités dés le début. Comment se développe cette redoutable complication dans des conditions et dans un milieu qui paraissent plutôt propres à l'exclure qu'à la provoquer ? C'est qu'évidemment d'autres causes président à son origine, et ces causes, je vous le répèle avec regret, nous les ignorons (1).

(I) On s*est encore demandé si l'on ne pouvait pas ranger au nombre des causes qui président au développement d'un cbancre phagédéniqtie la

TRAiTiMiiNT. — Caulérisalion. — Caustique carbo-suirurique. — Indications et contre-indications de la inétiiode destructive. — Traitement régulier du chancre. — L'onguent napolitain. — Indications particulières Tournies par certains chancres.

Vous avez déjà prévu que la différence pronostique que je vous ai signalée entre les deux variétés du chancre doit aboutir à des différences thérapeutiques coirespondantes.

Avec le chancre induré, c'est la dialhèse qu'il faut conihaltre; et de là, la nécessité d'un traitement général. Avec le chancre simple, au contraire, pas de diathèso, et, dés lors, inutilité de UmU) médication préventive destinée à mettre en garde l'économie contre des symptômes qui ne doivent pas se produire.

C'est donc un simple traitement local, que réclame le chancre mou.

Mais, saclicz le bien, messieurs, ce traitement prend ici

nature de la source d'où il diTivc, c'est-à-dire si tel chancre n'est pas phagédi-nique parce que le chancre qni lui a servi d'origine présentait le même caraclère. Bell croit à cette influence de la source.

J'ai eu l'occasion de remonter une fuis ù la source d'un chancre de cette tcrnhie forme, chancre qui avait détruit une partie du prépuce et horriblement mutilé le gland. J'ai trouvé comme origine, sur la femme qui avait Irunsmis la contagion, un f»otit chancre superficiel qui se limita à une très petite étendue et se cicatrisa en quelques semaines. — Ce fait est relaté en détail dans la note X. A. F.

une importance toute particulière, en raison des accidents qui compliquent de préférence cette variété. C'est qu'en effet, si le chancre simple respecte l'économie, il présente en revanche une fâcheuse disposition à s'étendre, à se multiplier, h produire des bubons aigus, presque fatalement voués à la suppuration et à une suppuration virulente , enfin à subir la terrible complication du phagédénisme. En sorte que le pronostic du chancre simple peut être renfermé dans cette formule : ulcération innocente comme fond^ dangereuse comme forme. C'est donc à la forme et aux complications locales qu'il convient ici de réserver toutes les ressources du traitement.

Voulez- vous connaître d'un seul mot tout le secret de la thérapeutique du chancre? Le voici : réduire l'ulcération spécifique à l'état d'un ulcère simple ; transformer une plaie possédant sa cause spéciale d'entretien en une plaie qui n'ait plus raison d'être. Telle est l'indication à remplir, tel est le but auquel doit tendre le traitement (I).

Eh bien, ce bul, la cautérisation l'atteint à merveille, non pas une cautérisation légère, superficielle, qui ne fera qu^effleurer la surface ulcérée ; mais une cautérisation profonde, large et véritablement destructive.

Aussi faut«il, pour être efficace, que cette cautérisation

(t) Hunter avait déjà formulé cette proposition d'une façon très précise : <r La méthode la plus simple de traiter un chancre consiste à le détruire ou à rextirper. De cette manière on le réduit à Vétat d* ulcère ou dd plaie

rimple, et Use ctcairise comme tout ulcère ou plaie de cette nature Cette

destruction s'opèro soit par l'excision, soit par le caustique . «

C& LbIÇONS SUR LE CHANCRE.

soit appliquée suivant certaines règles que je veux vous indiquer en quelques mots.

Le caustique employé doit être étalé sur toute la surface du chancre, et un peu au delà. 11 est fort important que l'action destructive déborde la circonférence de l'ulcération. C'est qu'en effet la spécificité virulente n'existe pas seulement sur l'aire ulcérée du chancre, mais s'étend au delà dans un rayon variable et indéterminé ; en soile que les tissus voisins, en apparence sains et intacts, portent en eux le germe de la virulence. Cette zone périphérique infectée devra donc être également détruite par la cautérisation.

Le choix du caustique est loin d'être indifférent. 11 faut rejeter d'abord tous les caustiques légers, qui ne sont tout au plus que des modificateurs anodins. Ce qui est ici nécessaire, c'est un agent destructeur. Auquel convient-il de donner la préférence?

J'ai successivement expérimenté la paie de Vienne, la potasse, l'acide nitrique, le fer rouge, etc., etc... Tous ces caustiques ont des inconvénients qu'il serait superflu de vous signaler, d'autant que j'ai à vous proposer un agent nouveau , d'une merveilleuse eflicacité, et à l'abri de tout reproche. Ce caustique, c'est l'acide sulfurique uni à la poudre de charbon végétal, dans les proportions nécessaires pour former une pdîe demi-solide (1). Cette pâte, appliquée sur les chancres, ne tarde pas à se des-

(i) C'est un caustique analogue au caustique safrano-sulfurique de M. Velpcau ; la poudre de charbon y prend seulement la place du sairaii.

ClIÂNCnË SlilPLE. 05

sécher et à fui mer une sorte de croàlo noire qui reste adhérente aux tissus, qui fait, pour ainsi dire, corps avec eux et ne tombe que plusieurs joui^s après son application, dans le cours du second septénaire en général. Lors de sa chute, la plaie qu'elle laisse à découvert n*est plus qu'une plaie simple, exempte de toute virulence, analogue on an mot à l'ulcération qui suit la séparation d'une eschare. Aussi la cicatrisation ne tarde-t-ellepas à l'envahir. Quelquefoisméme, le travail réparateur est presque complètement achevé lorsque la croûte se détache, et il n'est pas rare de trouver au-dessous une cicatrice déjà formée.

Sans doute, le caustique carbo-sulfurique est d*une application fort douloureuse. Néanmoins, la douleur qu'il provoque est inférieure de beaucoup à celle que produit l'acide azotique ou le fer rouge ; elle se montre aussi moins persistante que celle qui accompagne les applications de pâte de Vienne.

C'est un caustique profond, qui modifie au loin les tissus .avec lesquels il se trouve en contact, et qui, comme le chancre, a son rayonnement périphérique d'activité destructive. A ce titre donc, c'est le meilleur agent qu'on puisse employer pour détruire l'ulcère spécifique (1).

C'est merveille, messieurs, de voir le résultat produit

if) On a beaucoup vanté dans ces derniers temps la cautérisation au eft/onftfv de zinc. D'intéressantes éludes ont été publiées sur ce point par rècole de Lyon (Rollet, GateiU médicale d9 Lyon, 15 décembre 1857 ; — Diday, Gasetle médicale de Lyon^ f858, n^* 2 et 4; — Dron. De la me- Ik/ide desiruclivedes chancres [Ànnalês de la syphilis, 185BJ ; — Debauf^« Thèses de Paris, 1 858).

On signale i^urtout comme autant d*aTantages devant donner la pn*fi^-

60 LEÇONS SUR LE CnAMCH£.

par une cautérisation mélhodiquement pratiquée. Du jour au lendemain, c'est fait du chancre et de sa spécificité virulente. Le chancre, passez-moi le mot, se trouve tué sur place j et ce qui lui succède , c'est une plaie simple, sans virulence, sans spécificité, une ulcération vulgaire qui, n'ayant plus de cause d'entretien, n'ayant plus de raisoti d'être, marche spontanément et rapidement à la cicatrisation (1).

La cautérisation, messieurs, est un moyen splendide de guérison Uu chancre.

C'est de plus, comme je l'ai dit ailleurs, ^u point de vue social, le prophylactique le plus puissant, puisqu'en détruisant le plus sûrement et le plus promptement

rence au chlorure de zinc sur le caustique carbo-suirurique : I* la poMibi- Uié de graduer très exactement U profondeur de l'eschare et d*en limitMr rétendue ; de lui donner la forme et les dimensions du chancre ii détruire ; — 2" la facilité d'eaiploi de ce caustique ; — 3* l'absence ou le peu d'intensité des douleurs que produit cette cautérisation, contrairement ii ropinion générale qui regarde la pâte de Canquoin comme le plus douloureux des caustiques ; il n'y a de douleur vive que dans le cas où la cautérisation porte sur le frein; — 4* l'absence d'hémoirhagie, la tendance de la plaie consécutive à une rapide cicatrisation, etc.

Je crois que la pâte carbo-sulfurique possède la plus grande partie des avantages que l'on attribue au chlorure de zinc. En tout cas, le chlorure de xinc ne peut donner des résultats meilleurs ni plus brillants que ceux dont j'ai été témoin à l'hdpital du Midi. La seule considération sérieuse qui pourrait en faire préférer l'emploi, c*est ce fait qu'il semble produire, au dire des différents expérimentateurs cités plus haut, des douleurs bien moins vives que la pâte carbo-sulfurique.

On consultera, du reste, avec beaucoup de fruit et d'intérêt lea travaux précédemment mentionnés sur le mode d'application de ce caustique, sur les régies à suivre dans la cautérisation, sur les phénomènes qui l'aceom* pagnent, etc. A F.

(t) La plaie qui succède à la cautérisation guérit en quelques jours, sovs l'influence des pansements les plus simples, le cirât, le vin aromatique, ou même la eharpic séeb».

CttANCRË SIMPLE. 67

les accidents contagieux, il éteint les foyers d'infection (1).

Mais rappelez-vous bien ceci : c'est que pour obtenir du moyen tout ce que je vous donne le droit d'en attendre, il faut l'employer dans toute sa rigueur. Je vous le répète encore : pas de cautérisation légère, superficielle, qui efQeure le chancre, qui ébarbe l'ulcère; ce que vous devez produire, c'est une cautérisation énergique et profonde, c'est une destruction!

Les insuccès de la méthode destructive, régulièrement appliquée, sont très rares. Les échecs que l'on éprouve tiennent principalement à deux causes :

Ou bien la cautérisation a été mcomplèle^ et elle peut Tétre de plusieurs façons, soit parce qu'elle n'a pas été assez profonde, parce qu'elle est restée en deçà de l'aire de la virulence, soit parce qu'elle n'a pas porté sur tous les points du chancre, parce qu'elle a laissé échapper quelque partie, quelque anfractuosité, si minime qu'elle soit, de la surface ulcérée.

Ou bien, dans les cas de chancres multiples, toutes les ulcérations n'ayant pas été cautérisées, le pus de celle qui a été oubliée s'épanche sur les autres ; il les inocule de nouveau, et cela sur des surfaces élargies par le caustique. C'est alors plus qu'un insuccès; c'est une complication, un accident qui peut avoir sa gravité. Tenez-vous donc bien en garde, messieurs, contre ce danger. Chaque fois que vous voudrez recourir à la méthode destructive, explorez avec

(i) UUru9urlat\fphiiis.

le soin le plus minutieux les parties voisines de celle sur laquelle vous allez agir ; ne laissez échapper aucun point suspect. Si vous avez affaire à plusieurs chancres, ou Lien détruisez-les tous, ou bien n'en touchez aucun, car, je vous le répète, les contacts inévitables entre plusieurs plaies voisines rendent presque cerLiine une inoculation consécutive, d'où peuvent résulter les plus graves désordres.

Je ne veux pas vous rappeler ici toutes les accusations, tous les reproclies que l'on a dirigés contre la cautérisation. Nous en avons fini, je Tespérc, avec la doctrine « du loup renlermé dans la bergerie , » comme avec (outes les théories de virus répercuté, refoulé, etc., etc.. Que les partisans de ces vieilles erreurs renoncent à nous faire croire aux bénéfices de cette singulière thérapeutique, qui laisse marcher les chancres à loisir et les entretiendrait au besoin, dans la crainte de fermer trop tôt ces foyers de virulence, utiles et salutaires émonctnires pour l'organisme infecté!

Pour moi, j'adopte au contraire la méthode destructive et je proclame bi(»n haut ce précepte : Détruire le chancre le plus tôt possiUe; le détruire dans sa forme, comme accident local, et dans ses conséquences de propagation, d'extension, de retentissement ganglionnaire, et quelquefois même d'infection constitutionnelle, si pour le chancre infectant on arrive assez tôt.

Un mot maintenant sur Vexcisioii.

Ce que fait la cautérisation, l'excision peut le produire.

C'est en effet une excellente méthode qui supprime le chancre d'un seul coup. Malheureusement, très rares sont les occasions dans lesquelles elle peut être applicable. On n'a le droit d'y recourir en effet que dans les cas où le chancre siège sur des organes inutiles ou difformes, qu'on peut sacrifier sans inconvénients pour le malade, par exemple, lorsqu'il occupe des nymphes tressaillantes ou le limbe d'un long prépuce. Dans ces conditions, en même temps qu'on emporte la maladie, on fait disparaître une difformité.

Mais ici une précaution capitale est de riguelir. Il faut avoir grand soin Ae pratiquer V excision à une certaine distance de Caire ulcérée. Car, ainsi que je l'ai dit plus haut, le chancre a sa zone périphérique d'activité virulente, et la spécificité morbide s'étend plus loin que Tulcération. Si par malheur votre bistouri tombe sur la zone infectée, il arrive que, pour enlever un chancre, vous en produisez un nouveau, qui souvent est beaucoup plus étendu que le premier.

L'excision, vous en concevez facilement les motifs, n'68t encore applicable, le plus souvent, (ju'à la période de début du chancre; car si l'ulcération s'est déjà notablement élargie, elle a envahi des organes que vous ne pouvez supprimer sans inconvénient. Voilà pourquoi j'ai placé ici cette méthode à côté de la cautérisation abortive.

Vous n'aurez pas toujours, [tant s'en faut, messieurs, Tccrasion de prendre le chancre au début. Souvent, le plus souvent même, les malades se présenteront à vous à une époque où le chancre, existant déjà depuis quelques

jours, d(»[Kiis quelques semaines, s'est nolablenienl élargi et a ulctMv une certaine surface de tépuments. Que faire à celte période?

On peut revenir encore à l'emploi des caustiques, c*est-à-diri; à la méthode destructive qui offre le triple avantage : i" d'arrêter une ulcération à marche envahissante, pouvant prendre et prenant trop souvent le caractère phagédénique ; 2" de tarir la source du pus virulent et de couper court à toute inoculation consécutive ; .V de prévenir l'absorption du virus par les voies lymphatiques et la formation des bubons chancreux qui exposent le malade, indépendamment des accidents particuliers à Tadénite, à tous les dangers propres au chancre.

Ajoutez que la cautérisation hAte singulièrement la période de cicatrisation et abrège la durée de la maladie.

Et cependant, malgré tous ces avantages, la cautérisation est une méthode curalive à laquelle on ne recourt qu'assez rarement. C'est qu'en général les malades la redoutent beaucoup et lui préfèrent des moyens plus lents, il est vrai, mais moins douloureux ; c'est de plus qu'elle n'est pas toujours applicable, et enfin, qu'en certains cas elle est véritablement inutile.

Elle n'est pas toujoui^ applicable, vous ai-je dit. Il est des chancres, par exemple, qui par leur siège se prêtent mal à la cautérisation, d'autres qui s'y dérobent. Telles sont d'une parties ulcérations qui, étalées sur le trajet de l'uréthre, exposeraient le chirurgien à perforer le canal par une cautérisation trop profonde ; tels sont d'autre part les chancres intra-uréthraux, etc.

D'autres fois la caulérisaliôn est inutile, comme dans les cas où le chancre suit régulièrement ses périodes, et présente plutôt de la tendance à se limiter qu'à s'accroitre ; et de même à plus forte raison lorsque le chancre est parvenu à la période dite de réparation. Il n'y a plus à cette époque de spécificité à détruire ; l'intervention chirurgicale serait alors singulièrement intempestive.

Il se présente en revanche deux conditions dans lesquelles la cautérisation oflre de grands avantages. C'est V lorsque, le chancre étant encore récent et limité, la cautérisation peut s'eflecluer avec une douleur minime et un succès certain ; — 2° lorsqu'au contraire l'ulcération présente une tendance non douteuse à s'élargir, à envahir les tissus de proche en proche, lorsqu'elle prend en un mot les allures phagédéniques. — J'aurai à revenir plus loin sur ce dernier sujet.

Voilà, messieurs, quels sont les avantages de la cautérisation ; voilà ce qu'il y a de véritablement capital dans la thérapeutique du chancre. Laissez-moi maintenant vous dire quelques mots sur ce qu'on est convenu d'appeler le traitement régulier de cette affection.

Pour une raison ou pour une autre, la cautérisation n'a pas été pratiquée , ou bien elle a échoué : somme toute, le chancre existe. Comment convient-il de le panser, de le traiter ?

Nous avons peu d'influence sur la marche et la durée du chancre, lorsque nous le laissons subsister avec sa spé-

ciGcité virulente, c'esl-à-dire lors(|uo nous renonçons à l'emploi des caustiques.

Les moyens hygiéniques les plus simples fournissent d'aussi bons, sinon de meilleurs résultats que les divers topiques médicamenleux qui encombrent inutilement l'arsenal thérapeutique. Aussi, dans tous les cas où le chancre n'a pas de tendance à l'accroissement, je me borne à conseiller de IVéquentes lotions avec une eau émoUiente ou légèrement astringente, et l'application consécutive sur l'ulcération d'un tamponnet de charpie sèche qui forme une sorte d'épongé pour absorber le pus virulent. Une précaution importante, c'est de disposer cette charpie de façon h bien isoler la surface sécrétante des parties voisines, car vous connaissez le caractère contagieux du pus fourni par le chancre simple, et vous savez quelle désespérante aptitude il possède à inoculer tout ce qu'il touche.

Si la suppuration est abondante et si le chancre s'étend, j'ai recours au vin aromatique. C'est un des meilleurs topiques pour diminuer la sécrétion, neutraliser la virulence et tanner en quel(|ue sorte les parties voisines de l'ulcération (1).

La solution iodée, la teinture d*iode étendue, la décoc-

(1) Vuici de quplle manière noire uiaitre emploie ce médicament ; voici en même temps les r^c^les qu'il prescrit pour le traitement du diancre.

I^« malades doivent laver l'ulcération avec le vin aromatique, en évitint de la fatiguer ou de la faire saigner. Ils la rcH^ouvrrnt ensuite d'un taropoiinet de charpie fine, assez imbibée du même topique pour rester humide $mns couler; car, lorsque la charpie se trouve trop mouillée, l'espèce de macé' ration qui en résulte nuit au travail de cicatiisation.

Il faut, è chaque pans<mient, mouiller la charpie avec le vin aromatique, do façon à la détacher sans déchirer les parties auxquelles elle pmirniit ad-

CHANCRE SUIPLE. 73

lion de tan, Teau chlorurée, etc., sont de bons moyens détersifs, mais ce ne sont encore que des modificateurs sans spécificité.

Je ne dirai pas de même du tarlrale fcrrico-polassique. Il y a véritablement quelque chose de spécifique dans son action sur le chancre rongeur, à tendance envahissante. Je vous en reparlerai bientôt.

Un mot maintenant, messieurs, pour vous signaler une

hérer par le fait du dessèchement. C'est qu'en eflel, au voisinage du chancre simple, toute écorchure s*inocule, tout soulèvement de la peau favorise une noDvelle extension du mal.

Si le chancre s'accompagne de beaucoup d'irritabilité et de douleur, N. Rîcord a coutume d'additionner le Yin aromatique d'extrait gommeux d'opium (8 à iO grains par once). — 11 prescrit simultanément l'opium à rintérieur, et, dans les cas de complications inflammatoires, les bains répétés, les fomentations émollientes, le repos absolu, etc.... - Il est rare, à moins de complications étrangères, [telles que balanile, balanb posthite, pènilis érysipélateux, qu'on soit forcé de recourir aux émissions sanguires.

Bien qu*en général ou ne doive |)as panser trop fréquemment un ulcère ou nne plaie, afin de ne pas déranger le travail de cicatrisation, il faut se garder de suivre le même précepte pour le chancre à la période de pro> grès.

Il faut se rappeler ici que la matière de b sécrétion devient une cause pemiaDente de la maladie, et qu'il importe de ne pas la laisser séjourner sur les tissus. Les pansements seront donc répétés plusieurs fois par jour, trois ou quatre fois, suivant l'abondance de la suppuration.

Lorsque la période de réparation est arrivée, tant qu'elle marche régulièrement, on doit continuer le pansement au vin. On ne recourt à la cautérÎMtion que s'il devient nécessaire de réprimer des bourgeons charnus exubérants.

U ariive souvent, à cette période, que la surface de l'ulcère, élcvcc au niveau des parties voisines, reste rouge et n'est presque plus couverte de sécn'*tion ; et cependant la plaie ne guérit pas, reste sIctionmAtre. Dans ce ras, l'application superficielle du crayoïi de nitrate d'argent suffit pour tciminer rapidement la guéridon. A. F0DB5iEii.

méthode déplorable d'un usage fréquent dans le traitement du chancre, et dont vous pourrez trop souvent constater les funestes résult^its à la consultation de cet hôpital*

Rien de plus nuisible, rien de plus antipathique au chancre simple que les corps gras en général. Mais des différentes pommades imaginées par un aveugle empirisme, il en est une plus spécialement dangereuse à elle seule que toutes les autres : c'est Yongnent napolitain.

L'onguent napolitain constitue pour le chancre simple un irritant par excellence ; c'est une cause d'inflammation et d'extension virulente ; c'est même -l'une des origines les plus fréquentes du phagédénisme.

Il est peu de chancres à tendance destructive qui n'aient été tourmentés à leur début par des applications mercurielles intempestives.

L'observation journalière proteste donc contre l'opinion des anciens, de Hunter en particulier (1), et de tant d'autres qui accordent au mercure une véritable spécificité contre toutes les ulcérations vénériennes. Et quant à la variété d'accident qui nous occupe aujourd'hui, la désastreuse influence qu'exerce sur elle ce prétendu spécifique n'a été que trop souvent démontrée.

Après ces notions générales, je dois vous parier de

(i) « L'observalion apprend que, dans le traitement du chancre, le mereure est un remède spécifique^ et que ce médicament guérit tout ulcère véri'

tablement sifpHUUique Les pansements faits avec les préparations mer-

curielles amènent la guèrisoii lorsque les ulcères sont purement nWrienj ; mais il est rare que la constitution soit entièrement libre de toute autre tendance morbide. » (Hunter, Du chancre^ cbap. UI, $ u.)

quelques indications particulières, et notamment des modifications que peut imprimer au traitement le siège de certains chancres.

• Lorsque l'ulcération spécifique occupe Turèthre ou quelque autre région plus ou moins cachée, plus ou moins profonde, les méthodes précédentes deviennent évidemment inapplicables, et il faut recourir à des moyens particuliers.

Parlons d'abord du chancre uréthral, ce fameux chancre larve qui jadis souleva tant de querelles.

Si l'ulcération siège à l'entrée du canal, sur les lèvres du méat, le traitement ordinaire est encore applicable, à la rigueur, en y ajoutant toutefois cette précaution : c'est d'engager dans le méat un petit cône de charpie, qui en maintienne les deux lèvres écartées, de façon à prévenir la contagion de l'une à l'autre.

Mais que faire si l'ulcération occupe un point de l'urè- Ihre plus reculé, plus profond?

Si la présence du chancre dans l'urèthre a provoqué des symptômes très aigus et une violente inflammation du canal, c'est au traitement antiphlogistique qu'il faut d'abord recourir. Prescrivez alors les émissions sanguines locales (15 à 20 sangsues au périnée ou au pénil), des bains généraux, des boissons abondantes, etc.. Mais craignez surtout les érections, qui, par la distension des surfaces malades, peuvent produire des déchirures et favoriser l'extension de l'ulcère. C'est en diminuant la congestion des parties à l'aide du traitement antiphlogistique que vous préviendrez cette dangereuse complica-

7<^ I.ECONS stn I.E ClIANCnE.

lion; car, pour les médications dites anaphrodisiaques (camphre, belladone, digitale, lupulin, etc.), je ne leur accorde qu'une confiance fort limitée, et, pour nia part, j'ai trop souvent constaté TinelTicacité absolue de ces prétendus anti'érectifs pour vous en promettre le moindre succès.

Mais voici Tinilammation urétbrale calmée; les accidents de réaction sont disparus. A cette époque, faites pratiquer deux ou trois fois par jour des injections dans le canal, composées de vin aromatique d*abord étendu à partie égale d'une décoction de pavot, puis pur, s'il ne produit pas d'irritation. — C'est là, je crois, la médication la plus simple et la plus convenable pour les chancres profonds de l'urèthre (1).

Depuis l'invention et la vulgarisation du spéculum, les chancres situés dans hîs prof(mdeui*s du vagin et ceux du col de l'utérus sont rentrés dans la classe des chancres ejtêrivurs^ et, comme? tels, le même traitement leur est devenu applicable. Vous pourrez donc, et avec le même succès, cautériser a la pAte carbo-sulfurique les ulcérations spécifiques du museau de tanche et du vagin, comme vous le feriez pour un chancre des grandes lèvres ou du gland. Vous pourrez de même porter sur ces parties les topiques ordinaires et les y laisser à demeure, avec cette seule différence que le renouvellement des p<insements

• 1) Je ne vous parle pas de la caulcri^aliwi à l'iiide de rinxtruincul de Kallemand : pratique dangereuse |»ar riiiflanimation qu'elle peut pntvoquer, et qui de plus ne réalise pas le but qu'elle se propose, Vtjiitwiim du chancre en tant qu'ulcération virulente.

CitANCRË SIMPLE. 77

devra, de toute rigueur, n'être confié qu'à une main médicale.

Les chancres de l'anus et de la partie inférieure du rectum réclament, avant tout, des soins de propreté extrêmes et des pansements répétés. Une seule indication spéciale se présente ici : c'est de diluer les matières intestinales à l'aide de lavements, de façon qu'à la sortie elles ne viennent point éraîller les parties malades. — Les pansements pourront être soit appliqués à plat, soit maintenus par de petites mèches introduites dans le rectum. L'on se conlenterait de simples injections, si la présence d'un corps étranger dans l'intestin excitait quelque spasme douloureux du sphincter.

Traitcm£?it (suite). — Traitement ilcs complications : inflammation ; gangrène; phimosis; paraphimosis^. — PragAdénisne. Influence de l'érysipèle sur le phagédénisme. — Bubon. Traitement prophylactique. — Traitement curatir. — Danger des sangsues ; trente chancres inguinaux sur le même sujet. — Préceptes sur Tincision. — Complications du bubon.

Je vous dois encore quelques mots sur le traitement applicable aux principales complications du chancre.

Le chancre se complique parfois d'inflammation, surtout le chancre simple. On voit alors les parties voisines se tuméfier, devenir rouges et douloureuses ; quelquefois un phimosis se produit, plus rarement un paraphimosis.

78 LEÇONS SUR LE CttANCHE.

Ces accidents peuvent s'accompagner d'un œdème érysipélateux du prépuce ou de la verge tout entière, d'une lymphangite dorsale du pénis, d'une tension douloureuse des ganglions, etc... Il est rare que l'inflammation aille jusqu'au pénitis.

Le traitement antiphiogistique fait en général promptement justice de ces accidents. Prescrivez donc aux malades, dans ces conditions, le repos au lit, les bains locaux et généraux, au besoin les émissions sanguines sur les glandes inguinales, les pansements avec des décoctions émoUientes et narcotiques (1), le tout aidé d'une diète proportionnée à Tétat local et général.

L'inflammation peut être telle qu'elle donne au chancre la forme yangrénense. Oubliez alors la cause spécifique et l'origine première du mal. L'élément à combattre, l'épiphénoniène qui pour le moment constitue la maladie principale, c'est l'inflammation; c'est contre elle que tous les moyens doivent être dirigés, et il faut qu'ils soient proportionnés à son intensité. Si malgré les effets d'une thérapeutique rationnelle la gangrène survient, elle ne réclame pas d'autre traitement que dans les cas ordinaires et étrangers au chancre. Ce n'est qu'après que les accidents ont disparu que d'autres indications se présentent, et le plus souvent même, à cette époque, le chancre

(I) M. RicorJ prescrit alors des pansements avec la solation suivante :

*Jf Eau distillée de laitue 200 gram.

Extrait gommeux d*opium 4 gram.

Mêlex. A. F.

ClfANCRË $IM^LÈ. 70

est remplacé par une plaie simple que les moyens locaux ordinaires conduisent à une rapide cicatrisation.

Le chancre se complique souvent de phimosis. Le phimosis peut être naturel; c'est alors la maladie qui vient s'y ajouter; ou bien il peut être produit parla maladie. Dans les deux cas, il est impossible d'appliquer un appareil de pansement sur des ulcérations qui ont leur siège à la face interne du prépuce ou sur le gland.

Évidemment, c'est aux injections qu'il faut recourir. Vous emploierez avec succès les injections astringentes et surtout l'injection de nitrate d'argent. A ce dernier propos, il faut bien se garder, en cédant à de fausses doctrines, de se laisser arrêter par la douleur ou l'inflammation. Le plus souvent, même dans ces cas qui se compliquent toujours d'un certain degré d'irritation phlegmasique, le nitrate d'argent est le sédatif le plus efficace et l'antiphlogistique le plus certain.

Si l'inflammation concomitante est très vive, c'est au traitement antiphlogistique qu'il faut s'adresser. Le repos, les injections narcotiques, les bains locaux et généraux, etc., triomphent le plus souvent de la maladie. L'usage des cataplasmes, au contraire, est nuisible en ce qu'il favorise l'œdème. Une bonne précaution encore à ne pas oublier, c'est de faire tenir la verge relevée sur l'abdomen, c'est-à-dire dans une position qui favorise le dégorgement des tissus.

Quelquefois cependant, malgré ces moyens, l'inflammation continue à faire des progrès. Les parties se tuméfient de plus en plus; le pus dont la sortie est rendue difficile par cette tuméfaction, s'accumule et stagne sous

le prépuce; des syinplônies d'étraiiplemenl deviennent manifestes. C'est alore que des gangrènes peuvent se produire, notamment sur le prépuce qui se perfore et laisse passage au gland, ce qui, comme le disait Hunter, donne à la verge un aspect bifurqué. Le prépuce tout entier ol des |)()rlions du gland peuvent même tomber en sphacele.

Devant l'imminence de semblables dangers, Thési talion n'est plus permise. 11 faut sans tarder recourir à une opération. Mais cette opération, que quelques médecins regardent comme la première cbose à faire, ne doit être pratiquée qu'avec beaucoup de circonspection et comme une ressource ullime, car on doit toujours se souvenir (jue le bénéfice qu'on en retire sous le point de vue du dégorgement, du débridement. etc., ne compense pas toujours l'inconvénient inévitable de l'inoculation de In plaie el de l'extension forcée du cliancre.

Si l'on se décide à opérer, c'est la circoncision ou rincision du prépuce dans toute sa longueur qu'il faut pratiquer, suivant les cas.

D'autres fois, au lieu du phimosis, c'est le paraphimosis qui se produit. Les indications a remplir sont les mêmes que précédemment : favoriser le dégorgement des tissus et le retour possible du [)ré|iuce sur le gland, à l'aiile d'un traitement antipblogistique; éviter «lulant que possible l'opération dans la crainte des inoculations consécutives; mais s'v décider sans relard s'il v a menace d'étranglement. — Telle est en quelques mots la conduite à tenir.

La plus grave complication du chancre, c'est à coup

SÛT \e phagédénisme . Je vous ai dit déjà comment on peut espérer le prévenir. Maintenant, supposons-le développé : comment le combattre ?

Recherchez tout d'abord la cause qilî a pu le provoquer, et attaquez cette cause. Cela seul suffit souvent à en enrayer la marche. — Vous comprenez combien, à ce point de vue, les indications peuvent être variables. Je n'insiste pas.

Mais cela n'a pas suffi, ou, comme il arrive souvent, on ne sait à quoi attribuer la complication phagédénique. Que faire ? Recourir immédiatement soit à la cautérisatiofiy soit à un topique que je ne saurais assez vous recommander, le tartrate ferrico^potassique.

Quelle qu'ait été l'origine du phagédénisme, quelle qu'en soit la variété, la médication la plus favorable et la plus sûre, c'est sans aucun doute la cautérisation. En détruisant le chancre, on détruit la complication.

Vous comprenez sans peine, messieurs, qu il ne faut pas ici de demi-moyen, de cautérisation superficielle, insuffisante. Ce qu'il faut, c'est une destruction complète; profonde, radicale.

Quant au choix du caustique, c'est encore à la paie carbo-sulfurique que je donne la préférence, sans nier cependant les effets de l'acide nitrique, de la pAte de Vienne, du fer rouge, etc.

En certains cas de chancres très vastes, très étendus, cette cautérisation prend les proportions d'une opération véritable. Ce serait un supplice horrible pour le patient, si nous n'avions par devers nous le remède à toutes les douleurs, le chloroforme.

La cautérisation toutefois n*cst pas toujours indispen* sable. En d'autres cas, d'ailleurs, elle ne peut être appliquée, en raison des destructions dangereuses qu'elle produirait sur des organes importants. Bienheureusement, nous civons à notre disposition un autre moyen curatif : c'est le tarlrale de fer et de potasse. J'accorde i ce médicament, trop peu connu, trop né{^digé, quelque chose de véritablement spécifique dans son action sur le cbancn» rongeur. C'est assurément Yennemi-ué du pliayédéiùstue. Il le combat, le modère pres(|ue toujours et l'arrête le plus souvent. J'ai triomphé d'un 1res grand nond)re des chancres phagédéniqucs (ju'il m'a été donné d'observer, avec de simples pansements à la solution de tarlrate l'errico-polassique, aidés de l'administration du fera l'intérieur (1).

I{i(»n d'autres substances ont été vantées contre le pha-

; I ) Voici mn rormuif* ordinaire :

i" Prendre chaque ji>ur truis cuillerées à bouche de la liqueiir suivante :

^ Kau dislillée 200 gram.

Tartrate ferrico-putassique . . . . • 30 gram.

Mêlez.

2" Paiiser les ulcéruliuns, deux fuis par jour, avec de la charpie imbibée du même liquide.

Je ne dis rien d<>^ niodiflcations que devront imprimer à \olrc thérapeutique 1(*A di(T«''n>iitr^ roiiditiiiriji qui pciivi'iil donner nai«5anro au phagédéni>me, rondiliuii> jfrnrrales ou lM(;ih*< : f;iil)i«»o di* la conittitutinn, anémie, scrorule« privutions^, nli^ère ; rx« èb h.tbitu(l!i; mauvais étal des \oiesdige9tives, el«\; innaniniation : paiisenu>nt> in itant> un mal dirigés; unième des pariicii, étranjîlrmriil, pa>5aj;«» ile l'urine >ur les uli'éralions, etc., etc.

Tous rps détails wv «aurait ut Inuver place dans une rapide exposition doctrinale. R.

M. Uicord vient d'expérimenter, dans ces derniers temps, une nott?elle

pHANCRE SIMPLE. 8S

gédénisme ; mais elles sont loin de présenter des avantages égaux. Aussi ne vous en parlerai-je pas.

A propos du phagédénisme, vous me pardonnerez une digression. — Rien de plus curieux sans doute que Tinfluence exercée par une maladie sur une autre maladie ; mais rien de plus heureux, lorsque cette influence se traduit par une action thérapeutique. Eh bien, c'est précisément un fait de ce genre que je veux vous signaler.

J'ai vu, à deux reprises, des chancres phagédéniques énormes^ contre lesquels toutes les médications étaient venues échouer tour à tour, modifiés et guéris par des érysipèles intercurrents.

En sorte que je considère l'érysipèle, sinon comme le spécifique, du moins comme un puissant adversaire du phagédénisme.

inréparation contre le phagédénisme . c'est le stéarate de fer. Les premiers succès obtenus sont de nature à foire concevoir de grandes espérances sur reflicacité de cet agent.

Le stéarate de fer s'emploie en pommade ou en sparadrap. Voici les formules que m'a communiquées M. Braille, interne en pharmacie de Thdpital du Midi, auquel nous sommes redevables de cette préparation.

Pommade au stéarate de fer.

Stéarate de fer 40 parties.

Huile essentielle de lavande. . . 5 parties. F. s. a.

Sparadrap au stéarate de fer.

Savon de Marseille .... « 2 parties.

Sullate de protoxyde de fer. . . i partie. F. s. a.

n te fait par le mélange un stéarate de fer. A. F,

Celle influence salulaire n'esl pas d'ailleurs exclusive aux ulcéralions phagédêniques apparlcnanl à la syphilis. Il y a longtemps, comme vous le savez, que les dermalologisles onl signalé les modifications remarquables qu'exerce le développement naturel ou provoqué d'un érysipéle sur certaines affections chroniques de la peau, le lupus en particulier (1).

Un dernier détail à propos du phagédénisme. Lorsqu'un chancre phagédénique, quelle qu'en soit la variélé, a délaché des portions de tégumenls, perforé le frein, produit des trajets (istuleux, etc., en un mot lorsqu'il a décollé des tissus qui forment comme des ponts tendus sur les surfaces ulcérées, il convient de diviser et de séparer ces parties qui, dans ces conditions, ne pouvant plus se réunir ni contracter adhérence, retarderaient indéfiniment répo(|U(» de la cicalrlsalion. Pour le frein perforé, par exemple, (»n guérit moitié plus vite par l'excision qu'en conliant le travail adhésif à la nature (2).

Si Tart peut ainsi intervfinir eflîcacement pour achever la guérison, il ne doit le faire en général qu'à une époque où la spécificité virulente paraît (hHruite, où du moins la tendance ulcérative s'est limitée. Sinon, le chirurgien

(1) L'un des faits que j'ai signalés plus liant se trouve relaté en détail dans les notes annexées à ces l<>rons. (Voy. note l\.)

(2) C.ette excision se fait ù l'aide de petits ciseaux courbes dont on glisse une branche d^tn;^ l'ouverture. On coupe le pont, puis Ton résèque chacun des fragments. — Pour prévenir l'héinorrhap^ie souvent très rebelle qui accompagne la section du frein, on pa^se deux \\U dans la perforation ; on fait avec ces lils deux ligatures, l'une près du gland, l'autre près du prépuce, puis on coupe entre ces deux ligatures.

ouvrirait une tranchée nouvelle à Tinoculalion et favoriserait d'autant les progrès du phagédénisme.

J'arrive enfin au bubon et au traitement qui lui est applicable. Vous savez, messieurs, qu'avec le chancre simple le bubon n'est pas obligé, nécessaire, Il peut ne passe produire; le plus souvent même il ne se produit pas. Cela ne doit pas être perdu de vue.

Le premier point, en effet, pour le médecin, sera de prévenir le développement de l'adénopathie. Et pour cela, à tout malade affecté de chancres simples, recommander une hygiène sévère, le repos (repos relatif, bien entendu), des pansements réguliers et bien faits, etc. ; proscrire toute application irritante sur l'ulcération; écarter en un mot toutes les causes d'excitation pour le chancre et les ganglions.

Mais s'il est des bubons dont ces simples moyens suf- Ifeent à prévenir la production, il en est d'autres, en revanche, devant lesquels l'art reste impuissant. Tels sont les bubofis dits d'absorption y qui se développent indépendamment de toute cause d'irritation et par le seul exercice d'une fonction physiologique que nous ne pouvons évidemment suspendre. Contre cette variété spéciale nous n'avons qu'un moyen prophylactique, c'est de tarir le plus hâtivement possible la source du pus virulent, en détruisant le chancre par la cautérisation.

Le bubon s'est produit ou commence à se développer

avec les caractères que vous lui connaissez. Quel irailemenl convienl-il d^ lui opposer ?

Si nous avions, messieurs, (juelque moyen de distin- ^er dès le début une adénite simplement inflammatoire du bubon virulent, notre thérapeutique serait bien mieux réglée et plus franche; vous en comprendrez bientôt le motif. Mais ce critérium nous échappe. 11 faut donc tout d'abord agir dans l'ignorance de ce qui va se produire. Quelques moyens, heureusement, sont applicables à Tune et à l'autre variété de l'adénopathie. Tels sont ceux que fournit l'hygiène la plus simple : repos au lit, cataplasmes émollients et laudanisés, bains prolongés et répétés, boissons délayantes, diète, etc. ; en un mot, médication antiphlogistique.

Mais parmi les agents de celte médication, il en est un qui joue le rôle principal, l'émission sanguine. L'emploierez-vous ici? Oui et non, suivant le cas. Je m'explique. Et tout d'abord , pour comprendre mes restrictions, permettez ([ue je vous précise les dangers de cette méthode. (Ju'allez-vous faire? Appli(juer des sangsues sur une tumeur dotU vous ne conjiaissezpas la nature. Est-ce un simple engorgement inflammatoire, est-ce un foyer chancreux? vous Tignorez. S'il ne s'agit que d'une adénite simple, tout sera pour le mieux ; vous soulagerez le malade immédiatement, vous préviendn^z souvent la suppuration, ou, pour le moins, vous modérerez le travail inflammatoire. Mais, par contre, c'est un bubon virulent que vous avez altaijué dii la sorte. Demain ou dans quelques jours, avant (jue la cicatrisation des piqûres multiples de la peau soit achevre, ce bubon s'ouvrira; le pus qui doit en sortir ira toucher chacune de ces piqûres, les

inoculer et les convertir en autant d'ulcérations chancreuses. Quel résultat! Pour un espoir incertain de prévenir la suppuration, voilà cinq, dix, quinze plaies virulentes que vous avez produites, et chacune de ces plaies va suivre sa marche en tant qu'ulcère spécifique !

J'ai vu, messieurs, les conséquences les plus désastreuses de ces applications intempestives de sangsues sur les bubons. J'ai vu les chancres inguinaux ainsi produits s'accroître démesurément, puis se réunir en une large plaie qui ne tardait pas à revêtir le caractère phagédénique. Je me rappelle entre autres l'exemple d'un financier que j'eus à traiter il y a maintenant de longues années, et sur lequel trente piqûres de sangsues s'étaient converties en trente chancres inguinaux^ qui prirent la marche serpigineuse !

Tel est le danger des sangsues. Renoncerez-vous pour cela, messieurs, dans tous les cas et de parti pris, à cette médication? Nullement. Mais, avant d'y recourir, il est quelques indications importantes que vous devez consulter.

Tout d'abord, si vous arrivez au début ou dans les premiers jours de la maladie, ce danger n'est pas à craindre. Car, si le bubon doit suppurer, vous êtes encore assez éloignés de l'époque où le pusse fera jour au dehors pour que les piqûres aient le temps de se cicatriser avant l'ouverture du foyer.

Êtes-vous appelés, au contraire, à une période déjà avancée de la maladie, abslenez-vous, car peu de temps vous sépare du moment où le foyer peut s'ouvrir.

Enlin, imposez- vous comme règle de ne jamais pla-

cer de sangsues sur un bubon où la suppuration s'est faite.

Ce n'est pas tout. Si vous vous décidez à une application de sanf^sues, placez-les loujoui*s plutôt sur la circonférence de la tumeur que sur le centre ou sur le point où vous supposez que l'ouverture pourra se faire.

Que si la suppuration se produit plus tôt que vous ne l'aviez supposé, différez l'incision tant que vous pounez le faire sans danger. Le bubon ouvert, garantissez les piqûres encore récentes ; protégez-les contre la possibilité d'une inoculation par tous les moyens que vous jugerez ap])licables. Aucune précaution ici ne sera superflue.

A rai<le de la médication antiphlogistique , vous ferez avorter un certain nombre d*adénites. Je ne parle ici, bien entendu, (|ue d'adénites purement inflammatoires. Pour le bubon virulent, au contraire, n'espérez rien des moyens aborlils. Avec cette variété, la suppuration est fatale, parce que l'exorde même de la maladie est un phénomène de purulence.

Ai-je besoin de vous dire qu'à Tépoque où la suppuration est formée, surtout quand il s'agit d'un bubon virulent, il devient tout à fait inutile de tenter la résolution? Ouels <iue soient les moyens que vous mettiez en usage, si les parois du foyer sont des surfaces de chancre, la résolution n'est plus possible. Les prétendues transpirations jjurtilvntes obtenues par la méthode de MM. Malaperl (»l Uenault(l), ne sont que des ouvertures

(1) Celte métlKxIe consUle à tenter la résolution rapide des bubons ptr une sorte de cautérisation des téguments qui les couvrent. Cette cautérisa-

en crible ou en arrosoir pratiquées par le caustique à la surface de la peau qui recouvre le foyer purulent. Si l'on a pu quelquefois obtenir la résolution de bubons cibcédés, certes ce n'a pas été dans le cas de suppuration virulente.

N'espérez donc plus, je vous le répète, cette terminaison après la formation du pus, et cela tant pour le bubon virulent que même pour l'adénite simplement inflammatoire. Bien au contraire, sans perdre un temps précieux, hâtez-vous de donner issue à ce pus qui, si vous le retenez sous la peau, peut produire de graves désordres, décoller les téguments, inoculer les tissus de proche en proche, et créer des ravages en rapport avec la lenteur de votre intervention.

L'incision devenue nécessaire, comment la pratiquer?

11 convient d'éviter le plus possible la diflbrmilé d'une cicatrice étendue. On doit donc avoir pour règle de ne faire que de petites ouvertures, à moins d'indications sur lesquelles nous allons revenir dans un instant.

Ne faites qu'i/zz^ incision. Cela est suflisant dans les cas d'adénite simple; cela est prudent pour un bubon de

tioD se pratique en couvrant la tumeur d'un vésicatoire, et en appliquant ensuite sur la surface de la peau, privée de son épiderme, un plumasseau de charpie imbibé d'une solution de vingt grains de sublimé corrosif par once d*eau. Ce plumasseau est laissé environ deux heure.^ en contact avec la surface vésiquée pour élre plus tard remplacé par un cataplasme de fiirine de graine de lin laudanisé. A la chute de l'escliare, et selon son degré de profondeur et les effets produits, on répète l'application de la solution de tubUroé, ou seulement ou se contente de toucher la surface dénudée â l'aide d'un pinceau qui en est imbibé. R.

nature virulente, car si le pus spécifique doit contagionner les plaies que trace le bislouri, pourquoi multiplier les ouvertures et créer aitisi autant de chancres nouveaux? Je ne vois d'avantapes aux ponctions multiples que dans le cas où le foyer est considérable, se vide mal, on bien lorsque plusieurs ganglions sont simultanément atteints.

C'est encore eu égard au danger de Tinoculation consécutive que je vous ai prescrit de faire de petites ouvertures. Quel bénéfice y a-t-il en effet à produire un large chancre? Mais ce précepte n*est pas absolu. U convient de se résigner à une large incision, si elle semble nécessitée par Tabondance de la suppuration, par Tétendue du foyer, par l'évacuation difficile de l'abcès, par le décofiement, l'amincissement considérable et l'altération trop grande de la peau.

Sans entrer dans les détails, quelques mots encore cependant sur certaines complications du bubon.

Il peut arriver que le foyer ganglionnaire soit considérable, que le tissu cellulaire périphérique ait suppuré simultanément ou consécutivement, qu'enfin Tinoculation spécifique ait étendu ses ravages sous la [»eau de proche en proche. De là résulte ce qu'on appelle le décollement. Dans le décollement, la peau, privée de sa doublure cellulograisseuse, se trouve séparée des tissus sous-jacents sur lesquels elle est tendue comme une sorte de pont; elle prend bientôt une teinte foncée, s'amincit de plus en plus, s'ulcère, se perfore sur quelques points, etc. Tout cela se fait en général très lentement, et la maladie traîne en

longueur. N'hésitez pas dans ces cas à seconder la nature. Sachez sacrifier ce que vous ne pouvez sauver. Recourez largement au caustique. Une cautérisation intelligemment pratiquée détruit mieux, plus rapidement et dans des limites plus convenables; ce que la maladie mettrait plus de temps à ronger irrégulièrement. Vous hâterez singulièrement de la sorte la guérison, et la cicatrice que vous obtiendrez sera encore moins difforme que si vous étiez resté spectateur inactif.

Le bubon ouvert, le foyer est simple ou virulent. Est-il simple, la guérison se fera comme pour une adénite vulgaire. 'Est-il virulent, Tincisiou et les parois de l'abcès sont des surfaces chancreuses. Que reste-il à faire à ce moment ? Traiter cette plaito comme un véritable chancre.

Ce chancre inguinal peut subir toutes les déviations du chancre. Vous combattrez toutes ces complications comme s'il s'agissait d'une ulcération de la verge. Je n'ai pas d'indications spéciales à mentionner ici.

Quelquefois enfin, à la suite des bubons inguinaui^ suppures ou non, il reste dans l'aine un engorgement des glandes qui persiste fort longtemps. Vous en favoriserez la résolution à l'aide d'applications journalières de teintnre d'iode, et surtout par une compression méthodiquement exercée sur la région. Si la tuméfaction des glandes vous paraissait entretenue par une disposition strumeuse^ il est évident que c'est à un traitement spécial qu'il faudrait recourir. Les préparations iodurées, les amers, le quinquina^ les applications d'iode sur les gangliotis^ les

cautérisations ponctuées ^ telles que je les pratique, constitucni alors, je crois, le meilleur mode de traitement pour compléter la guérison.

Voilà, messieui*s, ce que j'avais de plus général à vous dire sur le traitement du bubon.

XHL

Tbaitcmcivt. (À'Mt/0.) — Inutilité d*une médication aoti-diathéiiqtte contre le chancre simple. — Des véroles guéries à coup sûr et radicalement.

Vous avez dû remarquer, messieurs, qu'en vous exposant le traitement du chancre simple et des principaux accidents qui peuv(»nt le compliquer, je ne vous ai pas parlé de mélicatinn générale, C*est qu'en efl'et je n'en avais aucune à vous recommander. Contre un accident purem(,*nt local comme le cliancre simple, un traitement local suflit à la guérison. Vous savez que celte variété du chancre n'a point de retentissement sur l'économie, qu'elle n'entraine a|)rôs elle aucun accident constitutionnel, ne crée pas de diathèse, en un mot, n infecte pas. Quelle serait donc Tutilité d'une médication qu'on opposerait à des symptômes qui ne peuvent naître, d'une médication par laquelle on chercherait à prévenir une infection qui ne doit pas se développer?

Sans doute, il vous faudra satisfaire aux indications fournies par l'état général des malades que vous traiterez pour des chancres simples. Sans doute, il ne sera pas sans

profit pour tel sujet lymphatique, affaibli par les privations et la misère, que vous lui procuriez en même temps qu'un traitement local approprié, un régime tonique et réparateur, tandis que tel autre, vigoureux, pléthorique, habitué à un régime excitant, se trouvera bien d'une médication générale légèrement débilitante. Il conviendra, en un mot, de corriger les déviations du tempérament et de remédier aux états morbides qui peuvent accompagner le chancre. Mais je n'ai pas besoin de vous faire remarquer qu'il n'y a là rien de spécial à l'affection en ellemême, en tant que médication anti-diathésique.

Non-seulement, messieurs, la médication spécifique de la vérole se trouve ici complètement inutile, mais, de plus, elle pourrait être nuisible à plusieurs titres. Lorsque je vous exposerai les règles d'après lesquelles le praticien doit se diriger pour juger de l'opportunité du traitement mercuriel, je vous montrerai s*il est inclinèrent de le prescrire à tavetUwe. Mais celle question doit être réservée. Pour l'instant, je me borne à vous signaler ce fait : c'est que l'administration du mercure, pendant la durée d'un chancre simple, est une des conditions les plus aptes, incontestablement, à favoriser le développement du phagédénisme. Je vous le répèle : la plupart de ces horribles ulcères rongeurs qui nous arrivent à cet hôpital après avoir détruit une partie de la verge, sont des chancres simples auxquels on a prodigué le mercure sous toutes ses formes.

Jugez deTutilité et de l'opportunité d'un traitement qui

9i LEÇONS SUH LE CHANCRE.

risque dç vous enlever une partie de la verge, pour vous guérir de la vérole que vous n'avez pas I

Le chancre simple étant, comme je vous le disais tout à l'heure, une afl'ection locale, sans influence diatbésique ni manifestations constitutionnelles, vous comprenez, messieui*s, quels succès doivent obtenir ici toutes les médications dites € dépuratives » destinées à t purifier le sang vicié » et a prévenir Torage syphilitique. C'est là qu'est véritablement le triomphe des charlatans ; ils guérisst»nt radicalement en vérité, et ils ne trompent pas leurs malades en leur promettant une immunité complète pour Tavenir.

Je parle de charlatans. Mais que de médecins encore administrent de bonne foi le traitement mercuriel pour le chancre simple, non infectant! Que d'honnêtes et vertueuses consciences se donnent ainsi la facile satisfaction de guérir des véroles qui n'ont jamais existé !

De la transmission du chancre, en général. — Doclrine ancienne. Source du chancre simple. — Recherches nouvelles.

Après vous avoir entretenus des symptômes et de la thérapeuti(|ue (hi chancre simple, il me reste à vous parler en quchpies mots de son origine, c'est-à-dire des lois suivant les(ju(»lles il se transmet.

Autrefois, on faisitit de tous les chancres une seule et

même espèce morbide. Le chancre, comme je vous l'ai dit, était une graine unique, qui poussait des germes différents, suivant les qualités du sol où elle se trouvait ajppelée à se développer. C'est ainsi, croyait-on, que le pus du même chancre inoculé à plusieurs individus, pouvait sur Tun produire un chancre simple, non suivi d'infection conslilulionnelle, et sur Taulre donner naissance à un chancre de nature infectieuse, origine et prélude de la vérole. Cette différence dans l'action du virus se trouvait expliquée par une sorte de réceptivité inégale des sujets, plus ou moins aptes à contracter la syphilis suivant leurs conditions particuUéres d'âge, de sexe, de tempérament, de santé, etc.

Le temps n'est pas encore bien loin où ces doctrines étaient acceptées sans conteste et jouissaient d'un plein crédit.

Aujourd'hui, messieurs, la science semble avoir fait un pas en avant, et la séparation des chancres en deux espèces nosologiques distinctes paraît destinée à jeter un jour tout nouveau sur lé problème jusqu'alors insoluble des modalités variables de la maladie suivant les sujets.

Les différences capitales de forme et de nature, que l'on ne pouvait se refuser à reconnaître entre les deux variétés du chancre, ont conduit à penser qu'il existait pour chacune d'elles une source particuhère et un virus spécial. Dés lors, l'attention fut appelée sur un sujet d'étude nouveau, la transmission du chancre. L'on songea à comparer la nature de la graine et du fruit, c'est-à-dire

à rapprocher raccidcnt originel de l'accident tranf^mis. L'on interrogea — passez-moi cette expression — la généalogie du chancre, recherchant si telle forme se transmettait dans son esppcc, ou si les deux formes pouvaient se croiser dans leur propagation.

Eli bien, quelle est donc V origine du chancre simple? A-t-il sa source dans un chancre de même nature, ou peut-il naître d'une autre variété?

Plusieurs ordres de fails vont nous servir k la solution de ce problème.

El d'iibord, que produit Vinoculation artificielle du pus provenant d'un chancre simple sur le sujet même auquel est emprunté le pus?

Ici, laréponsi* n'est pas donleuse, car les observations abondent (»t sont unanimes.

Le cliancre d'inoculation est toujours Vanalogue du chancre qui l'a produit. A (juchiue époque, sur quelque siège qu'ail été prati(iuéc Tinoculalion, c'est toujours un chancre simple qui se dévrloppe ; chancre à base molle, absohun(»nl dépourvue d'induration spéciiique; chancre n'exerçant jamais sur les ganglious l'inlluence propre à l'autre variété d'ulcération primitive, ne devenant jamais l'exonle (Mi h* prétexta» (l<* la diathésp.

Sans dout(% Ton pourrait objecter à cette première série (le faits que Tanalogi*^ des formes entre les deux chancres consécutifs se trouve ici suffisamment expliquée par leur dévi'loppeinent sur \\\\ nuhne individu; que les conditions de terrain^ c'est-à-dire de tempérament, de

CnANCRE SIMPLE. 07

constitution, de santé, qui ont empêché dans le premier cas l'infection générale, subsistent dans le second pour exercer la même influence, etc.. Mais toutes ces objections tombent devant les faits qui vont suivre.

Les syphilisateurs ne se sont pas privés de transporter sur des individus sains du pus emprunté à des sources étrangères. Leurs téméraires expériences auraient eu du moins une utilité scientifique pour concourir à la solution du problème actuel, si ces messieurs avaient songé à étal)lir quelque rapport entre les chancres dont ils emprun- 'ftaient le pus et ceux qu'ils produisaient par l'inoculation. Alais cette relation délicate ne pouvait évidemment être établie par les fauteurs d'une doctrine qui, pour les besoins de sa cause, commençait par confondre les deux va- Tiétés du chancre.

Voici, quant à moi, ce que j'ai sauvé du naufrage de la syphilisation. C'est que, dans les cas nombreux où j'ai y\x le pus d'un chancre simple transmis à un individu sain, cette inoculation a toujours et invariablement produit un chancre simple (1).

(1) Pendant mon internat au Midi, un jeune médecin, vierge de tout ucddent typhililique, se fit pratiquer par moi publiquement deux inocula* tioos avec du pus de chancre simple. l\ se soumettait à cette dangereuse expérimentation dans le but le plus louable.

ie ne consentis, malgré toutes les prières de mon collègue, qu'à lui inOeuler du pus de chancres simples, et de chancres simples développés sur des «ujeto vierges d'infection antérieure^ provenant de plus d*une source bien iéterminée^ bien connue^ c^esl-à-dire transmis cuœmémes par des chancres simples.

Or Yoici ce que nous observâmes !

Le pus qui servit à la première inoculation (17 septembre) fut récueilli sur

Mais, à défaut d'inoculations à la lancette, interrogeons ce que produit l'inoculation physiologique.

L'on s'est occupé, dans ces derniers temps, de comparer les accidents de contagion sur les sujets mutuellement infectés, c'est-à-dire de suivre la généalogie du chancre, en remontant du symptôme transmis à son origine. Vous comprenez immédiatement, messieurs, tout ce que de semblables recherches oiTrent de diflicultés et de causes d'erreurs : renseignements incertains ou eiTonés; assertions mensongères; optimisme mal entendu de cer-

un sujet porteur de trois chancres simples. — Ce malade tenait U conlafion d'une femiiic quej*avais eu l'occasion de visiter et sur laquelle j'avais constaté l'exislcnce d'un ciiANcnE simple. — Cette même femme, de plus, avait communiqué des chancres de môme nature à un second malade.

L'inuculalion aililicielle, pratiquée sur le bras gauche, donna naissance à un cnANCRE simple.

Le pus de la seconde inoculation (18 septembre) fut emprunté à un malade porteur d'un chanche simple du frein. — La femme de qui ce malade tenait la contagion présentait un chanche simple de la grande lèvre et un bubon aigu, qui ne tarda pas à suppurer. — Elle avait également transmis la contagion à un second individu, qui fut trailé dans nos salles pour des chancres simples, couipliqués d'un double bubon inguinal suppuré.

Celle seconde inoculation (bras droit) fournil, comme la première, un

Les deux chancres d'inoculation ne furent détruits que lorsqu'ils eurent acquis une certaine étendue. Sur l'un d'eux, une première cautérisation échoua ; le chancre se dévelo[>pa avec une étonnanle rapidité ; abandonné a lui-niénie, il prit un grand déveluppement et persista plusieurs mois.

Aucun traitement ne fut suivi. J'ai revu à plusieurs reprises notre hardi collègue jusqu'en juillet 1857, et je puis aflirmer qu'aucun accident de syphilis ne se manifesta sur lui.

Les observations des deux malades sur lesquels fut recueilli le pus qui servit à ces inoculations sont relatées dans la note X (obs. 5 et 6).

A. FOUMItR.

<.11\.N( !;l. SIMl'I.L. 99

tain- maladi's, accurdaiil à telle femme une confiance illîmilée et accusant telle autre qui leur paraît suspecte ; pluralité des rapports sexuels au moment où s'est produite rinfection ; développement du chancre sur la cicatrice indurée d'un chancre antérieur; double contagion; antécédents ignorés ou méconnus ; coïncidences de toute nature ; contagion médiate, etc., etc.

Aussi, des observations de cette nature demandent- elles i être recueillies avec la plus attentive défiance et la plus minutieuse rigueur.

Pour ma part, dans tous les r^s qui me restent en soutenir, lorsque j'ai pu remonter à la source d'un chancre simple, j'ai toujours rencontré sur le sujet qui avait transjQois la contagion , un accident de même forme et de ^Tiime nature.

Tel est également le résultat qu'ont fourni à M. Basse- HEAU ses nombreuses recherches sur les rapports de forme entre les symptômes présentés de part et d'autre par les sujets malades et les femmes dont ils tiennent la contagion, c Si Ton confronte, dit-il, les malades atteints de chancres qui n'ont déterminé aucun symptôme de syphilis générale, avec les sujets qui les ont infectés ou avec ceux qu'ils ont infectés, on voit ceux-ci, sans exception, être également atteints de chancres qui bornent leur action au point primitivement contaminé (1). » — Cette proposition est formelle, et j'y attache un grand prix. Mais il est à regretter que son auteur, dans l'excellent livre d'où

(I) lUfsereau, Traité des affections de la peau symptomaliques de la »9phiHi, p. 197.

9k LEÇONS SUE L^ CHANCRE.

risque d(5 vous enlever une partie de la verge, pour vous guérir de la vérole que vous n'avez pas 1

Le chancre simple étant, comme je vous le disais tout à riieure, une affection locale, sans influence diathésique ni manifestations constitutionnelles, vous comprenez, messieurs, quels succès doivent obtenir ici toutes les médications dites € dépuratives » destinées à t purifier le sang vicié » et à prévenir l'orage syphilitique. C'est là qu'est véritablement le triomphe des charlatans ; ils guérissent radicalement en vérité, et ils ne trompent pas leurs malades en leur promettant une immunité complète pour l'avenir.

Je parle de charlatans. Mais que de médecins encore administrent de bonne foi le traitement mercuriel pour le chancre simple, non infectant! Que d'honnêtes et vertueuses consciences se donnent ainsi la facile satisfaction de guérir des véroles qui n'ont jamais existé !

De la transmission du chancre, en général. — Doctrine ancienne. Source du cliancre simple. — Recherches nouvelles.

Après vous avoir entretenus des symptômes et de la thérapeutique du chancre simple, il me reste à vous parler en quelques mots de son origine, c'est-à-dire des lois suivant lesquelles il se transmet.

Autrefois, on faisait de tous les chancres une seule et

même espèce morbide. Le chancre, comme je vous Fai dit, était une graine unique, qui poussait des germes différents, suivant les qualités du sol où elle se trouvait appelée à se développer. C'est ainsi, croyait-on, que le pus du même chancre inoculé à plusieurs individus, pouvait sur Tun produire un chancre simple, non suivi d'infection constitutionnelle, et sur Taulre donner naissance à un chancre de nature infectieuse, origine et prélude de la vérole. Cette différence dans Faction du virus se trouvait expliquée par une sorte de réceptivité inégale des sujets, plus ou moins aptes à contracter la syphilis suivant leurs conditions particulières d'âge, de sexe, de tempérament, de santé, etc.

Le temps n'est pas encore bien loin où ces doctrines étaient acceptées sans conteste et jouissaient d'un plein crédit.

Aujourd'hui, messieurs, la science semble avoir fait un pas en avant, et la séparation des chancres en deux espèces nosologiques distinctes paraît destinée à jeter un jour tout nouveau sur le problème jusqu'aloi's insoluble des modalités variables de la maladie suivant les sujets.

Les différences capitales de forme et de nature, que l'on ne pouvait se refuser à reconnaître entre les deux variétés du chancre, ont conduit à penser qu'il existait pour chacune d'elles une source particulière et un virus spécial. Dès lors, Fattenlion fut appelée sur un sujet d'étude nouveau, la transmission du chancre. L'on songea à comparer la nature de la graine et du fruit, c'est-à-dire

à rapprocher l'accident originel de l'accident transmis. L'on interrogea — passez-moi cette expression — la généalogie du chancre, recherchant si telle forme se transmettait dans son espèce^ ou si les deux formes pouvaient se croiser dans leur propagation.

Eh bien, quelle est Aouc Y origiîw du chancre simple? A-t-il sa source dans un chancre de même nature, ou peut-il naître d'une autre variété?

Plusieui's ordres de faits vont nous servir à la solution de ce problème.

Et d'abord, que produit Yinoculation artificielle du pus provenant d'un chancre simple sur le sujet même auquel est emprunte le pus?

Ici, la réponse n'est pas douteuse, car les observations abondent et sont unanimes.

Le chancre d'inoculation est toujours Vanalogue du chayicrc qui l'a produit, A (juclque époque, sur quelque siège qu'ait été pratiquée l'inoculation, c'est toujours un chancre simple qui se développe ; chancre à base molle, absolument dépourvue d'induration spécifique; chancre n'exerçant jamais sur les ganglions l'influence propre h l'autre variété d'ulcération primitive, ne devenant jamais l'exorde ou le prétexte de la diathése.

Sans doute, l'on pourrait objecter à celte première série de faits que l'analogie des formes entre les deux chancres consécutifs se trouve ici suffisamment expliquée par leur développement sur un même individu; que les conditions de terrain^ c'est-à-dire de tempérament, de

GUANGHE SIMPLE. 07

conslitlUion, de santé, qui ont empêché dans le premier cas rinfection générale, subsistent dans le second pour exercer la même influence, etc.. Mais toutes ces objections tombent devant les faits qui vont suivre.

Les syphilisateurs ne se sont pas privés de transporter sur des individus sains du pus emprunté «^ des sources étrangères. Leurs téméraires expériences auraient eu du moins une utilité scientifique pour concourir à la solution du problème actuel, si ces messieurs avaient songé à établir quelque rapport entre les chancres dont ils empruntaient le pus et ceux qu'ils produisaient par l'inoculation. Mais cette relation délicate ne pouvait évidemment être établie par les fauteurs d'une doctrine qui, pour les besoins de sa cause, commençait par confondre les deux variétés du chancre.

Voici, quant à moi, ce que j'ai sauvé du naufrage de la syphilisation. C'est que, dans les cas nombreux où j'ai vu le pus d'un chancre simple transmis à un individu sain, cette inoculation a toujours et invariablement produit un chancre simple (1).

(1) Peadant mon internat au Midi, tin jeune médecin, vieTgB de tout aecidênt iyphilUique, se ùi pratiquer par moi publiquement deux inoculations avec du pus de chancre simple. Il se soumettait à celte dangereuse expérimentation dans le but le plus louable.

Je ne consentis, malgré toutes les prières de mon collègue, qu*à lui inoculer du pus de chancres eimples^ et de chancres simples développéi sur des iujeii vierges d'infection aniérieurd provenant de plus d'une source bien déterminée^ bien connue^ c^esl-à-dire transmis euœ mêmes par des chancres eimp'.es.

Or voici ce que nous observâmes !

Le pus qui servit k la première inoculation (17 septembre) fut recueilli sur

98 LEÇONS SUR LE Cfl ANCRE.

Mais, à défaut d'inoculalions à la lancette, interrogeons ce que produit Tinoculation physiologique.

L'on s'est occupé, dans ces derniers temps, de comparer les accidents de contagion sur les sujets muluellemenl infectes, c'est-à-dire de suivre la gtMiéalogie du chancre, en remont;uit du symptôme transmis à son origine. Vous comprenez immédiatement, messieui*s, tout ce que de semhlables nîcherches offrent de diflicultés et de causes d'erreurs : renseignements incertains ou erronés; assertions mensongères; optimisme mal entendu de cer-

utinujet porteur de trois CHAifCRKs simples —Ce malade tenait la contaipim d'une femme que j'avais eu i'uocaàion de vi>iter et sur laquelle j'avais constata l'exislemc d'un ciianork simim.k. — ('elle même femme, do plu*, avait communiqué des rliancrps de mt^me nature à un second malade.

L'inuculatioii urlilicielle, |u;iliqucc sur le tiras gauche, donna naissance

à un CHANCRE SIMPLE.

Le pus de la seconde inoculation (18 septembre^ fut emprunté à un malade porteur d'un ciianci'.l simple du frein. — La femme de qui ce malade tenait la coiitaj^ion présentait un chancre simple de In (grande lèvre et un bul)on aigu, qui ne tarda pas à suppurer. — Elle avait également transmi* la c(»nla<;ion ii un srcou'l indi>idu, (}ui fut traité dans nos «ailes \Mur de* CHANCRES siMPi Es, coinptitiuos d'un double luilx»!! in^^uinal suppuré.

Otle seconde inoculation (br.is droit, fournit, connue la première, un

CHANCRE SIMPLI .

Les deux t linncres d'inoculation ne furent détruits que lorsqu'ils eurent acquis une reitaiiie étendue. Sur ruii d'eux, ufie première cautérisation échoua; le chauru- sedéx'Ioppa avec une étonnante rapidité; abandonné • lui-même, il juit un j;ian<l développement et persista plusieurs mois.

Anrun liaitemrut ne fui suiii. J'ai revu à plusieurs reprises n«jlie hardi collègue ju*qu'en juillet IHr»7, et je puis anirmer qu'aucun accident de syphilis ne »e manifesta sur lui.

Les obsenatiouN des deux malades sur lesquels fut lecueilli le pus qui servit à ces inoculations sont relatées dans la note \ (obs. 5 et G).

A. FODAMIEI.

tains malades, accordant à telle femme une confiance illimitée et accusant telle autre qui leur paraît suspecte ; pluralité des rapports sexuels au moment où s'est produite l'infection ; développement du chancre sur la cicatrice indurée d'un chancre antérieur; double contagion; antécédents ignorés ou méconnus ; coïncidences de toute nature ; contagion médiate, etc., etc.

Aussi, des observations de cette nature demandent- elles à être recueillies avec la plus attentive défiance et la plus minutieuse rigueur.

Pour ma part, dans tous les cas qui me restent en souvenir, lorsque j'ai pu remonter à la source d'un chancre simple, j'ai toujours rencontré sur le sujet qui avait transmis la contagion , un accident de même forme et de même nature.

Tel est également le résultat qu'ont fourni à M. Basse- REAU ses nombreuses recherches sur les rapports de forme entre les symptômes présentés de part et d'autre par les sujets malades et les femmes dont ils tiennent la contagion, c Si Ton confronte, dit-il, les malades atteints de chancres qui n'ont déterminé aucun symptôme de syphilis générale, avec les sujets qui les ont infectés ou avec ceux qu'ils ont infectés, on voit ceux-ci, sans exception, être également atteints de chancres qui bornent leur action au point primitivement contaminé (1). » —Cette proposition est formelle, et j'y attache un grand prix. Mais il est à regretter que son auteur, dans l'excellent Uvre d'où

(I) BaMereiu, TraUé des affeclions de la peau symptomatiques de la tffpkîHs, p. t9T.

iOO LEÇONS SUR LE CHANCRE.

elle est extraite, n'ait exposé en détail que les faits relatifs à la contagion du chancre infectant.

L'un de mes anciens élèves, aujourd'hui sypbiliograpbe distingué, M. le docteur Clerc, est arrivé à une toute semblable conclusion dans un mémoire récent (1). — D'après lui, tel malade aurait un chancre infectant ou un chancre simple, non pas à cause de telle ou telle prédisposition inconnue, mais simplement parce qu'il s'est exposé à la contagion d'un accident* de même espèce. A l'appui de cette doctrine, M. Clerc a rapporté, dans son intéressant travail, cinq observations de chancres simples transmis par des chancres de même nature.

Enfin, dans ces derniers temps, deux internes de Paris se sont mis à la nîchorchc d'observations semblables, et ont rassemblé, tant sous mes yeux ({u'à Saint-Lazan», un très grand nombre de faits ([ui permettent de comparer sur une large échelle les accidents développés de part et d'autre sur des sujets tenant l'un ih» l'autre la contagion (2).

Trente-neuf fois, à propos de malades affectés de chancres simples, MM. A. Folrnier et Cady ont pu remonter à la source de la contajiion, et trente^neuf fois ils ont trouvé l'accident originel absolument semblable, comme forme et comme nature, à l'accident transmis (.1).

(1) h}x chancràide syphUiiiquc, Mémoire lu à la Société des sciences médicales de Paris, le 27 octoliic 18:>i.

(2) V. noie X.

(3) Les obser\alions ultérieures que j*ai recueillies — j'en compte au* jourd'hui 63 — n'ont fait que confirmer nos premiers résultait. A. F,

CHANCRE SIMPLE. lOl

Souvent même, la chance les a assez heureusement servis pour réunir à l'hôpital un certain nombre de malades qui avaient puisé Tinfection à la même source ; et, dans ces cas, ils ont toujours et invariablement constaté et j'ai constaté avec eux : 1** une parfaite analogie de nature entre les chancres développés sur les différents individus contagionnés ; 2** une identité complète de ces différents chancres avec l'accident originel.

Telles sont, par exemple, les observations suivantes relatives à des malades que vous avez pu examiner dans le service et sur lesquels j'ai plus d'une fois fixé votre attention. Je ne ferai que vous les rappeler dans une courte analyse.

Deux individus ont des rapports, à quelques jours d'intervalle, avec la même femme.

Tous deux prennent des chancres simples^ qui s'accompagnent, chez l'un et chez l'autre, de bubon suppuré.

Vers la même époque, la femme entre à Saint-Lazare présentant des chancres simples^ également compliqués d'une adénite aiguë qui ne tarde pas à suppurer

Autre observation complètement analogue à la précédente. — n s'agit encore ici d'une femme qui, affectée de chancres simples^ transmet, à quelques jours d'intervalle, la contagion à deux de nos malades, sous la forme de chancres simples.

Troisième fait, plus démonstratif encore.

La fille C... communique des chancres dans le courant

(le la même semaine à trois individus, qui arrivent presque simullanément à riiôpilal.

Or, voici ce que nous constatons sur chacun d'eux :

Sur le premier, chancre simple j à base molle, du méat urinaire. — Adénite aiguë de l'aine gauche \ dégénérescence strumeuse ; suppuration.

Sur le second, chancres simples à base molle, siégeant sur le prépuce. — Adénite aiguë de l'aine gauche, ne tardant pas à suppurer.

Sur le troisième, chancres simples ^ à base molle, de la rainure glando-préputiale. — Bubon suppuré.

Aucun symptôme de syphilis constitutionnelle ne se développa sur ces trois individus.

La femme dont ils tenaient ces accidents portait ellemême un larpe chant re aiatple de Tanus et du périnée, à base parfaitement molle, qui ne fut suivi d*aucun symptôme constitutionnel.

Quatrième fait, complètement analogue au précédent :

Trois de nos malades tenaient la contagion d'une fille publique. Voici ce qui fut observé :

Sur le premier, cinc/ chancres simples types de la verge; adénite aifj^ë.

Sur le se*:ond, trois chancres simples du prépuce;

Sur le troisième, quatre cha?tcres simples de la verge ;

Et enfin sur la femme, trois chancres simples types, occupant ensemble presque t4)Ute rentrée du vagin.

Sur aucun de ces quatre malades, on n'observa de symptôme de syphilis consécutive.

Permettez encore que je vous cite le fait suivant, qui,

bien qu'analogue à ceux qui précèdent, présente de plus une particularité remarquable sur laquelle je veux appeler toute votre attention. C'est le développement d'une même variété de chancre sur plusieui*s individus se trouvant, par leurs antécédents au point de vue de la diathèse, dans des conditions de réceptivité différentes.

La fille C... a des rapports, dîins la dernière semaine de décembre 1855, avec quatre individus.

De ces quatre individus, deux étaient sous le coup, à cette époque, d'une diathèse syphilitique, dont l'origine remontait à plusieurs mois ; le troisième n'accusait comme antécédent qu'une bleimorrhagie ; le quatrième était vierge de tout accident vénérien.

Or, ces quatre individus contractent à la même époque des chancres de nature exactement semblable y chancres simples, sans aucune induration à la base.

Chez les deux premiers, il se produit des bubons inguinaux qui suppurent; les accidents constitutionnels de la diathèse antérieure suivent leur marche.

Chez les deux derniers, il ne se produit aucun symptôme d'infection constitutionnelle.

.Mais je m'arrête, car il serait inutile de prolonger davantage cette énumération, et je termine en résumant, sous une formule générale, tous les faits précédents : Le chancre simple parait naître du chancre simple et se propager uniquement dans son espèce.

Voilà, messieurs, ce que j'avais à vous dire sur ce sujet d'étude nouveau, Yorigine du chancre et le rapport du

loi LEÇONS SUR LE CIIANCIŒ.

symplùiiifî transmis avec racciih^nt oviyiueL — Nous reviendrons, (lu reste, sur ce point à propos de la Iraiis* mission du chancre infectant.

[Voici, «Ml d«''tail, lus faits cités par M. Riconi. Je les extrais textuellement lie notre travail ;ur la coXTAr.ioN m' chancre, travail qui n'a cerlainenient de prix que par l'attention dont rillustre svphiliographe a bien voulu l'honorer :

0KSLHVA110N r*. — Dul'BLE CONTAGION DE CHANCRES MMl'LE».

I. r. (Paul), âgé de vingt-huit ans. Constitution robu»!*;. Aucun antécédent vént'ricn.

Cet homme \ivait avec la Ulle Fr.... depuis six semaine*, sans avoir de rapports avec aucune autre femme, lorsque, à la date du 16 janvier, il reconnut TexisltMice de phi5ieurs petites ulcérations siégeant sur le pn*pure et la racine du gland. Il vint aussitôt à la consultation du Midi, où nous pûmes constater quatre chancres sinip/es, à base parfaitement molle, et sans aucun retentissement ganglionnaire.

Traitement prescrit : troi^ pansements chaque jour, avec charpie imbibée de vin artunalique.

Le malade un suivit cette prescription que très irrégulièrement. Il te fatigua beaucoup. — Vers la fin de février, les chancres persistaient encore. — Il se manifesta, dans les (ircmiers jour» de mars, un bu^oti aigu de l'aine gauche, qui força le malade à entrer au Midi (service de M. Ricord).

Les chancres se cicatrisèrent à l'hôpital dans l'espace de quelques jours. Le buhon fut ouvert le *il mars. Vn décollement de la |>eau, asscx considérable, retint le malade plusieurs mois dans nos salles.

Aucun traitement interne ne fut prescrit. Je re\is ('<... ù plusieurs rcprisi-s jusque dans le courant de septenil>re ; jamais il. ne présenta aucun symptôme de syptiilis.

II. En janvier IKjh, entrait au même hôpital .service de M. Puclie), le nommé P... (Jacques), âgé de Irrute-quatre ans, d'un tempérament lymphatique, d'une constitution affaiblie.

P... avait eu des rapports avec la même fUle Fr.... dans la première se* maine de janvier. (<U)ït antérieur remontant à sept semaines.) N. Puche diagnostiqua sur ce malade, à la date du 19 jauTier, l'exis-

Unce d6 (rois chancres simples^ à base molle, siégeant sur le prépuce ; d'un bubon aigu, suppuré ; d'une blennorrhagie.

Pansement des chancres à la glycérine. — Cubcbe. Guérison sans accident.

III. Enfin, le 24 janvier, la fille Fr.... entrait à Saint-Lazare. (Vingt-cinq ans, tempérament sanguin. Premier accident vénérien.)

Je constatai sur elle à celte époque : un chancre simple ^ à base molle, de la grande lèvre gauche ; un chancre semblable de l'anus ; un bubon aigu de l'aine gauche ; une vaginite intense.

Dans les jours suivants, suppuration du bubon. Aucun accident consécutif.

Observation 11^. — Double contagion de chancres simples.

J..., fille publique, âgée de dix-huit ans. Tempérament lymphatique. Constitution moyenne. Entrée à Saint-Lazare le 17 septembre (service de M. Delamorlière).

Cette fille a été affectée, il y a un an, d'une métrite granuleuse, pour laquelle elle a été retenue six semaines à Saint-Lazare.

Depuis cette époque, aucun accident.

État actuel, 17 septembre : Chancre simple, à base parfaitement molle, èfond déchiqueté, vermoulu ; siégeant sur les replis de l'entrée du vagin. CIcération superficielle de la lèvre postérieure du col utérin, sans caractère bien appréciable. — Traitement : cautérisation; injections d'alun.

30 septembre. Apparition d'un nouveau chancre simple au périnée (ino- CDlation accidentelle). Cautérisation.

6 octobre. Les chancres sont en voie de réparation. Base très souple, absolument exempte de toute induration.

13 octobre. Guérison. — Sortie le 25.

Revue en décembre : aucun accident constitutionnel.

II. C... (Jules), âgé de dix-neuf ans. Tempérament lymphatique; constitution chétive. Entré au Midi le 7 octobre.

l'ne blennorhagie en 1854, guérie par l'emploi du copahu. Depuis cette époque, aucun accident vénérien.

C... vivait avec la fille J... depuis deux mois, sans avoir de rapports avec d'autre femme, lorsque, à la date du 16 septembre, il reconnut l'existence de plusieurs boutons sur le prépuce. A ces boutons succédèrent bientôt des ulcérations qui s'élargirent.

Le 7 octobre nous constatons l'état suivant :

Trois chancres simples , à base molle, siégeant sur la face muqueuse du prépuce. Aucun retentissement ganglionnaire. Nul autre symptôme.

Traitement : Lotions émollientes. Charpie sèche.

Une inoculation, faite sur le bras avec le pus de l'un des chancres pro duit un chancre simple, à base é|^alement inoUe. ('«autérisatiou.

Le 1U septembre, deux nouvelles ulcérations très petites et à iMse molle se sont déclarées au pourtour des chancres, sur le prépuce (inoculations de voisina(;e). Développement analogue d'un chancre très petit sur le fourreau de la verge. Cautérisation.

Le t3, les cliaiuTCs sont en voie de réparation.

Le 21, le malade nous montre une large ulcération siégeant sur l'index, d'aspect ohancreux. 11 nous apprend qu'il s'est fait une coupure à ce doigt dans ces derniers jours, et qu'il a continué à panser ses chancres sans protéger la coupure. La base de l'ulcération ne présente aucune dureté. Pat de retentissement ganglionnaire. — Pansement au vin aromatique.

2 novembre. Le chancre digital est en voie de réparation.

t i novembre. Les chancres sont cicatrisés. Le malade quitte l'hôpital.

Revu en janvier et en mars t8.'>7. Aucun accident constitutionnel.

m. L..., âgé de dix-neuf ans. Tempérament sanguin; constitution très robuste.

Premier accident vénérien.

Dernier coït le 15 septembre, avec la Aile J... (('oit antérieur datant de trois semaines au moins.)

Chancre reconnu par le malade le 18 septembre. Traitement à l'aide de diverses pommades.

Le 3 octobre, nous constatons un chancre iimple^ à base molle, siégeant sur la face interne du prépuce (chancre mou type). Nul retentissement fanglionnairc.

Cautérisation à la pâte carbo-sulfurique. Guérison très rapide.

Revu à plusieurs reprises jusqu'en 18.59. Nul accident consécutif.

Observation Iir. — Triple <:onta(;ion dk chancres simples.

C..., fille publique, entrée à Saint-Lazare le I*' août (service de M. Delamorlière). (iOnstilution 1res robuste ; vingt-cinq ans; négresse.

Première affection vénéri^'n^^^

État actuel : Large chancre de /'anus à base molle, occupant en grande partie une tumeur bémorrhoïdale et s'étendant un peu sur la ligne médiane du périnée. Vulve saine. Vagin et col de l'utérus sains. Ganglions des aines normaux.

Cette femme fait remonter à plus de trois mois le début de cette affection, r^inme elle n'é|>rouvail que peu de douleurs, elle n'a fait aucun traitement.

Ligature du bourrelet hémorrhoïdal. Cautérisation profonde delà partie de l'ulcération qui déborde la tumeur.

Le 3, la tumeur est tombée, hissant une large ulcération que Ton cau« ti'rise au nitrate d'argent.

C.etle plaie, dans les jours suivants, revôt un aspect chancreux. Cautérisatiuns répétées; pansements à la pommade de calomcl.

Le 15, le chancre est en voie de réparation.

Le 21, cicatrisation complète. — Sortie le l*"*^ septembre. — Aucun accident de syphilis.

('.ette femme eut des rapports dans le courant de la première semaine de niai avec trois individus, qui arrivèrent au Midi presque simultanément. Voici ce que nous avons constaté sur chacun d'eux.

l. R...., âgé de dix-huit ans. Constitution robuste.

Blennorrhagie il y a cinq mois, guérie en six semaines.

Rapport avec la HlleC... datant du l'^^mai. ; Coït antérieur remontant à quatre mois. Pas de coït consécutif.)

Chancres reconnus à la date du 6 mai. Pas de traitement.

Etat actuel, 16 mai : Chancre mou^ de forme ecthymateuse, siégeant sur la (ace cutanée du prépuce, à gauche.

Adénite aiguë Ae l'aine gauche.

Cautérisation. 15 sangsues sur l'aine.

3 juin. Ouverture du bubon. Cliancre ganglionnaire. Cautérisation à la pâte carbo-sulfurîque.

20 juin. Chute de l'eschare, laissant à nu une plaie simple, sans spécificité. — Les chancres sont cicatrisés.

1"^ juillet. Guérison.

Je revois le malade jusqu'en décembre. — Aucun symptôme de syphilis ne s'est manifesté.

IL C..., âgé de trente-deux ans. Tempérament sanguin exagéré. Pléthore.

Chancres en 1850, traités au Midi par M. Puche pour des chancres simples. Pas de médication mercuricUc. Aucun accident consécutif.

Blennorrhagie avec épididymite, dans le courant de la même année.

Dernier rapport datant des premiers jours de mai, avec la fille C ... (Coït antérieur remontante quatre mois et demi.)

Chancre reconnu par le malade vers le 10 mai. Pour traitement, quelques lotions d'eau blanche.

Etat actuel, 20 mai : Chancre simple y h base molle, siégeant sur la lévrc ^'auche du méat urinaire et se prolongeant sur la commissure inférieure.

Adèniie ait/Ntf de l'aine gauche.

Traitement : Cautérisation; 15 sangsues bur l'aine gauche.

lOS Ltt NS MR LE CHANCRE.

l' juin. Oti\£rîu:t* d'i l j'-.in.

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