CONTAGION DD CHANCRE PHAGÉDÉNIQUB
Le pliagédénisme est-il le produit du phagédénisnie, au même litre, par exemple, que le chancre infectant nait d'un chancre d'espèce infectieuse ?
Je n'ai ou qu'une seule fois l'occasion de remonter à la
source d'un chancre de celte terrible forme. Mais ce seul fait, rigoureusement observé, suffit à démontrer que le phagidénisme ne saurait dépendre, an moins d'un^ façon absolue j des conditions de son origine.
i. S'il est possible, comme le dit Bell (l)et comme d'au* très observateurs l'ont avancé, que cette variété de chancre soit quelquefois l'effet d'un virus particulier, c'est-àdire si le caractère phagédénique d'une ulcération peut être déterminé par la nature et la forme de l'ulcération qui lui sert d'ascendant, il est au moins également vrai que le phagédénisme est souvent produit par des influences étrangères à la source dont il dérive.
En voici un exemple :
Obs. 105. — F..., âgé de 32 ans. — Consiitalion robuste, tempérament bilieux.
Anléeédenls : Blennorrhagie en 1852. — Seconde blennorrhagie en 1856. — En janvier 1856, chancres simples, (raiiés par moi à la consultation du Midi. Ces chancres, qui avaient pris vn certain aca^oissement^ cédèrent à des pansements faits avec la solution de tariraie ferrico-potassique. — Pas de traitement in« terne. — Aucun accident dans les mois suivants.
F. .. vivait avec la fille G. .. depuis deux mois et demi, sans avoir de rapports avec d'autre femme, lorsqu'il fut affecté de nouveaux chancres dans le courant de mai 1856.— Il vint seulement au Midi le 1*' juin, époque à laquelle nous constatâmes l'état soivaDt :
Double chancre induré de ta rainure glando-prépatiale et de la face muqueuse du prépuce.
Adénopatbie bi-inguinalc, à ganglions multiples, durs et* indolents.
Traitement : 1 pilule de proto-iodure (5 ccntigr.) ; pansement au vin aromatique.
(1) Voy. page 247, note 1.
A68 LBÇOIfS SUR LR CHANCRE.
Dans les semaines qui suivirent, accroissement conlino des deux chancres, qui ne tardent pas à se réunir pour ne fomier qa*une large ulcération demi-circulaire. — Bains; foroentitions émollienies ; pansements à la solution ferrico-potassique.
Extension rapide des deux chancres ; Tulcération qu'ils constituent envahit te gland et le prépuce ; elle résiste, tant en fille qu'à rhôpiial, à une série de médications. — Destruction d'one grande partie du prépuce ; excavation profonde creuser dans la rainure glando«prépuliale ; gland horriblement mutilé, et comoM crénelé sur sa circonférence k demi-détruite. — Cicatrisation défi* niiive en octobre.
Accidents constitutionnels : En octobre, syphilide impétigineuse de la face. —Chute des cheveux; adénopathie cervicale postérieure. — Céphalée très violente, nocturne. — Dobleurs rhumatoldes, etc.
Je visitai avec le plus grand soin ta femme C. .. dont le malade tenait la contagion (21 ans, constitution assez forte et cependant tempérament lymphatique bien accusé). — Voici ce que je constatai sur elle :
État actuel, 5 juin : Chancre induré type, siégeant sur la grande lèvre droite, de la largeur d'une pièce de 20 centimes, superficiel, rosé.
L'apparition de ce chancre remonterait à plusieurs semaines, époque à laquelle la malade aurait eu des rapports avec un homme qu'elle a su depuis être aiïecté de syphilis.
Adénopathie inguinale droite, à ganglions multiples durs et indolents.
Je prescrivis le traitement mercuriel et fis panser le chancre avec un tam|>on de charpie imbibée de vin aromatique. — En quelques semaines, sans autre traitement, l'ulcération fut cicûtrisée, A aucune époque de son existence, ce chancre ne présenta de tendance 5 8*élargir ni h prendre la forme pha^Ménique.
La malade suivit irrégulièrement son traitement, et je constatai sur elle, dans Tespare de quelques mois, des accidents constitotionnels multiples, à savoir : roséole érythémaleuse; plaques muqueuses labiales ; alopécie ; croûtes du cuir chevelu ; adénopathie bi-cervictile ))ostérieure ; angine ; plaques muqueuses du voile du palais et des amygdales ; iritis syphilitique, etc.
Voilà donc un exemple de chancre phagédênique reconnaissant pour origine un chancre qui suit régulièrement ses périodes y se limite à une très petite étendue et se cicatrise sans accident en quelques semaines.
D'après ce fait et d'autres observations analogues qui m'ont été citées, j'inclinerais à penser que le phagédénisme ne saurait être considéré comme une variété particulière du chancre, naissant d'un chancre semblable et se reproduisant dans son espèce. Ce ne serait qu'une complication^ qu'un accident du chancre en général ou de toute autre variété d'ulcération, spécifique ou vulgaire.
Les causes qui président au phagédénisme paraissent donCy en résumé, devoir être rapportées moins à des influences de transmission qu'à certaines conditio7is, d* ailleurs très variées^ particulières atix individus sur lesquels cette variété d'ulcération se développe.